La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Edmond Maire fait ses adieux à la classe ouvrière

· Critique communiste, n° 51, avril 1986 · p. 12-15 · 3 311 mots

A quelques jours des élections législatives, la presse fut convoquée par la direction de la CFDT. Il s'agissait de lui réserver la primeur de révélations d'Edmond Maire, délivrées dans un article théorique de

CFDT-Aujourd'hui. Les militants, eux, auront dû attendre pour se faire une opinion personnelle : le numéro de mars de la revue ne leur est parvenu qu'une dizaine de jours plus tard.

Une telle urgence et la volonté de provoquer le fracas médiatique s'expliquent par l'importance des découvertes d'Edmond Maire. Le capitalisme change ses formes d'intervention et de gestion des ressources. Si ses formes changent, peut-être est-ce le reflet d'un changement de substance. Dans ce cas, parler de capitalisme deviendrait abusif! On comprend qu'une telle interrogation ne pouvait rester plus longtemps

E

Edmond Maire

fait ses adieux

ignorée.

dmond Maire part d'une réalité que les travailleurs connaissent bien: l'entreprise. Non pour rabâcher des sornettes sur l'exploitation, la domination et l'aliénation, mais pour en justifier la finalité - faire du profit sur le marché-, et donner sa bénédiction à la fonction de chef d'entreprise.

Celui-ci n'est pas un acteur du capitalisme, mais assume une fonction atemporelle et, pourrions-nous dire, hors des systèmes sociaux. La récusation pèle-mêle du système soviétique, yougoslave et du schéma syndicalisterévolutionnaire du début du siècle, le constat qu'il y a des chefs d'entreprise «publics» et« privés», tout cela ne sert qu'à masquer une interrogation gênante : pour quel système social, au profit de qui œuvrent ces chefs d'entreprise ? Aux yeux de Maire, leur fonction est de prendre les grandes décisions sur les choix des produits, le type de marché à couvrir. Il appelle de ses vœux la concertation la plus grande avec les syndicats pour la mise en œuvre de ces objectifs, tout en reconnaissant à l'entrepreneur un droit ne relevant que de lui seul, car certains choix (( relèvent d'un pari et non d'une pure rationalité scientifique». La seule chose que le syndicalisme combat, c'est donc l'abus de ce pouvoir.

Raymond NAZIER S'il y a des conflits dans les entreprises, ce n'est pas seulement à cause de quelques patrons ringards. Maire l'explique par le fait qu'il y a deux logiques à l'œuvre dans l'entreprise: celle de la direction qui est à la (( recherche d'un résultat financier qui permette la survie et le développement de l'entreprise face à la concurrence qui s'exerce sur un marché>>, et la (( logique du salarié >> qui recherche la sécurité de l'emploi, l'amélioration des conditions de travail et de plus en plus l'intérêt au travail, une qualité meilleure des produits réalisés, (( logique exprimée par le collectif historique: les syndicats >>. Notons que la classe ouvrière est absente de cette défmition pour laquelle un salarié est un individu. Une jaquette neuve sur un cadavre puant la coopération conflictuelle

Si ces deux dynamismes sont ((parfois antagonistes>>, ils sont tous deux légitimes et les tensions qui en naissent se résolvent par la coopération conflictuelle. Le syndicat est pour l'efficacité économique aussi bien que sociale. On

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verra là, sans doute, le substrat « théorique » de la prééminence de la négociation dans la stratégie syndicale, idée qui fut abandonnée au conseil national confédéral avant le congrès de Bordeaux, sur amendement des Pays-de-Loire.

Pour mieux banaliser ces « tensions », Maire ne craint pas d'y adjoindre les tensions existant entre différentes fonctions de direction (financière, commerciale) ou entre les salariés d'une entreprise et le syndicat. Chaque salarié étant ainsi lui-même le siège de tensions multiples. Finalement, la vie en société n'est faite que de tensions. Aussi peut-il être inutile ou dangereux d'en extraire une catégorie particulière, celle de l'antagonisme entre capitalisme et classe ouvrière. Adieu, le socialisme

Avant de s'attaquer au plat de résistance du recensement des vertus du capitalisme, Maire nous met l'eau à la b011she en se demandant gravement : << Qui domine qui ? 11, quand les salariés de la RATP <<prennent en otage les usagers 11 lors de leurs grèves? (Espérons que Pasqua, Pandraud et le GIGN ne tomberont pas sur ce passage ... )

Dans la suite de cette réflexion, Maire se fait fort de montrer que le capitalisme n'est plus le capitalisme. 0 Primo, le capitalisme ne procède plus autant du droit de propriété. C'est l'ère des managers et de la démocratie qui voit s'étendre les droits des salariés. 0 Secundo, le capitalisme ce n'est pas l'économie de marché. Ou, plus exactement, la planification bureaucratique de l'Est ayant fait faillite, le marché, quoique parfois «un peu sauvage», est une garantie de liberté. D'ailleurs, l'action syndicale qui impose le SMIC, le droit du travail, le tempère. 0 Tertio, le capitalisme n'est plus une forme précise de division du travail. Sur ce chapitre, l'écart entre conception et exécution reste important, concède Edmond Maire, mais est-ce seulement de la faute des patrons ou à cause de nos données culturelles qui méprisent le travail manuel et valorisent la fonction hiérarchique ? 0 Quarto, le capitalisme est-il encore productiviste ? Oui, sans doute trop, reconnaît-il. Mais les choses bougent. Et de citer l'action des écologistes et des consommateurs.

La conclusion est donc imparable. Si le capitalisme originel, le seul vrai en quelque sorte, n'existe plus, inutile d'employer des concepts comme « anticapitalisme », «lutte de classe», «classe ouvrière», qui créent la confusion. Et les militants comprendront sans doute mieux le langage de l'adaptation au syndicalisme en apprenant de la plume de leur secrétaire général que << nous ne cherchons plus depuis longtemps la suppression totale de la propriété privée des moyens de production. Nous ne souhaitons pas la disparition du marché. Nous ne rêvons pas d'un dépassement total de la division sociale du travail car, n'ayant aucun goût pour le totalitarisme, nous ne visons pas l'impossible, d'être gouvernants et gouvernés. ( ... ) Quant au grand rêve de la Rupture, nous substituons, avec un réalisme qui n'exclut nullement l'ambition, l'action quotidienne de transformation 11. D'ailleurs, cela marche puisque les pays capitalistes développés «sont, qu'on le veuille ou non, des Etats de droit, même si des strates du capitalisme originel y subsistent, oû la démocratie peut s 'approfondir et où les clivages sociaux deviennent de plus en plus complexes 11.

A partir de tels constats, << nous n'avons plus d'utopie mobilisatrice 11, reconnaît Maire. Pour y voir plutôt un atout. Aussi, reprend-il l'idéologie à la mode: «gros plan sur l'individu 11, confondant, sans se poser trop de questions, l'individu et la personne, ce qui est... confondant pour un cédétiste. Le collectivisme étant le grand Satan, il n'y a pas lieu de rechercher des objectifs faussement unifiants qui étoufferaient les aspirations individuelles. Un exemple : il serait juste de « reconnaître et réguler la part individualisée de la rémunération. Nous devons, aussi, reconnaître et réguler la part individualisée de la protection sociale 11. A défaut de conflit, une belle sortie pour la coopération. Maire voulait lancer un pavé dans la mare. Il met les deux pieds dans la fange de la collaboration de classes. Une rupture avec les acq ois

Maire n'a pas hésité à enfiler les «gants de crin 11 que réclamait Oranger, secrétaire général de la métallurgie, pour « débarbouiller 11 l'idéologie et la stratégie CFDT. Maire assume pleinement cette rupture avec la CFDT de 1970 qui avait défini son projet et sa stratégie de lutte de classe. Position qui, dès cette époque, ne convenait peut-être pas tout à fait à Maire. En 1973, dans un texte de contribution préparatoire au 36• Congrès, la fédération Hacuitex mentionnait que la CFDT n'avait pas tiré toutes les conséquences d'un syndicalisme de classe. Elle ne s'en étonnait pas en rappelant : « La stratégie de lutte de classe n'a-t-elle pas été introduite dans le texte par un amendement au comité national précédant le congrès ? 11 Quelles que soient les faiblesses du moment, il est parfaitement clair que cette référence a constitué le pivot des débats et des prises de position de la CFDT dans la période présente ainsi que la base de la formation des militants. Les positions actuelles de MaireJacquier-Kaspar sont en parfaite contradiction avec ces acquis.

Maire, en remettant en question quatre critères du capitalisme, n'oublie qu'une chose. C'est parce que les capitalistes sont propriétaires des moyens de production qu'ils imposent des produits. La lutte des consommateurs peut permettre de rogner les abus les plus criants, pas davantage. C'est en fonction de ce droit de propriété qu'ils peuvent décider de produire en France ou à Hong-Kong, pour le profit maximum. Quand on accepte la loi du marché et de la concurrence, on accepte cette course-là. Le 35• Congrès avait parfaitement montré ces évidences. Les réponses de la CFDT n'avaient pas été définies à la hâte. De nombreux groupes de travail avaient « planché >> sur le rapport général et fourni des rapports complémentaires. Le groupe IV avait défini les ruptures à opérer : << Rompre les liens entre la production et la solvabilité, rompre le monopole de l'appareil de production et inventer le modèle de civilisation, rompre la relation entre la production et les ressources. 11 Ces questions ne sont-elles pas toujours d'actualité dans le cadre d'une stratégie articulant la planifica!ion démocratique, l'appropriation des moyens ·de production et l'autogestion ?

Cette appropriation que Maire rejette, et dont Declercq disait qu'elle est indispensable car il est illusoire d'autogérer ce qu'on ne possède pas, faisait encore partie du patrimoine de la CFDT au 37• Congrès, en 1976. «Cette société [socialiste autogestionnaire, NDLR] implique l'appropriation sociale des moyens de production, d'échange, d'information et de formation, et la transformation de l'organisation sociale et du mode de vie. Cette socialisation permet aux travailleurs dans les entreprises et aux citoyens dans leurs collectivités publiques, de la municipalité à la nation, d'exercer leurs responsabilités dans le choix des investissements. 11

Maire voit dans l'autogestion une simple démarche et accuse les « dogmatiques>> d'en faire une société clés en main. L'autogestion ne fut jamais présentée comme cela dans la CFDT. Par contre, oui, elle correspondait à un projet de société. Il n'est pas inutile de relire quelques réponses à treize questions sur l'autogestion parues dans Syndicalisme-Magazine de novembre 1972. «Le socialisme autogestionnaire ne vise donc pas seulement à modifier la situation des travailleurs dans l'entreprise. Il

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L----------------.....1 · classe ouvrière dans CFDT en ques-

<< L'ordre, l'autorité, la concurrence, la loi du profit modèlent les choix de notre société, son orientation. Une société se juge sur les choix qu'elle opère.

A partir du moment où des valeurs auxquelles elle se réfère restent abstraitement accrochées dans le ciel des déclarations d'intention, sans modifier les critères de fonctionnement et de choix de la vie économique, elles finissent par perdre toute substance. On ne peut se déclarer partisan d'une nouvelle société plus juste, où les hommes puissent être libres et responsables, quand la loi du profit, la conception actuelle de l'auto· ritè règnent en maîtres.

<< L'idéologie dominante actuelle vise à présenter toutes les attaques contre la société actuelle comme dépassées. Dépassés les conflits, la lutte de classes est un mythe, dépassé le socialisme, un seul modèle de société est aujourd'hui possible. Les opposants aux systèmes sont ainsi assimilés aux anciens, aux rêveurs rétrogrades face aux partisans du progrès.))

Extrait de << Planification démocratique et autogestion », annexe au rapport

« Perspectives et stratégie )) du 35 e Congrès, 1970. renverse la logique du profit dans toute la société. ( ... ) Dans tous les domaines, il s'agit de rechercher d'abord à satisfaire les besoins des hommes. ( ... ) Les choses sont donc claires. Le socialisme autogestionnaire n'est pas un égoïsme collectif d'entreprise. Ce n'est pas un système où des entreprises gérées par les travailleurs continueront à se faire une concurrence sauvage exactement comme lorsqu 'elles étaient dirigées par les capitalistes. ( ... ) Non, J'autogestion n'a pas de sens, elle n'est pas réalisable dans le capitalisme. Elle constitue un système opposé au capitalisme. Dans une société où, globalement, le pouvoir appartient au capital, il est absolument impossible que les travailleurs disposent de petits bouts de pouvoir ici ou là. ))

L'Etat de droit si vanté aujourd'hui était apprécié ainsi au 36• Congrès : <<Reflétant dans ses formes et dans son fonctionnement les conflits et les luttes de la société, il s'attache à les neutraliser pour maintenir la prédominance de la classe au pouvoir. L'appareil d'Etat, qui est globalement l'émanation et lïnstru· ment des classes dominantes, permet d'organiser et de consolider le système. )) Plutôt que la coopération conflictuelle, le 35• Congrès déclarait que « la négociation doit améliorer leur situation 1. CFDT en questions, collection Témoins, [celle des travailleurs], sans pour autant Gallimard. la subordonner à la production et à la 2. Les cow-boys ne meurent jamais, Syros, situation économique )). Dans cette lip. 152. 3. Adaptation du syndicalisme ou mobilisa- gne, le congrès de 1976 réaffirmait: tion sociale, La Brèche, 20 francs. « La crise fait mieux percevoir et accentue les antagonismes de classe. La CFDT récuse toute modération des revendications, toute idée de trève sociale. ))

On le voit, par rapport à ces orientations, la rupture est totale. Maire ne fait plus semblant. Il proclame que la CFDT s'était trompée. C'est une nouvelle CFDT qu'il appelle de ses vœux, libérée de ses amarres avec la lutte de classe. Les enjeux

<<Maire réhabilite les patrons )), titre /'Obs-Economie. «Edmond Maire congédie le socialisme )), note la Croix du 6 mars 1986. La presse ne s'y est pas trompée. Il ne s'agit pas d'un coup de gueule de plus. La plupart des thèmes énoncés par Maire dans son article - la légitimité des «deux logiques », la coo· pération conflictuelle - sont de même nature que ceux qu'il avait soulevés lors de son rapport préparatoire au congrès et qu'il avait dû édulcorer devant les réactions des militants. Il s'était déjà posé des questions sur le concept de tions 1• On savait que la direction cédé· tiste mettait en valeur le patronat moderniste appelé à jouer un rôle moteur positif dans l'évolution des sociétés in· dustrielles. Le présent texte confirme ces thèses, illustrées aussi par Kaspar et Jacquier. Celui-ci rappelle que si on veut négocier avec les patrons, c'est parce qu'on ne veut pas leur dispari· ti on 2• Maire généralise cette affirmation sous une nouveauté « théorique » : le capitalisme n'est plus. Vive l'individu !

La « nouveauté » prend du relief quand elle est énoncée après le refus obstiné d'appeler à voter à gauche, contre la droite. La « nouveauté » est annoncé à grand renfort de médias, quelques jours avant un scrutin marquant le retour de la droite au gouver· nement et le début d'une politique de cohabitation, le PS étant appelé à choisir son profil et à s'assumer ou non comme grand parti social-démocrate apte à l'alternance avec les partis bour· geois.

Nous disions, avant le 40° Congrès de la CFDT, que celle-ci était à la croisée des chemins. « Sous couvert de "recentrage·: puis de "resyndicalisation ·; la direction Maire en vient à rompre les amarres qui la lient au syndicalisme de classe et entame une dérive dont nul ne peut dire où elle conduit 3• )) Maire vient de faire une longue enjambée de plus dans cette fuite en avant. Il avait réclamé une politique de rigueur, déjà au nom de l'équilibre de l'économie capitaliste. Il batailla pour faire passer la loi sur la flexibilité . Tout le

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monde comprit qu'il voulait se positionner comme partenaire privilégié du premier gouvernement de cohabitation, ce qui fit sursauter Bergeron.

La nouvelle initiative du secrétaire général signifie davantage. Désormais, la CFDT range au placard des simplismes benêts ses rodomontades anticapitalistes et sa volonté de construire une société autogérée. Messieurs les capitalistes, ne craignez rien, leur dit Edmond. Nous reconnaîtrons vos gouvernements comme nous reconnaissons votre droit de diriger vos entreprises et de faire du profit. Nous n'avons pas appelé à voter contre vos candidats parce que nous avons renoncé à abattre votre système social. N'abusez pas de vos pouvoirs. Faites-nous une place et tout ira bien, pour vous, comme pour nous. Le capitalisme qui fait une place aux syndicats est le moins mauvais des systèmes.

Oui, Bergeron a de quoi être inquiet. Il a un concurrent sur sa droite. Accepter la logique du profit en période de crise, c'est être amené à renoncer à 1nobiliser pour défendre les acquis de la classe, à refuser les objectifs unifiants qui seraient le moyen de répondre à l'attente du plus grand nombre et de souder entre elles les différentes couches de la classe ouvrière. Quand on accepte la gestion de l'austérité capitaliste, on est amené à renoncer au socialisme pour demain et à l'amélioration des conditions de vie pour aujourd'hui. On renonce à être un syndicat de classe. C'est jouer à coup sûr la défaite de la classe ouvrière. Pire, c'est jeter toutes ses forces pour cette défaite. Il faut être myope comme Edmond Maire pour ne pas voir qu'une telle stratégie conduit le syndicalisme ouvrier à l'échec et mène droit à la destruction de la CFDT elle-même. Relever le gant

C'est un véritable défi que Maire adresse aux militants lutte de classe de sa centrale. On peut penser que Maire, à son habitude, vient de lancer de loin le débat pour le prochain congrès confédéral. Il veut, d'ici là, asseoir un appareil intermédiaire acquis à cette ligne et pousser ses oppositionnels à partir. C'est ce dont rêve Jacquier 4 , encore lui. Les courants lutte de classe qui se sont manifestés au dernier congrès, et avant, ont réaffirmé les principes qui permettent de répondre aux défis de la situation présente. Ils sont en filiation directe avec une tradition dans la CFDT qui, pour de nombreux militants après 1968, a fait de cette centrale une confédération-espoir. Dès le congrès de Metz, la fédération Hacuitex posait crûment la question : << La direction n 'a-t-elle pas fait le choix d'aménager le capitalisme pour ne pas basculer dans le socialisme étatique des pays de l'Est?)) Le Monde du 4 avril 1985 faisait état des réflexions de la fédération des finances qui dénonçait une analyse conduisant << à liquider sans véritable examen des acquis fondamentaux de la CFDT Le risque est dès lors ( ... ) de nous faire dévier vers des changements sociaux qui ne dérangeraient pas les classes dominantes )). Appréciation prémonitoire !

A ces abandons désastreux, plusieurs structures ont opposé un syndicalisme de mobilisation, une volonté d'ancrer la CFDT dans un projet socialiste et résolument actif contre la droite.

Dans le cours de la préparation du 40 • Congrès, les Pays-de-Loire opposaient un syndicalisme basé sur la mobilisation à celui fondé sur la négociation. La région Basse-Normandie écrit : << La notion essentielle qui doit guider notre politique d'alliance, c'est la construction d'un rapport de forces favorable aux travailleurs. Il est urgent de le reconstituer pour éviter de nouveaux reculs sur les aspects essentiels qui concernent les travailleurs ( ... ) pour éviter que ne se développent les négociations à froid tant avec le patronat qu'avec le gouvernement. )) Depuis, sous des formes diverses, les critiques, les positions divergentes d'avec la confédération n'ont pas manqué : pour s'opposer à l'abandon de la grève comme forme de lutte, pour dénoncer le soutien confédéral à la loi de flexibilité patronale ou pour appeler à voter contre la droite malgré la volonté de la direction. Pour le moment, ces sensibilités sont éparses et prennent position au coup par coup. Les pratiques et les appréciations sur la ligne concrète à adopter face aux changements capitalistes restent encore éclatées. Par rapport aux enjeux fixés par Maire, cette situation est préjudiciable à la défense d'un syndicalisme de combat, unitaire et démocratique. Des possibilités d'une convergence réelle entre toutes les forces oppositionnelles dans la CFDT et de la remobilisation sur le terrain dépend maintenant que la CFDT reste ou non un syndicat de classe et de masse luttant pour l'émancipation de la classe ouvrière, pour un socialisme autogestionnaire.

4. Jacquier, op. cit., p. 170.

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