PS:
A défaite de la gauche aux cantonales constitue, de nouveau, après les législatives partielles, les municipales de 1983 et les européennes de 1984, la rançon. de la politique menée par les réformistes. Les leaders du PS tentent de valoriser le « frémissement» de l'opinion en faveur du gouvernement, qu' ils ont cru percevoir dans les sondages et les urnes. Une chose est sûre; désor- · mais, l'activité du Parti socialiste, la teneur de ses débats, les interventions de ses dirigeants ont une toile de fond unique: les élections législatives de 1986. Avec, en filigrane, une question encore tabou (mais plus pour longtemps) : celle des alliances.
Comment perdre le moins possible en 1986? Avec qui gouverner après 1986? C'est la réponse à ces questions qui va déterminer le contenu de la réforme du mode de scrutin. C'est cette préoccupation qui a présidé à la constitution du gouvernement Fabius. Dès son investiture, il a défini les thèmes qu'il entendait développer et qui vont constituer les références de la campagne du PS : moderniser la France, rassembler les Français. Cette orientation élyséenne n'est évidemment pas sans conséquence pour le Parti socialiste : non seulement elle tire un trait sur les aspirations qui l'ont porté au pouvoir le 10 mai 1981, mais elle remet en cause la stratégie sur laquelle il s'était reconstruit après le Congrès d'Epinay : l'union de la gauche. Elle force ainsi le parti et l'ensemble des courants à se repositionner. Mourir pour la modernisation ?
Ce titre d'un article de M. Charzat(l) n'est sûrement pas la perspective du gouvernement. L'utilisation répétée de ce thème vise à la fois l'électorat centriste et la base ouvrière. Aux «déçus du socialisme », ·il s'agit de montrer que le pouvoir a modifié son profil - d'où le look Fabius, aussi peu « idéologique » que possible - et que la gauche, ayant mis en veilleuse ses velléités de transformer la société, est capable de gérer. Et même qu'elle gère mieux que la droite.
On assiste, mois après mois, à un discours centré sur la valorisation du redressement économique et des bons indices : diminution du déficit du commerce extérieur et chute de l'inflation. Certes, le chômage progresse, aggravé par la politique d'austérité. Les dirigeants socialistes ne manquent jamais une occasion de se lamenter sur ce « véritable drame », mais pas question d'abandonner une politique qui commence, affrrme-t-on, à porter ses fruits. Le chômage actuel serait ainsi le prix à payer, douloureux mais inévitable.
La modernisation, derrière le discours en vogue sur les nouvelles technologies, recouvre une réalité plus prosaïque : restructuration accélérée des branches industrielles en déclin (2), restauration de la compétitivité des entreprises par dégraissage des effectifs et développement de toutes les formes de « souplesse » de la main-d'œuvre (intérim, sous-traitance, contrat à durée déterminée, temps partiel, horaires décalés, etc.). L'objectif réel -rétablir les marges de profit des entreprises- est justifié par l'adage bien connu mais jamais vérifié : les profits d'aujourd' hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain ... Manifestement, il vaudrait mieux que les chômeurs ne soient pas trop pressés (3) ....
Naturellement, ces perspectives ne soulèvent pas l'enthousiasme parmi les travailleurs : l'objectif est donc de les convaincre que c'est la seule politique possible. Comme le résumait L. Fabius : 11 La modernisation n'est pas une option, c'est une obligation (4). il
Reste à en persuader les militants socialistes : c'était la raison d'être initiale de la Convention sur la modernisation tenue les 15 et 16 décembre dernier. Sa préparation laborieuse a permis de mesurer les réticences et les inquiétudes de la base : questionnaires peu remplis, réunions de sections peu fréquentées, tentative du CERES de prendre date à l'aide d'une contribution. Avec, en toile de fond, une interrogation lancinante reprise dans les documents : 11 La modernisation, en définitive, pose le problème des bases sociales et du rôle du PS. il On ne saurait mieux dire ...
Finalement, une réorientation s'est imposée : le texte a été gauchi, par les ap-
1. Tribune libre dans <<le Monde, du 7 décembre.
2. Ce sont très souvent les bastions du mouvement ouvrier et les points d'ancrage de l'électorat de gauche.
3. La rèduction du temps de travail semble définitivement passée à la trappe, malgré la promesse faite en 1982 que 1985 serait l'année des 35 heures.
4. Intervention à la Convention sur la modernisation.
5. Les révolutionnaires sont les derniers à sous-estimer le danger que représente, pour le mouvement ouvrier, la montée de l'extrême droite. C'est bien la raison pour laquelle Ils s'opposent à sa banalisation comme simple argument de tactique électorale.
6. Michel Rocard à Châtenay-Malabry le 7 mars 1985.
7. Ces << analyses , ont un objectif très politicien ; Il n'en reste pas moins qu'elles s'appuiènt sur un fond de vérité.
8. On se souvient des déclarations de J.P. Chevènement après son départ du gouvernement Mauroy: <<Quand on est ministre, on la ferme. ,
9. Ce mensuel, qui a succédé à << Non ! , et << Repères ,, sert de caisse de résonance aux thèses du CERES et à leurs évolutions. Depuis sa création, Il porte en exergue: <<Pour la République et le socialisme .....
10. Dans l'Interview publiée par ,, le Matin" du 4 mars, J.-P. Chevènement développe la logique ultime de ses analyses : •• Ce qui peut faire gagner la gauche, c'est l'Idée de salut public., Et d'un sauveur?
ports du CERES, sur le thème « la gauche reste la gauche » et la convention s'est transformée, de lieu de débat et de conviction sur la politique économique, en grande masse de mobilisation des énergies militantes dans la perspective des échéances élect11rales (cantonales, législatives).
Dans la foulée, la campagne prévue, «Le PS en direct avec vous», s'est réduite à quelques réunions d'appartement autour d'élus socialistes et au message enregistré sur répondeur téléphonique par Michel Piccoli, pour laisser place à une campagne des élections cantonales très traditionnelle, centrée sur les complicités entre l'opposition et le Front national. Rassembler : du bon usage de l'effet Le Pen ...
Autant le thème de la modernisation a du mal à mordre, y compris parmi les militants socialistes, autant celui du rassemblement semble plus prometteur. Maître-mot du discours officiel, le rassemblement recouvre des réalités différentes : en décembre 1984, J. Delors évoquait sur TF1 « un rassemblement de 70 à 75 % des Français sur un projet qui leur paraisse acceptable n, pulvérisant ainsi les ambitions de Giscard qui, lui, ne prétendait convaincre que deux Français sur trois ! Lors du meeting qu'il a tenu à Rennes, le mois dernier, F. Mitterrand proposait, lui, de rassembler contre la crise et... le terrorisme. Quant à L. Fabius, son discours électoral à Toulouse Oe 7 mars) était centré sur l'appel au rassemblement républicain contre l'extrême droite. A l'évidence, les stratèges de l'Elysée pensent tenir un bon filon avec l'effet Le Pen (5). L'exploitation par le gouvernement et les leaders socialistes de la montée du Front national présente en effet de nombreux avantages: -Il s'agit, en agitant le repoussoir de l'extrême droite dont l'apport est indispensable à la droite pour être majoritaire, de faire taire les critiques dans l'électorat ouvrier et populaire, de faire passer au· second plan la politique d'austérité et ses conséquences, de provoquer un réflexe antifasciste pour resserrer les rangs autour du gouvernement notamment en termes électoraux. -La mise en avant du thème de l'extrême droite oblige les dirigeants de la droite à se positionner par rapport à Le Pen et à étaler leurs divisions déjà mises en lumière par les polémiques sur la co habitation. -Enfin, cela permet d'aborder la question des alliances. Téléguidée de l'Elysée, la création d'un centre gauche autour de la liste ERE aux élections européennes et partenaire possible pour le PS a fait long feu. Le danger d'extrême droite permet, lui, de jeter les bases d'un front républicain englobant des secteurs de l'actuelle opposition : l'alliance avec tous ceux qui, à droite, auront refusé l'alliance avec le Front national.
Ce qui n'est encore qu'un thème idéologique - séparer la droite républicaine de la droite extrême- pourrait rapidement prendre de l'ampleur et se matérialiser. Ainsi M. Rocard, selon !"habitude qui est la sienne, ouvre des perspectives qui, si elles ne sont pas encore la ligne officielle, pourraient bien le devenir : « Si un candidat conservateur a pris des positions claires et refusé tout compromis avec l'extrême droite, pour le socialiste que je suis, ce ne sera pas bonnet blanc et blanc bonnet. Il ne faudra pas s'abstenir, il faudra battre l'extrême droite (6). n
Ces combinaisons à venir, destinées à remplacer la défunte union de la gauche, sont aujourd'hui dissimulées - à peine- derrière une offensive idéologique sur la défense des valeurs de la République et de la nation : on ne fustige plus les « gens du château » ou les « forces de l'argent» -ce qui pouvait à la rigueur renvoyer à un clivage de classe-, on dénonce la volonté de « restauration » de la droite, sa ftliation avec · « l'esprit de Vichy» (7).
La rupture avec le capitalisme, qui a quand même fait les beaux jours de tant de congrès socialistes, est depuis longtemps passée à la trappe. Les valeurs de la gauche sont mises en sourdine, à commencer par la laïcité. Sur les traces de J.P. Chevènement, le parti tout entier redécouvre la République et l'on parle de restaurer au fronton des écoles sa fière devise, « Liberté, Egalité, Fraternité », quotidiennement foulée aux pieds depuis deux siècles de République ... bourgeoise. La dérive du CERES
C'est évidemment pour le CERES que la réorientation politique est, depuis un an, la plus importante. L'entrée de J.p. Chevènement dans le gouvernement Fabius s'est immédiatement traduite par la mise en sourdine du discours qui avait ponctué l'activité du CERES pendant le dernier gouvernement Mauroy : le CERES dénonçait alors la politique économique gouvernementale comme suicidaire, menant à l'échec et à la rupture de l'union de la gauche. Paradoxalement, c'est après le départ des ministres communistes -événement qui confirmait plutôt ses prédictions- que le CERES a renoncé à toute agitation sur la nécessité d'une « autre politique ». Ses porte-parole se contentent d'évoquer sporadiquement l'idée d'une certaine relance, mais ce thème est loin d'être l'apanage du CERES : aussi bien A. Laigne! que ... M. Rocard y ont fait écho, lors de la Convention sur la modernisation.
On aurait tort de limiter l'attitude du CERES à la solidarité gouvernementale (8). La lecture d'Enjeu (9) comme les interviews données par J.-P. Chevènement (1 0) révèlent qu'un véritable débat de refondation est lancé au sein de ce courant. En effet, plus encore que pour la
majorité du parti, l'identité du CERES s'était forgée autour d'un projet : l'union •de la gauche autour d'un programme •commun de gouvernement afm de dépas:ser les vieilles ornières du mouvement touvrier, la social-démocratie et le stalinisme. Ces références sont, à l'évidence, mises à mal par l'évolution de la •situation. Chevènement a pris les devant, dès janvier 1984, avec la création du club ·République moderne. Si l'échec de ':e projet est patent sur le plan organisationnel -il ne semble pas que les patrons « modernes» ou les gaullistes attachés à l'indépendance nationale se pressent à la porte ! - , Chevènement a néanmoins réussi à convaincre la direction du CE RES.
· L'analyse n'est pas entièrement nouvelle et renvoie à des conceptions déjà développées dans le passé par Chevènement. Mais elle est aujourd' hui systématisée (11). Rappelons-en les grandes lignes : le socialisme n'est pas à l'ordre du jour ; le danger qui guette la planète (et le mouvement ouvrier en conséquence), c'est l'effacement des vieilles nations européennes, en premier lieu la France, au profit d'un « condominium nippo-américain >> ; face au capitalisme multinational, c'est la nation qui constitue ' le rempart possible; or, celle-ci s'identifie à la République dont les valeurs sont le patrimoine de la gauche. Ainsi l'a~ic!e intitulé « La République, une tdee moderne », publié dans le numéro de mars d'Enjeu, conclut: «La République trace la voie de la reconquête idéologique.. . Elle est la voie la plus directe vers le socialisme. >>
Une telle orientation permet sans doute à la direction du CERES d'être parfaitement en phase avec l'actuel discours gouvernemental ; mais elle ne peut manquer de poser problème à la base de ce courant, à tous ceux -notamment dans les entreprises- qui l'avaient rejoint parce qu'il était la « gauche » du PS le champion de l'union de la gauche, le 'gardien de la rupture avec le capi~lisme. Vouloir faire jouer au PS un role un peu équivalent à celui du Parti radical sous la m• République risque fort de ne pas répondre à leur attente.
Autre sujet potentiel de contradiction : la politique menée à la tête du ministère de l'Education nationale. L'exaltation de l'élitisme républicain, du goût de l'effort, l'offensive de restauration (antipédagogique) valent aujourd'hui à J.P. Chevènement une certa i ne popularité ( 12). Mais cet état de grâce -qui s'étend à la droite et aux milieux les plus réactionnaires de l'enseignement - est trompeur et va laisser des séquelles à gauche. Il sera difficile aux laïques d'oublier que l'arrivée ~e J.p. Chevènement à l'Education nationale consacre la capitulation complète du gouvernement sur la question scolaire : après tout, ses « propositions simples et de bon sens » destinées à désamorcer la querelle scolaire ne sont rien d'autre que la reprise de la loi Debré ! Quant à l'orientation actuelle mise en œuvre dans l'enseignement, elle est bien incapable d'apporter une réponse convaincante aux problèmes qui restent posés (en premier lieu l'échec scolaire). A terme, J.P. èhevènement risque bien de perdre sur tous les tableaux, comme en témoignent tant l'hostilité du SGEN-CFDT que le peu d'enthousiasme de la direction de la FEN (13). Rocardiens · la gauche, c'est nous
Plus le gouvernement et, à sa suite, la majorité du PS empruntent aux thèses traditionnellement mises en avant par les rocardiens en matière économique, et plus ils s'efforcent de réduire la place de ce courant au sein du parti, même si le gouvernement Fabius se concevait aussi comme un gouvernement d'union ... des courants du PS, à défaut d'avoir réalisé l'union nationale. Sa composition a d'ailleurs irrité les rocardiens, bien mal récompensés d'avoir joué à fond la solidarité gouvernementale et fait taire leurs critiques : ils n'ont qu'un seul ministre : Rocard. C'est donc à une certaine remise en cause de cette attitude qu'a procédé la réunion nationale du courant qui s'est tenue en août 1984. Solidarité gouvernementale oui, mais finie la stratégie du silence.
Plus généralement, les rocardiens ont pris acte de la concurrence à laquelle ils sont soumis, de la part de L. Fabius, sur leurs terrains de prédilection : rigueur, langage de «vérité », réalisme économique et compétence gestionnaire. On assiste à un curieux chassé-croisé : c'est aujourd'hui de ce courant que sont ~~ues les mises en garde contre une pohttque économique par trop réduite à la gestion, la dénonciation de l'offensive idéologique libérale et les risques d'adoption par les socialistes d' une démarc he social-démocrate (1 4), ainsi que la réaffrrmation de l'ancrage à gauche du PS (15) ! Mais la palme revient assurément à J.-P. Cot et D. Taddei qui dénoncent, à l'avance, toute tentation de s'orienter vers l'électorat centriste et rendent un hommage aussi tardif qu'appuyé à la stratégie d'Epinay, fondée sur l'union de la gauche !
Rocard lui-même est assurément plus prudent : après avoir réussi sa « rentrée » dans le parti en faisant assaut de modernisme avec L. Fabius lors de la Convention sur la modernisation, il s'efforce aujourd'hui, à la faveur de la campagne anti-Le Pen d'apparaître comme l'homme d'une autre alliance (16), celui dont le profil coïncide le mieux avec la nou_velle orientation du gouvernement. Tant il est vrai qu'en 1988, il ne s'agira plus d'être le candidat des seuls socialistes ... Le courant Mauroy : horizon 1988 ?
Principal perdant lors de la constitution du gouvernement Fabius, ce courant est confronté à la question de son
11. Le numéro de mars d'.- Enjeu ., illustre bien cette orientation à travers l'éditorial de D. Motchane et un article signé J.M. Sebord sur <<La République, une idée moderne ...
12. Conscient d'avoir poussé le bouchon un peu loin, Chevènement s'est adressé par lettre aux mouvements de recherche pédagogique, dont le mouvement Freinet, pour valoriser leur appor~.
13. Au congrès de la FEN, J. Pommateau n'a pas hésité à reprocher à Chevènement d'avoir caressé dans le sens du poil des parents qui se désolent de ne pas retrouver dans l'école de leurs enfants le reflet de leur propre enfance.
14. ,, Vous avez dit socialisme? "• par J.P. Cot et Dominique Taddei (,,le Monde., des 13 et 14 septembre 1984.
15. <<La gauche doit se souvenir qu'elle est la gauche., : interview de M. Rocard au <<Nouvel Observateur ...
16. <<Le Monde., du 9 mars 1985.
En s'appuyant sur les bastions tra- · quitte à valoriser la politique du gouver-
17. Ses camarades de la direction du PS ne semblent pas particulièrement disposés à lui faciliter la tâche: .. Si P. Mauroy a l'Intention de militer à la direction du PS, c'est parfaitement son droit, en passant bien naturellement par toutes les étaPes du Parti socialiste, c'est-à-dire les sections, les congrès, etc." (M. Debarge).
18. Rappelons que la direction de la FEN vient de s'assurer le contrôle du journal .. le Matin ''• autrefois caisse de résonance de la. .. deuxième gauche ••···
19. "L'union de la gauche, nous en sommes plus que d'autres les porteurs. " (R. Fajardie)
20. Pour faire pièce à la progression de l'idéologie libérale-libertaire dont les rocardiens sont, dans la démonologie officielle, le cheval de Troie dans le parti ...
21. .. Le Nouveau Contrat socialiste "• éditions Ramsey . .
22. L. Jospin lors de sa campagne électorale pour les législatives partielles dans le Puy-de-Dôme.
23. Il aura lieu en automne à Toulouse -ville administrée par D. Bau dis- qui a été préférée à Lille. Un symbole ...
avenir, c'est-à-dire pour une bonne part l'avenir de son chef de file : s'agit-il de reprendre une position infLuente dans le parti ( 1 7) ou de se profller comme candidat à l'investiture du PS pour les présidentielles de 1988 ?
Cette interrogation n'était pas absente lors de la réunion du courant en août 1984, ouverte par un rapport très critique de F. Gaspard qui s'interrogeait ainsi:· « Qu'est devenue la notion de rupture avec le capitalisme ? Que sont devenues les ambitions de transformer l'organisation du travail dans la société?>>
Courant social-démocrate classique, les mauroyistes tentent actuellement de se repositionner à gauche sur l'échiquier politique du PS, naturellement sans enfreindre la solidarité gouvernementale. Lors de la Convention sur la modernisation, G. Allouche évoquait la réforme de la fiscalité - toujours promise mais jamais mise en chantier- et concluait : «Si nous n'étions là que pour faire baisser le taux d'inflation, serions-nous vraiment la gauche?>> P. Mauroy se contentait, lui, d'envoyer un message depuis Managua avant d'opérer sa véritable rentrée lors du congrès de la FEN (18) ! ditionnels du socialisme français -le Nord, le milieu enseignant et laïque-, P. Mauroy vise aussi à se doter d'un profil particulier: celui de rassembleur potentiel de la gauche (19). Le souvenir nostalgique de l'état de grâce, la participation des ministres communistes à tous les gouvernements Mauroy, la coïncidence entre leur départ et le changement de Premier ministre dégagent un créneau que P. Mauroy entend bien cultiver. .. A quoi sert le PS?
Question incontournable pour le Parti socialiste, en premier lieu pour le courant majoritaire : à quoi sert donc ce parti, d'autant que la Constitution de la v• République - que Mitterrand trouve manifestement tout à fait à sa pointurelaisse peu d'espace politique au parti du président.
Lors des journées parlementaires du groupe socialiste, L. Fabius a développé sa conception des rapports entre le gouvernement et le parti ; elle est sans ambiguïté : « Vous êtes les principaux relais de la politique du gouvernement et je sais que la stabilité est assurée dès lors que le groupe est en phase avec le gouvernement. >>
De fait, l'idée prédomine que c'est ensemble -gouvernement et parti soudés- que l'on peut espérer limiter les dégâts en 1986. Les critiques de la politique gouvernementale se sont fait extrêmement rares depuis l'été dernier : qu'il s'agisse de la poursuite de l'austérité, des licenciements (automobile, Creusot-Loire, etc.), de la capitulation laïque, des extraditions de réfugiés basques, de la Nouvelle-Calédonie ou du vote du budget, toutes les positions gouvernementales ont été assumées sans dissonances majeures. Ce qui ne signifie pas absence de malaise ...
Avant l'adoption du style républicain qui est désormais la règle, plusieurs tentatives ont été effectuées pour réaff:rrmer l'ancrage à gauche du parti, complément indispensable à l'image de marque moderniste de L. Fabius.
Ainsi, J. Poperen a tenté de susciter un manifeste de la gauche profonde (20) avant de publier un nouvel ouvrage (21). L. Jospin s'en est pris régulièrement et contre toute évidence à la campagne « visant à décourager les forces de gauche en accréditant l'idée d'un renoncement >>. Le marxisme ? Cela n'a jamais été le « dogme officiel du PS ». Le profit ? « Nous aurions été totalement contre avant. Nous serions totalement pour ma in te na n t. A b s u rd e ( 2 2) 1 >> Il n'empêche: revaloriser les valeurs traditionnelles de la gauche, réaffrrmer une certaine pureté doctrinale au moment même où le gouvernement accélère sa dérive droitière, cela rappelle de vieux souvenirs.
Il n'en reste pas moins que le PS a du mal à trouver un créneau d'expression : nement, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. De fait, ce sont F. Mitterrand et L. Fabius qui montent en première ligne : tous les observateurs ont noté l'effacement deL. Jospin, pendant la campagne pour les cantonales, au profit de L. Fabius, véritable chef de la majorité!
Dans ce contexte, on peut noter l'apparition d'une certaine activité politique, en dehors des canaux normaux du parti (instances de direction ou courants traditionnels) : floraison de bulletins militants, notamment dans le courant majoritaire, création du club Renouveau socialiste par A. Laigne!, apparition d'associations aux marges du parti comme la Mémoire courte, espaces 89, etc.
Redéfinition du rôle et de la place du PS, tentative de trouver un substitut crédible à l'union de la gauche, digestion par les militants du tournant républicain et mobilisation pour la campagne électorale constitueront les principaux thèmes du prochain congrès (23). Mais c'est après les législatives de 1986 qu'émergeront les principaux débats et que s'effectueront les reclassements au sein du PS.