les starting-blocks ans "• expliquait, au début des années soixante-dix, le secrétaire général du parti gaulliste.
La droite
dans
VEC près de 60 % des suffrages au premier tour des élections cantonaleS et 53,51 % au second tour, la droite devrait pavoiser. Consultation après consultation, elle engrange les bénéfices des trahisons gouvernementales, au point que désormais, sauf à changer radicalement de politique, la gauche ne peut plus espérer l'emporter en 1986. Pourtant, il règne, au sein du camp réactionnaire, une atmosphère de doute voire de panique. « Il me semble qu'if se produit en ce moment au sein des partis de droite quelque chose de désastreux, écrit ainsi Louis Pauwels. Si ces manières confuses perdurent, je crains que nous obtenions une victoire si médiocre qu'elle sera privée de sens et d'effet (1 ). » De son côté, Philippe Tesson note : 11 L'opposition n'apporte pour le moment sur aucun des terrains (/e phénomène Le Pen, sa capacité à assumer l'alternance) une réponse forte et crédible (2). »
Un tel climat ne peut s'expliquer par le seul « frémissement » qui a vu une fraction de l'électorat populaire se mobiliser, le 17 mars, pour faire barrage aux candidats de droite et d'extrême droite. Celui-ci est loin de combler l'écart qui sépare désormais la gauche des ses adversaires. Il faut donc en rechercher les causes dans la défaite de mai 1981.
La victoire de François Mitterrand sur Giscard fut bien autre chose qu'une simple alternance électorale. Elle constitua un échec pour la classe dominante. De surcroît, elle mit les partis réactionnaires dans un situation à laquelle ils n'étaient nullement préparés. Les institutions de la ye République, forgées pour assurer leur domination (3), se retournaient contre eux. Ils durent alors apprendre à vivre dans un système où, les socialistes disposant tout à la fois de la présidence de la République et d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale, ils ne pouvaient miser sur un retour rapide aux affaires. Durant de longs mois, ils laissèrent au CNPF le soin d'« occuper le terrain», et de développer la pression du « parti de l'entreprise » sur le gouvernement.
Durant cette période, les états-majors du RPR et de l'UDF se contentèrent de préserver leur unité, de réorganiser leur dispositif de bataille, et d'entretenir la
Christian PICQUET volonté de revanche de leur électorat traditionnel. En septembre 1981 , Bernard Pons, alors secrétaire général du RPR, s'écriait : 11 Le gouvernement nous oblige à constater que la tradition républicaine est aujourd'hui menacée. Sa politique est une politique de rupture, de fracture par rapport aux années passées. Il s'agit de remplacer la tradition républicaine par la tradition marxiste du socialisme collectiviste (4). » Dans le même temps, cependant, Chirac proclamait sa volonté de ne pas précipiter les échéances, afin de ne pas provoquer une large riposte populaire : 11 Certains vont j usqu 'à nous exhorter à l'action immédiate, sans d'ailleurs bien mesurer quels pourraient en être les formes ni surtout les risques. A la montée des impatiences et des périls, nous devons répondre par le sang-froid. 11 Des libertés au libéralisme
L'opposition ne parvint à repartir à l'assaut du pouvoir que lorsque la gauche, multipliant les plans de rigueur, dilapida son capital de 1981 et provoqua le désarroi et la déception dans la population laborieuse. Les battus du 1 0 mai firent alors flèche de tous les mécontentements, utilisèrent les possibilités de blocage que leur laissaient les institutions (Sénat, Conseil constitutionnel) et développèrent les thèmes sécuritaires et xénophobes qui firent par la suite le succès du Front national.
Simultanément, ils récupéraient à leur profit le discrédit frappant une série de valeurs traditionnellement défendues par le mouvement ouvrier. C'est ainsi que la « défense des libertés » devint le maître-mot de la droite. L'UDF organisa des « fêtes de la liberté» dans chaque département, le manifeste du Parti républicain prit pour titre « Libertés et progrès », tandis que le RPR tenait des colloques intitulés « Entreprise et liberté ». Progressivement, cette bataille fut associée à la défense de l'entreprise, censée, selon les idéologues de la réaction, être porteuse des « qualités de l'individu ». Et celle-ci déboucha sur une offensive en
1. Le " Figaro magazine,,, 2 mars 1985.
2. Le << Q"otidien de Paris ,, 4 mars 1985.
3. << Si nous ne faisons pas d'erreurs, nous sommes au pouvoir pour encore trente
4. Discours aux assises parlementaires du RPR, à La Baule.
5. Déclaration de Gattaz, le 14 décembre 1982.
6. Sondages de la SOFRES, réalisés pour J',. Expansion , en octobre 1981 et en janvier-février 1985.
7. "L'Idée est plus que jamais lancée,, écrivait ainsi « Libération » du 28 mars, citant un conseiller gouvernemental: •• Si on revendait, aujourd'huf, 25 % des actions de Rhône-Poulenc, on se les arracherait. ••
8. ,, Deux Français sur trois ''• éditions Flammarion, 1984.
9. •• Réflexions pour demain,, éditions Pluriel, 1984.
10. ,, Libres et responsables. Projet pour la France ''• éditions Flammarion, 1984.
règle contre « l'hypertrophie de l'Etat», accusé d'étouffer les industriels sous les charges et les réglementations. Le sens de cette campagne s'éclaire parfaitement comparée aux exigences du patronat français: «Nous demandons pour nos entreprises la liberté des prix et des salaires ; la liberté d'innover, d'exporter, d'importer, d'emprunter, de choisir, de risquer. La liberté d 'embaucher, et pour mieux embaucher, de licencier. La liberté de s'adapter à un monde qui change. En un mot, la liberté de vivre (5). n
Comment ne pas voir que, sur ces thèmes, là droite connut un incontestable succès. En 1981, 84 % des Français estimaient que l'Etat devait s'occuper de l'emploi, 66 % d'entre eux en appelaient au contrôle des prix et 54 % considéraient qu'il fallait surveiller l'embauche et les licenciements. A peine trois ans plus tard, il se trouvait un majorité absolue de personnes interrogées pour penser qu'il fallait réduire l'intervention de l'Etat et une majorité relative pour demander la liberté des prix ou l'allègement des charges patronales (6). S'il en fut ainsi, c'est que les hommes au pouvoir ont capitulé sur toute la ligne. Les dispositions législatives contestées par la bourgeoisie ont été abandonnées ou leur application a été différée. Les gouvernants sont même allés jusqu'à reprendre à leur compte une orientation néo-libérale où l'engagement à réduire le rôle de l'Etat se double de la promesse de réduire la pression fiscale sur les hauts revenus. Et il se trouve aujourd'hui des « socialistes» pour envisager la dénationalisation du secteur public (7). Le programme de la revanche
A l'évidence, un tel climat a permis aux dirigeants de la droite d'étayer leurs plates-formes pour 1986 sur l'exemple des expériences libérales américaine et britannique. Les ouvrages successivement publiés par Giscard d'Estaing (8),
Raymond Barre (9) et le RPR (1 0) en témoignent. Tous agitent les mêmes thèmes : primauté de l'offre sur la demande, sélection accrue des élites, Etat minimum, sacrifices pour les travailleurs.
Barre résume fort bien la logique que suppose un pareil programme pour la classe ouvrière : «L'impératif du rétablissement du déséquilibre extérieur ne doit jamais s'accomplir au détriment des entreprises (...) Pour restaurer l'équilibre extérieur, il est nécessaire de contenir la consommation intérieure(...) La France doit aujourd'hui, parce qu'elle ne peut pas faire autrement, accepter un net ralentissement de son activité économique et une baisse du pouvoir d'achat. Mais l'austérité ou la rigueur ne sauraient être une fin en soi, un simple ajustement en baisse des niveaux d'activité, d'emploi, de revenu(...) Son objet est d'assurer un assainissement en profondeur, préparant les bases d'une expansion nouvelle durablement compatible avec le maintien des équilibres retrouvés. n
Au-delà d'une simple aggravation de la politique d'austérité, c'est la volonté d'adapter l'intervention de l'Etat aux conditions nouvelles de l'accumulation du capital et de la concurrence internationale qui transparaît. Son axe fondamental consiste à libérer les entreprises de toute contrainte, afin de laisser s'exercer, dans tous les domaines de la vie économique et sociale, les règles de la concurrence pour accroître la compétitivité du capitalisme français sur le marché mondial. Cet objectif s'ordonne autour de trois volets.
+ La dérèglementation de la vie économique, la diminution des charges fiscales et des cotisations sociales. Dans le domaine du crédit, la droite prône par exemple la dénationalisation prioritaire des banques. La suppression de la multiplicité des circuits de fmancement privilégié et la suppression de l'encadrement du crédit vis-à-vis des institutions étatiques. De même, Barre préconise le retour à l'équilibre budgétaire par la réduction des dépenses publiques, tandis que les chiraquiens avancent la perspective de la réduction des impôts sur les hauts revenus et les profits ainsi que de la suppression de la taxe professionnelle.
+ La privatisation dans tous les domaines et les dénationalisations. Toutes les composantes du camp réactionnaire prônent la dénationalisation des entreprises passées sous contrôle étatique depuis 1981. Et si des contradictions apparaissent sur le sort des nationalisées de la Libération, elles s'accordent pour aller vers le démantèlement des services publics en dénationalisant certains d'entre eux et en gérant les autres selon les mêmes critères que dans le privé. Barre parle notamment de« gestion de type privé des entreprises publiques n et le RPR indique : «L'organisation des cliniques privées, des écoles libres, préfigure à bien des égards ce que pourrait être un système de prestations publiques. n
+ Le démantèlement du système de protection sociale. Sur ce point, Barre en appelle au transfert d'une partie des cotisations patronales sur les salariés et à l'intervention d'autres institutions que la
Sécurité sociale. De son côté, le parti gaulliste propose d'affecter certaines recettes fiscales à la Sécurité sociale et de
« responsabiliser » les assujettis en fonction de risques nés de leur comportement
(alcoolisme, tabagisme, etc.). Il s'affirme en outre favorable à un système de capitalisation de l'assurance-vieillesse.
Il subsiste néanmoins de singulières nuances entre les promesses des différentes familles de la droite. Barre. se montre plus prudent que Chirac en matière de libéralisme économique, en se déclarant favorable à un compromis entre l'Etat et le marché. Giscard développe pour la énième fois son intention de rassembler les deux tiers de la population autour d'un« groupe central» uni par un projet « moderniste », « libéral » et
« social ». Quant à Chirac, il se veut le
plus farouche partisan des thèses reaganiennes qu'il conjugue avec un discours sécuritaire fort proche de celui de Le Pen. Il n'en demeure pas moins que c'est une logique similaire qui traverse tous les programmes de l'opposition. Un projet défaillant
Tous les éléments qui viennent d'être décrits font aisément une ligne de gestion gouvernementale. Ils ne constituent pas pour autant un projet politique. Pour espérer asseoir durablement son autorité, en cas de retour aux affaires, la droite ne peut pourtant se contenter de gagner les élections. Il lui faut encore souder autour d'elle les principales fractions de la classe dominante, renforcer ses partis, se doter d'une base sociale dépassant les secteurs traditionnellement acquis. C'est précisément son incapacité à répondre à ces problèmes qui perdit Giscard, voici maintenant quatre ans. Force est sur ce plan de constater que le camp bourgeois n'a guère fait de progrès.
Il apparaît tout d'abord un important décalage entre ses succès sur le terrain des urnes, sa capacité à attirer les suffrages de certaines catégories populaires ( l l) et la réalité de son enracinement social. Les sondages relèvent en particulier que seuls les cadres, les professions libérales, les commerçants, les agriculteurs et les retraités sont convaincus des avantages qu'ils tireraient d'un changement de majorité. En revanche, 32 % à peine des employés et 29 % ~es ouvriers partagent ce sentiment, pour ce qui les concerne. Preuve, s'il en était besoin, que la droite continue à stagner dans les fractions les plus nombreuses de la population.
Ce constat conduit d'ailleurs la SOFRES à l'analyse suivante: «Déçus par la gauche, les Français se tournent vers l'opposition, mais en définitive, se sentent-ils plus proches d'elle ? Les indicateurs de la SOFRES montrent que, sur ce plan-là, elle n'enregistre aucun progrès. En février 1984, 43 % se déclaraient "très ou assez proches" de l'opposition et 40 % "assez ou très éloignés". En un an, la stabilité est presque totale puisqu'en juin 1983, les chiffres étaient respectivement de 43 et 41 %. Cette difficulté des partis d'opposition à susciter l'adhésion se traduit par le fait qu'ils ne progressent pas en proportion des pertes de la gauche. A la question "A qui feriezvous le plus confiance pour conduire les affaires du pays ? ", la gauche a perdu en deux ans quatorze points de confiance, alors que l'opposition n'a progressé en tout et pour tout que de quatre points. Après une chute à !afin 1983, l'opposition retrouve en avril un meilleur niveau mais en un an, de juin à avril 1984, elle n'a gagné qu'un seul point. En définitive, c'est le scepticisme qui progresse le plus durant cette période, puisque le nombre des Français qui pensent qu '"il n'y a pas de différence" entre les deux grandes coalitions augmente régulièrement au fil des enquetes, passant de 14 à 22 % entre 1982 et 1984(12). 11
Ce décalage se répercute au sein des partis eux-mêmes. Dans une intéressante étude, Colette Y smal relève ainsi que la composition des trois grands partis bourgeois (RPR, UDF et CDS) reflète la réalité du « peuple de droite » (13). Les industriels, professions libérales, cadres supérieurs y représentent de 27 à 30 % des effectifs, les commerçants 20 % et les agriculteurs 7 % , alors qu'on ne trouve que 30 % d'ouvriers et d'employés. Encore convient-il de préciser que prédominent, chez ces derniers, les employés de commerce, les sténo-dactylos de PME et les agents de maîtrise.
La paralysie du bloc conservateur se reflète également au niveau de ses appareils. Ceux-ci n'ont guère été renouvelés après la débâcle de 1981. «Dans la tourmente, constataient récemment deux journalistes de droite, les appareils ont eu pour premier objectif de garder le contrôle des événements (14). 11 Ce qui n'a pas manqué de provoquer de vives tensions entre les« cadets»- représentés notamment par la génération des nouveaux maires de grandes villes élus en 1983et les caciques solidement installés dans les sérails parisiens.
Placée dans de telles conditions, la droite s'est révélée incapable de régler ses problèmes de leadership. Le RPR bénéficie de la structuration la plus puissante et la mieux implantée. Mais il est aussi le parti qui se situe le plus à droite aux yeux de l'opinion, ce qui limite ses possibilités de développement en direction des secteurs « flottants » de l'électorat. Sur ce terrain, l'UDF serait mieux placée. En revanche, elle demeure une confédération de groupuscules essentiellement composés de notables et ses diverses composantes (Parti républicain, CDS, Parti radical) sont divisées sur les choix de construction à opérer. Quant à Raymond Barre, ne disposant d'aucun parti, il s'efforce se construire son réseau à l'intérieur du RPR et surtout de l'UDF, tout en cherchant à gagner la confiance du monde des affaires grâce à l'action de ses dix-huit groupes d'étude réunis sous l'appelation GESEC. Une telle situation alimente une « guerre des chefs » d'autant plus dépourvue d'issue qu'aucun des prétendants à la magistrature suprême ne parvient à prendre durablement l'avantage sur ses rivaux (15) et que nul autre postulant n'émerge.
Dernier indice de la crise de direction du camp bourgeois, l'absence de doctrine cohérente. Il est significatif qu'après 1981, le soin de la réflexion sur ce plan ait été laissé à divers clubs : Club de l'horloge, Club 1989, CERCLE, Comités d'action républicaine, etc. Cela ne pouvait qu'entraîner des dérapages, ces derniers faisant assaut de propositions ultra-reaganiennes, peu adaptées aux besoins réels d'un patronat confronté à une dépression et à une concurrence accrues. Les chefs de file de l'opposition durent alors bien vite mettre un terme à des incohérences qui affaiblissaient un peu plus leur crédit. Quoiqu'auteur d'un ouvrage intitulé la
11. Aux élections cantonales, 52 % des chômeurs ayant voté se sont reportés sur la droite, 44 % seulement d'entre eux accordant leur suffrage au PS et au PCF.
12. SOFRES: "Opinion publique 1985 "• éditions Gallimard.
13. " Demain la droite "• éditions Grasset, 1984.
14. ,, L'Express "• 28 septembre 1984.
15. Les sondages en constituent l'Indice, marquant des variations extrêmes de popularité pour les leaders de la droite.
Solution lièérale, Guy Sorman indiquait ainsi, en octobre dernier : « Que (on cesse donc de débattre du libéralisme comme . d'une notion abstraite pour parler enfin de solutions libérales pour l'économie, l'entreprise, l'école, la santé, les impôts, la monnaie (17) ... » Un débat de stratégie Deux données ont fini par rendre explosives les contradictions de la droite. La première renvoie évidemment à la concurrence exercée par le Front national. La paralysie de l'opposition traditionnelle a en effet permis le renforcement des marges de manœuvre de l'extrême droite. Les transfuges se multiplient et proviennent tout particulièrement du RPR. 33 % des électeurs chiraquiens affichent même leur préférence pour Le Pen plutôt que pour Michel Rocard (18). Comme les élections cantonales le confirment, la droite ne saurait désormais espérer reconquérir le pouvoir sans l'appui de l'extrême droite. Mais elle risque alors de perdre sur tous les tableaux. Plus elle banalisera l'extrême droite, plus celle-ci exercera un pouvoir d'attraction sur ses propres symphatisants, et son électorat risque de se fracturer. Si les partisans d'une revanche musclée reportent massivement leur voix sur la formation de l'ancien député poujadiste, il se trouve près d' une moitié des1 électeurs de droite pour refuser ce choix et 20 % pour préférer l'élection d'un socialiste en cas de duel entre la gauche et l'extrême droite. L'ancienne majorité doit donc naviguer au plus juste, mais elle ne peut éviter des oscillations permanentes. Alors qu'à un mois des cantonales, les états-majors du RPR et de l'UDF envisageaient publiquement des accords locaux avec le Front national, ils ont été contraints de faire volte-face entre les deux tours, récusant toute négociation avec Le Pen. Reste que d'ici 1986, le problème demeurera. Une partie de sa base étant acquise aux thèses du Front national, ayant elle-même contribué à légitimer ce parti par ses discours revanchards, la droite parlementaire va maintenant subir des pressions contradictoires, qui peuvent la mener à l'éclatement. Ce problème prend un tour d'autant plus aigu qu'il se conjugue avec J'évolution de la politique gouvernementale depuis juillet 1984 et avec la perspective d'un scrutin législatif à la proportionnelle. A moins d'un an de 1986, confrontée aux tentatives de Mitterrand pour favoriser l'émergence d'un « centre-gauche », la droite va devoir refonder sa stratégie ! Au lendemain du premier tour des cantonales, l'éditorialiste de l'hebdomadaire patronal la Vie fran17. Le« Nouvel Observateur "• 5 octobre 1984. çaise traduisait sous le titre éloquent « 86 18. Sondage effectué en mai 1984, pour c'est fini » les interrogations d'une partie le compte d'un groupe de journaux de de la classe dominante : « L'opposition province. sait pertinemment qu 'en refusant l'al19. · .. La Vie française "• Il mars 1985. liance avec Jean-Marie Le Pen, elle vient 20. Le « Nouvel Observateur "• 12 octo- de renoncer à être majoritaire à la Chambre 1984. bre des députés en 1986. Pour gouverner, elle devra conclure des alliances au centre gauche et accepter un Premier ministre qui ne mënera pas, loin s'en faudra, la politique libérale qu'elfe promet aux Français. Le risque sera alors grand de voir les représentants de l'opposition incapables d'imposer leurs choix à un président de la République qui, lui, se sentira confirmé dans ses fonctions. Au cours de cet intérim, chacun sent bien, au RPR comme à l'UDF, que le danger de l'échec et du ridicule le guette (19). ))
Les affrontements vont dès lors s'intensifier. Le RPR risque de se trouver en profond déséquilibre. Profitant de la puissante machine à sa disposition, Chirac comptait faire de 1986 un tremplin vers l'Elysée. Pour résister aux pressibns contradictoires qui s'exercent sur lui, il pratiquait le double langage. D'un côté, il laissait la porte ouverte à une collaboration discrète avec le Front national, en reprenant à son compte nombre des thèmes de celui-ci (sur la sécurité, l'immigration ou la natalité). De l'autre, il s'efforçait d'affirmer une image légaliste et responsable, acceptant officiellement l'hypothèse- d' une cohabitation avec Mitterrand jusqu'en 1988. La configuration des forces à l'Assemblée nationale, après mars 1986, risque de ruiner ce calcul.
Au sein de l'UDF, certains courants pourraient être sensibles aux appels des gouvernants au « rassemblement des républicains». N'est-ce pas le secrétaire général du Parti républicain lui-même, il y a quelques mois, qui laissait ouverte la perspective d'une collaboration avec les socialistes : «Le rôle de l'opposition n'est pas de se créer un adversaire imaginaire, mais de répondre à un adversaire véritable, indiquait-il. Il n'y a pas lieu de parler de "socialo-communistes" ou du "marxisme qui ronge la France", puisque le langage et la pratique du gouvernement semblent avoir changé (20). ))
A l'inverse, la famille barriste pourrait se trouver confortée par la nouvelle situation. N'étant pas à même d'espérer jouer un rôle central en 1986 faute d'une structuration suffisante de son courant, l'ancien Premier ministre mettait déjà délibérément le cap sur !7échéance présidentielle, escomptant que ses concurrents directs se discréditeraient en acceptant de cohabiter avec le chef de l'Etat. Il ne peut désormais que se poser davantage en recours, au-dessus des partis, au nom de l'esprit des institutions gaullistes.
Quelle que soit l'issue des joutes politiques, au cours des prochains mois, la droite va vivre à l'heure des équilibres instables et des choix malaisés.