travers le monde. Telle n'est malheu- · participaient les organisations ouvrièdistribué des fusils à des centaines de . ses hommes, son histoire, sa politique ».
Lutte ouvrière
et le Nicaragua
Michel THOMAS
V
oilà bientôt six ans, les révolutionnaires sandinistes prenaient le pouvoir à Managua, à la tête d'une longue et sanglante insurrection populaire contre la tyrannie de Somoza. La révolution sandiniste a depuis réussi à tenir et à s'approfondir, face à une guerre totale lancée par la contra et téléguidée par Washington. Les menaces s'accumulent aujourd'hui sur cette révolution. Cette situation dramatique requiert la solidarité totale et sans réserve des révolutionnaires à reusement pas l'attitude adoptée par LO, qui semble tabler sur une défaite future dont elle attribue à l'avance la responsabilité au FSLN. <<Nous souhaitons de tout cœur que les ouvriers, les paysans, la population pauvre que les dirigeants sandinistes ont engagés dans une voie si dangereuse, trouvent des raisons de se battre pour défendre le régime contre l'agression impérialiste. >> Ces mots viennent en conclusion d'une brochure de LO sur le Nicaragua'. Une République espagnole-bis ?
Dans cette brochure, LO établit un parallèle historique : « Ce ne serait malheureusement pas la première fois dans l'histoire. C'est, par exemple, cette même politique d'alliance à tout prix avec la bourgeoisie nationale qui a mené, avant-guerre, à l'écrasement de la révolution espagnole. Les dirigeants de la classe ouvrière voulaient d'abord gagner la guerre contre Franco en rassemblant toutes les forces anti-franquistes, y compris les bourgeois, y compris les propriétaires fonciers, avant de faire la révolution. Et bien, ils n'ont réussi qu'à briser l'élan révolutionnaire des masses, à ôter aux ouvriers des villes et des campagnes toute raison de se battre, et ont permis à l'armée franquiste de vaincre. >>
Puisque LO, dans cette brochure, saisit le Frente popular et la guerre civile espagnole comme lunettes pour déchiffrer à distance les événements du Nicaragua, confrontons cette grille de lecture aux développements révolutionnaires présents. En juillet 1936, l'avant-garde du prolétariat espagnol prit l'initiative de la riposte au putsch de Franco. Il en est résulté une situation de double pouvoir entre les milices ouvrières d'une part, le gouvernement républicain bourgeois d'autre part, auquel res. Ce double pouvoir prit fin lors des journées de mai 1937 à Barcelone, qui virent l'écrasement du pouvoir ouvrier par les forces régulières du gouvernement républicain. Le sort de 1 'Espagne était dès lors scellé.
Où sont, au Nicaragua, les symptômes d'une situation analogue ? Où sont, depuis cinq ans, les manifestations d'une continuité de l'Etat et de l'armée bourgeoise ? D'une opposition ouvrière à l'égard du gouvernement sandiniste? D'un nouveau mai 19 3 7 ... à Managua ? · Même sur le strict plan électoral, les sandinistes ayant établi une totale liberté d'expression et d'organisation de tous les courants politiques, aucune force prétendument plus radicale que le FSLN n'a émergé 2 •
LO sera bien en peine de trouver ces signes, car les choses se présentent au Nicaragua de façon totalement inverse: depuis le 19 juillet 1979, c'est le FSLN, appuyé sur l'armée révolutionnaire, sur les organisations de masse -syndicats, comités de défense sandiniste, etc - qui contrôle, élargit et consolide le pouvoir central. Loin de désarmer les milices, les sandinistes ont milliers de travailleurs et de jeunes. L'association de représentants bourgeois au gouvernement n'a jamais signifié le moindre partage du pouvoir avec les sandinistes, et leurs ruptures successives témoignent de leur isolement croissant, de leur impuissance
1. «Nicaragua. Le mouvement sandiniste: Exposé du cercle Léon Trotsky, 26 octobre 1984. 2. L'un des PC au Nicaragua et un groupe maoïsant qui dénoncent le FSLN comme droitier et «petit-bourgeois )) ont obtenu des résultats électoraux dérisoires aux élections de novembre 1984. Ils sont cependant représentés à l'Assemblée nationale.
politique et sociale. Ce qui les a d'ail- IV' Internationale parus dans Lutte de leurs conduits, les uns après les autres, classe. Citons : «En presque quatre dans les bras de Reagan et dans les décennies de stabilisation et d'expansion
Si un parallèle peut être fait avec eux, des poudrières. Le fait est que le feu
3. LO met au compte de la «petite bourgeoisie 11 aussi bien la révolution en Chine, au Vietnam où à Cuba que les régimes bourgeois nationalistes comme la Lybie d'aujourd'hui, I'Egypte sous Nasser, ou l'Algérie. Pour gagner en extension, le concept de petite bourgeoisie perd en précision ... jusqu'à définir tout ce qui se distingue des positions de LO. Y compris la IV Internationale, dont la sympathie coupable à l'égard des « nationalistes petits-bourgeois » est parfois présentée comme un indice... de son caractère décidemment petit-bourgeois. 4. L'expression « tourisme révolutionnaire » désigne ici les activités de soutien aux révolutions du « tiers monde », et notamment la participation aux brigades de solidarité au Nicaragua. On eût pu attendre des internationalistes de LO qu'ils s 'abstien· nent d'une ironie aussi épaisse que « bien de chez nous 11.
rangs de la contra. J'Espagne de 1936, c'est pour mieux souligner J'opposition des deux situations révolutionnaires : en Espagne, le pouvoir ouvrier puissant mais diffus, non centralisé, est victime d'un gouvernement bourgeois resté en place. Au Nicaragua, il y a eu changement brutal de pouvoir à travers l'insurrection victorieuse, destruction totale de l'Etat bourgeois qui se réduisait, pour l'essentiel, à la Garde de Somoza. Il s'est produit au. Nicaragua, sous des formes particulières, ce que Marx a analysé dans la Commune de Paris, et qui reste depuis une référence essentielle pour les révolutionnaires du monde entier. Sauf pour Lü semble-t-il.
Quelle est la nature du nouveau pouvoir au Nicaragua ? Elle se déduit des rapports entretenus par ce pouvoir avec les classes sociales dans ce pays : quel autre pouvoir qu'un pouvoir populaire, instrument de la classe ouvrière, peut vivre durablement grâce à la mobilisation des travailleurs et à leur armement? C'est là un point de départ capital pour comprendre les conflits en cours en Amérique centrale, et pour critiquer, si nécessaire, les choix politiques faits à tel ou tel moment par les sandinistes. C'est aussi le point de départ indispensable pour comprendre les difficultés que peut rencontrer à tel ou tel moment la révolution, y compris des reculs, y compris des contradictions dangereuses entre la direction sandiniste et certains secteurs populaires, dans les conditions extrêmement éprouvantes que connaît aujourd'hui le pays.
Pour Lü, les choses ne semblent pas très claires. S'agit-il du maintien d'un pouvoir bourgeois, comme le laisserait penser leur parallèle avec la République espagnole ? Mais Lü souhaite
«de tout cœur» que les masses défendent le régime contre une agression US.
Dans le meilleur des cas, affirme Lü, il s'agira du pouvoir de la « petite bourgeoisie nationaliste >', ccmme à O _!ba 3 •
Pourquoi les sandinistes ont gagné?
Lü accuse donc le FSLN de se faire le fourrier de la contre-révolution en s'accrochant aux basques de la bourgeoisie nationale. Avant de discuter ce point, un détour est nécessaire par les conceptions que livre volontiers Lü dans des articles polémiques contre la impérialiste, les pays pauvres sont restés, a pris Pn bien des endroits, depuis trente-cinq ans. Mais à chaque fois, il est resté circonscrit à son foyer d'origine, et l'incendie ne s'est pas propagé dans les continents coloniaux d'Afrique, d'Amérique du Sud ou d'Asie à partir desquels, qui sait, il aurait pu atteindre les métropoles impérialistes. Sans doute parce que la seule classe susceptible d'attiser l'incendie, le prolétariat, ne s'est jamais manifesté en ces occasions en tant que telle. » (Lutte de classe n° 112, mai 1984).
A propos du Nicaragua : « Parler de révolution permanente (comme le fait la IV' Internationale, NDLR) à propos de ce petit pays n 'aurait eu de sens que s'il était devenu la plaque tournante de la révolution prolétarienne, le nouveau cen· tre de subversion internationale (et pour ce faire, sa petite taille aurait suffi) en direction des deux Amériques. Mais là n'est certes pas la préoccupation des sandinistes, même si leur pays est devenu un nouvel objet de tourisme révolutionnaire" 4• >>
Le fond de la question réside dans ces deux affirmations aussi contestables que contradictoires : il y aurait eu absence de la classe ouvrière lors de nombreuses explosions dans les pays dominés ; il suffirait d'un appel à la révolution prolétarienne internationale pour généraliser l'incendie révolutionnaire.
Comment nier le poids et l'in· fluence de la classe ouvrière, de ses formes de lutte et d'organisation dans les événements qui secouent les pays d'Asie, d'Afrique, et d'Amérique latine? Pour rester dans J'actualité brûlante ou récente, citons simplement les grèves et les révoltes urbaines dans les townships d'Afrique du Sud, la grève générale qui a renversé Nemeiry au
Soudan, les luttes actuelles du prolétariat bolivien, la longue crise politique et sociale aux Philippines, et... le rôle du prolétariat et des masses pauvres urbaines dans l'insurrection antisomoziste au
Nicaragua ! Il faut à la fois une sérieuse couche d'ignorance et une forte dose de condescendance méprisante pour oser écrire qu' (( aujourd'hui il y a sans doute la même distance politique entre les révolutions nationalistes qui ont cours depuis trente-cinq ans et la révolution prolétarienne, qu'entre les jacqueries incessamment répétées, mais toujours cir· conscrites du moyen âge, et la Révolution française du XVIIr siècle. » (Lutte de classes n° 112).
Certes, il ne suffit pas que la classe ouvrière de ces pays, parfois très faible,
marque de son influence la révolte des autres classes opprimées. Il faut aussi que cette classe gagne 1 'hégémonie dans une lutte qui est aussi - et parfois même d'abord - une lutte nationale. Cela pose la question des alliances, avec la paysannerie pauvre bien sûr, mais aussi avec d'autres classes ou fractions de classes intermédiaires.
Le grand succès des sandinistes, qui explique leur victoire, est d'être parvenus, dans les conditions du Nicaragua où se mélangeaient de façon spécifique les caractères antidictatorial, national et social de la lutte, à arracher la direction du mouvement à la bourgeoisie antisomoziste. Ils y sont parvenus en combinant offensive révolutionnaire et tactique d'alliance très large, y compris avec des secteurs de cette bourgeoisie.
Jamais les sandinistes n'ont aliéné : leur indépendance politique. Le FSLN ! ne s'est jamais inscrit en tant que tel dans de vastes coalitions de lutte avec des secteurs bourgeois. Ces alliances ou fronts ont été réalisés à travers les organisations de masse qu'il influençait (comme le MPU) ou par le biais de regroupements de personnalités qu'il contrôlait (le groupe des douze). C'est un contresens que d'assimiler ces diverses tactiques ou manœuvres hardies à une politique de front populaire, à une mise en remorque derrière la bourgeoisie antisomoziste, quand elles n'avaient pour but que de conquérir l'hégémonie dans la lutte contre la dictature, et par voie de conséquence la marginalisation politique des organisations bourgeoises. Et puis il faut aussi juger une tactique politique par ses résultats. « La preuve du pudding, c'est qu'on le mange)), affirmait volontiers le vieil Engels.
A opposer comme elle le fait la révolution prolétarienne et 1'« enfer» du nationalisme des peuples opprimés, il n'est pas étonnant que Lü ne trouve pas trace d'une activité de la classe ouvrière en tant que telle dans ces pays. II est tout aussi certain qu'un prolétariat qui ne prendrait pas en charge les tâches démocratiques et nationales pour la nation toute entière se condamnerait à l'isolement et à l'impuissance. La révolution nicararaguayenne confirme ici les enseignements de Lénine et de Trotsky, contre le point de vue fort peu internationaliste de Lü.
Pour la même raison, l'impact international d'une révolution prolétarienne dans ces pays dépend de sa capacité à trouver le salut pour la société toute entière. Il est particulièrement déplacé de reprocher au FSLN de ne pas appeler à la révolution conjointe en Amérique du sud et du nord, quand Reagan joue au chat et à la souris avec Je Nicaragua ; quand les sandinistes sont contraints à ruser et manœuvrer, au prix de compromis difficiles, pour survivre. D'autant qu'ils le font en cornbattant avec la dernière énergie. II faut avoir pas mal de détachement pour affirmer cela ! Mais il faut aussi un aveuglement total pour ne pas percevoir la dimension d'emblée internationale de la lutte engagée, ne serait-ce qu'en Amérique centrale. Reagan la cornprend très bien. Lü non, qui disserte sur le prétendu enfermement nationaliste des sandinistes... et ne dit mot, dans ses « analyses », du Salvador ou du Guatemala voisins : deux pays où se joue l'avenir du Nicaragua, et dont la victoire révolutionnaire dépend aussi de la survie de ce même Nicaragua! Il est décidemment des moments où l'on se demande qui est prisonnier d'une vison étroitement nationale de la révolution ... «Jusqu'au dernier bijou »
Revenons maintenant à la critique par Lü de la politique menée par les sandinistes depuis 1979. Le crime du FSLN, selon Lü, serait de freiner la révolution, de retenir les travailleurs sur la voie de J'expropriation des capitalistes, de rechercher à tout prix et en vain la collaboration de ceux-ci, et de creuser ainsi la tombe de la révolution en même temps que la leur propre.
Si ce procès était fondé, on ne comprendrait pas l'opposition irréductible du CüSEP (l'organisation du patronat nicaraguayen) au gouvernement sandiniste, ni l'obstination de Reagan à détruire ce dernier. La description de la politique sandiniste imaginée par Lü n'est en fait que la transposition au Nicaragua de la politique du gouvernement de gauche en France! Si J'on parle d'« économie mixte » à Paris comme à Managua, il faudrait quand même prendre en compte les réalités concrètes que recouvre ce vocable dans ces deux pays: expropriation minoritaire mais importante d'un large secteur productif industriel et agricole, nationalisation totale du crédit et contrôle d'Etat sur le commerce extérieur, réforme agraire et organisation du très important secteur de la petite propriété agricole sont parmi les mesures prises par les sandinistes. Au Nicaragua, les salaires et les prix de vente des entreprises sont fixés par l'Etat. Ce dernier pèse de tout son poids sur le fonctionnement de l'économie. Ces mesures sont mises en œuvre par la voie de la mobilisation des travailleurs, de leurs organisations, du développement de leur conscience politique, ce qui les distingue radicalement des nationalisations bureaucrati-
Dès lors, sous le couvert d'un radica- , s'assurer un allié numériquement fort, lisme simpliste, la critique de Lü s'ap- 1 fût-il temporaire, chancelant, conditiongogie pure et simple. Curieuse façon, ' bourgeois sandiniste, l'auteur de ces ques, souvent beaucoup plus étendues, à la Nasser ou à Kadhafi.
Mais cette économie n'est pas socialiste ; les patrons refusent d'investir, détournent les subventions ; les spéculateurs se remplissent les poches et les sandinistes permettent cela, renchérit Lü. Oui, l'économie reste capitaliste, encore aujourd'hui. Lü n'invente rien puisqu'elle a trouvé la dénonciation des maux qu'elle décrit... dans la presse sandiniste. Mais par quel miracle le pouvoir sandiniste pourrait-il, d'un coup de baguette magique ou d'un trait de plume renverser radicalement le fonctionnement d'une économie capitaliste qui, bien que faible et dépendante, reste, et pour ces raisons-là mêmes, infiniment plus puissante que la volonté des révolutionnaires, que leurs assises sociales, que leurs moyens économiques, techniques, culturels ?
Les choses paraissent toutes simples à Lü. Citons encore leur brochure sur le Nicaragua, qui exprime la politique « prolétarienne » véritable: (( Pour que la révolution puisse vaincre, il faut des organisations révolutionnaires prolétariennes qui se rangent clairement aux côtés de la classe ouvrière et n'hésitent pas à exproprier radicalement les possédants, à prendre leurs propriétés, leurs capitaux, toutes leurs richesses, à les dépouiller jusqu 'au dernier bijou de ce qui fait leur puissance sociale et à s'en servir pour satisfaire les besoins les plus urgents des màsses populaires. Cela seul peut permettre à la révolution de vaincre en ôtant à la bourgeoisie l'essentiel de ses moyens d'action et en renforçant la confiance et la détermination des opprimés. ))
Toute à ce radicalisme sommaire et purement verbal, Lü ne se pose pas une seconde les questions vitales pour le peuple au Nicaragua : comment faire tourner une usine expropriée si les pièces de rechange importées ne sont plus disponibles ? Comment se procurer les marchandises indispensables si tout échange est rompu avec les partenaires capitalistes ? Comment gérer une économie socialisée sur le papier si le pouvoir révolutionnaire n'a pas les moyens aujourd'hui de la planifiér et de faire appliquer ses décisions ?
Faire tourner une usine par la seule volonté des ouvriers est une chose. Organiser l'ensemble de l'économie est une toute autre affaire, surtout dans une économie très faible et dépendante. Ce « détail » semble avoir échappé à Lü. parente à l'irresponsabilité ou la démapour des révolutionnaires, d'aborder la question de la transition au socialisme dans les pays dominés et économiquement arriérés !
Lü, qui se réclame de la révolution de 191 7, ne semble pas avoir bien compris la nature du problème et paraît même ignorer l'opinion et la conduite des révolutionnaires bolcheviks en ce domaine. C'est pourquoi nous nous permettrons de lui rafraîchir la mémoire avec quelques citations dont l'actualité est évidente à la lumière du Nicaragua. Du bon usage de bons auteurs
(( Un gouvernement du prolétariat n'est pas un gouvernement capable d'accomplir des miracles. La socialisation de la production commencera dans les branches d'industrie où elle présentera le moins de difficultés. Dans une première période, la production socialisée sera confinée dans un certain nombre d'oasis, reliées aux entreprises privées par les lois de la circulation des marchandises. Plus s'étendra le domaine de la production sociale et plus évidents deviendront ses avantages, plus solide se sentira le nouveau régime politique et plus hardis deviendront les mesures économiques ultérieures du prolétariat. )) Un petit-bourgeois partisan de l'économie mixte, l'auteur de ces lignes ? II s'agit de Trotsky dans 1905 (Editions de Minuit, p. 452).
((Nous ne devons pas seulement "épouvanter" les capitalistes ( .. .) Nous devons encore obliger les gens à travailler dans le cadre de la nouvelle organisation de l'Etat. Il ne suffit pas de -''flanquer à la porte" les capitalistes, il faut (après avoir flanqué à la porte les "récalcitrants" bons à rien et incurables) les mettre au service du nouvel Etat. )) L'auteur de ces lignes ne croyait manifestement pas à la vertu du « dernier bijou ». C'est Lénine, en 1917, dans les Bolcheviks garderont-ils le pouvoir ? (Oeuvres,t. 26, p. 101).
(( On ne peut triompher d'un adversaire plus puissant qu'au prix d'une extrême tension des forces et à la condition expresse d'c:tilis:?r de la façon la plus minutieuse, la plus attentive, la plus circonspecte, la plus intelligente, la moindre "fissure" entre les ennemis, les moindres oppositions d'intérêt entre les bourgeoisies des différents pays, entre les différents groupes ou catégories de la bourgeoisie à l'intérieur de chaque pays aussi bien que la moindre possiblité de nel, peu solide et peu sûr)). Un petitlignes ? II s'agit toujours de Lénine, dans la Maladie infantile du communisme, (Oeuvres, t.31, pp.65-66). Et Lénine de poursuivre : (( Qui n 'a pas compris cette vérité n'a compris goutte au marxisme, ni en général au socialisme scientifique contemporain. ))
Enfin, puisqu'il faut conclure un chapelet de citations qui pourraient couvrir un volume, la question à mille francs. Qui a écrit : (( Tel pays peut être "mûr" pour la dictature du prolétariat, sans l'être cependant pour la construction indépendante du socialisme, ni même pour de larges mesures de socialisation )) ? Trotsky, en 1928, dans la Révolution permanente (Editions de Minuit, p. 351).
Nous sommes là en effet au cœur de la question de la révolution permanente dans les pays dominés : la dictature du prolétariat ne signifie pas ipso-facto des mesures à caractère socialiste. Elle jette un pont, dans des conditions infiniment précaires et difficiles, qui dépendent en dernière analyse de l'extension internationale de la révolution, vers la société socialiste. A ne pas le comprendre, Lü s'orienterait vers une attitude d'hostilité envers la révolution sandiniste, seule révolution socialiste en cours aujourd'hui5. 5. A lire Lutte de classe, on peut se demander si l'hostilité aux révolutionnaires sandinistes n'est pas une délimitation première pour LO : « Aux organisations nationalistes bourgeoises, il faut opposer l'organisation révolutionnaire. Car les révolutionnaires trotskystes ne peuvent pas cohabiter sur une quelconque base commune avec des directions nationalistes disposant d'appareils destinés à imposer leur dictature sur les masses, avant comme après la victoire éventuelle''· (Lutte de classe n° 111). On peut néanmoins remarquer que ce type de délimitation n'a pour seule fonction pratique, jusqu'à ce jour, que de dénoncer la « capitulation )) politique de la IV Internationale et de ses sections devant le (( nationalisme petit-bourgeois )).