Initiée par FO qui mène une vaste opération de syndicalisation des enseignants, une manœuvre de scission et de déstabilisation de la FEN est en cours. Elle pourrait connaître d'autres développements si la CGT s'engouffre, comme on peut le craindre, dans la brèche ouverte par Bergeron ..
travailleurs de l'enseignement, l'unité du service public et le mouvement syndical français dans son ensemble, dont le panorama pourrait se modifier sen-
Le combat contre la scission de la FEN passe aussi par la lutte pour la transformation de ce syndicat. Il sera d'autant mieux mené que sera retrouvée la véritable signification de l'autonomie, c'est-à-dire le refus d'entériner la
Q
Nicolas JEANSON
Les conséquences peuvent être siblement. scission syndicale de 194 7.
UAND, en décembre 1947, les dirigeants regroupés autour de la revue Force ouvrière décident de quitter la CGT dominée par les communistes, la direction du SNI ne suivra pas le courant socialiste dont elle est proche.
Au conseil national du SNI, qui s'ouvre le 28 décembre 1947, son secrétaire général diffère la décision: << C'est un congrès qui a décidé 1 'adhésion à la CGT, c 'est un congrès qui décide si cette adhésion doit être ou non maintenue . » Dès le 13 décembre, Marcel V alière présente ainsi l'orientation des instituteurs de l'Ecole émancipée : <<Position de principe : le SNI reste à la CGT et réclame un congrès extraordinaire de la CGT (. . .) Position de repli : la première proposition est repoussée, nous en prenons acte à regret, mais nous en prenons acte : "Vous ne voulez pas rester à la CGT, nous ne voulons pas aller à Force ouvrière" ( . .)Reste donc l'autonomie de la FF:N et du SNI (1). »
L'Ecole émancipée n'était représentée que par trois élus sur vingt au Bureau national du SNI. Mais le poids politique et personnel de ses représentants était important. Elle regroupait encore la poignée d'internationalistes qui n'avaient pas considérables pour la défense des cédé à l'union sacrée en 1914. Les Dommanget, Serret, Bouet, parmi · d'autres, instituteurs de campagne attachés au « refus de parvenir » pouvaient en imposer à beaucoup de dirigeants par leur expérience, et à beaucoup d'universitaires par leur culture. Marcel V alière avait été le dernier dirigeant de la fédération CGTU de l'enseignement (« la fédération unitaire »), jusqu'à la fusion de 1935 ; il y avait appris la résistance au stalinisme. Au congrès confédéral de 1946, il est le principal animateur de l'opposition de gauche à Frachon. L'origine de l'autonomie
Sans doute, toute l'autorité des animateurs de l'Ecole émancipée n'aurait pas suffi à empêcher la scission du SNI si les majoritaires n'avaient pas fait le même choix. Cependant, « la rapidité de n;;cole émancipée à se déterm iner contraste avec le silence des maj oritaires qui se prolonge (2). » Elle permettra au moins à l'Ecole émancipée et à Marcel V alière de jouer un rôle actif dans le déroulement des événements.
Le bureau national du SNI décide
1. «Notre ami Marcel Valière ,,, par H . Féraud et H. Vidalenche. Brochure EE 1975.
2. « La FEN choisit l'autonomie"· D. Sapojnik. «Le mouvement social, n° 92. Juillet-septembre 1975.
organismes autonomes, quelle que · révolutionnaire. Cette motion définit, de soumettre trois questions à la consultation des syndiqués : · 1 . Etes-vous partisan de maintenir l'adhésion du syndicat national à la CGT? Réponse: 33 958 oui, 54 947 non. 2. Si la majorité se prononce pour le retrait de la CGT, êtes-vous partisan de l'adhésion à la CGT-FO? Réponse : 21 554 oui, 64 473 non. 3. Si la majorité est hostile aussi bien à l'adhésion à la CGT qu'à l'adhésion . à FO, êtes-vous partisan de maintenir à tout prix l'unité du syndicat national et de la FEN, comme soit votre réponse aux questions précédentes ? Réponse : 72 1 3 2 oui, 15 125 non.
Le SNI, et les autres syndicats nationaux de la FEN, tiennent congrès en mars 1948, d'abord séparément, puis en fédération. La FEN est constituée comme fédération unitaire et autonome. Les militants du PC, qui avaient menacé de rester quoi qu'il arrive à la CGT, ne passent pas à l'acte. Ils obtiendront cependant le droit à la double affiliation, à la FEN et à la CGT ; il en sera naturellement de même pour FO. Ce n'est qu'en 1954 qu'est mis un terme à la double appartenance.
Un secteur de l'enseignement n'échappera pas à la scission: celui des centr es d'apprentissage (aujourd'hui les LEP), dont les enseignants, anciens ouvriers qualifiés, sont très influencés par le PC ; là, il n'y aura pas de référendum, et la CGT implante l'ancêtre du SNETP-CGT. De même construira-t-elle un syndicat parmi les agents et employés de l'Education nationale, le SGPEN. Ainsi se maintiendra une FEN-CGT, en marge des gros bataillons d'enseignants.
Incontestablement, les motivations des partisans de l'autonomie étaient très variables. Certains espéraient encore que l'autonomie ne serait qu'une étape transitoire vers le ralliement à FO. A l'opposé, pour l'Ecole émancipée, l'autonomie n'est que le moyen de préserver l'unité ; Marcel V alière parle à propos du congrès de 1948, 11 du désir clairement affirm é de travailler à la reconstitution d'une CGT unique et démocratique sur des bases plus solides que celles définies au congrès de fusion de Toulouse en !936. Les instituteurs syndiqués autonomes ne veulent pas se ':ouper de la classe ouvrière. ils n'entendent pas se réfugier da ns un splendide isolement ni sombrer dans un amica/isme 3. Id désuet . » Enfin, pour la majorité, l'autonomie est 11 le moyen de maintenir intacte l'efficacité de l'action d'une fédération puissante, en particulier sur le plan corporatif(]), »
Marcel V alière et ses amis sont conscients de cette hétérogénéité. Leur ligne de conduite est claire : d'une part, défense de l'unité syndicale et du droit de tendance, d'autre part, défense d'une orientation syndicaliste-révolutionnaire, contre le repli corporatiste.
C'est ainsi que le congrès de 1948 adopte une motion dite « Bonissel-V alière » du nom de ses deux rapporteurs, le réformiste et le outre les nouvelles normes de fonctionnement du syndicat, des éléments d'orientation de base. Mais dès 1949, l'Ecole émancipée se compte seule, obtenant 9,46 % des mandats. La souplesse et la rapidité de réaction de l'Ecole émancipée témoigne de la fermeté et de la maturité de ses animateurs. Ils n'ont, à aucun moment, laissé planer d'ambiguïté sur les raisons de leur combat et leur conception de l'unité. Un mois avant le congrès de l'autonomie, une « conférence d'unité syndicale » regroupait l'Ecole émancipée et les diffuseurs du bulletin d'opposition syndicale, Front ouvrier. Valière écrit à ce moment : 11 Il ne s'agit surtout pas de s'installer dans l'autonomie comme Jouhaux et Frachon s 'installent dans la scission. »
La suite démentira cette intention : trente-six ans après, la FEN s'est installée dans l'autonomie, mais la division confédérale n'a pas non plus reculé d'un pas. Que la cohésion sociologique des instituteurs ait facilité le maintien de leur unité syndicale est une certitude : mais ce constat ne doit pas déprécier la valeur de l'unité dans la FEN. N'est-ce pas une des raisons pour lesquelles le taux de syndicalisation dans l'enseignement est deux à trois fois supérieur à celui des autres secteurs? Est-il indifférent qu'existe un exemple d'unité organique (certes, avec toutes ses déformations), dans un mouvement syndical profondément divisé ? Croit-on encore que les inconvénients de l'autonomie soient supérieurs aux avantages de l'unité ? L'opération FO et ses conséquences
L'offensive actuelle de FO contre la FEN repose toutes ces questions. Mais elles ont d'abord été posées par la CFDT, notamment depuis 1968.
nos mises en garde depuis plusieurs . la FEN elle-même. Le projet est clair politique contractuelle fait fonction . solennel d'André Bergeron (. . .) E:t l'on
Ces deux confédérations n'ont jamais accepté 1948. L'une et l'autre mettent en avant les mêmes raisons de les rejoindre : la FEN, c'est le corporatisme ; les enseignants doivent se confédérer. L'argument fut bien reçu par une frange du milieu enseignant, dans les années post-68, notamment parmi les plus jeunes enseignants des collèges et lycées. Le SGEN-CFDT représentait le lien avec la confédération qui tirait les marrons du feu du mois de mai, et se gonflait de nombre de travailleurs combatifs. Aujourd'hui, il est difficile de nier que le «recentrage» du SGEN-CFDT le conduit souvent plus à droite que le « corporatisme » de la FEN. La croissance de la CFDT dans l'Education nationale semble stabilisée. Place à FO.
La première ambition de la direction de FO, c'est la défense de la « démocratie » et du « monde libre ». Le rôle du syndicat est défini comme un facteur d'équilibre de la société: il sert à alerter la bourgeoisie des limites qu'elle ne doit pas franchir, sans risquer l'explosion sociale. La de baromètre qui enregistre à un moment donné l'état de l'équilibre social.
D'où un syndicalisme de concertation, peu appuyé sur des structures militantes. D'où une perméabilité particulière aux infiltrations réactionnaires ou patronales. L'adversaire principal n'est pas le patronat, mais l'enneini du monde libre : le communisme. <<L'unité syndicale, écrit Roger Lerda, responsable confédéral de l'enseignement, ne peut servir que les communistes ». «L'unité d'action est un piège », renchérit la presse de FO. L'objectif est donc de faire la pige à la CGT, en refusant de la « reconnaître ».
Le fait nouveau est que la direction confédérale FO pense être en mesure d'inverser le rapport de forces avec la CGT dans les prochaines années. A la « Fête de l'amitié », le 7 octobre dernier, Bergeron déclarait: «Maintenant, nous pouvons atteindre l'objectif que nous nous étions fixé lors des heures difficiles, mais exaltantes, de décembre 1947 : reprendre la place qui, historiquement, nous revient, c'est-àdire la première . » Pourquoi maintenant ? En raison, bien sûr, du déclin du PC et de la CGT ; en raison aussi de la dérive suicidaire de la direction de la CFDT. En raison finalement du terrain laissé libre par les autres confédérations, et du désarroi créé par la politique de la gauche au gouvernement. Ainsi s'expliquent les bons résultats de FO aux élections à la Sécurité sociale fin 1983. L'influence et la force de FO ont toujours suivi une courbe inverse à celle de l'activité des travailleurs.
Il est significatif que, dans l'enseignement, l'offensive de FO survienne en même temps que la trahison laïque, qu'elle a d'ailleurs appelée de ses vœux. FO tente de percer dans le milieu sur la base d'une défaite : cela suffirait à caractériser le sens de son initiative. Et les déclarations de ses dirigeants ne laissent aucun doute sur la base qu'elle entend regrouper. Citons, parmi beaucoup d'autres, ce passage de l'inévitable Roger Lerda : (FO-Hebdo du 11 juillet 1984) : « Sans que l'opinion publique en ait conscience, c 'est la révolution dans l'enseignement public, à tra vers la conception autogestionnaire si chère à certains. Cela prépare de beaux lendemains ... On comprendra dès lors années à travers nos écrits, nos résolutions, et dernièrement l'appel comprendra aussi le changement qui se produit dans le corps enseignant où beaucoup, ne pouvant plus supporter à la fois l'emprise politique de certains syndicats et la catastrophique « novation >> qu 'on veut leur imposer, viennent à FO où, enfin, ils peuvent s'aérer et militer librement. »
Tout est dit : FO, c'est à la fois le syndicat sans communistes et le syndicat pour « des enseignants qui enseignent et des élèves qui s'instruisent», selon une formule qui cache, derrière son apparent bon sens, l'acceptation de la sélection sociale à l'école.
Ainsi, la scission de la FEN par FO est liée à un projet : reconstruire un syndicalisme enseignant sur la base d'un mouvement de réaction d'une partie du milieu , lassée d'attendre des solutions aux difficultés du métier.
Comment, dans ces conditions, les conséquences d'une scission de la FEN ne pourraient-elles pas être de la plus haute gravité ?
« La scission dans mon département entraÎnerait la création de deux syndicats égaux , tandis que quarante à cinquante pour cent du syndicat actuel ne sera it plus syndiqué du tout », déclarait un membre du Conseil national du SNI... en 194 7. Aujourd'hui, FO ne menace pas d'équilibrer la FEN, mais elle menace de donner à la CGT le bon prétexte de rompre à son tour l'unité de la FEN. Cette dynamique de scission aurait un effet désagrégateur profond sur le milieu.
A qui profiterait le crime ? Christian Beullac, dernier ministre de l'Education sous Giscard répond, dans Le Monde du 20 octobre : «Au ministère de l'E:ducation nationale, on dit que les syndicats sont aussi puissants que le ministre. C'est vrai. Mais seulement par le fait que le corporatisme est une force négative et que l'irresponsabilité détruit les meilleurs. A partir du moment où un syndicat détient le pouvoir syndical, par le poids écrasant de la FE:N, exerce le pouvoir administratif par les commissions paritaires, possède le pouvoir financier par un énorme appareil de mutualité, crée son pouvoir politique par une forte influence sur un parti, l'intérêt général ne peut sort i r vainqueur . » Conclusion: l'éclatement du service public en établissements concurrentiels, et la déstabilisation du statut des enseignants, passent par l'éclatement de comme de l'eau de roche. Quelle que soit la redistribution des cartes entre les syndicats existants, la droite (et ses porte-parole dans la gauche .. .) ont intérêt à faire disparaître la résistance intr insèque d'un syndicalisme unitaire. Le pluralisme dans le syndicalisme se présente comme une des conditions de l'introduction du pluralisme dans le service public luimême. Le lien apparaît ici clairement entre, d'une part, la guerre scolaire des trois dernières années où l'école privée s'est posée comme modèle de fonctionnement, et, d'autre part, les tentatives de destruction de la FEN.
Que celles-ci viennent de FO, qui se pare d'un attachement à l'unité du service public, ne change rien au résultat. Cela démontre seulement que les intérêts bureaucratiques sont plus forts que toutes les déclarations de principe. Les tentations de la CGT.
Il importe donc de tout faire pour que les élections professionnelles du 3 décembre ne soient pas un tremplin pour FO. Battre la division le 3 décembre est le premier impératif ·unitaire. Mais il n'est pas le dernier. Personne, en effet, ne peut dire à partir de quel score de FO, parmi les enseignants, la CGT déciderait elle aussi de débaucher les syndiqués de la FEN. Ce qui est sûr en revanche, c'est qu'elle entretient cette tentation depuis longtemps, qu'elle en rediscute
très sérieusement aujourd'hui, et que l'appareil de la tendance «Unité et action » dans la FEN se prépare à toutes les éventualités. Le scénario commence à être connu : l'actuelle FERC-CGT se transformerait en un véritable syndicat général, à l'image du SGEN-CFDT; les syndicats nationaux qui la composent seraient donc appelés à se dissoudre dans la fédération. C'est sans doute la raison pour laquelle le congrès du SNETP-CGT (enseignants de LEP) a été reporté au mois de mars 1985. En juin, la FERC elle-même tiendra son congrès. Entre-temps, la FEN aura réuni son instance souveraine, à Lille au mois de février ; et le SNES, syndicat FEN du second degré dirigé par « Uni té et action », en aura fait autant en mars.
Il est clair que l'appareil UA aura du mal à convaincre sa base de passer à la CGT. La partie ne serait pas gagnée d'emblée. UA peut donc encore être gagnée à l'unité. Le plus probable est que la direction de cette tendance prendra le temps de mener une bataille interne dans la FEN, en vue de créer le climat du départ et de rejeter toutes les responsabilités de la scision sur la direction UID de la FEN. Il lui faudra sans doute, en particulier, attendre le congrès du SNI qui se tient en juin. Ainsi, la période qui s'étend d u 3 décembre aux vacances d'été 1985 sera-t-elle décisive pour l'avenir de l'unité de la FEN.
Le moment chaud pourrait bien se situer entre la rentrée scolaire 1985 et les élections législatives de 1986.
Il faudra savoir défendre sans condition aucune l'unité organique et, parallèlement, formuler des propositions concrètes pour changer le fonctionnement de la FEN. Par ses traditions et son orientation, l'Ecole émancipée est encore à même de peser sur l'évolution du syndicalisme enseignant ; les occasions ne sont pas si fréquentes ...
Car sont aujourd'hui ébranlés les piliers qui fondent l'identité de la FEN. Elle est le syndicat de l'unité, et la scission frappe à la porte. Elle est le syndicat de la laïcité, et le gouvernement de gauche enterre tous les espoirs. On ne sauvera pas l'unité à long terme sans refonder les structures et l'orientation de la FEN : ce Ensemble du Instituteurs Collèges personnel enseignant 159 126 192 4. Id n'est pas là chercher des circonstances atténuantes aux diviseurs ; ils n'en n'auront jamais le bénéfice. C'est seulement constater que l'unité organique est fragilisée lorsqu'une orientation et un fonctionnement tendent à vider l'organisation syndicale de sa substance. D'ailleurs, les syndiqués n'ont pas le choix : les congrès ou élections syndicales internes posent cette année la question du changement dans la FEN.
Pourquoi ne pas partir de là : le milieu de l'Education nationale a évolué beaucoup plus vite que le syndicat. En 1948, on dénombrait 155 000 instituteurs et 17 400 enseignants de lycées. Trente-six ans plus tard, en 1983, il y a en France, 307 000 instituteurs et 290 000 enseignants du second degré. Le nombre d'enseignants a donc été multiplié par deux environ dans le primaire et par dix-sept dans le secondaire. Les deux «corps» s'équilibrent numériquement. L'essor du second degré est naturellement lié à celui des collèges. Les professeurs du secondaire se répartissent ainsi : 26,5 % dans les lycées classiques, 17,2 % dans les LEP et 56,3 % dans les collèges. Cette évolution, d'abord imperceptible, s'est accélérée à partir de la fin des années soixante. L'évolution des emplois budgétaires en indices fait apparaître les résultats en 1984 par rapport à 1967 (base 100, voir tableau ci-contre).
De même observe-t-on un développement considérable des professions non enseignantes dans l'Education nationale, depuis que celle-ci fut fondée : agents, infirmières, bibliothécaires, etc. Non à l'émiettement catégoriel de la FEN
Il y a donc eu une importante diversification des personnels de l'Education nationale. Comment la FEN y a-t-elle répondu ? Par la multiplication de syndicats nationaux de catégories (49 aujourd'hui). On peut ainsi compter une demi-douzaine de syndicats différents de la FEN dans un même collège, un pour les PEGC, un pour l'intendant, deux pour les professions de gymnastique,
Lycées LEP 187 214
l'adhésion de conviction. Et arrive le · ·l'Education-Hebdo, Jean-Claude Barun pour l'infirmière, un pour les certifiés et agrégés ... Non seulement, cet éclatement est un facteur de division des personnels, mais c'est un obstacle à la syndicalisation des professions « minoritaires » : où se réunira la section des infirmières dispersées dans tous les établissements, par exemple ? Et l'intendant ? Le résultat en est que la structure fédérale est ignorée de la plupart des syndiqués : on est « au SNES » ou « au SNI », mais pas « à la FEN ». La fédération se réduit à ses structures départementales et· nationales, dans l'ignorance de la plupart des syndiqués.
C'est donc un syndicalisme de métier qui se substitue au type de syndicalisme d'industrie. L'analogie n'est pas permise avec les centrales ouvrières: leurs fédérations recouvrent aussi des syndicats nationaux, mais ceux-ci rassemblent tous les personnels sur le lieu de travail.
L'émiettement de la FEN en syndicats catégoriels n'a cessé d'être renforcé par la direction fédérale pour ses intérêts propres. D'abord, parce que de la myriade de syndicats nationaux émerge le plus gros, qu'elle contrôle bien, le SNI. Ensuite, parce que la représentation des « petits syndicats», le plus souvent UID eux-aussi, valorise le poids de ce courant dans les instances fédérales. Un exemple : dans une section départementale, le syndicat national des directeurs d'Ecoles normales, avec un seul adhérent, aura un représentant à la CA de la FEN ; les plus gros syndicats en auront davantage, mais pas en proportion de leur poids : la voix d'un directeur d'Ecole normale peut ainsi compter autant que celle de 150 ou 200 instituteurs ...
La division catégorielle se cristallise depuis plusieurs années autour de la syndicalisation des professeurs de collèges : les PEGC. Le SNI (UID) les syndique aujourd'hui. Le SNES (UA) les réclame, puisqu'ils enseignent dans le second degré. Il est vrai que la FEN sera le dernier syndicat à avoir quatre syndicats d'enseignants dans les collèges ! Mais le SNES serait plus crédible s'il posait le problème de fond : pourquoi les instituteurs et les professeurs ne sont-ils pas dans le même syndicat ? Alors, l'affectation syndicale des PEGC ne serait plus l'enjeu d'une lutte d'influence de tendances, puisque tous les enseignants seraient réunis. Pourquoi faut-il que les professeurs de gymnastique soient non seulement répartis dans deux syndicats différents, mais en plus dans des syndicats différents de leurs collègues?
Il ne faut pas se méprendre sur l'enjeu qui se cache derrière la structuration de la FEN : il ne s'agit pas d'un débat technique, mais du débat qui va jaillir avec force dans les mois qui viennent. Car on ne peut pas discuter de l'avenir de la FEN sans dire ce qu'elle est : une structure formelle ou un syndicat général ? L'alternative se resserre. Les inconvénients de l'autonomie ne pèsent pas lourd à côté des inconvénients de la division catégorielle à l'intérieur même de la FEN. La défense de l'unité de la FEN passe par cette profonde transformation de ses structures. On ne peut combattre la division syndicale à l'extérieur, sans la réduire à l'intérieur.
La FEN est donc restée, . malgré l'évolution profonde du milieu, structurée autour du SNI (tous ses secrétaires généraux en sont issus, par exemple, et c'est aussi le cas de l'appareil fédéral). L'identité du SNI s'est forgée autour de la défense de l'école laïque. A l'origine, «Après l'épreuve de Vichy, ce sentiment de laïcité est même plus fort qu'avant guerre ( 4) n Il cimente les militants. Il est lié à une idéologie rationaliste, à la conviction que la libération sociale se fera par l'instruction. En 1960 et 1961, la mobilisation contre la loi Debré mobilise des millions de personnes. Mais elle fut suivie par « 23 ans de lois antilaïques ». Dans le même temps, la prolongation de la scolarité ramenait l'école élémentaire au statut « primaire », de première étape des études. La composition du milieu changeait : les écoles normales ne recrutent plus en fin de troisième les meilleurs élèves issus de la paysannerie, mais après le bac et, de plus en plus en milieu citadin. Le ministère embauchait aussi des « suppléants », souvent des étudiants pressés par la nécessité. Le métier se « dévalorise » dans la hiérarchie sociale. L'idéologie porteuse de la laïcité tombe à plat parmi les nouvelles générations. Mai 1968 passe par là, qui décape quelques illusions. Beaucoup de changements, donc sur une longue période, qui entraînent une lente transformation des rapports du milieu au syndicat : l'adhésion-réflexe prend le pas sur moment où la rupture se fait sentir. Il suffit que le contexte politique se dégrade : division de la gauche, ou trahisons de son gouvernement sans réaction syndicale à la hauteur.
La désyndicalisation prend des dimensions sérieuses. Pas plus qu'à la
CGT ou à la CFDT, peut-être. Mais la FEN part de plus haut : quand elle perd des cartes en grand nombre, elle risque de perdre son statut de syndicat hégémonique. Le SNI syndiquait 80 % des instituteurs en 1965 ; ce taux a chuté à 60 % aujourd'hui. La FEN regroupait 77 % des personnels en 1952, 62 % en 1970, et à peine plus de 50 % maintenant. C'est encore un taux deux fois supérieur à celui des confédérations ouvrières dans leurs secteurs. Mais la chute est lourde. Pourtant, la période ouverte par 1968 avait entraîné le gonflement des effectifs syndicaux ; preuve que la tendance antérieure à la baisse pouvait être contrecarrée. Les sommets d'adhésions ont été enregistrés en 1976-1977 pour la plupart des syndicats de la FEN. Depuis lors, le gain a été perdu, et même plus. Revenir
Run syndicalisme authentique
Le SNI, par exemple, est passé de 27 000 cartes en 1968-1969 à 314 600 en 197 6-1977, pour retomber l'année dernière à 235 000. Le SNES retombe à son niveau de 1969.
Il vaut la peine de citer quelques causes de la désyndicalisation, telles qu'elles sont analysées dans le rapport d'un important syndicat de la FEN fin 1983. Outre les« raisons politiques », figurent les raisons de « politique syndicale » : « Des collègues critiquent l'appareil syndical qu'ils considèrent comme une administration-bis ... Pour certains, le syndicat national manque de cam -bativité ... n Quant aux raisons de « vie interne », il est écrit : « Le militantisme n'est -il plus ce qu'il était ? La multiplicité des tâches administratives a conduit les responsables â réduire l'activité militante sur le terrain . On note généralement des difficultés pour quadriller le terrain, trouver des responsables locaux. Un certain désengagement militant provient de l'individualisme et d'un refus du sens collectif et de la solidarité. n
Dans une récente interview à barant, secrétaire général du SNI-PEGC, répond ainsi à une question sur les remèdes à la désyndicalisation: 11 Nous avons demandé une étude â un organisme spécialisé. Il s'agit d'une réflexion sur ce que nous sommes, sur notre champ de
orientation telle que celle-ci :« Nous · -L'unité syndicale, ce n'est pas
-L'indépendance syndicale, ce n'est Rien, aujourd'hui, ni les désaccords ni l'alliance avec le CNPF dans les passés, ni les trajectoires différentes, caisses de sécurité sociale, ni la ni des opinions encore divergentes subordination de l'action au cours en sur des questions particulières, non !
zig-zag d'un parti, ni la révision en Rien ne justifierait les sectarismes.
recrutement, et notre fonctionnement . Lorsque nous aurons les résultats de cette enquête, nous passerons tout cela au crible . Nous avons engagé d'autre part une réflexion interne. » C'est bien mal débuter l'étude des causes de la désyndicalisation, que de la confier à un cabinet-conseil ! Veut-on ripoliner le « look » du syndicat, ou replanter ses racines ?
On reconnaît publiquement à la FEN que s'est développé un comportement «consumériste» à l'égard du syndicat. Comment pourrait-il en être autrement, quand le syndicalisme est réduit à une prestation de services ? La MAIF et la CAMIF ne remplaceront pas la laïcité dans l'idéologie syndicale... Et on ne « produit » pas des militants avec une recherchons une négociation continue fondée sur le rapport de forces créé par la svndicalisation massive », selon André Henry, prédécesseur de J. Pommatau. Autant dire aux syndiqués : payez vos cotisations, nous faisons le reste .. . C'est d'ailleurs ainsi qu'un certain nombre d'entre eux le comprennent, dont ceux qui, attendant autre chose du syndicalisme, l'ont déserté !
Pour celles et ceux qui ne renoncent pas, pour celles et ceux qui ne combattent pas l'orientation de Pommatau pour adopter celle de Bergeron, Maire ou Krasucki, le moment est donc venu de se regrouper. Le syndicalisme authentique a de belles heures devant lui, pour qui n'en oublie pas les principes élémentaires :
baisse des revendications. L'indépendance syndicale, c'est dire la vérité aux travailleurs : voilà, les revendications; voilà l'obstacle à franchir; voilà l'action pour gagner. - La démocratie syndicale, ce n'est ni la personnalisation du syndicat dans les médias, ni le monolithisme de la presse syndicale, ni les exclusions formelles ou de fait des militants critiques, ni les tripatouillages statutaires. La démocratie syndicale, c'est la libre expression des structures, le fonctionnement fédéraliste et non centraliste du syndicat, la représentation proportionnelle des courants à tous les niveaux sans « discipline de tendance », la décentralisation du pouvoir au plus près des adhérents. seulement le combat contre les opérations de scission, c'est aussi l'unification des professions dans les structures syndicales, c'est la défense des revendications unifiantes, c'est la recherche constante de l'unité d'action. -L'action syndicale, ce n'est pas le « tout à la négociation », sans rapport de forces autre que la « représentativité» du syndicat. Ce n'est pas non plus les actions-soupapes sans lendemain. C'est la recherche de la mobilisation collective adaptée au niveau de la revendication et de l'engagement des travailleurs.
Pour une telle conception de l'unité, de l'indépendance, de la démocratie et de l'action syndicale, il faut maintenant rassembler les forces.
Il y a une certaine urgence à le faire.