La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Lettre ouverte aux camarades de la LCR

· Critique communiste, n° 53, juin 1986 · p. 25-26 · 1 743 mots

Depuis plusieurs mois, les relations entre 10 et la LCR, antérieurement fraternelles et, à bien des égards, exemplaires, se sont dégradées sérieusement. Les incidents survenus lors d'un meeting à

Strasbourg servent à présent de prétexte à la direction de

10 pour rompre les relations entre nos deux organisations.

Après un volumineux échange

Camarades, de correspondance entre les deux directions, 10 a rendu

Comme vous le savez déjà, Lutte publique sa décision de rupture ouvrière a pris la décision de rompre les par une lettre ouverte des relations de direction à direction entremilitants de 10 à ceux de la tenues jusqu'ici entre nos deux organisations.

LCR. La LCR n'accepte pas

Nous avons pris cette décision à la cette décision irresponsable. suite de l'incident de Strasbourg où,

Tel est le sens de la lettre durant une réunion électorale d'Arlette ouverte adressée en réponse aux Laguiller, des militants de la LCR se sont conduits d'une façon inadmissible, camarades de 10 et diffusée ce qui en soi aurait pu être un incident lors de la fête de Presles. sans lendemain si votre direction avait

Critique communiste publie condamné immédiatement leur geste ci-dessous ces deux lettres devant l'ensemble de nos militants et ouvertes. Nous tenons à la sympathisants respectifs.

Des camarades de notre direction disposition des lecteurs qui, comme Arlette Laguiller, ont été éventuellement intéressés le témoins des faits avaient immédiatedossier complet de la ment mis votre direction au courant.

Cette dernière ne peut donc pas dire correspondance entre 10 et la qu'elle n'était pas informée des faits

LCR, ainsi qu'entre 10 et le exacts.

SU de la IVe Internationale.

La lettre de votre direction que

Arlette Laguillier et Alain Krivine annoncent l'accord conclu entre la LCR et LO pou:t les municipales de 1983.

nous aurions espéré recevoir tenait en quelques mots. Elle aurait pu, si elle avait existé, être rédigée ainsi :

« Camarades,

« La direction de la LCR, informée des incidents regrettables créés au meeting d'Arlette Laguiller de Strasbourg le 4 mars, par des militants de la LCR, vous exprime tous nos regrets et nos excuses au nom de la LCR, et tient à affirmer publiquement et clairement que le geste de nos camarades est une initiative irresponsable, que nous condamnons fermement devant l'ensemble de nos militants et sympathisants respectifs. Nous vous assurons que nous prendrons toutes les mesures internes pour que cela ne se reproduise pas et pour que nos camarades de Strasbourg présentent aux vôtres leurs excuses et leurs regrets.

«Vous comprendez sans doute que l'attitude de nos camarades ne correspond ni à la politique de notre organisation, ni à ses règles morales, surtout envers une organisation avec laquelle nous entretenons des rapports fraternels. Nous sommes donc convaincus que cet incident restera sans lendemain et n'aura aucune conséquence défavorable sur nos rapports.

«Veuillez agréer, camarades, etc. » Nous ajoutons que nous aurions trouvé normal aussi que Rouge parle de cette affaire, puisqu'elle a eu lieu devant trois cents personnes, la presse, la télévision locale et que Libération en fait état. Mais Rouge n'en a parlé, avec retard, que pour nous mettre, nous, fallacieusement en cause.

Pour rester correct envers nous, et dans le cadre de rapports fraternels, Rouge aurait pu écrire, par exemple :

« Libération a fait état d'incidents qui se sont produits au meeting d'Arlette Laguiller de Strasbourg le 4 mars entre les militants de la LCR et ceux de Lutte ouvrière. Ces incidents regrettables ont été le fait d'une attitude irres~;:msable de certains de nos camarades et nous avons présenté nos excuses à Lü qui, étant donné le caractère abso-

Page 26

lument aberrant de ces incidents par rapport à l'ensemble des relations entre nos deux organisations, les a acceptées aussitôt. Les deux organisations affirment en commun que ces inCidents ont été sans gravité aucune et n'ont absolument pas modifié les rapports entre Lutte ouvrière et la LCR. »

Voilà ce qu'aurait pu écrire Rouge, si la direction de la LCR avait voulu que nos rapports restent fraternels. Nous ne voyons rien d'humiliant dans cette attitude et au contraire rien que de très normal, même entre organisations qui n'auraient pas de rapports dits «fraternels».

La direction de la LCR n'a pas voulu avoir cette attitude, et cela depuis plus de deux mois. Pourquoi? C'était pourtant simple, conforme à tous les principes et de la plus élémentaire correction envers une organisation avec laquelle la direction de la LCR déclarait avoir des rapports fraternels.

Nous ne pouvons qu'en conclure que cette attitude obéit à un choix politique. Cela veut dire à l'évidence que la direction de la LCR veut avoir deux langages. Pour nous, c'est d'autant plus inacceptable que l'incident de Strasbourg vient après une longue série de faits semblables. Ou nous pouvons nous fier à ce que dit la direction de la LCR comme valable pour tous les militants de la LCR, ou nous ne le pouvons pas, et alors à quoi bon se rencontrer.

Aujourd'hui, un fossé s'est creusé entre nos organisations. Pour nous, il n'est pas question de reprendre des relations avec ceux qui tentent d'échapper à leurs responsabilités et qui, de plus, tentent de les reporter sur d'autres, en l'occurrence en accusant de façon mensongère notre SO d'actions, mal précisées d'ailleurs, qu'il n'a pas commises.

La prise de position publique dans les termes ci-dessus de la part de la direction de la LCR est un préalable élémentaire, sur lequel nous ne transigerons pas, à la reprise de relations entre nos directions et entre l'ensemble de nos militants.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Mais il est évident que nous n'y comptons plus guère, que plus le temps passe, plus le fossé s'élargit et qu'aux textes ci-dessus, la direction de la LCR devra ajouter des excuses pour ne pas l'avoir fait immédiatement.

Nous vous réaffirmons cependant que le seul préalable à la reprise de nos relations directes entre directions et entre militants était et reste que la direction de la LCR écrive à LO à propos de Strasbourg dans les 'termes que nous demandons, excuses comprises. Il est trop tard pour que Rouge revienne sur la question, mais, par contre, Critique communiste peut le faire.

Ce préalable rempli, les relations à tous les niveaux pourraient reprendre, ce qui nous permettrait de tirer un trait sur ce qui ne serait plus qu'un intermède et d'aller de l'avant vers une collaboration plus étroite. Nous soumettrions alors les propositions suivantes à la discussion de l'ensemble de nos deux organisations :

Al . Les militants de nos deux organisations se réunissent en commun (à tous les niveaux : cellule, section, région, ville, etc., en fonction des structures voisines ou équivalentes de chaque organisation), au moins une fois par mois, de façon à tendre vers des cellules communes hebdomadaires. Chaque organisation conserverait son indépendance politique et les décisions ne seraient prises, séparément, par les militants de chaque organisation, qu'en ce qui les concerne. D'éventuelles décisions communes pourraient intervenir dans un cadre à délimiter et à définir en commun par les directions des deux organisations (par exemple au fur et à mesure des modifications de nos rapports et de nos politiques).

2. Création d'un hebdomadaire commun par la fusion de Rouge et de Lutte ouvrière, chacune des deux organisations prenant en charge la moitié des dépenses de l'hebdomadaire commun et conservant les produits de ses propres ventes. Chacune des deux organisations s'exprimerait sous son nom lorsque les politiques sont différentes, et en nom commun lorsqu'elles sont communes ou dans les domaines qui ne posent pas de problème particulier. La présentation et la mise en page devraient refléter clairement ce qui vient de chaque organisation ou ce qui est commun.

L'avantage immédiat serait de diviser par deux la charge financière et militante de la publication de nos hebdomadaires.

L'avantage politique serait de montrer que l'on peut agir en commun sur la base du programme trotskyste, tout en ayant des positions politiques sensiblement différentes. Nos camarades du Maine-et-Loire en font tous la démonstration depuis des mois en vendant en même temps Rouge et Lutte ouvrière, chaque semaine.

3. En ce qui concerne l'Internationale, Lutte ouvrière appartient à une tendance internationale qui existe dans plusieurs pays. LO s'est toujours interdit jusqu'ici de créer des groupes de façon volontariste, alors qu'elle le pourrait très facilement étant donné ses forces militantes et son capital politique indépendant remontant à plusieurs dizaines d'années. Elle estime que trop d'organisations trotskystes prétendument internationales ont agi ainsi, de façon artificielle, contribuant à valoriser des individus ou des organisations qui maintiennent la fiction d'une existence indépendante, mais qui ne sont pas toujours capables, politiquement et sur le plan de l'engagement militant, de développer leur organisation.

C'est pourquoi Lutte ouvrière propose de constituer un organisme international où les différents courants internationaux pourraient confronter leurs politiques et leurs méthodes d'organisation et les discuter publiquement, mais où chacun serait libre de définir indépendamment sa politique. C'est le seul moyen pour qu'en quelques années, une direction internationale, capable, acceptée et reconnue par tous, puisse voir le jour.

C'est pourquoi Lutte ouvrière et les organisations appartenant à la même tendance internationale proposent au secrétariat unifié, d'une part- organisation qui est certainement celle qui est la plus représentative de toutes les organisations trotskystes internationales-, et à la Ligue internationale des travailleurs - qui est une organisation qui a le capital politique et organisationnel le plus important en Amérique latine -, des contacts en vue de constituer un tel organisme.

Voilà, camarades, les propositions (et qui pourraient se discuter indépendamment les unes des autres) que nous vous faisons pour l'avenir immédiat.

Nous allons traverser, en France et peut-être dans le monde, une période politiquement difficile. Le rapprochement avec des groupes, des hommes, des organisations autres que ceux qui se réclament du trotskysme, n'est certainement pas possible dans cette période de recul, sans renoncer au programme révolutionnaire, au programme trotskyste car l'évolution de tous ces courants se fait vers la droite, ne serait-ce que vers la social-démocratie.

Par contre, il est vital que les organisations qui combattent sous le drapeau du trotskysme, même si elles ont des divergences importantes entre elles, sachent se rapprocher. Mais se rapprocher sans taire leurs divergences car c'est le seul moyen qu'elles ont de vérifier la justesse et l'efficacité des différentes politiques qu'elles défendent.

Nous vous adressons cette lettre ouverte, non dans un but de polémique, mais en visant un tel rapprochement.

Dans cette attente, veuillez agréer, camarades, l'expression de nos salutations révolutionnaires.

Le 10 mai 1986 Les militants de Lutte ouvrière

Une erreur sur cette page ?