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Les salaires des mineurs

· Critique communiste, n° 42, juin 1985 · p. 26 · 790 mots

Critique communiste numéro spécial été

Crise et tiers monde

Qu'est-ce qui fait courir les mineurs polonais, pourrait-on se demander à la lecture de l'interview qui précède ? Conditions de travail, poids de la hiérarchie, . danger enfin: la condition de mineur n'est pas particulièrement enviable en Pologne. Pourtant, les directions n'ont aucun mal à recruter de nouveaux travailleurs pour remplacer ceux qui partent - licenciés pour avoir tenu tête à l'encadrement ou tout simplement brisés par ce travail extrêmement dur. Car peu de mineurs travaillant au fond peuvent se prévaloir de dix ou quinze ans d'ancienneté.

Il y a d'abord le revenu. En 1982, 61 ,3 % des ouvriers employés dans les mines gagnaient plus de vingt mille zlotys par mois, contre 9,2% seulement de l'ensemble des ouvriers polonais 1• Le revenu mensuel moyen des 10% d'ouvriers mineurs les mieux payés était de 34 644 zlotys (41 373 zlotys pour le personnel non ouvrier des mines), alors que sur l'ensemble de la population ouvrière les 1 0 % les mieux payés ne gagnaient en moyenne que 19 450 zlotys. En 1982 toujours, le salaire moyen mensuel d'un ouvrier mineur était de 25 022 zlotys (celui d'un ingénieur ou technicien se montant à 33 431 zlotys dans cette branche) alors que la moyenne mensuelle de salaire des ouvriers toutes catégories confondues s'élevait alors à 12 376 zlotys, et que, dans la principale région minière - le département de Katowice - le salaire mensuel moyen d'un ouvrier était de

18 843 zlotys. Ces différences ne sont pas nouvelles: ainsi en 1976, un mineur gagnait en moyenne 7 236 zlotys par mois (9 256 pour la catégorie des ingénieurs et techniciens) quand le salaire mensuel moyen d'un ouvrier industriel était de 4 168 zlotys.

Notons enfm que l'augmentation du salaire moyen des mineurs était plus rapide, en 1982, que celle des autres catégories ouvrières (mais plus lente que l'inflation) : l'indice des salaires ouvriers (toutes catégories confondues) s'est élevé à 156,4 (base 100 en 1981 ), à 173,1 pour les ouvriers employés dans l'industrie minière, alors que l'indice des prix à la consommation grimpait à 209,4 (262,8 pour les seuls produits alimentaires).

Un autre élément doit être plis en compte pour comprendre les hauts revenus des mineurs : celui du temps de travail. Alors qu'un ouvrier type a travaillé en 1982 en moyenne 1 809 heures (en 1976, 1 903 heures), dans l'industrie de la houille le nombre d'heures travaillées en moyenne était de 2 0 12 heures- c'est-à-dire 11,2% de plus (en 1976, 1 959 heures, c'est-à-dire 3% de plus). Il en. va de même pour les heures supplémentaires, bien que la différence soit encore plus criante : un ouvrier type en 1982 a effectué ll2 heures supplémentaires (en 1976, 78,5 heures), un mineur moyen 353 heures supplémentaires, c'est-à-dire 215% de plus (en 1976, 171,5 heures, c'est-à-dire 118 % de plus).

Les mineurs de fond sont astreints à faire des heures supplémentaires, en particulier les samedis et les dimanches. L'astreinte administrative est forte, mais plus encore l'astreinte économique : en moyenne, le mineur double son salaire en travaillant le saniedi et le dimanche. De plus, les sommes perçues durant le . week-end sont inscrites sur un livret spécial

En juillet - Amérique latine Afrique Asie -Chine -:- Afghanistan et les mineurs peuvent acheter, jusqu'à la concurrence de ces sommes, des biens de consommation déficitaires - électro-ménager, hi-fi, meubles, etc., dans des magasins spéciaux.

L'ensemble de ces raisons fait que nombre de jeunes à la recherche d'un premier emploi s'orientent vers les mines de charbon dans l'espoir de se constituer un pécule qui leur permette de démarrer la vie indépendante. Hébergés dans des foyers délabrés, ils sont prêts à travailler durant plusieurs week-ends de suite, se gardant une fois par mois ou une fois tous les deux mois une «permission » de deux ou trois jours.

Bien que ce type de travailleur ne constitue qu'une fraction de l'ensemble des mineurs - encore que leur poids relatif ait augmenté durant les dernières années -leur existence même accroît les capacités des directions d'imposer une contrainte au travail plus grande que dans les autres secteurs industriels.

Toutes ces réserves faites, il n'en reste pas moins que la description de la condition ouvrière des mines correspond à celle - moins drastique mais obéissant aux mêmes règles - des ouvriers polonais en général. Cela ressort clairement des témoignages de militants de Solidarnosc qui ont été licenciés des mines et ont, depuis, retrouvé un travail dans d'autres entreprises.

Cyril Smuga 1. Tous ces chiffres proviennent des publications officielles de l'Office central de statistiques (GUS): Rocznik statystyczny 1977, Rocznik statystyczny 1983 et Rocznik statystyczny przemyslu 1983 .

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