principalement à investir, et encore moins à créer des , - de Insuffisa
Le fiasco
des thèses
confédérales
E bilan synthétique de la confrontation des thèses économiques de la CFDT sera articulé autour de cinq propositions essentielles (1 ).
1. Les « nouvelles solidarités » ont fait Long feu : L'austérité salariale n'est pas compensée par un réaménagement durable de La hiérarchie des revenus et s'accompagne au contraire d'une dégradation considérable des conditions d'indemnisation du chômage.
Le discours martelé durant des mois sur la possibilité de combiner maintien du pouvoir d'achat et revalorisation des bas salaires s'est tu : les« nouvelles solidarités » qui ont constitué l'axe stratégique du dernier congrès confédéral ont disparu. C'est que le bilan est pauvre : « Le SMIC voit sa valeur augmenter en francs constants, trop lentement il est vrai (. . .) Les bas salaires ont également vu leur pouvoir d'achat légèrement progresser de 0,5 % à 2,8 % pour les ouvriers selon les qualifications, pour la période 19 8 2-19 8 3 selon le CERC et l'INSEE, mais il risque de baisser en 1984 (2). >)
Du côté du chômage, le recul est encore plus net. En 1983, « les prestations chômage diminuent en valeur réelle de 17 % (- 1 % de bénéficiaires et- 8 % par bénéficiaire) (3).» C'est justement pour ces catégories les plus touchées par le décret de 198 2 « et les bas salaires que le protocole du 10 janvier 1984 apporte la réduction d'indemnisation la plus sensible. De plus, on aboutit à une augmentation des inégalités, puisque l'indemnisation des hauts salaires, sur une demande de la CGC, est acceptée par le CNPF (4) ». La CFDT n'a pas, pour toutes ces raisons, signé la convention UNEDIC où « un taux d'indemnisation plus faible » compensée à ses yeux par « un nombre plus grand d'allocataires ». Ces piètres résultats « représentent le maximum de ce qui pouvait être obtenu de l'Etat » (5). Mais les chômeurs peuvent-ils s'en satisfaire ?
2. Les profits des entreprises ont été spectaculairement rétablis mais ils n'ont pas été consacrés emplois.
« Depuis deux ans, le déplacement des revenus au profit des entreprises est spectaculaire (. .. ) Il ne servirait désormais à rien de continuer à comprimer les revenus salariaux pour augmenter encore des profits qui ne s'investissent pas. Des profits aisément engrangés, sans effort ni d'investissement ni de gestion, par simple compression salariale et licen· ciement d'effectifs jugés surnuméraires, sans perspectives de marchés internes, sont appelés à distenant que les patrons agissent, ne se contentent pas de placer leurs bénéfices et donc qu'ils investissent, qu'ils modernisent intelligemment (7). » On a vu que le · patronat français, un peu bête, raisonnait autrement et qu'entre autres choses, il préférait se désendetter et assainir sa situation financière. Mais qu'à cela ne tienne ! « Il ne faut pas attendre que les patrons se décident, mais les y pousser (...) les interpeller et les pousser à entreprendre (...) Défendre Les travailleurs ... c'est s'occuper de Leur entreprise (8). »
On croit rêver et on renoncera à commenter ces prises de position. Mais ce qu'elles dissimulent mal, c'est que ce rétablissement des profits qui ne s'accompagne ni d 'investissements ni d 'emplois, invalide rétrospectivement La proposition de fonds salariaux pour l'emploi Longtemps mise en avant et avec insistance par La confédération.
Le texte du bureau national avance sur ce point une autocritique à peine voilée. La mise en place des fonds salariaux « avait pour objet de permettre un déplacement du revenu consommé au revenu investi sous des formes permettant aux salariés et à leurs représentants d'avoir une maîtrise des principales orientations : nous devons réfléchir de nouveau aux modalités pratiques de mise en œuvre efficace de cet instrument pour l'investissement et l'emploi (9). »
Il fallait réfléchir avant ! Car le déplacement a eu lieu, sans que le patronat ait plus investi, sans parler évidemment de créations d'emplois! Et que se passe-t-il ? Il en demande toujours plus, par exemple en matière de facilités de licenciements.
Et, pendant des mois, la direction CFDT a désarmé les travailleurs en leur faisant croire que la modéra tion de leurs revendications pouvait s'échanger contre des créations d'emplois. Aujour'hui où ils s'aperçoivent qu'ils n'ont ni le pouvoir d'achat ni des emplois, ils constatent qu'ils ont été grugés et qu'ils ont eu tort de faire confiance à ceux qui leur montraient l'impasse en leur disant « par ici la sortie
(de crise) ».
3. Le refus du protectionnisme impliquait L'acceptation de l'austérité comme seul moyen de gérer La contrainte extérieure. Mais celle-ci ne saurait être réellement desserrée si Le marché intérieur se rétrécit.
Cette contradiction est tout à fait bien illustrée par un schéma figurant dans le document du bureau national, qui présente les deux cercles vicieux de l'austérité (1 0).
In c e - - - - - - - - - - Insuffisances débouchés d'investissements Insuffisance Compres~ion de compétitivité des salrures ~ et de capacités é~angère
Chômag} et pré-retraites = Pénétration hausses des charges perte de dé'juchés Les experts économiques retrouvent la contradiction fondamentale du capitalisme, celle qui oppose
profits et débouchés et qui est à la racine de la situation économique actuelle.
C'est le premier cercle vicieux: les profits sont restaurés, mais c'est au prix d'un rétrécissement des débouchés intérieurs, ce qui décourage l'investissement en direction de ce marché. Or, il n'y a pas d'autre moyen de desserrer la contrainte extérieure qu'un investissement industriel accru qui permet en effet de « renouveler et moderniser les équipements aujourd'hui anciens, parer à un nouvel effondrement de certains secteurs, préparer le développement d'autres» (Il).
Autrement dit, les moyens de rétablir l'équilibre du commerce extérieur à court terme sont contradictoires avec l'objectif d'amélioration structurelle de la spécialisation internationale de la France.
Et le refus de principe du protectionnisme affiché par la confédération interdit toute possibilité de résoudre cette contradiction.
C'est ici un des postulats fondamentaux des tenants du réalisme et de la rigueur qui est ainsi remis en cause : la rigueur n'est pas une parenthèse douloureuse mais transitoire, elle enclenche une logique cumulative : « Dans la logique choisie par le gouvernement, la politique d'austérité actuellement menée ne doit pas et ne peut plus être présentée comme un moment difficile à passer qui serait la condition nécessaire pour mettre en place les conditions d'un redémarrage ultérieur. « La logique d'une telle politique est au contraire de s'approfondir ; dans les années à venir, il faudra encore plus d'austérité (...) pour rétablir l'équilibre du commerce extérieur en contenant la demande intérieure et en pariant sur une reprise durable à l'étranger (12). »
4. Le refus de la voie légale et la préférence pour des procédures de négociations décentralisées n'ont pas donné les résultats escomptés. A /afin de 1985, on n'aura pas les 35 heures qui étaient l'objectif confédéral : la durée moyenne du travail sera à peine inférieure à la durée légale de 39 heures hebdomadaires.
On se rappelle comment la CFDT se faisait fort d'obtenir plus et mieux que par la loi en matière de réduction de la durée du travail. La réalité lui a apporté un démenti cinglant: la durée légale de 39 heures fonctionne comme un butoir qui sert au. patronat à bloquer le processus. La durée du travail ne baisse presque plus depuis plusieurs mois. Ce blocage conduit alors logiquement la confédération à élargir les ouvertures au CNPF en déclarant qu'elle «n'exclut aucune forme de réduction de la durée du travail » (13).
5. La baudruche des nouvelles compétitivités s'est dégonflée: la flexibilité syndicale est venue se briser sur la rigidité patronale.
L'idée d'un nouveau contrat social où les travailleurs échangeraient compétitivité contre rapports sociaux a fait long feu, et le texte du bureau national en tire implicitement le bilan : « Certes des rigidités salariales excessives peuvent empêcher une bonne adaptation des entreprises et par là s'avérer défavorables à l'emploi. Mais à l'inverse des facilités excessives au profit des seuls chefs d'entreprise ne vont pas sans effets pervers. Il y a d'abord le risque d'une diminution pure et simple, sans embauches ultérieures, du nombre des emplois. Il y a aussi l'incitation à la paresse (sic), à une gestion laxiste et irresponsable réduisant motivation et capacité d'adaptation de l'entreprise. L'omnipotence patronale, les pesanteurs hiérarchiques, le droit unilatéral au profit de la Direction, l'utilisation arbitraire du personnel sont-ils des garanties de bonne gestion et d'adaptabilité ? Il y a enfin le danger d'utiliser une main-d'œuvre docile, mal payée, mal formée et de favoriser les choix et spécialisations industriels correspondants ( 14). »
Mais où sont donc passées les envolées lyriques sur la liberté d'entreprendre, sur les nouveaux rapports sociaux comme levier d'une compétitivité sociale, sur l'apport historique des lois Auroux? Bien loin de la dure réalité.
Enfin, dans le même ordre d'idées, le graphique , ci-dessus fait apparaître un second cercle vicieux : la compétitivité passe par les licenciements, mais il ne faut pas que le patronat retrouve sous forme de cotisations sociales ce qu'il économise sous forme de salaires. Comme le dit joliment le texte du bureau national en une phrase qui est une très belle perle réformiste : « La hausse des cotisations sociales est un transfert du salaire direct au salaire indirect qui ne peut être payé deux fois ( 15). »
Là encore joue donc la logique infernale de l'austérité : ce dont le patronat a besoin, c'est d'une baisse de l'ensemble des salaires, qu'ils soient payés directement ou indirectement sous forme d'allocations de chômage ou de pré-retraites. On ne biaise pas avec cette logique.
Une conclusion très simple, s'impose: les analyses économico-idéologiques de la direction CFDT ont, dans tous les domaines, fourvoyé les travailleurs dans des impasses. La leçon doit être tirée, et cette direction changée.
Maxime Durand le 19 janvier 1985 • Dans notre prochain numéro : un article sur le congrès confédéral de la CFDT. qui se tiendra en juin 1985.
1. Chaque fois que cela était possible, on a utilisé des documents émanant de la confédération ou de structures syndicales. Et notamment : « La politique économique en questions "• document du bureau national présenté au cours d'une conférence de presse en novembre 1984; << Spécial congrès Bordeaux "• 1985 ; ,, Syndicalisme-hebdo ''• numéro spécial, décembre 1984.
2. << Spécial congrès Bordeaux "• 1985. 3. Syndicats CGT et CFDT de l'INSEE, syndicats CGT et CFDT Administration centrale des finances et sections CGT et CFDT Direction de la prévision. ,, Nos commentaires sur les comptes de la Nation "• 1983. Document du 28 juin 1984.
4. <<Spécial congrès Bordeaux "• 1985. S. Ibid. 6. << La politique économique en questions "• op. cit. 7. J.-P. Jacquier, <<Entreprises: ça va mieux, mais ... "• << Syndicalisme-hebdo "• 5 juillet 1984.
8. J.-P. Jacquier, op. cit. 9. << La politique économique en questions "• op. cit. 10. Ibid. 11. Ibid. 12. <<Nos commentaires sur les comptes de la Nation "•· 1983. Document du 28 juin 1984.
13. << Spécial congrès Bordeaux "• 1985. 14. << La politique économique en questions "• op. cit. 15. Ibid.