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Message du secrétariat unifié de la IVe Internationale au VIIe Congrès de la LCR

· Critique communiste, n° 47, décembre 1985 · p. 6-8 · 2 131 mots

Message du secrétariat unifié de la IVe Internationale au VIle Congrès de la LCR

Par Livio MAITAN. dirigeant de l'Internationale

Le VIr Congrès de la Ligue communiste révolutionnaire s'est tenu à la Bourse du travail de Saint-Denis du 31 octobre au 3 novembre. Il a débattu des conditions actuelles de la lutte des travailleurs, engagé une discussion qui devra se poursuivre sur la stratégie de construction d'un parti révolutionnaire dans notre pays, tranché sur la tactique électorale pour mars 1986. Rouge a rendu compte des travaux de ce VIr Congrès,

Les résolutions adoptées seront publiées en brochure, et nous y

Nous publions ci-dessous le message adressé au congrès par notre camarade Livio Maitan, au nom du secrétariat unifié de la IV" Interna-

L notamment sous ce dernier aspect. renvoyons à l'avance nos lecteurs. tionale.

ES débats de votre congrès ont beaucoup de points en commun avec les débats qui ont lieu dans d'autres sections européennes. Sous plusieurs angles, ils reflètent et répercutent les préoccupations qui traversent le mouvement ouvrier de la plupart des pays d'Europe capitaliste. Dans quelques semaines, à l'occasion d'une des rencontres périodiques des bureaux politiques de nos organisations européennes, toute une série de problèmes seront discutés. J'en mentionnerai très schématiquement quelques-uns.

Nous construisons actuellement nos sections dans un contexte qui est sensiblement différent de celui qui existait lorsque la plupart de ces sections ont été créées ou relancées, à savoir au début des années soixante-dix. Depuis lors, un événement capital, la crise de 197 4-197 5, a commencé à bouleverser les données de la situation en Europe capitaliste. Un contexte nouveau

Si on veut apprécier la portée du changement survenu, il suffit de rappeler, par exemple, que depuis 1970 le chômage est passé de 3 % à 13 % en Grande-Bretagne, de 0,8% à 8,6% dans la « florissante » République fédéraie allemande, de 2,4% à 20,1 % en Espagne, et qu'en France et en Italie le chômage des jeunes varie entre 30 % et 35 %, alors qu'en Espagne il vient d'atteindre 46,5 % !

Ces chiffres suffisent à donner une idée de la profondeur des événements sociaux qui s'opèrent. Qui plus est, les principaux pays capitalistes enregistrent, surtout depuis la fin des années soixante-dix, une diminution de plus en plus sensible de la classe ouvrière industrielle et cela notamment dans des secteurs fondamentaux. Rouge rappelle cette semaine le sort dramatique de la sidérurgie française. En Espagne, entre 1977 et 1984, le nombre des travailleurs industriels a diminué de 42 % ; en Italie, celui des ouvriers des grandes entreprise de 25 %environ au cours des quatre dernières années. Dans ce dernier pays, toutes les places fortes des grandes luttes des vingt dernières années ont été durement frappées.

Si on ajoute à ces éléments les effets dévalorisants de l'introduction des technologies nouvelles sur les qualifications traditionnelles des ouvriers, sur le rapport de ceux -ci avec le processus de travail où ils sont intégrés, bref, sur leur rôle en tant que producteurs, la conclusion s'impose d'elle-même: des transformations très profondes, des vérita-

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bles déchirements économiques et sociaux sont en cours.

Finalement, dans l'analyse de ces processus, il faut préciser deux points : tout d'abord, que jusqu'ici les changeliés · aux restructurations-réorganisations du travail ont pesé plus lourd que les innovations technologiques en tant que telles ; deuxièmement, et comme la conséquence de ce premier point, la grande vague d'innovations- notamment dans les services - est encore devant nous. C'est pour cette raison, entre autres, que personne n'ose prévoir à c'ourt ou moyen terme une inversion ~ destëndances sus-mentionnées.

Voilà une idée des problèmes qui se posent à nos organisations. Il faudra y réfléchir pour pouvoir saisir ce qui se passe, faute de quoi nous seront incapables d'intervenir efficacement dans la lutte de classes.

Brièvement, quelques mots sur la situation et les perspectives de lutte. Trois pays d'Europe - France, Italie et Grande-Bretagne - ont enregistré en 1984 ou en 1985 des records négatifs depuis vingt années, sinon plus, en ce qui concerne les heures de grève. Pourtant, des événementS comme la mobilisation des « autoconvocati » en Italie au mois de mars ' l984, la grève épique des mineurs britanniques, la grève de juin 1985 en Espagne et la lutte pour les trente-cinq heures en Allemagne démontrent que des luttes et des mobilisations sont possibles.

Rien n'indique qu'il n'en sera pas ainsi dans les années qui viennent.

Néanmoins, on bute sur un cercle vicieux qui résulte de la combinaison de deux facteurs suivants :

1) les luttes partielles en elles-mêmes ne peuvent pas être payantes étant donné les problèmes qui se posent, alors que les luttes générales subissent des échecs ou se terminent sans résultats tangibles.

2) le problème de l'alternative se pose comme solution à la crise, mais cette alternative ne peut pas se concrétiser ou commencer à se concrétiser dans des luttes et des mobilisations d'enver-

Tout le problème est de saisir comment ce cercle vicieux peut être brisé, comment il faut s'y prendre pour relancer les luttes avec des perspectives de succès. Plus concrètement, il s'agit de déterminer quel type, quelles luttes sont nécessaires aujourd'hui dans les entreprises frappées ou menacées par les restructurations, et quels doivent être leurs objectifs. Il s'agit de définir en même temps une alternative politique qui ait par elle-même un effet entraî-

La réponse à ce problème est difficile, mais nous devons tout faire pour la trouver et la conèrétiser. C'est une tâche qu'il est impossible d'esquiver. Les succès de nos camarades mexicains

Je n'ai pas le temps de vous informer sur les travaux d'une réunion récente des bureaux politiques de nos organisations latina-américaines qui représentent un secteur important de notre mouvement. Un point central des débats a été notre participation aux luttes au niveau du continent contre le paiement de la dette extérieure.

Je me limiterai à dire quelques mots sur le Mexique. Comme vous le savez, le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT) mexicain a remporté un succès lors des dernières élections . générales : six candidats inclus dans se's listes ont été élus au Parlement. C'est une victoire très significative et sans précédent sur ce terrain pour tout notre mouvement. Il est vrai que dans d'autres pays d'Amérique latine nous avons obtenu à diverses reprises des députés. Mais cette fois le succès est le résultat d'un travail beaucoup plus profond et systématique, effectué par une organisation bien plus importante et mieux structurée que l'organisation bolivienne et l'organisation péruvienne au moment où elles avaient des élus, et, par ailleurs, beaucoup plus intégrée dès sa fondation au cadre de l'Internationale. Le camarade Sergio Rodriguez, dirigeant du PRT, l'a souligné au cours d'une réunion de la direction internationale: sans la IV Internationale, a-t-il dit, il n'y aurait pas eu de PRT, ni, donc, cette victoire. Mais il a immédiatement ajouté que la nouvelle situation comportait pour le PRT, de même que pour l'Internationale, des problèmes et des tâches non moins difficiles que ceux que nous avons affrontés jusqu'ici.

Pour vous donner une idée de ces problèmes, soulignons que le PRT continue à se poser - avec des responsabilités évidemment plus grandes - le problème de l'unité de la gauche. A l'étape actuelle, doit-il donner la priorité à des démarches vers le PSUM (PC mexicain), dans l'idée que le problème des liens avec les organisations de la gauche révolutionnaire - qui ne sont pas pas représentées au Parlement et qui, pourtant, dans leur ensemble constituent une force non négligeable - . se posera plus concrètement par la suite ? Ou faut-il, au contraire, s'adresser tout d'abord à ces dernières organisations de manières à entraîner ainsi le PSUM dans le processus unitaire ?

Deuxièmement, nos camarades se posent le problème du rapport entre le parti et son expression parlementaire, un problème que le mouvement ouvrier a connu tout au long de son histoire. Il serait tout à fait erroné de croire qu'il ne se pose pas à une organisation marxiste-révolutionnaire. Au Pérou, nos camarades ont fait une expérience douloureuse en la matière : ils espèrent que leur expérience puisse au moins aider les camarades mexicains à résoudre leurs problèmes.

Finalement, le succès électoral a été le produit d'une influence de masse que le PRT avait déjà gagnée auparavant, ce qui lui a permis, entre autres, de mobiliser pendant la campagne des milliers et des milliers de sympathisants. Maintenant, l'influence du PRT s'est accrue davantage et des milliers de personnes veulent adhérer au parti sans être pour autant des marxistes-révolutionnaires. Or, il est évidemment impossible d'estomper la différence entre militants d'un côté et sympathisants ou électeurs de l'autre, mais il est également impossible de fermer les portes du parti : voilà le problème. Une tâche énorme de formation de nouveaux cadres et de nouveaux dirigeants s'impose donc au PRT: l'accomplissement avec succès est la précondition pour assimiler les nouvelles forces qui affluent. Défendre notre identité marxiste, socialiste révolutionnaire

Dans votre congrès également, on a entendu ce qui est aujourd'hui un leit-motiv dans le mouvement ouvrier de nombreux pays, y compris dans notre propre mouvement : la question de notre identité.

Sur ce terrain, nous devons faire face à un double défi.

Le premier provient de nos propres rangs. Fin août, la direction du Socialist Workers Party (SWP) australien a décidé de quitter la IV Internationale. Le secrétariat unifié est en train de préparer une réponse et un article paraîtra dans le prochain numéro de la revue Quatrième Internationale.

Deux critiques centrales nous sont adressées par les camarades australiens : l'une est que nous ne comprenons pas « l'axe anti-impérialiste de la révolution mondiale». Ce n'est pas là une simple querelle terminologique. En fait, la direction du SWP rompt avec notre conception des trois secteurs de la révo-

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lution mondiale en remettant en question le rôle irremplaçable, nécessaire, du prolétariat des pays capitalistes industrialisés.

L'autre critique concerne la contradiction à l'œuvre dans les Etats ouvriers bureaucratisés. Selon les camarades australiens, dans ce secteur de la révolution mondiale, la contradiction se trouverait « entre pays socialistes et impérialisme». En d'autres termes, ils estompent totalement la contradiction centrale, à savoir celle qui existe entre les castes bureaucratiques et les masses travailleuses. Une bagatelle!

Face à de telles révisions, la réaffirmation de nos bases programmatiques fondamentales est une nécessité politique. Y a-t-il quelqu'un pour penser que la nécessité de la révolution dans les pays capitalistes et la nécessité de la révolution antibureaucratique dans les Etats bureaucratisés constituent un bagage encombrant dont on aurait intérêt à se débarrasser ? Sans toute la clarté sur ces questions essentielles, on ne peut rien construire ni aujourd'hui, ni demain, ni après-demain. On peut tout au plus déboucher sur le suivisme le plus plat, vivoter à l'ombre d'autrui, et encore, pas pour longtemps !

Le deuxième défi - notamment dans des pays d'Europe capitaliste -provient d'intellectuels de gauche et de secteurs malheureusement assez larges du mouvement ouvrier organisé. L'Italie en est un exemple clair: c'est dans le PCI lui-même, parti ouvrier de masse depuis quarante ans, que sont remises en question les conceptions marxistes de base, voire l'interprétation matérialiste de l'histoire, et plus encore les fms historiques du mouvement ouvrier. Dans un tel conteste, réaffirmer et redéfinir notre identité, est-ce que cela représente une perte de temps, un exercice abstrait, une marotte doctrinaire ?

On nous dit que nous devons être des organisations utiles. C'est incontestable. On ne peut pas gagner du crédit en promettant des lendemains qui chantent si on n'est pas capable de participer aux luttes du présent qui pleure. C'est l'ABC. Mais nous devons en même temps apparaître comme une organisation utile aussi par ses valeurs programmatiques et ses potentialités de lutte pour l'avenir. Si nous voulons contrecarrer la vague de reflux qui déferle sur le mouvement ouvrier, éviter d'être entraînés nous-mêmes dans la débandade idéologique, nous devons affirmer notre identité marxiste, socialiste, révolutionnaire. Répétons-le: c'est là une exigence politique, une exigence de construction. Si nous ne comprenons pas cela, nous risquons de tomber dans le pragmatisme avec toutes ses illusions et, dans la meilleure des hypothèses, nous construisons sur du sable.

Le problème réel n'est donc pas de savoir si nous devons conserver ou retrouver notre identité, mais bien de savoir comment défendre et redéfinir cette identité en fonction des nécessités de la lutte du mouvement ouvrier alors que le contexte est défavorable dans de nombreux pays. Il faut le dire : même dans un pays comme la France, être non seulement trotskyste, mais tout simplement marxiste signifie aujourd'hui nager contre le courant.

Il faut tenir bon, camarades, avec la conscience que nous ne défendons pas une secte ou une chapelle, et même pas une organisation particulière; mais que nous menons une bataille dans l'intérêt du mouvement ouvrier dans son ensemble.

C'est une bataille qui sera longue et difficile. Mais il faut la mener. Nous n'avons pas d'autre choix.

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