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DOSSIER

Reconquête du marché intérieur, où sont tes victoires ?

Critique communiste, n° 49, février 1986 · p. 14-15 · 1 119 mots

N même temps qu'il nationalisait les banques et sept grands groupes industriels, le gouvernement Mauroy tentait de définir une politique de reconquête du marché intérieur dans des branches où les faillites d'entreprises et le chômage étaient élevés, le déficit commercial trés important.

Il s'agissait de rompre avec la politique des créneaux. L'objectif était d'assurer une production nationale dans une branche en mutation rapide : l'électronique.

Par des aides importantes aux entreprises concernées, le gouvernement voulait développer et moderniser l'appareil productif, soutenir les investissements, accroître et diversifier les productions, faire reculer les importations et même créer des emplois. A l'heure où le Parti socialiste part en campagne pour glorifier le bilan gouvernemental, il reste étrangement discret sur ce chapitre. Peut-être n'est-il pas inutile de rafraîchir un peu les mémoires défaillantes. La filière électronique

La filière électronique fut l'axe central de la stratégie industrielle alors revendiquée. Performante sur quelques créneaux (l 'électronique professionnelle civile et militaire, les télécommunications), l'industrie électronique française souffrait de retards et d'insuffisances énormes dans des domaines décisifs : les composants, l'informatique, la mécatronique (application de l'électronique aux machines-outils), la bureautique et l'électronique grand public.

Il fallait désormais être présent sur toute la filière, depuis les composants jusqu'aux logiciels, maintenir l'avance des secteurs performants et combler les retards des autres.

Les grands groupes japonais et américains l'avaient bien compris qui intégraient de plus en plus des activités différentes (telle l'expansion d'IBM dans le secteur des microprocesseurs, des télécommunications et satellites).

Les entreprises nationalisées devaient être les pivots de la construction de la filière. Thomson devait se recentrer sur les activités militaires, les composants et l'électronique grand public (en rachetant Telefunken ). La CGE et sa filiale CIT-Alcatel sur les télécommunications et la bureautique. Bull sur l'informatique. Matra sur l'armement, les composants et l'informatique.

Les aides globales de l'Etat devaient s'élever à 6 milliards de francs en 1982,9,6 milliards en 1983, 11 milliards en 1984. Mais le maillon faible restait la machine-outil. Les PME françaises présentes dans ce secteur n'avaient pas su, faute de moyens, opérer le tournant de l'électronique: plus de 60% des machines à commande numérique, robots, ordinateurs industriels étaient alors d'origine étrangère. Moins de 15 % des machines françaises étant exportées.

Le plan avait plusieurs volets : - fusionner les principales PME dans des groupes capables de présenter des gammes complètes de machines ; -faire entrer dans le capital de ces groupes les principales nationalisées ; -développer le secteur biens d'équipement de Renault.

Onze milliards de francs de l'Etat et du Fonds de développement économique et social (FDES) ont été consacrés à ces restructurations et investissements. (( L 'enjeu est considérable)), déclarait Jean Le Garrec. (( C'est notre indépendance, notre emploi, notre niveau de vie. C'est à terme une nouvelle hiérarchie des puissances industrielles. ))

Cinq ans après, un silence pudique est tombé sur ces grandes ambitions. Le pari n'a pas été tenu : une filière cohérente n'a pu être mise sur pied. Si les secteurs forts ont maintenu leur avance (et l'on voit un gouvernement socialiste s'enorgueillir de vendre le système de transmission RITA à l'armée américaine !), l'électronique grand public piétine en raison d'un pouvoir d'achat en baisse, les composants ne progressent que très lentement sur un marché fluctuant (la très forte reprise du marché mondial dans ce secteur en 1984 a vu l'industrie française perdre à nouveau des parts de marché), et le déficit extérieur dans l'informatique est passé en trois ans de 1, 7 à 5,6 milliards de francs. Mais le plus grave échec est celui de la machine-outil. Dans ce secteur, les faillites de PME se sont multipliées (Rama, Cazeneuve, Dufour, Huré ... ), plusieurs milliers d'emplois ont été perdus, tous les grands groupes nationalisés se sont retirés, Renault a sacrifié ses biens d'équipement (sa filiale spécialisée Renix a été vendue à un groupe américain).

La France, cinquième producteur mondial il y a dix ans, n'est plus qu'au neuvième rang. Les investissements progressent mais la pénétration étrangère est de plus en plus forte : l'INSEE écrit dans sa note de conjoncture de décembre 1985 que (( dans les biens d'équipement professionnels, la poursuite de l'investissement en matériel des entreprises en 1985 a profité aux producteurs étrangers plus qu 'aux producteurs nationaux )).

Les plans de rigueur et le « réalisme » ont eu raison des rêves de filière au profit d'un retour à la politique des créneaux jadis tant décriée.

Pouvait-il en être autrement? Pas dans la mesure où le marché était ouvert à des concurrents japonais, alle-

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mands ou américains dix fois plus puissants, détenant une avance technologique importante et où l'objectif absolu assigné par Fabius, à partir de 1984, aux nationalisées était l'équilibre de leurs comptes dès 1986. Il fallait au plan productique un certain protectionnisme et un soutien sur le long terme des nationalisées industrielles et bancaires pour pouvoir aboutir.

La logique de la compétition internationale et de la rentabilité financière ne donnait aucune chance aux secteurs en difficulté de combler leur retard. Il ne restait aux entreprises qu'à signer des accords avec de grands groupes étrangers (Thomson et NC, Bull et Siemens, CGE et ltaltel...) ou à disparaître comme ce fut le cas dans la machine-outil. Le plan textile

Le plan textile visait à enrayer un déclin déjà ancien. De 1970 à 1980, la production a reculé de 15% en volume, les effectifs de 40 % ( 15 000 emplois ont été supprimés chaque année), le nombre d'entreprises de 30 %. Le manque de moyens de nombreuses PME, la

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faiblesse des investissements (on se souvient des spéculations immobilières des frères Willot), la stagnation de la demande et la percée des productions des pays sous-développés en constituent les raisons essentielles.

Le plan du premier gouvernement Mauroy consistait à accorder deux milliards de francs d'aides à la modernisation des capacités de production. De fait, les investissements ont progressé de 28 % par an de 1981 à 1984 (au lieu de 9 % les années précédentes) permettant automatisation, gains de productivité et relance des exportations.

Mais ces résultats ne doivent pas cacher que les suppressions d'emplois dans la branche se sont poursuivies, même si ce fut à un rythme ralenti, tandis que le maintien de bas salaires et l'extension de la flexibilité ont aggravé la condition des salariés.

D'autre part, respectueux des décisions de Bruxelles, l'Etat, depuis 1983, n'accorde d'aides qu'aux investissements de productivité et non à l'augmentation des capacités de production. Ce qui limite considérablement les objectifs de reconquête du marché intérieur (le déficit commercial reste élevé dans ce domaine) et laisse présager de nouvelles suppressions d'emplois.

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