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L'EPREUVE
POLONAISE
Première rèaction du PCF au coup de Jaruzelsky : cet éditorial de " l'Humanité .. du 14 décembre.
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EDITORIAL
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ANT de liens nous unissent à la Pologne qu'il est bien normal que les nouvelles de Varsovie soient accueillies chez nous avec un intéret passionné.
L'am i tié franco-polonaise, rappelons-le, est fondée pour une large part sur ·le respect que, tout au long <le l' Histoire, les Français ont éprouvé pour la souveraineté nationale du pays de Kosciuszko et de
Dombrowski, de Chopin, de Mickiewicz et de Marie Curie. Souveraineté tant de fois foulée aux pieds, notamment par les chevaliers teutoniques, le roi de Prusse, le tsar et l'Allemagne nazie. Souveraineté reconquise en
1945, par les sacrifices et les victoires des résistants polonais, de l'Union soviétique et de leurs alliés.
Dans les nouvelles épreuves que traverse la Pologne, il faut avant tout souhaiter que les Polonais eux- mêmes, sans aucune ingérence étrangère, résolvent les graves problèmes qui se posent à eux.
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Ouverte il .y a quinze mois, la crise actuelle n'a jusqu'ici entraîné aucune effusion de sang. A la différence de la tragédie de décembre 1970, l'esprit de concertation avait prévalu sur la Baltique en été 1980. Et nous avions alors salué ici même la volonté de renouveau démocratique qui se faisait jour. Mais, gravement traumatisé par les événements, le Parti ouvrier unifié polonais n'a pas su ou pas pu, à cette époque, réaliser les réformes profondes et audacieuses qu'attendait le pays. Il a souffert lui aussi du désarroi général et est resté en quelque sorte paralysé lorsque ont surgi de nouveaux et interminables conflits. Et suriout les excès de << Solidarité» ont ruiné l'espoir qui était né. S'ajoutant aux erreurs commises dans les années 70, ils ont désorganisé l'économie, créé un état de pénurie, de désordres et de grèves permanentes. Ils ont attisé une tension que la réunion de la commission nationale de << Solidarité », à Gdansk, ces tout derniers jours, a porté à son paroxysme.
Les comptes rendus de l'agence
France-Presse sont, à cet égard, édifiants. Voici quelques-uns des propos qu'ils rapportent.
Un responsable de<< Solidarité >> en
Silésie : << Aucune idée d'entente inspirée par le Parti ne devrait être acceptée.>>
Un responsable de << Solidarité >> à
Varsovie : << Il est temps de cesser de négocier avec le gouvernement. >>
Enfin Associated Press note qu' à
Gdansk, un autre dirigeant de << Solidarité >>s'est écrié que le moment arrivait où il faudrait << dégainer les épées >>.
Refus de l'entente nationale inlassablement proposée par les communistes
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~-~ polonais, refus de tout dialogue, appels à la lutte armée et à la subversion - il ne s'agissait pas de simples excitations verbales : déjà << Solidarité >> a constitué, ces jours derniers, des milices ; elle a même décrété, dans certaines usines, l' interdiction de toute activité communiste. Et ces préparatifs devaient déboucher sur l'organisation d'une journée dite de protestation nationale, à l' issue de laquelle un nouveau gouvernement devait être proclamé. Certains responsables de << Solidarité >> ont tenu, dimanche, à Gdansk, non point des discours syndicaux, mais un langage de guerre civile. Samedi soir, la Pologne apparaisw w
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sait sous le coup d'un péril imminent et mortel.
Le chef du gouvernement, le général Jaruzelski, n'a sans doute pas tort de dire que les mesures adoptées dans la nuit de samedi à dimanche étaient celles de la dernière chance.
Mesures exceptionnelles, mais dont
Jaruzelski a fixé lui-même les limites.
Les restrictions apportées à l'exercice des libertés doivent être temporaires, a-t-il dit. La grève, selon lui, demeure.-a un<< droit imprescriptible >>. Plus généralement, il exprime la conviction qu'<< aucun grand problème polonais ne peut être résolu à longue échéance par la force >>. Le souci déterminant est d'éviter l'affrontement.
Autant d'éléments dont ne veulent manifes.tement tenir aucun compte ceux qui, chez nous, comme
MM. Chirac ou Bergeron, affichent une irritation dont on peut se demander si son motif inavoué n'est pas que les Polonais se mêlent de régler eux- mêmes leurs propres affaires.
Ce n'est pas aider les Polonais que
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YVES MOREAU d'appeler à des démonstrations irresponsables. Pour ne favoriser aucun des périls qui menacent la Pologne, le respect de sa souveraineté nationale, la non-immixtion sont indispensables.
Jean-Paul li n'a que trop raison de rappeler qu'<< il y a eu déjà trop de sang versé en Pologne, particulièrement au cours de la dernière guerre, pour qu'on en verse encore>>. Et plusieurs gouvernements européens, dont le nôtre, par la voix de Claude Cheysson, ont fait savoir qu'ils s'en tiendraient au principe de la non- ingérence.
Il importe en effet, comme l'a souligné Georges Marchais, de s'abstenir de toute initiative pouvant gêner la recherche d'une issue pacifique à la crise.
Oui, souhaitons que les Polonais, sans épreuve de force intérieure et sans ingérence étrangère, parviennent à surmonter les dangers, et que vienne alors vraiment pour leur pays l'heure du renouveau.
Y. M.
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