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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

NOUVELLE-CALÉDONIE

Un an après l'assassinat d'Eloi Machoro

· Critique communiste, n° 48, janvier 1986 · p. 8-11 · 3 751 mots

L

Nouvelle-Calédonie

La victoire indépendantiste aux élections régionales du 29 septembre dernier n'a pas résolu l'ensemble des problèmes de la lutte que mène le FLNKS pour l'indépendance kanake et socialiste. Tant s'en faut. Elle a néanmoins démontré que l'immense majorité du peuple kanak se range derrière le FLNKS 1• C'est là un désaveu flagrant pour la droite, qui dissimule la défense des privilèges coloniaux derrière une argumentation fondée sur le prétendu caractère minoritaire du FLNKS. Cette bipolarisation politique confirmée en Nouvelle-Calédonie a provoqué un certain traumatisme dans une frange de l'électorat du RPCR. Il est néanmoins peu probable de voir apparaître, dans l'immédiat, un courant européen sigificatif prêt à soutenir réellement la perspective néo-coloniale du gouvernement français. La mobilisation du peuple kanak est pour le moment trop radicale pour permettre la concrétisation, à froid, d'un compromis politique garantissant le maintien de l'essentiel des privilèges coloniaux. La solution néo-coloniale en marche

L'installation des Conseils de région, dont trois sont dirigés par les indépendantistes (au Nord, au Centre et dans les îles Loyauté), a cependant aussi signifié le démarrage de l'application de la solution néo-coloniale élaborée par le gouvernement français pour endiguer la radicalisation de la mobilisation indépendantiste.

L'objectif premier du plan Fabius est de réinsérer le débat politique dans le cadre des institutions coloniales. Cette démarche vise à former, dans le creuset des Conseils régionaux, une couche de gestionnaires mélanésiens pour les amener, sous le contrôle étroit

Vincent KERMEL des fonctionnaires de l'Etat français, à une collaboration institutionnelle avec les représentants des intérêts colonialistes.

Ces nouvelles institutions - Conseils de région, Congrès, Conseil exécutif qui réunit les présidents de région et du Congrès avec le délégué du gouvernement français - sont conçues pour devenir des lieux de cohabitation politique. Edgard Pisani a déclaré à plusieurs reprises que << c'est dans ce Conseil exécutif dont on parle peu, que beaucoup de choses se passeront>>. Il a aussi précisé : <<Je suis convaincu qu'après deux ans et demi de cohabitation et de travail en commun, fa position du problème sera renversée far rapport à ce qu'elfe est maintenant . >>

Aux yeux du pouvoir colonial, cette stratégie devrait réduire les capacités d'initiative du FLNKS sur le terrain en l'amenant à privilégier l'action institutionnelle et économique. Dans cette logique, une différenciation politique et sociale devrait alors intervenir au sein du FLNKS, produisant rapidement ses effets désorganisateurs sur la mobilisation indépendantiste.

A moyen terme - pendant les deux années que doit durer le statut transitoire jusqu'au référendum d'autodétermination prévu pour la fm 1987 -, la mise en œuvre des ordonnances édictées par Paris a pour vocation de modifier en profondeur le comportement social et politique du peuple kanak, de manière à vider de son contenu anticolonial la revendication de récupération collective de toutes les terres spoliées. C'est là le second volet de la politique gouvernementale.

L'accent est donc mis dans le plan Fabius sur le développement de la campagne mélanésienne, dans le seul but de diviser le peuple kanak. L'objectif clairement affiché par le gouvernement français est de modifier le système de production agricole kanak d'autoconsommation, lequel permet la persistance de l'unité sociale de base - la

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tribu-, et fonde les capacités de résistance de la population mélanésienne à la domination coloniale 3• Le plan Fabius cherche à accentuer la monétarisation de la société kanake et à accroître son insertion dans les circuits économiques d'échange capitaliste. Ce qui revient en fait à resserrer l'étau de la dépendance. Les autorités gouvernementales constatent en effet que <<faute de productions vendables, protégés par un puissant système de solidarité, les Canaques ne sont que fort peu insérés dans une économie d'échange qui, par le truchement de moyens financiers, leur donnerait accès à des marchés et donc à des biens et équipements dont ils ressentent désormais le besoin 4 ».

Conçu sur le mode du profit capitaliste et de l'accumulation privée, le développement de l'agriculture mélanésienne envisagé par Paris se heurte à la jouissance collective de la terre et de ses produits dans le cadre de la coutume. Qu'à cela ne tienne, l'ordonnance foncière doit «permettre que les terres appartenant à la coutume ( ... ) soient négociables de telle sorte que ceux qui en deviendront titulaires, fermiers européens ou mélanésiens, puissent gager un emprunt par le dépôt de leur titre dans un établissement de crédit 5 !!. L'accès au crédit et l'hypothèque individuelle des terres constituent les armes de la pénétration des rapports capitalistes dans l'agriculture. Le vieux projet de l'encouragement à l'appropriation privée de la terre chez les Kanaks réapparaît dans l'ordonnance foncière qui «permet, également, que la coutume donne à ses propres membres pris individuellement des baux ou concessions d'une durée et d'un caractère tels que deviennent possibles l'investissement personnel et la mise en valeur des terres!!. Rien n'est donc laissé au hasard pour « que soit définitivement arrêté le processus de revendications désordonnées dont la Nouvelle-Calédonie a tant souffert 6 11.

Il n'est pas inutile de s'attarder un peu sur le contenu de cette ordonnance foncière qui est la clef de voûte du plan Fabius. Il faut tout d'abord préciser que les Conseils de région n'auront guère de pouvoir en ce domaine. Pisani explique ainsi que «les régions ne sont pas compétentes pour régler le problème foncier. Elles ont compétence pour indiquer les conditions de mise en œuvre des règles qui auront été fixées par l'ordonnance et qui à certains égards seront ~récisées par les délibérations du congrès 11. Or, l'ordonnance foncière ne reconnaît aux Kanaks qu'un << droit d'usage coutumier 11 sur certaines terres et à certaines conditions. En sont exclus les zones urbaines dont la délimitation revient au délégué du gouvernement français, le domaine public et les zones militaires.

Par ailleurs, < < les droits d'usage coutumiers sur des fonds utilisés pour une exploitation minière ne s'exercent que par la perception d'une redevance 11. La revendication de terres est soumise à l'aval du haut-commissaire et toute attribution des << droits d'usage coutumiers [se fait] sous les conditions que le groupement de droit particulier local ait désigné un mandataire et présenté un projet de mise en valeur du fonds 8 11. Mieux encore, en cas de non-culture, l'Etat français se réserve le droit de récupérer les terres ainsi allouées. Or, dans cette conception, la culture d'autosubsistance peut être considérée comme une non-mise en valeur de la terre puisqu'elle ne s'inscrit pas dans des circuits d'échanges capitalistes.

Ces dispositions ne constituent donc pas une reconnaissance du droit du peuple kanak à l'indépendance et à la terre. Tout au plus s'agit-il de faciliter l'accession d'une poignée de Kanaks à la propriété privée de la terre, pendant que la majorité du peuple se verra soumise de gré ou de force à l'endettement, à l'appauvrissement et à la dépossession de sa terre 9 •

La distribution d'importants salaires aux élus, les aides financières aux projets économiques mélanésiens relèvent de ce désir de monétariser la société kanake pour inciter << les milieux mélanésiens à sortir progressivement d 'un système domestique de subsistance pour s'insérer dans un système économique d'échanges 10 11. Premiers effets du plan Fabius

Mais en avançant ainsi sa solution néo-coloniale, le gouvernement français précipite le débat au sein du mouvement indépendantiste sur le contenu d'une authentique indépendance. Car même s'il y a loin du projet gouvernemental à sa concrétisation, force est de constater que le début d'application du plan Fabius a d'ores et déjà produit des effets négatifs sur la cohésion du FLNKS.

Ainsi, pour qui se rend à Thio un an après novembre 1984, il est facile de constater que la normalisation n'a pas été le seul résultat de la répression coloniale. Le retour des militants kanaks vers des activités économiques et les multiples interventions financières des organismes de crédit ont favorisé la réapparition de conflits d'intérêts personnels ou familiaux , qui sont autant d'obstacles à la mobilisation unitaire. En 1985, l'Office de développement de l'intérieur et des îles (ODIL) a polarisé son action dans la région centre sur la ville de Thio avec dix-huit interven-

1. Pour une analyse des problèmes politiques du mouvement indépendantiste kanak, se reporter à l'article paru dans Inprecor tf 202, 9 septembre 1985.

2. Interview donnée à RFO et publiée dans les Nouvelles calédoniennes du 4 octobre 1985.

3. Ce projet n'est pas nouveau. 11 renvoie à l'expérience néo-coloniale française en Afrique noire. Il a par ailleurs été déjà mis en avant lors de la réforme foncière de 1982. Cf. Nouvelle-Calédonie : la révolte kanake, Claude Gabriel et Vincent Kermel, éditions La Brèche, . mars 1985.

4. Extrait d'un rapport au président de la République accompagnant le texte des ordonnances et publié dans les Nouvelles calédoniennes du 19 novembre 1985.

5. Les Nouvelles calédoniennes, 4 octobre 1985.

6. Les Nouvelles calédoniennes, 19 novembre 1985.

7. Les Nouvelles calédoniennes, 4 octobre 1985.

8. Texte de la réforme foncière publié dans les Nouvelles calédoniennes du 21 novembre 1985.

9. Les rapports de propriété de type colonial étant globalement maintenus en l'état dans le projet gouvernemental, cette stratégie vise donc surtout à diviser le peuple kanak. Tout au plus produira-t-elle, si elle est menée à son terme, une petite bourgeoisie agraire mélanésienne totalement dépendante de l'import-export et des grands propriétaires fonciers, limitée dans ses possibilités d'expansion du fait de la mainmise du colonat européen sur la terre. 11 ny aura donc ni réel développement agricole mélanésien, ni émergence d'une couche bourgeoise agraire autochtone, comme certains le souhaitent peut-être. L'agriculture d'autosubsistance sera maintenue dans le rôle d'élément indispensable à la reproduction à moindre coût d'une force de travail kanake qui aura à s'employer pour le compte des détenteurs du capital.

JO. Les Nouvelles calédoniennes, 19 novembre 1985.

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11. Les Nouvelles calédoniennes, 9 octobre 1985.

12. Ce congrès d'Arama a vu la réapparition en force du vieil appareil de I'UC, au sein duquel de nombreux non-Kanaks ont des positions-clefs. Certains, comme Maurice Lenormand, sont des affairistes de longue date. Ce congrès a montré aussi que la disparition d'Eloi Machoro a ôté au courant le plus radical et le plus militant de cette organisation le porte-parole dont il a besoin. Aussi ce congrès a·t·il laissé beaucoup d'amertume chez de nombreux mili· tants de I'UC. Trois d'entre eux ont d'ailleurs été exclus pour avoir pris parti, avec le comité FLNKS de Lifou, dans l'affaire Cono.

13. Toutes les citations du congrès de I'UC sont faites à partir des résolutions publiées dans Les Nouvelles calédoniennes du 15 novembre 1985.

U. Kanak, organe du PAL/KA, tf 110 du 30 novembre 1985.

15. Les motions du congrès d'Oundjo sont extraites de Bwenando tf 18 du 27 novembre 1985. Elles ont été publiées en métropole dans le tf 1 de Kanaky, revue de l'Association information et soutien aux droits du peuple kanak (A1SDPK).

16. Les Nouvelles calédoniennes, 15 novembre 1985.

ti ons. Comment s'étonner dès lors que tel militant, actif sur les barrages en 1984, se consacre aujourd'hui essentiellement à la rentabilisation de son camion pour l'évacuation du minerai de nickel? Et l'on sent bien aujourd'hui, derrière certaines divergences politiques, poindre des intérêts économiques particuliers.

Les exemples de conflits produits par la nouvelle situation institutionnelle n'ont pas manqué dans la dernière période. Dès avant les élections du 29 septembre, des débats virulents ont traversé le FLNKS pour la désignation de ses listes. Des responsables de premier plan ont pu être contestés par la base dans les conférences régionales. Ainsi, en conformité avec une motion du congrès de Hienghène, la candidature de Léopold Jorédié à la tête de la liste FLNKS de la région centre a été acceptée par les comités de lutte sous la seule condition que ce dernier, alors ministre de la Sécurité du gouvernement provisoire de Kanaky, démissionne de ses charges électives en cas de victoire. Ce qu'il ne fit pas par la suite, préférant se démettre de sa responsabilité dans le gouvernement provisoire de Kanaky.

A Lifou, Co no s'est vu refuser une bonne position sur la liste FLNKS des îles Loyauté. Lorsqu'il fut, juste après les élections, embauché au cabinet de Y éweiné Y éweiné, président de la région îles, beaucoup de ressentiments apparurent dans le comité de lutte FLNKS de Lifou. Les affrontements armés intervenus en octobre dernier entre militants indépendantistes, qui ont fait plusieurs blessés graves, sont directement liés au climat de division qui s'est développé dans le FLNKS de Lifou. Ils ont opposé des militants de l'Union calédonienne (UC) au reste du comité de lutte. Des divisions similaires, bien que de moindre importance, eurent lieu aussi à Belep dans le nord.

Une autre source de conflit est apparue à la suite de certaines initiatives des élus indépendantistes. Ce fut notamment le cas dans la région de Voh, sur la côte ouest de la Grande-Terre. Alors que les militants indépendantistes y mènent depuis plusieurs années des actions d'occupation de terres, Jean-Marie Tjibaou décida en octobre dernier une concertation avec les colons, en dehors de la présence des représentants des comités de lutte du FLNKS. Le président de la région nord s'adressa ainsi aux propriétaires fonciers : (( Il fallait ouvrir le débat, c'est fait. Il faut construire ce pays qui donne à manger à tout le monde. >> Et il souhaita que (( ceux qui se livrent à des exactions mettent fin à ces débordements 11 >>. Ce fut évidemment une démarche peu appréciée des militants de base qui firent ensuite adopter au congrès du FLNKS à Oundjo une motion affirmant que (( dans le cadre d'éventuels conflits avec les colons et l'administration, les comités de luttefzxent les limites de la discussion, en coordination avec les comités de coordination et de contrôle, les élus et le bureau politique, conformément à la décision de Nakéty >>.

Le dialogue qu'entendait impulser le président de la région nord avec les colons de Voh a été le maitre mot de l'orientation politique des présidents de région indépendantistes dans les dernières semaines. Le FLNKS avait décidé de maintenir (( un pied dans les institutions et un autre en dehors >>. Mais la direction de l'UC, dont les conseillers avaient déjà négocié le plan Fabius et les ordonnances de Paris, désirait quant à elle jouer plus à fond le jeu des nouvelles institutions. Dès son élection, le président de la région des îles, Y éweiné Y éweiné, affirmait par exemple que ((le RPCR et le LKS sont intéressés comme nous par le développement de la région>>. De son côté, Jean-Marie Tjibaou déclarait à l'intention du RPCR : ((Notre intérét est de pouvoir travailler ensemble au développement de la région. >>C'est sans doute dans le Conseil de la région nord que la cohabitation avec la droite s'est voulue la plus poussée.

Alain Le Ravallec, artisan de la normalisation à Thio, représentant du gouvernement français, se retrouve attaché au cabinet personnel de Jean-Marie Tjibaou. Les présidences de deux commissions du Conseil de la région nord, où les indépendantistes sont majoritaires, ont été attribuées à deux élus du RPCR, Roger Frouin et Henri Wetta. L'évolution de la direction de l'U C

Tous les tiraillements internes du FLNKS ont une logique politique, même s'ils prennent parfois la forme d'affrontements de personnes ou de type coutumiers. Le FLNKS a laissé échapper l'initiative politique. Et c'est le pouvoir colonial qui, profitant des faiblesses programmatiques de la direction indépendantiste, impose peu à peu les termes du débat politique. Ainsi, en l'absence d'un projet de société clairement défini par le FLNKS, c'est l'orientation de Pisani qui marque des points. Face à elle, le FLNKS n'a pas produit une élaboration politique précisant les contours d'une véritable réforme agraire, par exemple. Ce vide est donc comblé chez certains par l'illusion d'une prétendue neutralité des instruments de développement économique.

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C'est, sans doute, la direction de l'UC qui a été le plus loin dans une telle voie.

Réitérant les propos que ses dirigeants tenaient déjà en 1982 lorsqu'ils étaient à la tête du Conseil de gouvernement, l'UC affirmait lors de son congrès d' Arama en novembre dernier (( que la conquête de l'économie concrétise sur le terrain la prise progressive du pouvoir politique)). Dans cette optique, le développement économique des régions doit prendre le pas sur la mobilisation politique. Cette logique dessine les contours d'un comportement privilégiant l'intervention dans les institutions coloniales par rapport à la mobilisation politique sur le terrain. Cela provoqua chez certains militants de l'UC une désaffection à l'égard des tâches d'organisation politique dans les comités unitaires de lutte, accentuant ainsi les sujets d'achoppement avec les autres militants du FLNKS 12 •

Une résolution du congrès d'Arama donne en effet pour tâche aux sections de base de l'UC de ((participer à la création d'outils de travail que chaque militant doits 'efforcer d'acquérir pour la construction de Kanaky)), Car, pour la direction de l'UC, il s'est ouvert une nouvelle phase de la lutte depuis septembre 1985, celle de ((la construction de Kanaky 13 )). C'est au nom de cette analyse, qui fait l'impasse sur le maintien de la réalité coloniale et de la concentration du pouvoir politique et économique aux mains de la bourgeoisie coloniale et de l'Etat français, que des comités de lutte du FLNKS ont réclamé le retour au calme pour mener à bien leur projet de développement touristique. C'est encore cette logique qui présida à la décision de Yéweiné Y éweiné de négocier des séjours de touristes japonais dans l'île de Maré. A l'annonce de la constitution prochaine d'une agence pour le tourisme dans le nord, les Nouvelles calédoniennes notaient le 23 novembre dernier: ((Si elle devait se confirmer, ce serait encourageant pour la sécurité et la paix publique : il est difficile d'attirer les touristes en pratiquant la politique du cail/assage et du harcèlement. ))

Le risque d'aspiration des élus indépendantistes dans les institutions coloniales, à la remorque de la politique gouvernementale, devient donc un danger immédiat pour l'unité du FLNKS et l'avenir même de la lutte de libération nationale. Ce danger est d'ailleurs perçu par beaucoup de militants. Ainsi, le Parti de libération kanake (P ALIKA) affirmait dans son intervention au congrès d'Oundjo : ((Nous avons fait tous ensemble les élections du 29 septembre 1985 et conquis la majorité électorale dans trois des régions sur quatre, c'est un acquis politique. Mais maintenant le plus important est de savoir si la pratique des nouvelles institutions ne va pas quand même détourner le FLNKS de ses objectifs et détruire son unité et les acquis du terrain au lieu de les maintenir et les renforcer 14 • )) C'est autour de cette interrogation que se sont déroulés les débats du quatrième congrès du FLNKS les 16, 17 et 18 novembre dernier à Oundjo.

Le déroulement de ce congrès est révélateur d'une chose: la détermination et la radicalisation des militants des comités de lutte du FLNKS. Les principales motions adoptées confirment le rôle central de ces comités et réaffirment ((la nécessité que tous les militants, tous les groupes de pression continuent à s'investir dans les comités de lutte, structure de base unitaire du FLNKS )). L'unité du FLNKS a pu être maintenue sous la pression de la base militante du mouvement indépendantiste, malgré les tensions importantes produites par les incidents entre militants et les divergences apparues entre groupes de pression. Certes, la recherche du consensus a présidé à la conduite des discussions. Mais les structures d'organisation légalisées au congrès d'Oundjo, et notamment les comités de coordination et de contrôle de l'action des élus, traduisent la volonté de contrôle de la base militante sur ses élus.

Les décisions du congrès ont conservé cependant un caractère plutôt organisationnel. Le projet de société n'a pu être approfondi et le congrès s'est contenté d'inviter ((toutes les structures du mouvement à poursuivre leurs réflexions sur le projet de société et le socialisme dans l'indépendance de Kanaky15 )), Or, la politique du gouvernement français met à l'ordre du jour un approfondissement de la réflexion du FLNKS sur ce thème. Néanmoins, la tentative de modification de la stratégie du mouvement a été enrayée. Et le congrès a réaffirmé (( que la Charte de constitution du mouvement reste l'ossature du Front. Le congrès maintient les objectifs, la stratégie et l'organisation qui y étaient fixés)), La question de la mobilisation anticoloniale à la base est toujours à l'ordre du jour pour les militants du FLNKS. Elle apparaît aux yeux de nombre d'entre eux comme un contrepoids indispensable à l'intervention de leurs élus dans les Conseils régionaux.

Reste maintenant, pour les militants les plus conscients des risques que court la mobilisation indépendantiste, à trouver les modalités organisationnelles et politiques pour peser de manière décisive dans le débat et relancer la mobilisation sur le terrain. Au centre de celle-ci se trouve aujourd'hui l'organisation des écoles populaires kanakes

(EPK) qui rassemblent des militants parmi les plus déterminés de toutes les composantes du FLNKS. Mais la relance de l'activité et de l'organisation indépendantiste sur Nouméa - dont l'urgence a été rappelée au congrès d'Oundjo - ou la prise en compte des problèmes d'autodéfense, sont portées par les événements eux-mêmes au centre des tâches des militants qui entendent donner au FLNKS un rôle réel dans la prise en charge de la lutte.

L'évolution de la siutation a Nouméa rend urgente la réponse à ces questions. Le FLNKS ne peut faire l'impasse sur le lieu où se concentre l'essentiel du pouvoir économique et politique, Nouméa et sa région. Or, la droite coloniale est en train de son côté de disposer ses forces dans la perspective de l'échéance des élections de mars 1986. Soucieuse de ne pas laisser s'effilocher sa base électorale, elle se dote de structures adéquates. Ainsi le Comité d'actions patriotiques de Nouvelle-Calédonie (CNAPNC) qui réunit élus du RPCR et activistes d'extrême droite, et se propose de créer (( des réseaux patriotiques de métropolitains et de Calédoniens pour ensemble accomplir nos devoirs et faire valoir nos droits. Car il ne faut pas que l'on oublie, les forces de l'ordre et nous, que notre devoir civique le plus élémentaire est de s'opposer ensemble et fermement à toute action illégale et anticonstitutionnelle pouvant nous amener à la légitime défense 16 )).

Dans cette situation, le FLNKS paye ses retards d'élaboration politique. Mais ce qui lui fait le plus défaut, c'est le manque de projet d'organisation offensif et audacieux fondé sur la mobilisation du réservoiï militant que constitue un peuple kanak, toujours prêt à l'engagement.

Eloi Machoro apportait des réponses en termes d'actions, quel que soit le bilan que l'on puisse tirer de celles-ci. Il apparaît tristement évident que le vide créé il y a un an par son assassinat n'a pas été comblé et qu'aucune alternative stratégique n'a encore été trouvée.

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