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L'extrême gauche : une conduite d'échec

Critique communiste, n° 51, avril 1986 · p. 11 · 945 mots

A

gauche de la gauche, les forces non compromises dans la politique du PS et du PCF affrontaient ces élections dans les pires conditions : alors que l'absence de mobilisations importantes au cours des cinq dernières années les a empêchées d'apparaître aux yeux de la masse des travailleurs comme clairement démarquées de la gauche officielle et porteuses d'une politique alternative, elles se trouvaient confrontées à un mode de scrutin particulièrement redoutable. Cette prétendue proportionnelle, par sa ': surface ,, (le département) et sa logique implacable de tour unique, ne pouvait que les laminer. Les résultats sont là: l'électorat d'extrême gauche, bien réel, ne s'est maintenu que dans de très étroites limites.

Le pire est moins dans ces scores que dans l'image que l'extrême gauche a donnée d'elle-même: celle d'une division caricaturale et incompréhensible. C'était faire de petitesse médiocrité !

Les divisions de ces organisations ont des racines politiques qui interdisent de prétendre les surmonter, comme par miracle, à l'occasion d'élections. Mais comment ne pas comprendre que le seul thème électoral qui allait passer à une échelle de masse, celui du vote contre la droite sans cautionner la gauche réformiste, était commun à toutes les composantes à gauche de la gauche ? Ce qui voulait dire que toute division serait perçue comme incompréhensible et décrédibiliserait l'ensemble de l'extrême gauche.

A l'inverse, il était envisageable de constituer une coalition électorale sur une base commune. Ce type d'appel au vote aurait été étayé par quelques propositions positives concentrant les grandes questions de l'heure : la mobilisation contre l'austérité et le chômage, l'égalité des droits, la lutte contre le militarisme, la solidarité internationale. Etant entendu qu'un tel accord aurait laissé à chaque composante toute liberté pour défendre ses propres propositions et positions.

C'est en faveur d'une telle perspective que la LCR n'a pas ménagé ses efforts. Elle a essuyé un échec.

Le PCI-MPPT a pensé, avec ses 90 listes, dégager un espace propre, sur le thème de la démocratie. LO a décidé de faire cavalier seul. Forte d'un électorat fidélisé de longue date et de ses capacités à mener une campagne efficace, LO a voulu faire la démonstration qu'elle pouvait faire mieux que la LCR et les «regroupements alternatifs». Le PSU, le PAC et la FGA, obnubilés à des titres divers par la perspective d'une convergence avec les Verts, ont recherché jusqu'au bout une telle possibilité, qui les a empêchés d'avoir une politique nationale homogène, ce qui ne pouvait aller sans conséquences négatives quant à l'impact des quelques listes alternatives finalement mises sur pied. Quant aux Verts, soucieux de tirer pour eux seuls les bénéfices de l'existence d'un électorat écologiste, ils ont vaillamment refusé toute alliance avec des forces marquées extrême gauche.

Le bilan global n'est pas glorieux. L'affirmation sous le sigle MPPT d'un « parti indépendant », non marqué extrême gauche, a fait long feu, ses scores de 0,5 % en moyenne sont même en recul par rapport aux résultats obtenus lors des européennes. LO fait sans doute les meilleurs scores à gauche de la gauche, mais elle connaît un tassement important. Et que vaut une telle démonstration, qui ne peut être mesurée qu'à l'aune du sectarisme, au regard des enjeux de la situation? Les Verts voient l'électorat espéré s'effondrer et le rêve d'accéder au Parlement se briser. Les listes LCR et les listes « alternatives >> font des scores très faibles. L'absence d'électorat un tant soit peu stabilisé et la pression du vote « efficace >> ont empêché que le pouvoir de conviction de ces listes débordent réellement des franges sympathisantes des organisations concernées ou des collectifs unitaires lorsqu'ils existent.

Pourtant le bilan politique ne se réduit pas aux seuls scores obtenus. Même limitées dans leur impact électoral, ces listes ont permis de mener une bataille, de faire passer des explications politiques indispensables. Elles ont aussi témoigné qu'une autre politique que celle du PS et du PCF pouvait être défendue et que, sur cette base, il est possible d'initier une démarche unitaire.

Reste que le résultat global est mauvais. Au moment où les travailleurs tiraient le bilan de la gauche, à gauche de celle-ci pas grand-chose ne leur a permis d'espérer la possibilité d'une alternative. Cet échec risque de peser lourd à l'avenir. Alors que de graves menaces se précisent, que le mouvement ouvrier est traversé par une crise sans précédent, l'extrême gauche, si elle veut peser, devra se transformer radicalement.

Pour se porter à la hauteur des défis qui sont devant nous, il lui faudra renoncer à l'horizon borné des préoccupations boutiquières et mesquines, être capable, sans sectarisme, d'offrir des perspectives de mobilisation et de réarmement politique à tous les travailleurs à la recherche d'une issue.

Résultats des listes d'extrême gauche aux régionales

Département Ait. LO =

Allier 2,73 2,73

Bas-Rhin 1,50 1,50

Bouches-du-Rhône 0,72

Charente 2,72 2,72

Cher 1,77 1,77

Côte-d'Or 1,87 1,87

Côtes-du-Nord * 2,39 2, 11 4,50

Dordogne * 1,77 1,77

Doubs 1,73 1 '73

Essonne 1.23 1,23

Finistère 1,97

Gironde 1,72 1,72

Haute-Garonne 0,81 0,81

Haute-Vienne 1,79 1,79

Hauts-de-Seine * 1,50 1,50

Hérault * 1,07 1,07

Ille-et-Vilaine * 0,38 1,51 1,89

Indre-et-Loire 2,23 2,23

Isère 1,06 1,06

Loire 1,40 1,40

Loire-Atlantique * 1,01 2,04

Loiret * 3,13 2,13 5,26

Maine-et-Loire * 1,32 1,32

Marne 2,56

Meurthe-et-Moselle 2,32 2,32

Morbihan 2,20 2,20

Nord 2,16 2,16

Oise 3,55 3,55

Orne * 0,47 0,47

Paris * 0,60 0,59 1,19

Puy-de-Dôme 1,32 1,32

Rhône 1,14 1,14

Saône-et-Loire 2,16 2,16

Sarthe * 1,53

Seine-Saint-Denis 3,26 1,76 5,02

Seine-Maritime 2,64 2,64

Somme 2,88 2,88

Territoire Belfort 3,60 1,56 5,16

Val-d'Oise * 0,46 1,15 1,61

Val-de-Marne 1,08 1,08

Vosges * 1,36 1,36

Yvelines 0,96 0,96

* Listes dans lesquelles la LCR était présente.

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