Humberto Ortega rincipal stratège de l'insurrection victorieuse de juillet 1979, Humberto Ortega Saaveda est nommé commandant en chef de l'Armée populaire sandiniste (EPS) en octobre de la même année, puis ministre de la Défense. Humberto Ortega rejoint le FSLN en 1965 et devient l'un de ses dirigeants en 1972. Il se retrouve dans la tendance insurrectionnelle dite << tercériste >> quand le Front éclate en 1976. Lors de la réunification de mars 1979, il fait partie de la direction nationale unifiée.
Le texte dont nous reproduisons ci-dessous un extrait fut publié à La Havane en 1981 dans un recueil intitulé Sur l'insurrection. Ecrit en décembre 1974, il est intitulé << Généralités théoriques et pratiques de l'insurrection armée révolutionnaire dans le processus de la guerre populaire révolutionnaire >>. Nous en avons isolé les parties relatives à la préparation de l'insurrection et à l'insurrection elle-même. Ce texte témoigne du degré de réflexion au sein du FSLN sur cette question, et l'on ne peut qu'êtrefrappé par la coïncidence entre l'ébauche du plan stratégique et sa réalisation victorieuse cinq ans plus tard.
Secondairement, et s'il en était besoin, ce texte réduit
à néant l'assertion de ceux qui ont voulu voir dans l'insurrection de juillet 1979 un débordement du FSLN par le mouvement spontané des masses. Tout au contraire, l'insurrection générale et sa préparation apparaissent comme le centre de l'activité et des conceptions stratégiques et tactiques des révolutionnaires sandinistes de longues années durant.
S'il intègre l'héritage d'Engels, de Lénine, et certaines leçons des expériences révolutionnaires vietnamiennes et cubaines, ce texte de Humberto Ortega soulève des questions de tactique politique qui deviendront décisives (et objet de divergences) par la suite, comme celle des alliances. a) Définition et généralités. II est nécessaire, avant d'entrer dans la définition, d'avoir présent en tête la loi fondamentale que notait Lénine pour que la révolution russe se produise, c'est-à-dire, dans notre cas, l'insurrection populaire et la prise du pouvoir politique. Cette loi qui dit en substance : « Pour avoir la révolution, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées aient conscience de l'impossibilité à continuer à vivre comme elles vivent et exigent des changements ; pour la révolution, il est nécessaire que les exploiteurs ne puissent continuer à vivre et à gouverner comme ils . vivent et gouvernent. Ce n'est que quand ceux d'en bas ne veulent plus et ceux d'en haut ne peuvent plus vivre comme auparavant, que peut alors triompher la révolution. » Ce sont donc les conditions subjectives et objectives propices qui déterminent le moment nécessaire pour le changement révolutionnaire. II faut seulement se souvenir que la révolution n'attend pas que les conditions propices se créent d'elles-mêmes.
L'insurrection armée est un type particulier de lutte politique, sujette à des lois spécifiques et, à l'égal de la guerre, c'est un art. L'offensive est la règle principale de l'art de l'insurrection. L'insurrection est toujours d'une pression économico-politique insupportable. Son essence réside dans le fait de saisir l'opportunité propice pour concentrer toutes les forces disponibles sur l'ennemi, lui assénant des coups dévastateurs et décisifs. D'un point de vue plus pratique, l'insurrection est le fait militaire, la bataille dans les rues, par lesquels la révolution s'approprie le pouvoir. C'est un acte pendant lequel une partie de la population « impose sa volonté à l'autre, par les fusils, les baïonnettes, les canons, c'est-à-dire par des moyens extraordinairement autoritaires ». b) Questions fondamentales. Engels souligne qu'il existe deux principes de base pour que l'insurrection soit possible : celui de la grande supériorité numérique et celui de la nécessité de l'offensive, qui permet d'affronter efficacement la supériorité de l'ennemi en forces matérielles, en organisation, la hiérarchie militaire entre autres.
La supériorité ne doit pas être seulement militaire, mais aussi politique. Elle doit être générale en essayant de gagner la majorité du peuple. De même, on doit maintenir à tout prix la supériorité morale, qui sera déterminée dans une large mesure par les succès continuels, frappants, quotidiens, même s'ils sont petits. c) L'offensive. Elle constitue la règle principale de
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l'insurrection, qui doit être « férocement audacieuse, implacablement décidée ». L'offensive n'est pas seulement l'ultime action pour l'attaque finale, elle comprend aussi toute une série d'activités qui préparent l'assaut décisif. Ce n'est pas l'histoire d'un jour, bien au contraire, mais le fruit d'une préparation constante de mois et d'années, le produit de beaucoup d'efforts positifs et négatifs à la recherche du coup stratégique déterminant. Elle requiert d'être le plus énergique possible, en recourant toujours à l'attaque et jamais à la défense. le combat sera mobile et flexible, les masses devront éliminer les chefs civils comme les militaires ennemis. II faut se souvenir qu'avec la défense on ne peut qu'affaiblir l'ennemi, jamais l'anéantir.
L'offensive requiert une décision correcte et rapide. Lénine insiste sur le fait que « la décision et l'énergie constituent les trois quarts du succès de l'insurrection». En même temps, il faut noter que les reculs, les discussions, l'indécision ne peuvent qu'amener un désastre pour l'insurrection. L'offensive requiert la plus grande énergie pour enflammer la passion révolutionnaire du peuple et la diriger audacieusement vers les actions les plus importantes. d) Mots d'ordre, agitation, propagande. Les mots d'ordre sont différents des ordres ou des communiqués militaires ; ils doivent parler aux masses, à la différence des ordres militaires qui sont dirigés vers un secteur déterminé. Les mots d'ordre doivent être l'expression
synthétique des aspirations du peuple. L'insurrection essaiera d'accorder les mots d'ordre à la réalisation des objectifs principaux, faisant coïncider avec intelligence les mots d'ordre et le sentiment populaire du moment. Il faut toujours garder présent à l'esprit que se grouper autour de mots d'ordre politiques ne suffit pas, il faut le faire fondamentalement autour de l'insurrection armée. L'agitation doit être menée vers les plus larges masses populaires, sans cacher la nécessité d'une lutte sanglante et dure, pleine de danger, travail d'agitation qui doit être fait prioritairement dans ia phase préinsurrectionnelle. Il faut toujours tenir compte du fait que l'insurrection doit prendre par surprise l'ennemi et non le peuple. En ce qui concerne la propagande, il est nécessaire de lier l'essence politique de l'insurrection et les questions militaires. La propagande doit garantir la diffusion immédiate dans tout le peuple des premiers succès obtenus par le mouvement insurrectionnel, car la répercussion de ces premières victoires joue un rôle très important. e) Les masses. Les masses sont comme une armée, laquelle pour vaincre doit être bien organisée et compter une direction solide. C'est ainsi qu'elles peuvent réaliser de grandes tâches, porter des coups décisifs. Si elles sont au contraire désorganisées, elles perdent toutes les conditions pour le combat et termineront en débandade totale. L'avant-garde ouvrière armée est «à l'insurrection ce que l'armée est à la guerre». Du sein du prolétariat doivent surgir les principales forces organisées pour l'attaque. L'avant-garde révolutionnaire doit coordonner le mouvement paysan avec les opératians ouvrières dans les centres industriels ou urbains en général. Les forces armées ouvrières ont des qualités combatives très fortes, notamment le contact permanent avec les masses travailleuses, la familiarité avec les centres urbains, etc. Il faut tenir compte du fait que les masses insurgées sont fortement impressionnables, ce qui constitue une arme à double tranchant, car d'un côté des échecs temporaires exercent une influence désastreuse sur la combativité, mais d'un autre les succès, aussi petits soient-ils, renforcent cette combativité. f) La direction. L'insurrection doit être dirigée par d'authentiques représentants du peuple, ce qui évite que la classe réactionnaire, dans des circonstances déterminées, s'approprie la direction de la lutte. L'avant-garde armée révolutionnaire doit diriger la lutte militairement et politiquement. Sur le plan opérationnel, elle ne doit pas permettre plusieurs directions stratégiques différentes: une pour les paysans et une autre pour les ouvriers, un front pour la ville et un autre pour la campagne, par exemple. Au contraire, la direction doit être unique, même si elle comprend différents secteurs de lutte.
Eg) Armée et arrière-garde. Il est très difficile ou improbable de parvenir au triomphe de l'insurrection . sans compter avec une organisation armée forte. Il faut donc à chaque moment élever le niveau des forces armées insurgées et aller progressivement vers la constitution avec les masses de l'armée populaire capable de garantir le pouvoir enlevé à l'ennemi. Avec le peuple organisé, on doit s'assurer une solide arrière-garde qui permette de satisfaire aux besoins de l'insurrection dans ses différentes phases, surtout dans la phase préinsur- ® rectionnelle mais aussi dans la phase de consolidation et de défense du pouvoir conquis. Sur le plan purement militaire-opérationnel, la discipline stricte, la méthode la plus adéquate de diriger les troupes, la volonté et l'unité d'action exigent la centralisation fondamentale du commandement unipersonnel. Ce commandement unipersonnel requiert la subordination inconditionnelle des masses à la volonté du chef. Il faut faire comprendre que le chef, dans ce cas-là, est un représentant de l'organisation politique d'avant-garde et du peuple, qu'il remplit la volonté de son organisation révolutionnaire.
Quelques expériences importantes de la lutte révolutionnaire des peuples 1. Expériences politiques. a) Les expériences de certains peuples européens nous montrent l'importance d'une théorie solide liée à J'in: surrection, car c'est précisément l'absence d'une telle théorie qui a été déterminante dans l'échec insurrectionnel de ces peuples. D'autre part, la révolution d'Octobre démontre comment la théorie révolutionnaire, qui a été l'objet de toute l'attention, a constitué le pilier déterminant pour le triomphe de la révolution bolchevique. L'utilisation de cette théorie a permis à la révolution de se lancer audacieusement dans l'offfensive, sans hésitation et sans incertitude. La théorie révolutionnaire de ces luttes qui ont triomphé a été déterminée par l'idéologie de la classe la plus révolutionnaire : la classe ouvrière et son idéologie marxiste-léniniste. b) Les luttes des peuples qui ont triomphé ont pu compter avec la direction d'un authentique parti marxiste-léniniste. Il doit être combatif, avec une ligne politique juste, une forte unité idéologique, une organisation pure et solidement classiste et, ce qui est fondamental, en étroite liaison avec les masses. Les Vietnamiens disent que le parti est l'avant-garde et l'état-major de la classe ouvrière. L'avant-garde révolutionnaire doit obtenir l'hégémonie dans la direction révolutionnaire, déterminant en même temps de façon correcte les tâches et les objectifs les plus importants, tant pour l'immédiat qu'à moyen terme. Elle doit regrouper tout le peuple en fonction des intérêts de la révolution, s'appuyant fondamentalement sur ses propres forces et coordonnant correctement les tâches politiques et militaires. Il faut savoir déterminer à tout moment la politique générale à suivre dans l'insurrection. Le véritable caractère d'organisation marxiste-léniniste n'est pas seulement déterminé par l'extraction sociale de ses membres, mais fondamentalement par la lutte politique qu'elle mène, son contenu idéologique, sa vie révolutionnaire.
L'avant-garde révolutionnaire doit prendre en considération la lutte idéologique qui se présente presque toujours dans les moments de préparation de l'insurrection, en luttant tenacement contre les tendances gauchistes et droitières qui ne peuvent que mener à l'échec. Sur le plan organisationnel, on doit plus veiller à la qualité qu'à la quantité des rangs. Il faut constamment s'efforcer de former des cadres politiques et militaires pour résoudre la complexité des questions insurrec-
tionnelles, en sachant faire toujours attention à la sélection et la place de ces cadres. II faut maintenir à tout moment la vigilance nécessaire face au danger de l'infiltration ennemie. c) Instrument politique pour regrouper et mobiliser les masses dans l'insurrection, le programme que doit lancer l'avant-garde révolutionnaire doit être l'objet de la plus grande attention. Son contenu doit fondamentalement refléter les intérêts des larges masses populaires pour les mener à la lutte insurrectionnelle vers la prise du pouvoir. d) L'alliance ouvrière et paysanne doit constituer le noyau politique fondamental de l'unité nationale ou populaire contre e régime réactionnaire. C'est l'union étroite des ouvriers et des paysans qui garantit la cùnsolidation de la direction révolutionnaire de la classe ouvrière et de l'avant-garde révolutionnaire, comme le montrent les enseignements de l'insurrection d'août au Vietnam. L'expérience cubaine démontre que la révolution n'aurait jamais été possible avec les seuls paysans, et qu'elle était impossible sans la classe ouvrière. La paysannerie constitue l'allié le plus sûr et le plus nombreux du prolétariat. La simultanéité de la lutte ouvrière et paysanne garantit le développement de 1 'insurrection. e) La politique d'alliance dans la lutte joue un rôle très important, alliance qui doit être déterminée par l'appréciation correcte de la situation politique existant au niveau général. Le centre de gravité de l'alliance doit être la mobilisation des masses contre le régime réactionnaire. Dans la politique d'alliance, on doit prendre en compte les différentes couches sociales, religieuses, etc., pour les tourner résolument contre l'ennemi. Dans ce large mouvementd'alliance,l'expérience a démontré que les différentes forces politiques marxistes et non marxistes peuvent et doivent lutter ensemble, quand ces dernières, dans une conjoncture politique déterminée, conjuguent leurs intérêts contre les classes les plus réactionnaires. Dans ce sens, il faut avoir une politique souple d'alliances temporaires, transitoires, etc. Mais en maintenant toujours le principe directeur de l'indépendance et de l'autonomie de l'avant-garde révolutionnaire. Cela s'appelle savoir dominer la tactique politique dans l'insurrection. Cette tactique sera déterminée par l'analyse minutieuse des contradictions principales et secondaires entre les différentes classes dans la politique d'alliance à suivre. f) Les différents processus révolutionnaires qui ont triomphé ont prouvé qu'un des principes de base consiste à résoudre les problèmes de la révolution en s'appuyant fondamentalement sur ses forces propres. En même temps, il faut estimer justement l'appui extérieur, en ayant toujours à l'esprit qu'on ne doit pas dépendre de cette aide. Dans le contexte même de la situation intérieure, le principe de s'appuyer sur ses propres forces est toujours vrai, l'avant-garde révolutionnaire ne devant pas se reposer sur l'appui de forces extérieures. 2. L'expérience militaire. a) En liaison avec les masses, notamment les secteurs ouvriers et paysans, on doit parvenir à organiser dans la mesure du possible des actions de combat simulta-
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nées et synchronisées. Les différents fronts de lutte, urbains comme ruraux, doivent parvenir à l'organisation civile du mouvement insurrectionnel, en sachant déterminer les différentes tâches selon les caractéristiques de chacun des fronts. Les détachements insurrectionnels doivent s'armer par eux-mêmes, comme ils le peuvent, en utilisant les armes les plus rudimentaires comme les plus modernes. On ne doit jamais renoncer à former un détachement populaire sous prétexte du manque d'armes. Selon les secteurs ouvriers il faudra tendre à organiser des détachements de corps spéciaux, en chercher l'armement, déterminer les commandemants élus par eux-mêmes et parvenir aussi à former un autre type d'unités armées qui renforcent l'ensemble des forces armées populaires insurrectionnelles. Dans les secteurs ouvriers urbains, surtout, il faut développer le génie militaire en liaison avec l'utilisation des connaissances techniques qu'ont ces secteurs, afin de les utiliser comme armes contre l'ennemi. Dans ce sens, il faut tenir compte de l'avance technique ·militaire qu'a l'ennemi, afm de pouvoir le combattre efficacement.
Dans toute l'étape insurrectionnelle, il faut constamment maintenir une politique d'entraînement et d'apprentissage des masses au maniement des armes. Même s'il n'y a pas d'armes pour tous à l'heure de l'assaut, il est important que tous sachent les manier. Dans le déroulement du soulèvement insurrectionnel, l'avant-garde révolutionnaire ne doit pas s'opposer à ce qu'on nomme les actes d'excès, de vengeance populaire
® contre l'ennemi le plus connu ou le plus haï. Au contraire, comme le souligne Engels, l'avant-garde révolutionnaire doit prendre la direction de ces actes. Constituées en milices populaires dirigées par le secteur ouvrier, les masses doivent substituer aux instruments répressifs et policiers du régime les milices adéquates. b) En liaison avec les forces armées principales qui formeront l'armée révolutionnaire populaire, les milices doivent constituer l'axe fondamental de l'insurrection du point de vue militaire. L'appareil militaire doit être étendu au niveau national mais, en même temps, il doit être concentré sur les objectifs principaux. Cette armée populaire centrale, avec les autres forces armées du peuple, déterminera le triomphe de l'insurrection et fournira la force principale dans l'affrontement contre une possible intervention armée impérialiste. Il y a nécessité d'arriver à une intégration étroite de l'armée populaire centrale avec le reste des forces armées populaires. c) Le commandement militaire joue un rôle déterminant dans l'insurrection. La direction de l'insurrection ne peut jouer son rôle isolément des masses populaires, ni avec une autorité en porte à faux vis-à-vis des troupes insurrectionnelles, mais au contraire dans une étroite et indestructible unité avec elles. Toutes les actions militaires doivent être décidées en fonction directe de la volonté de la direction, ce qui garantit la simultanéité des actions et la discipline nécessaire. d) Parmi les différentes formes militaires de lutte se détache le rôle que joue dans la tactique insurrectionnelle la guerre de guérilla. Pour la lutte dans les villes, les rues, elle exige principalement la formation de solides détachements mobiles peu nombreux.
Dans les campagnes, dans les plaines ou dans les zones subrurales -que l'on appelle aussi périphériques - , à la ceinture des centres ou agglomérations urbaines, la tactique de guérilla a des caractéristiques différentes de celle des villes. La lutte insurrectionnelle dans ces zones est liée à celle que l'on doit mener dans les villes, mais est aussi le lieu du combat pour les voies de communication. La stratégie de guérilla qui se développe simultanément dans les zones rurales montagneuses doit également être liée à l'insurrection en général, notamment en raison de la dispersion des forces s'il en est besoin. Dans ce cas, la lutte dans la montagne, en plus de constituer le point central pour l'insurrection générale, peut être la garantie fondamentale d'un repli stratégique en cas de besoin. Le travail de guérilla dans ces montagnes a son plus grand intérêt dans la phase pré-insurrectionnelle, immédiatement avant le soulèvement général.
Be) Liée à cette question de la tactique insurrectionnelle, l'expérience montre que la principale caractéristique du combat doit être fondamentalement son caractère offensif. Le combat défensif dans l'insurrection constitue sa mort. Il ne doit pas y avoir de bataille sans préparation et sans la pleine certitude de la gagner. Le combat requiert de ne jamais sous-estimer l'ennemi, et d'avoir toujours à l'esprit qu'il ne va pas être à tout moment disposé à se rendre. Une des caractéristiques de fond des unités insurrectionnelles doit être une grande opérativité.
Il ne faut pas penser que les criminels ou les lumpen sont de bons combattants dans l'insurrection. Le recrutement de volontaires est une opération très sérieuse et l'avant-garde doit garder présent à l'esprit qu'elle n'est pas un lieu de réhabilitation sociale des secteurs les plus arriérés de la société. 3. L 'expérience po/itico-militaire. a) S'agissant de l'organisation de l'avant-garde, c'est un principe de base de toujours garder son caractère clandestin, afm de parvenir à une organisation cornpacte, sélectionnée et efficace; d'accumuler les forces humaines et matérielles nécessaires pour les lancer résolument au moment opportun de l'insurrection. Parallèlement, il faut considérer qu'on ne peut mener les masses à l'insurrection sans créer les structures organisationnelles clandestines adéquates qui propagent, discutent, apprécient et préparent soigneusement les différentes ressources à utiliser dans la lutte. b) Les forces politiques de masse sont le pilier fondamental dans la construction des forces armées populaires sous leurs multiples formes. Nous y distinguons maintenant les détachements réguliers de guérilla (forces principales) et les milices de masse (forces auxiHaires), la qualité étant déterminée par le caractère massif des milices constituées. Les premières formeront l'armée populaire centrale et les secondes constituent la force populaire paramilitaire. Ce sont les comités locaux de l'avant-garde politique qui dirigent l'activité militaire et paramilitaire dans les différentes phases de I'insurrectian. Ce sont eux qui contrôlent l'étroite unité entre l'avant-garde politico-militaire et les masses. On peut apprendre tout cela de l'insurrection d'août au Vietnam. c) Le travail militaire et paramilitaire actif, étroitement combiné à l'activité politique, est le facteur central de la phase préinsurrectionnelle et de l'insurrection généraie. Ce travail a pour but, entre autres, de faire le maximum d'agitation parmi les masses, de parvenir à une large mobilisation des différents secteurs du peuple autour de ses revendications particulières et générales, de préparer moralement et matériellement I'insurrectian imminente, de consolider les structures organiques au niveau général, etc. d) L'unité politique des masses autour de l'avant-garde révolutionnaire se fera fondamentalement au travers de la lutte même, sans que cela signifie qu'on ne doive pas faire auparavant un travail politique déterminé de elarification et de conviction. e) La direction stratégique de l'insurrection sera à la charge de la direction centrale du mouvement révolutionnaire, ce qui garantit une action solide et centralisée sur les tâches politiques et militaires à développer. La direction politique du mouvement doit profiter au maximum de la conjoncture la plus favorable dans la situation politique générale pour lancer le coup décisif. A ce moment, la forme d'action principale sera la violence révolutionnaire de la lutte armée et politique. On devra fondamentalement parvenir au soulèvement simultané, en déployant toutes les forces armées et politiques; en combinaison avec des grèves de masse dans les secteurs névralgiques, comme les centres productifs, administratifs, etc. L'offensive devra être continue et multilatérale. Dans les campagnes, avec une certaine anticipation, on doit envisager des insurrec-
tians partielles ou des attaques de guérilla, ou les deux combinées, afin de disperser les forces de l'ennemi et d'affaiblir sa principale arrière-garde. f) Une grève générale combinée avec l'insurrection dépend du degré de travail et d'influence de l'avantgarde révolutionnaire parmi les principaux secteurs populaires. La grève générale peut se faire dans le cours du soulèvement populaire ou bien précéder immédiatement ce soulèvement. Cela dépend de la situation politico-organisationnelle générale du moment. g) On doit également veiller dans les zones rurales à la création de bases de guérilla qui servent de points d'appui pour la préparation de l'insurrection générale. Les conditions principales que requièrent ces bases, c'est de gagner le peuple et de compter avec un terrain favorable, tant pour le développement de l'offensive que pour faciliter la défense. Le travail militaire dans ces bases de guérilla garantit, avec celui qui se fait dans les zones subrurales etjou périphériques, le développement de l'insurrection dans les centres urbains, de J'insurrection générale. h) La propagande armée est partie prenante de l'activité politico-militaire de la phase préinsurrectionnelle, dans la préparation des bases de masse pour une insurrection future. Cette tâche a un caractère transitoire et ce qui doit fondamentalement la guider, c'est que la tâche politique est plus importante que la tâche militaire, que la propagande l'emporte sur les opérations de combat. i) La réalisation dans les différentes phases de l'insurrection d'un travail continuel de décomposition dans les rangs ennemis est une activité politique importante pour renforcer les opérations militaires. Ce travail, en plus de pouvoir gagner certains éléments des catégories les plus basses de l'armée, a pour but révolutionnaire fondamental de créer les conditions nécessaires à la destruction ou la neutralisation totale de l'armée ennemie. Cela se fera principalement au travers des actions militaires et paramilitaires et du travail politique correspondant.
Les différentes insurrections des peuples font apparaître des éléments positifs et négatifs. Parmi ces derniers, qui ont entraîné des échecs et des défaites, il faut souligner les erreurs suivantes : organisation de · l'insurrection armée pendant la phase descendante du mouvement révolutionnaire des masses, et non dans une phase ascendante, c'est-à-dire laisser passer le moment favorable ; un manque d'attention de l'avantgarde révolutionnaire à une préparation soigneuse des masses, élément fondamental qui a pour conséquence de ne pouvoir agiter et mobiliser ces masses vers les différentes formes de lutte militaire et politique ; ne pas avoir constitué une minutieuse organisation du mouvement ouvrier et des autres secteurs considérés comme névralgiques, ce qui conduit à ce que l'insurrection n'ait qu'un caractère local, permettant ainsi à l'ennemi de concentrer ses effectifs et de détruire les forces insurgées ; le manque de combattants, dans les forces insurgées, maîtrisant bien les techniques de l'armement, la fabrication et la réparation des armes, etc. ; surestimation du degré de démoralisation de l'ennemi ; surestimation des forces insurgées ; une extrême dispersion des forces révolutionnaires ; un plan insurrectionnel qui
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ne correspond pas aux formes d'organisation du combat ; une méconnaissance du maniement des armes principales; une disparition de l'enthousiasme tout de suite après quelques échecs ; une place et une recon. naissance préalable superficielles des objectifs à dominer ; une non-prise en compte de la place précise des éléments clés du gouvernement et de l'armée; l'absence d'appui mutuel étroit entre les différents groupes insur- . gés ; le fait d'une importance décisive que les grandes masses ne soient, à l'heure du soulèvement insurrectionnel, qu'un simple spectateur sans intérêt au combat.
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