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Ecole : une grave défaite politique

· Critique communiste, n° 34, octobre 1984 · p. 5-10 · 5 202 mots

une grave défaite poHtique

Francis SITEL Après la guerre scolaire, la paix des écoles ? II aurait suffi d'un changement de ministre, Chevènement remplaçant Savary, pour que tout le monde soit content. On a mobilisé par millions, on a négocié trois ans durant, on a hurlé à l'assassinat de la liberté et puis voilà- Chevènement se targuant de prendre des « mesures simples et pratiques ,, - , Guiberteau et Bouchareissas peuvent se congratuler et signer l'armistice.

Ce serait dont une paix sans vainqueurs ni vaincus, une de plus ! Allons donc ... Il est vrai que, d'une certaine façon, c'est le retour au statu quo, les «mesures simples et pratiques ,, de Chevènement ne faisant que confirmer et actualiser la loi Debré. Mais ce n'est pas rien qu'un gouvernement de gauche confirme un état de fait qui a toujours été combattu par le mouvement ouvrier : le dualisme scolaire et l'aide des fonds d'Etat aux écoles professionnelles. Et il n'est pas négligeable que ce soit sous la pression de gigantesques mobilisations des tenants de l'école privée que Mitterrand ait été amené à abandonner ses projets d'unification du système scolaire.

Cela signe une cuisante défaite du mouvement laïque et de la gauche dans son en sem ble. Et cela augure de graves menaces pour l'école publique.

C'est pourquoi, loin de s'assoupir dans le calme revenu et au son d'airs fallacieux, il convient de faire le point, d'apprécier les reculs concédés et de préciser les perspectives actuelles.

C'est ce que,, Critique communiste,, va s'attacher à faire dans une série d'articles sur l'école. En commençant par un bilan de ces trois dernières années de lutte.

E

N annonçant avec éclat, le 12 sanctionné par la démission de juillet dernier, le retrait de la Savary, et la voie ouverte à un loi Savary et le recours au nouveau gouvernement. Le tout référendum, Mitterrand a réussi une désarçonnant la droite et bousculant habile opération, toute gaullienne, de l'échiquier politique. désengagement . . Alors que les Cela dit , l'habileté de la résultats des élections européennes et manœuvre présidentielle ne saurait la manifestation monstre du 24 juin dissimuler l'ampleur des dégâts en faveur de l'école privée signaient provoqués par la politique gouverun affaiblissement majeur du régime, nementale. Il est notable que Mitle débat sur la loi Savary s'enlisait terrand a été amené à donner acte à totalement au Sénat. la droite, contre toute évidence, que

Usant des prérogatives que lui la question de l'école privée est bien donnent les fnstitutions de la une affaire de « libertés ». yc République, Mitterrand a pu A l'heure des bilans, il faut partir réaliser un spectaculaire de là. Il vaut la peine, en effet, de rétablissement consistant à changer s'interroger pourquoi et comment on de terrain. Reprenant à son compte en est arrivé là. La réponse est à cherl'idée d'un recours référendaire, que cher dans ce qui, au long de ces trois la droite avait avancé de façon années, a guidé la politique gouverprovocatrice, il se lavait de l'ac- nementale : la volonté de compromis. cusation de vouloir attenter aux liber- C'est elle qui peut expliquer comtés et renversait la charge de la ment, parti des traditions laïques de preuve. Mais l'essentiel est ailleurs : la gauche et de l'engagement de le recul complet sur le projet réaliser «l'unification laïque du sysd'unification du système scolaire, tème d'enseignement», le gouver-

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1. Ontologie: terme philosophique qui a rapport à l'être en tant que tel. Le pape veut dire que le devoir d'éducation chrétienne des enfants· participe de l'être même de la famille . 2. ''Le Monde,, 30 juin 1984. 3. " Le Monde "• 12 juillet 1984. 4. «Le Monde ''• 12 juillet 1984.

nement en est arrivé à s'aligner sur les exigences de la hiérarchie catholique, à reconduire et aggraver la loi Debré. Conclusion signée par Chevènement mais préparée par Mauroy. Ce qui était apparu lors du voyage de ce dernier au Vatican au mois de juillet dernier. Changement de discours

Pierre Mauroy s'est-il rendu au Vatican comme d'autres à Canossa? C'est très vraisemblable. En France, l'histoire des conflits entre la République et l'école confessionnelle est jalonnée d'interventions directes des papes. Et, cette fois encore, pour tenter de conclure une affaire mal engagée et tournant à la catastrophe, le gouvernement a dû négocier avec Jean-Paul II lui-même.

Jean-Paul II qui venait de proclamer solennellement : « L 'église a le droit d 'avoir ses écoles, mais en a aussi le devoir (. .. ) Elle est engagée à fond dans la question de l'éducation catholique de la jeunesse et demande tout particulièrement la liberté et l'égalité pour les écoles catholiques, parce qu'elle est convaincue que celles-ci sont un droit des familles chrétiennes. Si l'Eglise insiste autant sur ce droit, c 'est, justement, parce que celui -ci concerne les familles à qui appartient, fondamentalement et ontologiquement ( 1), le devoir de l'éducation chrétienne des enfants (. . .) La famille , de par sa nature même voulue par Dieu , est la première et naturelle communauté de l'homme qui vient au monde. Elle doit donc pouvoir bénéficier, sans aucune discrimination de la part des pouvoirs publics, de la liberté de choisir pour les enfants le type d 'école adapté à ses propres convictions. Elle ne doit pas être gênée par des charges financières trop onéreuses, parce que tous les citoyens ont aussi et surtout sur ce plan une intrinsèque parité (2). >>

Les déclarations du Premier ministre qui ont suivi sont, elles aussi, limpides : (( Rien dans les propos du pape ne m 'est apparu contradictoire avec la législation que nous préparons en France (3). » On croit rêver !

Où sont les propos tonitruants du même Mauroy, le 9 mai 1982, au Bourget, sur (( la seule école de la République »? Il est vrai que le Premier ministre a révélé : (( La gauche a changé de discours. »

Parler de « changement de discours », c'est avouer que pour nos ministres socialistes et communistes les engagements formels ne sont que des « mots »... Mais, surtout, c'est prétendre minimiser la défaite essuyée et le reniement concédé. Car la tradition laïque de la gauche française, c'est autre chose qu'un simple « discours ». En conformité avec cette tradition, F. Mitterrand avait promis : (( Un grand service public, unifié et laïque de l'Education nationale sera mis en place, mise en place qui sera négocte sans spoliation ni monopole. »(Septième des propositions faites à Evry le 15 mars 19 81.) Une telle perspective répondait, en effet, à la position fondamentale du CNAL qui condamne le pluralisme scolaire et préconise la création d'un service public, laïque et démocratique : (( L'école nationale sera laïque, ouverte aux discussions susceptibles de développer l'esprit critique : elle se refusera à tout endoctrinement, à toute propagande, à tout prosélytisme. »

Le simple rappel de ces engagements suffit à apprécier l'ampleur du recul opéré avec la loi Savary. Cette loi qui conçoit l'éducation comme devant répondre à la « liberté de choix » des parents, qui fait obligation défmitive aux pouvoirs publics et aux collectivités locales de fmancer les écoles privées, qui organise le système scolaire à partir d'établissements dotés de «projets éducatifs propres », confessionnels ou non ...

Une loi dont Mauroy n'hésitait pas à dire que sa démarche générale est « commune » avec celle du Vatican ! (( Qu'on en juge, affirmait-il sans rougir, l'article 5 de la charte des droits de la famille publiée par le Saint-Siège en octobre 1983, précise que "les pouvoirs publics doivent faire en sorte que les subsides soient répartis de façon telle que les parents soient véritablement libres d'exercer ce droit sans devoir supporter des charges injustes". Le projet de loi adopté par l'Assemblée nationale le mois dernier applique rigoureusement ce principe, puisqu'il garantit le financement de l'enseignement privé et précise même que l'Etat affecte les moyens aux établissements privés selon les mêmes règles et les mêmes critères que ceux applicables aux établissements publics. La France, en matière de financement des écoles privées, fait plus que de nombreux pays (4). »

Plutôt que de « changement de discours » mieux vaudrait parler de retournement de valeurs ! Restent à préciser les conditions dans lesquelles

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Quelques dates

- 9 mai 1982 : rassemblement du CNAL au Bourget.

- 20 décembre 1982 : premier projet Savary.

- 10 janvier 1983 : refus de l'enseignement catholique de négocier.

- 21 décembre 19 8 3 : proposition d'un nouveau texte de compromis de la part

- 13 janvier 1984 : Savary précise ses propositions.

· - 22 janvier 1984 : début des manifestations régionales pour le« liberté d'ensei-

- 5 février 1984 : contre-propositions de l'enseignement catholique.

-Février-mars 1984 : rassemblements régionaux à l'appel du CNAL.

- 4 mars 1984 : rassemblement pour « l'école libre » à Versailles.

- 20 mars 1984 : publication de l'avant-projet de loi.

- 25 avril 1984 : manifestations dans toute la France à l'appel du CNAL.

- 24 mai 1984 : adoption du projet de loi par l'Assemblée nationale selon la

- 24 juin 1984 : manifestation nationale à Paris pour l'enseignement privé.

- 12 juillet 1984 : intervention de Mitterrand.

-Courant juillet : démission de Savary, nomination de Chevènement, etc.

ce dernier s'est opéré pour prendre la mesure de l'immense gâchis dont la loi Savary est l'expression.

Alors qu'au cours de ces trois dernières années la bataille sur la question de l'école a été au cœur des affrontements politiques, mobilisant de part et d'autre des millions de manifestants, jamais le contraste entre les deux états-majors dirigeant ce combat n'aura été aussi caricatural. Du côté du privé, malgré l'échec de 1981, le discrédit de la droite et ses divisions internes, l'habileté tactique et la pugnacité ont été de règle. Du côté laïque, c'est la volonté de compromis et l'esprit d'abandon qui ont régné parmi ceux qui avaient charge de diriger ce combat. Dans ces conditions la défaite était prévisible.

Lorsque la droite pavoise, parce qu'elle a réussi le 24 juin l'une des plus importantes démonstrations de force de toute son histoire, lorsque les eveques font la loi en matière scolaire, parce que le gouvernement les y invite, lorsque le mouvement ouvrier et laïque se sent trompé, dupé et humilié, il ne sert à rien de biaiser et de se bercer de mots. C'est d'une défaite majeure qu'il s'agit! Une défaite dont il faut prendre la mesure et cerner les causes, afin d'en tirer les leçons et de proposer de nouvelles · perspectives de lutte. A droite: une coalition d'intérêts puissants

Une des grandes fautes du mouvement laïque a sans doute été de sous-estimer l'adversaire auquel il allait se heurter : la hiérarchie catholique, les forces politiques de droite et le patronat sont, en effet, fortement coalisés dans une défense commune de l'enseignement privé qui constitue un intérêt fondamental de la bourgeoisie en tant que classe dirigeante.

Il est vrai que cette coalition est historiquement .affaiblie par de profondes lézardes. De longue date, la bourgeoisie utilise les mécanismes de l'école de classe, publique comme privée, pour perpétuer sa domination. Ses intérêts fondamentaux ne sont pas essentiellement liés à l'école confessionnelle. Le patronat lui-même, en matière d'écoles privées, a construit son propre réseau dans l'enseignement technique (en particulier avec les Centres de formation des apprentis) et table sur la main-mise directe qu'il a en bonne part sur l'ende Savary.

gnement».

procédure de l'article 49.3. seignement technique public. Du coup, la droite, de façon différenciée selon ses diverses composantes, pouvait apparaître en retrait par rapport aux enjeux d'une bataille que de tous bords on décrétait démodée. Surtout, son échec cuisant de 1981 semblait devoir l'empêcher de prendre la tête d'une offensive antigouvernementale immédiate.

Enfin, la hiérarchie catholique était souvent perçue comme écartée du terrain politique, minée par la déchristianisation, la radicalisation à gauche d'une partie des catholiques français, et bien décidée à ne plus se compromettre aux côtés de la réaction dans des batailles politiques où elle ne pourrait que se brûler les ailes. Appréciation d'ensemble qui, elle aussi, alimentait la campagne selon laquelle la laïcité serait une valeur fossile.

Tous ces constats recèlent un fond de vérité. A condition d'y voir des points de faiblesse sur lesquels aurait pu s'appuyer une stratégie laïque offensive. Mais, en l'absence de celle-ci, autre chose prenait le dessus : la capacité de ces forces qui, quelles que soient leurs divergences, sont liées par mille liens, de réaliser, face à un gouvernement de gauche, « l'union sacrée » en défense de l'école privée.

Chacun a apporté son denier. Le patronat : de colossaux moyens financiers et de presse. La droite : le discours politique et la dynamique mobilisatrice du « Sus à la gauche ! ». L'Eglise : le drapeau de la « liberté scolaire » et l'infanterie des parents d'élèves organisés dans les puissantes Associations de parents d'élèves des écoles libres (APEEL), avec leurs 800 000 adhérents et des capacités de mobilisation et d'organisation qui ont fait merveille.

Certes, tout cela forme une armée quelque peu hétéroclite, où chacun tire à hue et à dia. On se souviendra longtemps des pontes du RPR renvoyant grossièrement les évêques à leurs églises vides, et ceux-ci invectivant la droite coupable de « récupérations partisanes >> ! N'empêche: pour conflictuelle qu'elle soit, l'alliance des trois compères s'est montrée d'une redoutable efficacité.

Reste qu'à toute croisade il faut un emblème et que le coup de maître fut de proposer celui de la « liberté de choix de l'école ». Ce thème permit de transcender les désaccords profonds qui partagent les différentes forces membres de l'alliance, de diviser en profondeur le camp de la gauche et de placer au cœur de la bataille un drapeau d'une telle ambiguïté qu'il a rendu possible les plus formidables mystifications.

Car, que l'Eglise, qui a inventé le baptême des nouveaux nés, la confession et les couvents, ose se réclamer de la « liberté », passe encore ! Mais que ses porte-parole les plus avtses se revendiquent du progrès et du modernisme pour perpètuer leurs privilèges, c'est trop! En effet, derrière la défense du « caractère propre » des écoles confessionnelles, quoi d'autre que la « liberté d'endoctriner » les enfants ? Et, derrière le refus de la

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titularisation des maîtres, quoi d'autre que la « liberté de recruter et de licencier » les enseignants ?

Quant à la droite, tout le monde sait que son attachement aux libertés s'arrête toujours là où commence la défense de l'ordre social qui assure droit de propriété et privilèges bourgeois. En ce sens, la présence de Le Pen, le 24 juin, au milieu des défenseurs de la « liberté scolaire » relève de l'humour noir !

Les amis du chef de l'extrême droite ignorent la casuistique cléricale et embrayent, à partir du même thème de « l'école libre », sur une autre dynamique qui est celle de la dénonciation d'un « étatisme envahissant ». Le Pen lui même, qui n'est pas très préoccupé d'enseignement religieux, s'est fait une spécialité de la défense du « libéralisme » en matière scolaire : refus de la centralisation, du fonctionnarisme, du « tout à l'Etat », demande du démantèlement du ministère de l'Education... Il cherche ainsi à s'appuyer sur un courant idéologique qui, bien au-delà de ses racines ultra-réactionnaires, diffuse dans l'ensemble du corps social.

Il faut sans doute chercher là le facteur à la fois le plus déroutant et le plus inquiétant qui explique l'écho rencontré par le thème de la « liberté scolaire ». Au moment où l'approfondissement de la crise capitaliste fait peser les menaces les plus graves sur l'avenir de la société, les inquiétudes de beaucoup d'individus et de groupes se reportent sur les questions liées à la famille et aux enfants, à l'éducation de ces derniers, à leur avenir professionnel et social. La perception du système scolaire se trouve, de ce fait, modifiée en profondeur : longtemps moyen de promotion sociale pour beaucoup d'enfants des classes moyennes et populaires, il apparaît à un nombre croissant de jeunès et de familles comme un instrument d'exclusion, de déqualification, voire de marginalisation sociale.

La campagne pour l'école privée a su exploiter ces craintes et ces angoisses en présentant la perspective de l'unification du système scolaire comme d'actualité et comme signifiant un danger. La défense de l'école privée a, dans ces conditions, été expliquée comme la volonté de préserver un possible recours face au monstre étatique que serait l'école publique, un domaine de liberté opposé à un univers scolaire public sur lequel il est impossible d'avoir prise.

On a souligné, à juste titre, l'ambiguïté fondamentale de la propagande en faveur de l'école privée. D'un côté, ce serait une école qui, grâce à ses valeurs religieuses et morales, dispenserait une discipline ignorée de l'école publique brouillonne et amorale. De l'autre, ce serait une école plus « ouverte », plus « souple » qu'un système public · rigide et sclérosé. Les mobilisations des derniers mois révèlent que cette ambiguïté même a constitué un gage de succès ~t qu'une certaine image, pour floue qu'elle soit, du « libéralisme » en matière scolaire a rencontré un écho puissant dans la société. Un écho d'autant plus grand que, du côté du mouvement ouvrier, il n'y a guère eu d'obstacles dressés et de réponses avancées face à l'offensive libéralocléricale. C;est ie moins qu'on puisse dire! A gauche· improvisation, division et esprit de capitulation

Il s'agissait d'une bataille difficile contre des adversaires puissants et sans scrupules. La majorité et le gouvernement l'ont engagée avec l'objectif de parvenir à un compromis susceptible de préserver la « paix scolaire ». Dans ces conditions, les dés étaient pipés d'entrée de jeu. Et la loi Savary ne pouvait être que l'aboutissement logique d'une politique placée sous le signe de la capitulation.

Sans revenir, ici, sur l'analyse de cette loi, il convient de souligner qu'elle a constitué l'aboutissement d'une politique qui ne saurait se dissimuler derrière les alibis qui sont de mise en d'autres domaines. Les contraintes de la crise ne peuvent être évoquées pour cette question très directement politique et perçue comtl1e telle. Et, d'ailleurs, elles ne l'ont pas été lorsqu'il s'est agi d'accroître les crédits alloués à l'enseignement privé ! Impossible également de rappeler, sous forme d'excuse, l'absence de mobilisation à gauche, puisque, à plusieurs reprises, les laïques se sont massivement mobilisés.

Par contre, ce qui est clair, c'est que les directions majoritaires n'ont, à aucun moment, proposé de réels objectifs de combat à ces

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Ce qu'exigeait le SNI ...

11 Le congrès ( .. .) s 'engage d mener une lutte pour la nationalisation laïque de l'enseignement, garantie d'égalité : seul le service public est en mesure de donner un service de qualité d tous les citoyens, quels que soient l'endroit où ils vivent, le milieu social, en respectant leur liberté de conscience. Le service public est garant des libertés; il est seul d la disposition de tous, ouvert à tous.

11 L 'abrogation, en particulier, de la loi Guer meur est un préalable d la mise en place des modalités d 'un plan d'intégration dans le service public des personnets laïcs et des établissements privés sans spoliation, sans privilèges ni sanctions.

Les personnels laïcs du secteur privé pourront donc bénéficier des mêmes garanties que les personnels du secteur public. Etablissements et postes seront banalisés, les nominations se feront en commission paritaire y compris pour les directeurs. Les établissements seront intégrés dans la carte scolaire départementale .

Les écoles priv ées qui refuseront l'intégration ne bénéficieront pas de l'aide

Motion unanime du congrès de Toulouse (juillet 1981) du Syndicat national mobilisations. Ni n'ont engagé de ripostes pour contrecarrer, sur le terrain idéologique les attaques dont l'école publique est l'objet et enrayer la diffusion des thèmes qui sont ceux de la réaction cléricale et « libérale ». Et pour cause! Toute dynamique de mobilisation et toute bataille idéologique un tant soit peu offensive auraient été, de fait, contradictoires avec le contenu même de la loi que préparait le cabinet de Savary.

Dans ces conditions, s'il fallait bien saluer - tradition oblige ! - les manifestations orgamsees par le CNAL, voire y participer, rien n'était réellement fait pour que triomphent les objectifs des laïques. Il est incontestable que les seules véritables campagnes d'opinion qui ont été menées, visant au-delà des militants l'ensemble de la population, l'ont été par la droite et le lobby du privé. Outre cela, les médias, y compris les grands quotidiens de gauche, se sont quasiment tous transformés en vecteurs de l'offensive bourgeoise.

Le paradoxe mérite d'être souligné qui fait que, au moment où les journaux de droite se muaient en béliers de l'offensive cléricale, des quotidiens comme Libération, le Monde et le Matin ont fait montre à l'égard des partisans de l'école privée d'une complaisance frôlant la complicité pure et simple !

La gauche a ainsi connu un processus inverse de celui de la droite : tandis que celle-ci, au nom de l'impératif commun de la mobilisation surmontait ses divergences, celle-là, dans un avachissement partagé, voyait s'exacerber ses propres divisions. Et c'est de son propre sein que sont nées les critiques les plus destructrices qui ont en grande partie paralysé la riposte et largement empêché que se déploie la mobilisation qui était possible et nécessaire.

C'est ce que confirme un rapide tour d'horizon des diverses forces qui, à gauche, étaient censées être les piliers de la laïcité.

La direction du PCF ne s'est jamais sentie la « fibre laïque ». Pour elle, la vieille pratique de la « main tendue » aux catholiques a toujours signifié le refus des affrontements sur le terrain de l'école. Ce n'est qu'à la veille du 25 avril que le PCF s'est investi dans la bataille, considérant qu'il eut été bien sot de déserter un terrain sur lequel il était aisé de se démarquer à bon compte de la politique gouvernementale.

Mais c'est au sein inême de la gauche socialiste que les ferments antilaïques sont apparus les plus vivaces et ravageurs. Pour ce qu'il est convenu d'appeler la « deuxième gauche » rocardienne, la volonté d'exorciser le démon laïque s'est révélée être une véritable obsession. Pour elle, il s'agit de s'affirmer en opposition aux courants traditionnels de la social-démocratie pour qui l'attachement à la laïcité est de règle. Et aussi de diffuser les thèmes pseudo« autogestionnaires » qui voient dans le système centralisé qu'est l'éducation en France, dans le corps enseignant et dans la FEN l'origine de tous les maux dont souffrent l'école et la société. Corporatisme, conservatisme et sclérose deviennent les ennemis prioritaires à combattre parce que constituant autant d'obstacles aux divers projets « rénovateurs » pour lesquels militent la direction du SGEN-CFDT et ses multiples amis au cabinet Savary. « Moderniser », « rénover », « décentraliser » : autant de thèmes dont il est difficile de nier qu'ils correspondent très exactement à un certain nombre d'axes de l'offensive libérale !

Dans ces conditions on comprend bien pourquoi les attaques les plus vives contre le mouvement laïque, les enseignants et la FEN soient venues de la presse de gauche, Libération emportant incontestablement la palme dans la dénonciation de « l'archaïsme » que serait devenue la laïcité.

Est-ce à dire que la « gauche laïque », regroupée derrière une partie du PS, la FEN et le CNAL a simplement été victime de son relatif isolement ? Ce serait ne pas prendre en compte le fait que cette gauche publique . >> des instituteurs (SNI-PEGC, FEN).

s'est délibérément enfermée dans son soutien au gouvernement : prisonnière de celui-ci elle a . été incapable de mener réellement le combat dont elle se réclame et s'est progressivement embourbée dans le compromis pourri . dans lequel Savary l'a entraînée. En même temps elle se montrait impuissante à défendre un projet scolaire offensif. Dans ces conditions, elle acceptait de perdre sur les deux tableaux !

D'une part, il fallait, face à l'offensive cléricale, ne pas céder d'un pouce sur la défense ·de la laïcité et écarter les prétextes mis par certains pour ne pas mener ce combat au nom de la nécessaire rénovation de l'école publique.

D'autre part, il fallait, également, devant les travailleurs qui ne savent que trop que l'école publique est une école de classe qui secrète l'échec scolaire et sélectionne sur critères sociaux, proposer un ambitieux projet scolaire. Une telle dynamique conquérante aurait été en mesure de balayer les mystifications de la droite. Encore eût-il fallu donner à l'école publique les moyens de sa transformation et de son développement. Encore eût-il fallu dessiner des perspectives montrant qu'il est possible de terrasser le chômage, de donner à toutes et tous le droit à la formation, à la qualification et à la culture. En un mot : poursuivre le combat laïque en lui donnant un contenu de classe de nature à mobiliser l'ensemble des travailleurs ! Or, les directions majoritaires de la gauche, quels que soient leurs officiels discours, ont reculé sur le terrain de la laïcité pour ne pas s'opposer au gouvernement et

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et de la gauche toute entière, aujour- · divers.

FO désertait purement et simplement · champ idéologique.

d'un « modernisme » plus proche du · de privatisation de l'Education

La nécessité de nouvelles lignes de défense à sa volonté de compromis. Et, en même temps, elles se sont bien gardées de préconiser un projet scolaire et de société susceptible· de changer la condition ouvrière. Du coup, elles se sont retrouvées partagées, au regard de la laïcité, entre la trahison franche et la révérence impuissante.

Situation qui s'est traduite directement au plan syndical. Alors que les syndicats auraient dû constituer le fer de lance de l'offensive laïque, appelant les travailleurs à se mobiliser par millions pour faire pièce· à la réaction et imposer leurs revendications, on a vu le pitoyable spectacle d'un mouvement syndical reniant ses idéaux traditionnels pour se plonger dans la division et l'inertie. Tandis que la FEN menait le combat isolée et en grande partie à reculons, le terrain, la . direction de la CGT posait la question de la ·rénovation scolaire et de son adaptation aux nouveaux impératifs économiques comme un préalable à l'engagement laïque, et la direction de la CFDT s'abandonnait aux charmes pervers privé que du public ...

Le paradoxe de toute cette affaire est éclatant : dans l'attente, logique, d'une offensive de la gauche victorieuse au lendemain de 1981, la droite a fait front pour défendre les privilèges de l'école privée. Mais ce qui devait n'être qu'une contre-attaque est devenu une offensive en règle contre un adversaire inconsistant.

Aujourd'hui, le rôle de Chevènement est d'étouffer l'affaire en prétendant revenir au statu quo dans les rapports entre école privée et école publique, l'accent étant mis à présent sur la « modernisation » scolaire. Mais il serait illusoire ·et fort dangereux de feindre d'ignorer que cette « nouvelle politique gouvernementale » se développe sur la base d'une sévère défaite de la gauche et des laïques. Loin de telles illusions empoisonnées il convient, au contraire, de prendre la mesure de cette défaite, qui est multiple.

Défaite politique d'abord, au profit de la droite. Mitterrand et le gouvernement ont cru que l'affaire laïque n'était que secondaire et symbolique, prétexte à démontrer ce que compromis veut dire. Mais c'est sur ce terrain que la droite a remporté ses succès les plus éclatants : la manifestation du 24 juin, une semaine après les européennes, a représenté un véritable camouflet pour le régime. En fait de compromis, Mitterrand a été bien mal payé de ses efforts !

Défaite idéologique ensuite. Alors que le milieu enseignant constitue une des bases sociales les plus sûres de la gauche et qu'historiquement « l'idéal laïque » a constitué un des ciments les plus solides de ce milieu d'hui, sur ce même terrain, les clercs ont retrouvé une autorité d'un autre âge et les thèmes libéraux sur le « libre choix de l'école » ont envahi le

Mais là ne s'arrêtent pas les dégâts. A présent, c'est une véritable défaite sociale qui est menaçante. Les points d'ores et déjà marqués par la droite constituent de véritables brèches par lesquelles peut s'engouffrer l'offensive de démantèlement et nationale. Les grandes manœuvres de division en direction de la FEN s'inscrivent dans cette perspective : il s'agit de faire sauter le principal verrou qui peut faire obstacle aux projets d'éclatement du cadre de l'Education nationale en France et du statut des enseignants en tant que fonctionnaires.

La logique du projet Savary, au-delà de la stricte dimension des rapports avec l'enseignement confessionnel, visait à utiliser le privé comme point d'appui pour modifier les équilibres et les critères du public. C'est pourquoi il n'y a nulle larme à verser sur cette loi avortée ! Reste que l'offensive dont elle constituait le principal vecteur est toujours d'actualité. Les enjeux sont donc décisifs de cette bataille toujours en cours.

Une contre-offensive laïque suppose de s'appuyer sur une iogique in- · verse de celle qui a présidé à l'élaboration de la loi Savary: s'appuyer sur les éléments objectifs d'unification - l'existence d'un personnel enseignant qui, dans son immense majorité est payé par l'Etat, des jeunes qui se trouvent confrontés aux mêmes exigences en termes de formation - pour proposer un projet global contraignant pour le privé.

La solution aux problèmes des enseignants et des jeunes, des travailleurs en général, passe par un « grand service public, laïque et unifié de l'éducation», conformément à l'engagement formel qui était celui de la gauche. Réaliser celui-ci, par une loi de nationalisation laïque et le choix de l'éducation comme investissement prioritaire, reste la seule réponse possible et nécessaire. Celle qui permettrait de proposer la titularisation immédiate à tous les enseignants volontaires, celle qui exigerait d'allouer les crédits nécessaires au développement de l'école aux établissements s'inscrivant dans un projet commun et non en fonction des préoccupations d'églises ou de lobbys

C'est faute de volonté, et du fait de son emprisonnement dans une politique de collaboration de classes et d'austérité pour les travailleurs, que la majorité a renoncé à avancer sur cette voie. En ce sens, les mots d'ordre qui étaient ceux des laïques au cours de ces années gardent toute leur actualité : abrogation des lois antilaïques ! Fonds publics à l'école publique ! Titularisation des maîtres du privé volontaires ! Nationaliation laïque des établissements fonctionnant sur fonds publics !

La question de l'école, à travers les luttes de ces trois années, se trouve placée au cœur de la la vie politique, elle est le thème de beaucoup de discussions parmi les travailleurs et dans les syndicats. Mais cela dans des conditions qui ne sont pas les meilleures puiqu'elles résultent d'une défaite pour le mouvement ouvrier. On peut être sûr que la réaction ne manquera pas de s'en saisir pour profiter de l'avantage et marquer de nouveaux points.

Il est urgent de relancer le combat laïque en lui donnant la dimension nécessaire : celle d'un combat sans concession contre la réaction bourgeoise et cléricale, au nom d'un authentique projet de défense et de développement d'une école publique au service des travailleurs. (Re)lectures : -Le dossier de Critique communiste ~ 0 4 (janvier 1982) : «Nationalisation de l'enseignement, cent ans d'école laïque ». -Critique communiste n°16 (février 19 8 3) : « Projet Savary : 'de recul en capitulation devant l'école privée». -les articles de Rouge.

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