A la veUle du 40 8 Congrès de la CFDT de la direction confédérale
Deux faits, contradictoires, ressor- ces inflexions, en même temps, nous tent à quelques semaines du 40e renseigneront sur les véritables rapports
Congrès confédéral de la CFDT : la de forces internes •
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Répondre à ces questions est décisif ainsi réintroduites : la nature « capita-
Quelques ruses
Pierre REME véritable orientation de la direction confédérale, et le rapport de forces interne dont elle tient compte pour s'assurer une majorité suffisante.
our la préparation de ce 40e Congrès de la CFDT, les textes de la direction se sont succédé à un rythme soutenu : en avril 1984, le « Rapport sur l'adaptation du syndicalisme», non voté par le CNC' mais considéré comme « adopté dans sa ligne générale » ; en novembre, après de fortes tensions au sein de la commission exécutive elle-même et des corrections multiples, un « document économique » est adopté; en décembre, 1'« avant-projet de résolution » est adopté par le bureau national ; largement remanié, il · devient « projet» finjanvier 1985 ; mais il est suivi du texte « Ce que veut la CFDT » dont le but est de réaffirmer ce qui fait l'unité de la centrale ... Faut-il penser que, de proche en proche, l'orientation se corrige ? Dans un sens précis ou en fonction de duplicités d'avant-congrès? Tout bêtement, la dérive à droite continue-t-elle en cherchant à mieux se cacher faute de savoir se justifier par des analyses rigoureuses et convainquantes ?
pour comprendre les enjeux du Congrès.
Où va la CFDT ?
On ne peut éviter l'exercice de comparaison entre ces divers textes, notamment ceux du projet de résolution et de l'avant-projet. Nous y constaterons d'ailleurs un certain nombre de différences, concessions qui désamorcent de possibles oppositions sans changer l'orientation fondamentale. Et
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Le CNC de janvier 1985 a, relativement, comge l'avant-projet. La commission exécutive s'y sentait contrainte. Entre la publication de ce document et la session du parlement de la CFDT, le séisme provoqué par le projet d'accord sur la « flexibilité » avait secoué la maison. La consultation des syndicats se révélait si hostile à la signature que la commission exécutive annonçait le refus de signer avant qu'elle ne soit même terminée ...
Dans la foulée, la Fédération de la chimie se lançait dans un « projet de contribution » qui, selon elle, regrouperait une dizaine de fédérations et de régions ; elle démontrerait ainsi où est la véritable majorité de la centrale 3 • La région des pays de Loire déposait plusieurs amendements substanciels. De nombreuses autres structures déposaient des amendements traduisant leur malaise. Bref, la direction de la CFDT se fissurait. Et, présentant une alternative, la Fédération Hacuitex déposait un contre-projet 4•
Le choix fut fait de «jeter du lest», en acceptant nombre d'amendements, surtout quand ils provenaient de structures que la commission exécutive voulait regagner ou neutraliser. Plusieurs idées absentes du projet initial furent liste» de la crise économique (région Bourgogne), la réalité des « pressions du patronat et de la droite » dans le changement de la politique gouvernementale (FGTE) , « l'ambition de construire le socialisme démocratique autogestionnaire» (région Alsace), la constatation que « le » patronat et pas seulement «une partie» de celui-ci se comporte en « groupe de pression jouant le chômage» (région pays de
Loire).
Un vote significatif, cependant, ne put être évité, sur une question cruciale
pour la direction actuelle. Celle-ci tenait en effet à sa formulation, faisant de « la négociation, un moyen essentiel pour structurer la mobilisation». Jean Kaspar la défendit contre un amendement des pays de Loire réaffirmant que « la revendication, l'action et la négociation forment un tout indissociable». Par 560 mandats contre contre 551, malgré l'avis de la commission exécutive,« l'action et la revendication » reprenaient place dans la stratégie de la CFDT !
L'orientation, cependant, n'a pas réellement été changée. Les revendications unifiantes en restent absentes. L'« objectif» des 35 heures en moyenne sur l'année (paragraphe 512) de l'avant-projet est simplement devenu « 35 heures hebdomadaires en moyenne pour chaque salarié». Cela nie la défense des acquis de 1936 et des années soixante et soixante-dix, c'est-à-dire le dédommagement le plus cher possible pour tout travail hors des heures normales de la semaine de cinq jours et ouvre la porte à toute la « flexibilité » possible ...
Les formules sur le pouvoir d'achat, elles, sont claires comme du jus de boudin : « L'exigence du maintien du pouvoir d'achat global des salaires par des augmentations différenciées privilégiant l'emploi et les bas salaires». Les perspectives d'unité d'action sont en fait évitées malgré un amendement des pays de Loire intégré dans des conditions qui le dénaturent... Quant aux relations entre la CFDT et les partis politiques de droite ou de gauche, certaines formules marquant nettement une sorte de neutralité syndicale ont disparu : une dizaine de structures importantes protestaient ! Mais cela ne donne pas lieu au débat et aux corrections nécessaires : on apprend ainsi, au détour d'une phrase, que la CFDT « est en droit d'exiger de tout gouvernement» une véritable planification démocratique et une action pour que les lois entrent dans la pratique au sein des entreprises. L'expression «de tout gouvernement», en la matière, paraît curieuse : cela signifie-t-il qu'il n'y a pas d'exigences particulières à ·l'égard d'un gouvernement de gauche, bref, vis-à-vis de « ce gouvernement-ci»? Dans ce cas, la «neutralité», chassée par la porte, entre par la fenêtre ...
Le résultat d'un pareil CNC pose à l'évidence question. e Sur ce qui est «rejeté». Par exemple, est « non retenue » la volonté de «faire participer à la lutte toutes les composantes de la classe ouvrière» dans la mesure où cela « nécessite une politique intégrant à la fois les actions professionnelles et interprofessionnelles » et « suppose que nous soyons capables de pratiquer un véritable syndicalisme de masse, de rendre solidaires sur un projet commun des salariés aux intérêts premiers aussi divers qu 'il existe de catégories». Les pays de Loire s'opposaient ainsi à l'idée qu'aucune unité de la classe ouvrière n'est aujourd'hui possible. Quand le débat montrant que cette perspective d'unification est une impasse a-t-il été mené? Nul ne connaît la réponse. Mais le texte « Ce que veut la CFDT», comme le «Rapport sur l'adaptation » d'avril 1984, comportent une réponse : « Il n y a pas de revendications unifiantes. » e Un problème se pose aussi sur ce qui est «accepté » par le CNC. Ainsi en est-il pour l'amendement sur « l'action, la revendication et la négociation indissociables ». Voté le 25 janvier, il est contredit par une interview d'Edmond Maire, dès le 4 février, au Figaro. Loin de défendre ce qui a été majoritaire au CNC, le secrétaire général définit ainsi son option syndicale et « la mobilisation au sens riche et créatif du terme » (sic!) : « la recherche de rapports contractuels positifs avec les directions d'entreprise. Ces formes de mobilisation, souligne-t-il, peuvent nous permettre de faire un maximum l'économie de la grève.»
Il en est de même dans le texte « Ce que veut la CFDT » écrit bien après le rejet de l'accord sur la « flexibilité », il justifie cependant, sur le fond, la démarche qui conduisait à la signature avec le CNPF, la CGC, etc. On peut, en effet, y lire ce jugement, étonnant pour tout travailleur après plusieurs années de division et d'inaction intersyndicale : « En ce qui concerne l'unité d'action, les choses ont bougé, petitement mais dans le bon sens autour des pratiques de négociations. » On s'arrête. On relit. On hésite. Mais c'est bien ça : la direction confedérale est satisfaite « des pratiques de négociation», l'unité d'action « avance » en ce domaine, « sauf avec la CGT». Comme en décembre dernier, pour l'accord sur la « flexibilité » ? C'est ce que se demanderont de nombreux militants ...
Eh oui ! La confédération a déjà oublié l'amendement des pays de Loire qui rétablissait, dans le texte du projet de résolution, « la revendication et l'action » comme éléments indissociables de la stratégie de la CFDT aux côtés de la négociation ! Comme est méprisé l'avis écrasant des syndicats en décembre dernier ! Un pôle pour recréer un vrai débat d'orientation
De tels résultats à l'issue du CNC
Sur la CFDT, Critique communiste a publié récemment :
N° 34, octobre 1984: «La dérive de la direction confedérale ». (A partir du texte du CNC d'avril 1984 et de diverses publications récentes).
N° 35, novembre 1984: «Des forces importantes pour redresser la barre ». (Présentation des bases communes pour un courant de lutte de classe, à partir des documents d'orientation de la région Basse-Normandie et de la Fédération Hacuitex).
N° 40, avril1985 : Deux articles sur les contradictions et le fiasco des théses écon~yes- confedérales. 1. CNC: Conseil national confédéral. Parlement de la CFDT réunissant trois fois par an les responsables des fédérations et des régions.
2. Il ne peut être question de reprendre ici l'ensemble de ces textes. Voir Critique communiste n° 34 d'octobre 1984. Rouge du 8 fevrier (((Vers un vrai débat d'orientation.») et Rouge du 29 mars (((Les fausses évidences d'Edmond Maire», à propos de (( Ce que veut la CFDT».)
3. Adoptant au Bureau national le texte (( Ce que veut la CFDT», les dirigeants de la Fédération chimie ont cependant annoncé qu'ils publieront une (( contribution » ; mais sans plus lui attribuer un rôle pour un regroupement à court terme. Ce texte n'est pas à notre disposition au moment de la rédaction de cet article.
4. Hacuitex: Fédération des travailleuses et travailleurs de l'habillement, d11 cuir et du textile. Pays de Loire : les cinq dé. parlements Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe, Vendée. Une région où la CFDT est souvent majoritaire depuis une vingtaine d'années.
5. FGTE : Fédération générale transports équipement (regroupant à la fois les employés du ministère de l'Equipement et cel/X de la SNCF, des transports ro11tiers publics ou privés, de l'air et les marins).
justifient. si besoin était. le dépôt d'un contre-projet. qui avait été rédigé par la Fédération Hacuitex en fonction de l'<< avant-projet " aujourd'hui « corrigé par les amendements"· Il fallait en effet un texte enrayant la dérive. proposant une autre orientation, jetant les bases pour les vrais débats.
Comment débattre quand les votes n'engagent à rien la direction confédérale ? Cela exige de faire peser un rapport de forces interne incontournable. Mais. au-delà. le besoin de vrais débats démocratiques est fortement ressenti : comment accepter que les questions stratégiques centrales, à discuter de façon enrichissante au sein de l'organisation, soient considérées comme closes avant d'avoir été ouvertes? Evacuées comme gênantes. Il en est ainsi, en effet, pour la possibilité de revendications unifiantes ; mais aussi pour la possibilité de réaliser le plein emploi (voir l'interview des dirigeants d'Hacuitex ci-après). Il en est de même encore pour ce qui concerne l'analyse du pouvoir actuel de la grande bourgeoisie, des multinationales, avec des conséquences sur les exigences de relance économique inséparables des revendications ouvrières . Questions esquissées, frileusement, par le « document économique » de novembre 1984.
Il en est de même surtout pour l'analyse de la situation concrète : devant les attaques patronales, devant la politique de la gauche, contre le chômage et l'augmentation des inégalités, les travailleurs sont-ils oui ou non sur la défensive? Et dans ce cas-là, faut-il négocier entreprise par entreprise ou construire le rapport de forces, construire la mobilisation, œuvrer à l'unité d'action, même si pour le moment, elle ne plaît pas à la CGT ?
Autant de questions de moins en moins contournables. La direction CFDT elle-même aura beau ruser avec nombre de ses organisations, une forte partie de sa propre majorité réagit aux mêmes problèmes que la minorité de lutte de classe en train de se regrouper. Cela se verra au prochain congrès lors du vote sur le texte d'Hacuitex, lors du vote de quelques amendements, lors du vote du quitus. Cela se verra aussi, ensuite, lors des prochaines épreuves de la lutte de classe.
Deux orientations, en effet, sont inconciliables. Celle qui reconnaît que « le patronat est porteur d'une logique antagoniste avec les intérêts des travailleurs » (paragraphe 233 de la résolution) ; et celle qui, malgré « les diver- · genees d'intérêt» veut que l'action syndicale s'inscrive dans la recherche de la meilleure « efficacité économique et sociale au sein de l'entreprise » (paragraphe 410). Si« deux logiques» se combattent («antagonistes» ... !), l'une exclut l'autre à plus ou moins court terme. Et le but du syndicalisme, au travers de toutes les situations, est de préparer les conditions pour que l'émancipation des travailleurs soit l'œuvre des travailleurs eux-mêmes. Limiter et combattre le pouvoir des patrons pour s'en débarrasser, n'est-ce pas cela la lutte « pour le socialisme démocratique autogestionnaire », auquel le texte de résolution, au passage, croit bon de donner un coup de chapeau ... ?