Une conscience commence de naÎtre, au travers du débat qui anime les communistes, qu'ils soient ou non encore membres du Parti communiste français. Elle révèle une réalité : il existe une force communiste.
Dans laquelle se retrouvent plusieurs générations. Constituée par des membres du parti et d'autres qui en ont été exclus. Dont l'identité se forge autour de la volonté de sauvegarder l'héritage communiste, le
R savoir-faire et l'expérience accumulés.
EVELEE par maints débats, l'idée que cet héritage ne saurait être dilapidé par la régression actuelle du PCF puise sa source dans le verrouillage des possibilités de débattre à l'intérieur du parti. En effet, les interrogations sur l'avenir du parti, sur son bilan récent, ne remontent pas au tout récent 16 mars. Elles surgirent avec force après le résultat aux élections européennes de juin 1984, s'ajoutant aux doutes de nombreux militants ouvriers, entretenus par la pratique gouvernementale de leur organisation. A cet égard, le chemin public emprunté par les signataires des appels pour un XXVI" Congrès apparaît comme un passage obligé, tant le xxv• Congrès national de février 1985 avait été celui du refus de tout débat réel.
Suivre le développement des débats qui animent les militants communistes depuis ces deux dernières années, c'est prendre la mesure des interrogations actuelles, qui sont partagées par bien d'autres secteurs du mouvement ouvrier. L'onde de choc des européennes
<< Les résultats des élections européennes, écrivait J. Ooghe dans sa tribune du xxv• Congrès, ont accéléré le processus de marginalisation du parti,
Jean LANTIER apparu en pleine lumière aux présidentielles de 1981. )) En décembre 1984, l'Humanité publiait des textes de militants historiques et chevronnés qui, dès ce moment, relataient la conscience des dangers de « groupuscularisation JJ du PCF, selon les termes employés à l'époque par Tony Lainé et Daniel Karlin.
Le xxv• Congrès se devait de traiter cette question de fond. Lucien Lanternier, maire de Gennevilliers, mettait en garde le parti sur la manière d'aborder le sujet. «La recherche des raisons de ce recul, expliquait-il en décembre 1984, ne peut se limiter aux retards historiques .... Elle doit, pour tirer toutes les conséquences au plan politique, intégrer la nécessaire dimension critique et autocritique sur les orientations et les pratiques propres du parti avant 1977, mais aussi de 1977 à 1981, puis de 1981 à 1984. )) Lucide, le maire de Gennevilliers précisait: «Toute impasse sur ce point ne pourra que renforcer le recul de crédibilité de notre direction. JJ
Précisément, la démarche de la direction du PCF fut inverse. La décision centrale, continuer de participer au gouvernement ou en sortir, qui relevait d'un congrès, était déjà prise, le 20 juillet 1984, vidant ainsi les assises nationales de tout enjeu immédiat. Le seul point d'achoppement possible demeurait celui des bilans. Ni le document d'orientation fourni aux militants, ni le
Au cœur d'une certitude, celle de la crise, une interrogation :
rapport de Georges Marchais ne voulurent laisser prise à un tel retour sur un passé récent. La technique de la direction consista à présenter un long dégagement historique sur l'Union de la gauche et la responsabilité de la direction de Thorez, notamment dans son refus de prendre en compte le rapport Khrouchtchev au xxe Congrès du PCUS, en 1956.
Pendant quatre ans, les militants du PCF discutaient de leur participation au gouvernement, des rapports de forces avec la social-démocratie. La direction, en guise d'explication, leur répondait par un manuel d'histoire réécrit en toute hâte. Comment un tel congrès aurait-il pu satisfaire la soif de débat et les interrogations largement répandues ? Le nombre des abstentions et des votes contre le document d'orientation atteignit un record. Malgré les filtres traditionnels entre les sections et les délégations des sections aux congrès fédéraux, ces derniers comptabilisaient 334 contre et 8 56 abstentions, soit 1 0 % dés délégués régionaux, traduction atténuée de l'ampleur, dans les structures de base, du rejet de la ligne proposée.
Le xxve Congrès fut invité par Georges Marchais à répondre à la question suivante : (( Est-ce dans notre propre activité qu'il faut chercher les raisons principales de la situation actuelle ? La réponse du projet de résolution, que nous proposons au congrès de confirmer, est non ! )) Ce non fut largement adopté avec le reste du texte, mais la note à payer est présentée aujourd'hui.
Car les acteurs du courant démocratique actuel étaient déjà en place dés ce moment. Ils respectaient intégralement la procédure interne, jouant le jeu de l'organisation des débats suivie par la direction. C'est ainsi que les délégués des fédérations de Meurthe-et-Moselle, du Puy-de-Dôme, du Doubs, des Hautes-Alpes, de la Corse-du-Sud, de la Drôme, de la Haute-Vienne, firent part aux congressistes, sous des formes diverses, de leur volonté de démocratiser le parti, d'obtenir un débat autocritique sur les événements récents.
Sans la moindre surprise, bien des porte-parole de ces fédérations, Jean Villanova du Puy-de-Dôme, Alain Arnicabile de Meurthe-et-Moselle par exemple, et nombre de militants qui les soutenaient, se retrouvent aujourd'hui parmi les trois mille signataires de l'appel pour un XXVle Congrès. De ce point de vue, la continuité est absolue.
La direction centrale a été attentive à une seule chose. Ces fédérations, par leurs positions, menaçaient de distendre les rapports hiérarchiques avec le bureau politique. Sa réaction fut donc de normaliser les directions fédérales, les derniers épisodes se déroulant en ce quel avenir pour le communisme ? moment. Mais, sourde aux inquiétudes des militants sur l'avenir du parti, ignorant ces critiques à l'intérieur du parti, c'est par les médias interposés qu'elle les entend aujourd'hui. Karlin et Lainé disaient: ((Si la direction n'entend pas, elle ne peut plus être entendue et c'est alors le parti tout entier qui, vis-à-vis du peuple de ce pays, risque de se transformer en un système clos. )) L'effet
:xxve Congrès
A défaut d'apporter des réponses satisfaisantes, le xxve Congrès sert de tremplin à une orientation antisocialiste, qui accentue la division interne des militants.
La direction mène la vie dure à ses élus municipaux, en les forçant à la rupture avec le PS, mettant ainsi en jeu leurs sièges électoraux. En juin 19 8 5, Georges Marchais dénonce l'accord PS-PC passé à La Seyne, théâtre varois d'élections municipales à répétition. En novembre 1985, à Saint-Denis, l'appareil central n'hésitera pas à détourner une manifestation enseignante pour tenter de la transformer en affrontement avec la police, chargée de protéger la visite de Mitterrand. L'Humanité appuiera publiquement ses permanents contre le maire communiste, Marcelin Berthelot. De quoi alimenter une fronde des élus, qui se retrouvent en nombre respectable parmi les signataires de l'appel pour un XXVle Congrès.
Chaque initiative antisocialiste, loin de ressouder les rangs, les divise un peu plus. Concernant la CGT, la brutalité avec laquelle la croisade antisocialiste est menée atteint des sommets. Le comité central de mai 1985, qui ne peut plus assurer l'étanchéité de ses travaux, tant il est évident que nombre de ses membres ont intérêt à en éventer le contenu, rappelle à l'ordre les communistes de la CGT. Henri Krasucki et les cégétistes du CC passeront en procès pour mollesse syndicale à l'égard des socialistes.
Quelques jours après, intervient l'affaire SKF. Opération montée au moyen des élus municipaux, du service d'ordre central et de militants cégétistes venus de divers horizons, la bataille de rue avec les CRS, la « reprise » de l'usine fermée, valaient plus par l'impulsion de l'extérieur de la CGT d'une campagne anti-PS, que pour sa qualité revendicative. Ce genre d'actions minoritaires sera encore utilisé à la rentrée 19 8 5, par l'exposition aux Champs-Elysées des voitures Renault, dont le tort est d'être composées pour partie de pièces étrangères.
Ainsi, à la veille du 16 mars 1986, le message du PCF est quelque peu brouillé. Il n'a pas déclenché de vastes luttes de masse hors du gouvernement, il a recouru à des actions minoritaires. Il a dénoncé fermement le PS sans avancer une orientation alternative. Sa
campagne présente les candidats communistes comme les défenseurs des travailleurs, mais son contenu réel porte sur la dénonciation de la cohabitation entre la droite et le PS. Sa ligne sur la gestion et les contre-propositions industrielles emplit les colonnes de sa presse, mais ne fait pas recette dans les entreprises.
Hors du gouvernement, le PCF ne remonte pas la pente. En novembre et décembre 1985 se situe l'offensive interne de Pierre Juquin. Son livre, Autocritiques, paraît en novembre. En décembre, invité par les fédérations du Puy-de-Dôme, de l'Hérault, de Meurthe-et-Moselle, il réalise une tournée en province dont le résultat brut est de le faire apparaître comme le grand catalyseur du débat démocratique.
Au-delà de cette tournée en province, il apparaît que les forces communistes se mobilisent peu pour la campagne électorale. Dans le parti, on retient plutôt son souffle en attendant les résultats du 16 mars. Comment la direction pourrait-elle mobiliser l'ensemble des militants, alors que les opérations de normalisation internes, par exemple dans la fédération de la Seine-Saint-Denis, vont bon train ... François Asensi ayant été écarté de son poste de premier secrétaire fëdéral, l'offensive continue sur le terrain des listes électorales. L'ancien ministre Jack Ralite ne sera tête de liste qu'aux régionales et c'est l'homme fidèle de Georges Marchais, Jean-Claude Gayssot, qui conduira celle des législatives. Cette manière de procéder mécontente à la fois l'appareil des municipalités, les militants qui accordent une large estime à Jack Ralite et tous ceux qui n'acceptent pas le «parachutage » de Gayssot. Au centre, l'avenir même du parti
C'est dans ce contexte qu'intervient le score historique du 16 mars 1986. Il n'est pas le point de départ d'une contestation interne brusquement apparue, mais le point d'orgue d'un mécontentement qui couve sous diverses formes depuis des années. L'expression électorale de l'échec du parti vient conforter l'idée répandue de sa marginalisation, des dangers de régression définitive qui le guettent. La réaction publique sera d'autant plus ample que la direction n'a pu mettre à son actif aucun élément positif depuis la sortie du gouvernement.
«Non, nous ne pouvons laisser sans réagir des dirigeants continuer à imposer à notre parti des pratiques, un langage et un mode de fonctionnement qui le conduisent inexorablement à sa perte. » La phrase clé de l'appel pour un XXVIe Congrès du PCF, qui a recueilli à ce jour trois mille signatures, un record historique, pose d'emblée le centre de gravité du vaste mouvement démocratique qui traverse le parti.
Les militants exigent, d'une part, un débat démocratique, et, d'autre part, un débat portant sur l'avenir de leur organisation. L'aspiration démocratique ne peut être contenue, parce qu'elle touche à l'essentiel, à savoir l'existence même du PCF, les risques de marginalisation qu'il encourt à demeurer immobile et sourd aux sirènes d'alarme. Pour les élus et militants de Longwy, livrant leur démarche lors d'une conférence de presse, (( c'est la survie du parti dont il est question )). Le titre de leur appel reprend l'idée : ((pour sauver le Parti communiste français )). (( Sauver le Parti communiste? De quoi? De qui? Et pourquoi un tel cri d'alarme ? )), demandent les communistes lorrains. Cela correspond à l'autre interrogation: ((A quoi peut bien servir un Parti communiste à un tel pourcentage ? ))
André Moroni, en compagnie de Maurice Moissonnier et Yves Vargas, lance de façon non publique un appel qui commence par la phrase : ((Nous ne pouvons nous résoudre à être un parti marginal et le rôle de premier groupuscule de France ne sied pas, à notre avis, au Parti communiste. ))
L'ampleur de la crise s'inscrit d'elle-même dans ces déclarations, venues d'horizons communistes divers. Le mouvement démocratique est faible parce qu'il n'offre pas, de manière homogène, de réponse alternative, mais il est fort parce qu'il repose sur un doute très largement répandu, touchant à la fonction et à l'identité du Parti communiste. Ce mouvement démocratique, pour disparates que soient les réponses qui le traversent, unit plusieurs générations de communistes, à différents niveaux de responsabilité. Qu'on ne s'y trompe pas. L'appel pour un XXVIe Congrès, pour lequel Tony Lainé et Daniel Karlin servent de boîte aux lettres, est contresigné essentiellement par des élus municipaux et des membres de professions moyennes. Mais, pour une signature, combien de militants qui, bien qu'ils ne se mouillent pas pour l'instant, sont d'accord avec une telle exigence démocratique ? Quels que soient le sort et le score final de cette xxve pétition, après le Congrès, un tabou est transgressé collectivement par des militants, celui consistant à recourir à une démarche publique, rompant les frontières des cellules et des sections, pour formuler un désaccord de fond. Le
De gauche à droite : G. Plissonnier, G. Marchais, R. Leroy, P. Juquin.
6 avril, devant les micros de RMC , André Lajoinie reconnaîtra que « eh bien oui, il y a une minorité au Parti communiste. Mais elle re~te une minorité >>.
Le mouvement démocratique ne saurait suffire à résoudre les questions qu'il engendre. Le problème d'une orientation alternative à celle de la direction, d'une réponse à la démarche des communistes critiques, est immédiatement posé. Ce débat est d'autant plus urgent que, faute d'éléments ou de pistes de réponses, la démoralisation guette ... Tony Lainé et Daniel Karlin se font l'écho de la fragilité de leur propre Réunion du comité central, octobre 1984. courant dans les colonnes du Monde: (( S'il s 'avère que ce mouvement ne débouche pas, si cette fois encore, alors qu'il s 'agit de la survie du parti, nous expérimentons la volonté de la direction de castrer le mouvement oppositionnel, il faudra tirer la conclusion que nous ne pouvons rester dans ce parti-là. » Confrontés au refus de la direction, les militants communistes apportant une foi entière à leur démarche sont susceptibles d'aller rejoindre le premier parti de France, celui des ex -communistes. Si une telle démoralisation tend à s'afficher si promptement, formulée par les porte-parole du mouvement démocratique, n'est-ce pas que la mouvance communiste dégagée à cette occasion, qui prend conscience de la réalité de son existence, ne saurait rester indéfiniment sans perspective politique ? Les orientations
, en presence
Il n'est pas abusif de classifier les réponses présentes dans la crise actuelle du PCF. Elles peuvent entrer dans trois catégories : la satellisation par le PS, le combat d'une gauche clandestine à l'intérieur du PCF, le rassemblement des forces communistes et révolutionnaires à l'extérieur du PCF. Ces trois réponses connaissent une diffusion nationale. Aucune d'elles n'emporte le sentiment majoritaire.
Pour Henri Fiszbin, qui se présente comme élu communiste sur une liste PS, l'héritage communiste n'a d'autre sauvegarde que de s'inscrire au compte de la social-démocratie. Prenant acte de la place que le PS occupe dorénavant, il tente de pousser la logique réformiste du PCF jusqu'à l'extrême. Pour le député « apparenté socialiste » des Alpes-Maritimes, (( le clivage historique qui a séparé les deux branches du mouvement ouvrier, et qui est bien antérieur à la Révolution ntsse de 1917, qui date de Marx lui-même, a opposé ceux qui pensaient possible d'améliorer le capitalisme par la démocratie et ceux qui pensaient, avec Marx, que l'on ne pouvait pas le démocratiser, qu'if fallait le supprimer. C'est un clivage qui a eu sa raison d'être mais qui est totalement périmé aujourd'hui parce que l'histoire a tranché ». On ne saurait considérer Henri Fiszbin autrement que comme un militant ayant suivi une trajectoire somme toute assez logique, puisqu'elle est inscrite dans l'orientation du PCF. (( Le mouvememt ouvrier doit conquérir une place éminente dans la gestion des sociétés au plan économique comme au plan politique », explique-t-il, reprenant les thèses chères à Philippe Herzog et Paul Baccara. Ainsi, le réformisme en germe dans l'orientation « moderne » du PCF produit ces opposants conséquents qui trouvent naturel, en se débarrassant des oripeaux centralistes de leur parti, de s'enrôler dans une organisation voisine, pratiquant sans fausse honte un réformisme assumé. Henri Fiszbin et ceux de Rencontres commu-
nistes hebdo (RCH) qui le suivent deviennent donc les rabatteurs des communistes perdus, tentant de les attirer dans les filets sociaux -démocrates.
Henri Fiszbin n'est pas l'enfant monstrueux d'un PC révolutionnaire, mais l'enfant nature! d'une dérive réformiste du parti lui-même. Ce chemin-là, d'autres peuvent l'emprunter par des voies plus détournées. La fascination exercée par le PC italien conduira à une réponse de nature semblable. Pour ces militants, le PCF souffre de ne pas aller assez loin dans la voie réformiste. Ce sont ces militants qui parlent le plus volontiers de « culture communiste », voire de ((peuple communiste», comme pour mieux désincarner l'expérience des communistes, lui conférer un aspect de pur esprit, aisément logeable dans les grands plis maternels du parti social-démocrate français.
Deux démarches, rompant avec la direction actuelle du PCF sur sa gauche, sont proposées aux communistes critiques. L'une mise sur un possible cheminement interne au parti, l'autre tire un trait sur une possible rénovation du PCF et appelle de ses vœux un rassemblement large des forces du mouvement révolutionnaire.
Le texte de l'appel pour un XXVI• Congrès, contresigné par André Moroni, Maurice Moissonnier et Yves Vargas, donne un contenu radical aux débats exigés. Pour eux, le (( nouveau rassemblement populaire majoritaire, objet central des travaux du dernier congrès, aurait pourtant pu être un moyen d'union à la base entre communistes et socialistes, union qui reste indispensable si on veut un progrès démocratique en France ». (( Que cela vous plaise ou non, expliquent-ils, on ne fera pas le socialisme en France sans l'union avec les sociaux-démocrates. »
Se plaçant dans la perspective de (( l'union pour une démocratie, étape nécessaire au socialisme>>, les signataires, avec André Moroni, estiment que (( c'est du Parti communiste français et de lui seul que peut émerger le parti des communistes français. Pour le renouveau du PCF, les militants ne peuvent compter que sur eux-mêmes >>. Mais rien ne permet, dans le texte largement distribué, d'étayer l'idée d'un redressement possible du PCF. L'affirmation finale demanderait quelques compléments, en particulier une démonstration selon laquelle un nouveau parti peut naître de ses cendres, ou que les révolutionnaires membres du Parti communiste puissent y prendre une place prépondérante. C'est avec soin, en revanche, qu'André Moroni délimite son texte par rapport aux (( nouveaux critères de gestion >>, chers à Fiszbin et
Herzog. Pour lui, ((force est de constater qu'ils proposent d'aller vers le socialisme entreprise par entreprise, comme si le capitalisme, loin d'être un système structuré (économie, politique, idéologie, national-international. . .), était une myriade de petits îlots indépendants >>. Il est vrai que ces nouveaux critères de gestion et le nouveau rassemblement populaire majoritaire laissent perplexes nombre de militants ouvriers, qui ne lisent pas couramment le vocabulaire particulier des économistes du parti. Reste à savoir quel avenir André Moroni réserve à son appel. Il se heurtera à une question de fond: le PCF est-il rénovable? Il semble que l'attitude actuelle d'un appareil rivé à la bataille pour sa sui"vie implique une réponse négative à cette interrogation.
Maurice Kriegel-Valrimont ne se situe pas dans la perspective d'une rénovation du Parti communiste. L'ancien commandant FTP de la zone sud estime qu' (( il est avéré que toute alternative est écrasée si elle n'offre pas de perspectives historiques >>. Pour lui, (( il est impossible d'enfermer le courant communiste dans l'étroitesse du dogmatisme stalinien( ... ) La crise du PCF qui n'a cessé de se développer ne s'explique pas autrement que par la réalité de ce courant>>. Kriegel-Valrimont définit ce courant à partir de (( la volonté de transformer la société sans incohérence dogmatique, le rejet du stalinisme sans antimarxisme vulgaire >>.
La réponse qu'il apporte au renouveau du courant révolutionnaire est à l'opposé de celle de Moroni: ((Que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du PCF, il suffira que ceux qui, en France, ont la volonté de ne pas se limiter aux objectifs du PS se retrouvent pour que le courant révolutionnaire redevienne une force. >> Message unitaire s'il en fut pour un vieux dirigeant communiste, il précise qu' (( il faut que tous ceux, quels que soient les âges et les nuances, qui veulent voir vivre ce courant, conjuguent leurs efforts>>.
L'hypothèse Kriegel-Valrimont correspond à l'état actuel de l'éclatement des forces du courant révolutionnaire. Par courant révolutionnaire, il faut considérer ce qui ressort de l'expérience propre des militants communistes, qu'ils soient ou non membres du PCF, et celle des militants issus des forces d'extrême gauche, des syndicats, des luttes ouvrières les plus combatives.
Les militants issus des rangs du Parti communiste ont ceci en commun qu'ils doivent tout faire pour que ne se perdent pas un savoir-faire, une expérience militante communiste bien particuliers. Il y a bien une réalité communiste, éparpillée, mais qui produit une conscience réelle d'être une force, non
Dans le prochain numéro de Critique communiste, une table ronde, réalisée à l'occasion de la Rencontre européenne sur les plans ouvriers alternatifs, qui s'est tenue en avril à Bruxelles. Sur le thème: une alternative à la crise. Avec Frieder Wolff (député européen, Grünen), Henry Benoît (FGA), Pierre Rème (LCR).
assimilable au Parti communiste, fondée sur une identité révolutionnaire ; là se situe une démarche spécifique de rassemblement de ces énergies éparpillées, de manière d'autant plus urgente que l'atomisation de ses éléments accroît le danger de dissolution. Pour autant qu'existe cette expérience communiste spécifique, la situation actuelle de l'extrême gauche et du mouvement syndical pose un problème similaire. L'expérience de la gauche au pouvoir a donné un coup d'accélérateur décisif à la crise de l'ensemble du mouvement ouvrier, et a fait apparaître la carence des réponses ouvrières à la crise. Rassembler les forces révolutionnaires est une question qui se pose parallèlement à la crise du PCF. Rassembler les forces vives du communisme, les énergies éparses du mouvement ouvrier révolutionnaire, devient l'impératif de ceux qui veulent résister à la crise dans la perspective de la rupture avec le capitalisme. Il ne s'agit pas d'additionner les forces résiduelles d'expériences politiques passées, mais d'unir les énergies nouvelles pour gagner les jeunes générations à la perspective révolutionnaire. Qui peut croire un instant qu'une telle tâche sera c 0 menée à bien sans le rassemblement des ::E forces communistes et sans la rencontre . ~ u ;? . '------' '1 1 1 U.J 0.. C"') de ces forces avec d'autres militants
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Ë a:"' E ... "' c:n 2 . ., :::l .,lll 0 . ., ~ a: NIporteurs d'expériences militantes issues d'autres horizons ? Le mouvement ouvrier, pour ne pas régresser dans la voie social-démocrate, doit relever le défi de sa propre crise, globale.
Construire une force révolutionnaire, unifiant les militants d'âges différents et d'expériences diverses, c'est se poser deux objectifs. Le premier consiste à réaffirmer que la perspective révolutionnaire n'a rien à faire au musée, quelles que soient les modes intellectuelles du moment. Précisément, bâtir une perspective révolutionnaire crédible, c'est ouvrir à la réflexion, à la pratique ses propres rangs, et affirmer qu'on ne parviendra à atteindre pareil horizon révolutionnaire que par la construction d'un nouveau parti révolutionnaire. Le deuxième objectif, lié au premier, c'est évidemment de prendre l'état actuel du mouvement ouvrier tel qu'il est, avec ses limites et sa richesse, afin de comprendre que nulle force ne peut prétendre représenter à elle seule, et par son seul développement linéaire, le lieu de construction du futur parti révolutionnaire. Des rapprochements, des fusions, des démarches unitaires ont toujours été et seront toujours nécessaires à cela. C'est à cette tâche que s'attèle la LCR.
Jean Lantier