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DOSSIER

La lutte des travailleurs-paysans contre le productivisme

· Critique communiste, n° 42, juin 1985 · p. 11 · 585 mots

La lutte des travailleurs-paysans contre le productivisJDe

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EMISSIONNAIRE pour des raisons qui n'ont pas grand chose à voir avec l'agriculture, le ministre Rocard avait depuis deux ans attaché son nom à une politique agricole directement inspirée de celle de la droite: un face à face exclusif avec l'organisation corporative paysanne, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et ses filiales. Cette organisation qui prétend défendre tous les paysans travaille en fait pour les mieux dotés et gère depuis plus de trente ans l'élimination des agriculteurs non «rentables » - le niveau de « rentabilité » ne cessant bien sûr de s'élever. Le remplacement de Rocard par Nallet peut-il modifier les rapports entre le ministère et la FNSEA, faire sortir les organisations paysannes minoritaires (plus de 30 % des voix quand même) du ghetto dans lequel on les a enfermées? C'est très peu probable.

Les organisations liées au mouvement ouvrier (CNSTP, FNSP, MODEF) ne peuvent compter que sur leurs propres forces face à la pieuvre FNSEA, à son réseau d'institutions et de notables bien implantés. Le changement de ministre a figé le jeu, quelques jours avant l'ouverture du congrès des Travailleurs-paysans dont nous rendons compte ci-dessous, mais sans modifier le cadre général.

Les manifestations FNSEA du 22 mars dernier ont confirmé que les capacités de mobilisation contre les baisses de prix agricoles décidées à Bruxelles restaient importantes, mais que l'incapacité de l'organisation corporative à contrer autrement qu'en paroles les politiques européennes de liquidation des excédents créait aussi un malaise dans les rangs de ses adhérents. Les traditionnelles manifestations paysannes « dures » sont, à cette occasion, réapparues à la télévision. Par contre, on a très peu assisté, depuis deux ans, à des actions de paysans contre des salariés en grève dans les secteurs agro-alimentaires, comme cela avait été le cas dans les laiteries de Brioude (Haute-Loire) ou contre les dockers de Bayonne (avec la manifestation-représaille de Pau). Les actions de milices patronales comme il y en eut à la fromagerie d'Isigny ont été rares. Il est difficile de faire la part dans ce phénomène de la faible mobilisation des organisations des salariés de l'agro-alimentaire et de la prudence des dirigeants de la droite paysanne, qui craignait de perdre par ce type d'action une image respectable qui leur est bien utile. L'habileté politique de la FNSEA est en tout cas confirmée : non seulement elle a réussi à garder en otage le ministre Rocard tout en collaborant discrètement avec ses services, mais encore, confrontée à une contestation interne de ses objectifs -------- ----

~-généraux, elle a été capable de se rallier des organisations viticoles dans des régions où elle était traditionnellement absente, comme l'explique Pierre Bron dans un article suivant.

Dans une situation générale où le mouvement ouvrier n'est guère à l'offensive, ses alliés potentiels à la campagne sont mis dans une situation difficile. Il n'en est que plus remarquable que la CNSTP, née en 1981 du regroupement de plusieurs courants issus des anciens Paysans-travailleurs se soit développée, que la fusion ait réussi et que cette organisation se pose les problèmes de l'unité d'action avec les autres forces qui s'opposent au syndicalisme des entrepreneurs agricoles de la FNSEA. Cette attitude des Travailleurs-paysans n'était ni automatique ni facile à tenir dans l'ambiance générale de division. Elle n'en mérite que plus l'attention des marxistes révolutionnaires, surtout quand la pression de Bruxelles pose en permanence la question des choix sociaux : qui doit produire, pour qui et comment ?

Marcel Leborgne Dessin paru dans Travailleur paysan, octobre 1984.

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