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OUS entrons dans la troisième révolution technologique. Après la vapeur, après l'électricité, c'est autour de 1 'électronique et de ses applications qu'est en train de se restructurer le système productif dans les pays capitalistes avancés. Phénomène inégal, lent et tâtonnant, aux rythmes très divers selon les entreprises, les secteurs, les pays, mais phénomène indéniable. Commencée au cours des décennies cinquante et soixante dans des secteurs de pointe, essentiellement l'aéronautique et le nucléaire, la phase actuelle de l'automatisation, basee dans l'industrie sur les machines-outils à commande numérique et les robots électroniques, dans les services sur la bureautique, pénètre aujourd'hui tous les secteurs.
On peut distinguer au moins trois grands types de débats suscités par cette troisième révolution technologique:
1. La généralisation des équipements incorporant des systèmes informatiques et électroniques est-elle susceptible de permettre une croissance décisive des gains de productivité, couplée à un abaissement important du coût relatif des investissements, qui déboucherait vers une relance de la dynamique d'accumulation capitaliste et une sortie de l'onde longue récessive actuelle?
2. Puisque, comme c'est maintenant admis par tous les experts, les industries « locomotives » de cette éventuelle reprise (électronique et informatique) s'avèrent inapte à créer les millions d'emplois détruits par l'obsolescence ou la modernisation des anciennes industries, quel nouveau modèle social, alternatif au modèle « fordiste » de l'emploi stable et de la consommation de masse, va pouvoir assurer une nouvelle cohérence entre production et débouché ?
3. A l'intérieur des entreprises, alors que la parcellisation extrême et la déqualification des tâches héritées du taylorisme semblent un obstacle à l'introduction et à l'utilisation optimale des « nouvelles technologies », quels nouveaux rapports de production vont se nouer entre patrons et salariés, et à l'intérieur même de la classe ouvrière?
La multiplication d'études et de réflexions menées en particulier par des sociologues du travail au cours des dernières années justifie de tenter ici une synthèse de quelques conclusions provisoires concernant le troisième débat évoqué.
La plupart des sociologues du travail d 'inspiration plus ou moins directement marxiste, depuis G . Friedman et P. Naville dans les années cinquante, puis A. Touraine et S. Mallet dans les années soixante, montraient que le progrès technique en régime capitaliste tend à faire disparaître les métiers ouvriers traditionnels, fondés sur une compétence professionnelle très poussée et sur un degré élevé de contrôle des processus concrets du travail et suscite à la place une double tendance : la « dégradation de l'habileté professionnelle 1 » et l'accroissement du nombre d 'ouvriers sans qualification, d'une part, mais aussi l'apparition de « nouveaux métiers qualifiés » (construction de machines, régleurs, agents d'entretien, techniciens ... ). Pour certains, comme S. Mallet, cette « nouvelle classe ouvrière » (1963) occupait « l'avantgarde du mouvement révolutionnaire et socialiste » par sa tendance naturelle à subvertir les rapports sociaux en opposant sa compétence et sa qualification à la toute-puissance arbitraire du capital. Le pronostic de la déqualification ouvrière ...
Au début des années soixante-dix, une thèse qui prolonge et contredit les travaux antérieurs se développe puissamment : selon Braverman 2, le progrès technique mis en œuvre par les capitalistes vise consciemment à éliminer le plus possible l'intervention des travailleurs dans la production, et à déqualifier au maximum le travail non immédiatement éliminable. L'objectif patronal est en permanence de se délivrer des aléas que lui impose sa main-d'œuvre (absentéisme, conflits sociaux, mauvaise qualité, résistance à l'intensification de travail), et de parcelliser les tâches afin d 'exercer un contrôle absolu sur les travailleurs. Le capital accroît ainsi sans cesse sa domination sur la classe ouvrière ; les compétences et les savoir-faire autrefois détenus par les ouvriers sont maintenant concentrés dans les mains des ingénieurs et techniciens, instruments objectifs et bénéficiaires de la toute-puissance du capital. Il s'agit du « processus de surqualification-déqualification de la force de travail 3 », qui consacre une polarisation sans cesse croiss~nte entre · une minorité de plus en plus qualifiée et une majorité d'OS interchangeables. Alors que le progrès technologique était auparavant présenté comme libérateur, du moins comme enjeu de luttes et porteur de potentialités progressistes, cette nouvelle thèse, sans doute influencée par la révolution culturelle chinoise ainsi que par les courants freudo-marxistes et écologistes, le désigne comme instrument privilégié d'approfondissement de 1 'oppression capitaliste.
·Une première limite importante à cette thèse, c'est qu'elle prend un peu trop pour argent comptant les
Tableau 1
Effectifs de la classe ouvrière aux recensements
(chômeurs compris) 1962 1975 1982 Techniciens 344 759 922 Contremaîtres 306 443 464 OQ 2 286 2 986 3 292
2 394 2 947 2 605 Manœuvres et autres ouvriers 2 074 1 831 1 905 Total 7 404 8 966 9 188 prétentions tayloriennes à imposer le « one best way », la « seule bonne manière » de réaliser une opération de production. Dans la réalité, même les OS les plus « déqualifiés » ne sont pas des automates accomplissant mécaniquement des gestes purement routiniers et imposés par le bureau des méthodes : sans une certaine initiative, une dose de créativité et d'invention des OS, aucune chaîne ne fonctionnerait correctement. Le principe même de la grève du zèle, application stricte et exclusive des « méthodes » qui aboutit au blocage de la production, témoigne de ce maintien incompressible des « qualifications tacites » des ouvriers. R. Linhart, dans son remarquable livre (l'Etabli), décrit très bien comment un tour de main bien particulier est indispensable pour monter un siège de 2 CV.
Mais surtout c'est le pronostic sur le futur de la classe ouvrière qui doit aujourd'hui être quelque peu nuancé. Certes, l'analyse et la critique du progrès capitaliste constituent des acquis importants qu'il convient de défendre contre la vague pseudo-moderniste. A cet égard le livre de la CFDT sur les Dégâts du progrès, (19 77 ), que la confédération d'aujourd'hui voudrait bien n 'avoir jamais publié, mérite d'être relu et discuté pour les éléments critiques et anticapitalistes qui y abondent. Plus fondamentalement, l'idée qu'un système technique n'est pas indépendant des rapports de production au sein des entreprises ni des relations du pouvoir dans la société est un acquis essentiel 4 pour la pensée marxiste : comme l'écrivait A. Gorz, (( la volonté de domination est profondément inscrite dans la nature des machines, dans l'organisation de la production, dans la division du travail qu'elle matérialise 5 ''·
Cependant, si caractériser l'évolution du salariat au cours des années cinquante et soixante en terme de « déqualificationjsurqualification » apparaît assez pertinent, il n'en va plus tout à fait de même depuis que l'éclatement de la crise et l'entrée à marche forcée dans la troisième révolution technologique ont reformulé les données du problème. ... doit être revu et corrigé
Les adversaires de la théorie de la déqualification avancent souvent l'argument suivant: comment concilier cette thèse avec l'évidence du poids sans cesse croissant des ouvriers qualifiés et techniciens au sein de la classe ouvrière ? Les chiffres tirés des rencensements sont en apparence clairs (cf. tableau 1) : le développement de la catégorie des OS était presque aussi rapide que celui des OQ (+ 1,6% par an contre+ 2,1 %) de 1954 à 1975 :
Tableau 2
Effectifs employés à plein temps 1962 1975 1982 Techniciens 236 546 660 Contremaîtres 348 452 436 OQ 2 078 3 201 2 956
2 156 2 397 1 758 Manœuvres et autres ouvriers 837 674 414 Source : Déclarations annuelles des salaires. mais à partir de cette date le nombre d'OS décline- l , 7 % par an) alors que les OQ continuent à s'accroître ( + 1,4 % ). Les OS et manœuvres représentaient plus de 60 % de la classe ouvrière en 1962, 53 % en 197 5 et seulement 49 % en 1982.
Si l'on regarde maintenant non plus les professions déclarées par les salariés lors des recensements individuels, mais les déclarations des employeurs sur la structure de la main-d'œuvre employée à temps plein, on a alors une image des emplois disponibles dans le système productif : les conclusions ne sont guère différentes, bien que les nomenclatures utilisées ne soient pas tout à fait les mêmes.
L'irruption du chômage massif frappe d'abord les catégories ouvrières les moins qualifiées, entame significativement les effectifs d'ouvriers qualifiés et guère les couches supérieures de la classe ouvrière, c'est pourquoi les effectifs d'OS et de manœuvres diminuent beaucoup plus dans le tableau 2 que dans le tableau 1.
Mais la réponse des tenants de la déqualification semble pertinente : dans beaucoup de cas, le passage d'un ouvrier d'OS à OP a signifié une hausse de salaire mais aucune modification du travail ni de la qualification. L'INSEE indique que si (( la part des ouvriers qualifiés dans l'ensemble des ouvriers et même dans l'ensemble des actifs a continué à croître ces dernières années, cela ne signifie pas forcément que la nature des postes de travail ait évolué vers une plus grande qualification ''• mais seulement qu'il y a eu des glissements vers le haut dans la grille de salaires. La chute de la mobilité ouvrière depuis 197 5, due à la difficulté croissante de se recaser ailleurs, a amené une hausse de l'ancienneté moyenne et donc probablement accentué ces glissements. Cet argument est fort, mais semble insuffisant pour expliquer l'inversion de tendance observée à partir de 1975: pourquoi ces glissements catégoriels se seraient-ils brutalement accélérés après l'entrée dans la crise, alors qu'au contraire les politiques salariales des patrons tendaient à se durcir ?
D 'autant qu'en examinant les résultats de l'enquête sur la « structure des emplois », faite tous les ans par le ministère du Travail et qui cherche à évaluer les qualifications réelles des emplois et non pas leur place dans les grilles de salaires, on retrouve le même type de phénomène (tableau 3), bien que différencié selon les secteurs. Il semble que dans les secteurs « de pointe » (sidérurgie, chimie, construction mécanique, ... ) le déclin de la part des OS ait commencé dès les années· soixante, pour s'accélérer après 197 4. Dans les secteurs dits « de main-d'œuvre » (textile, habillement, cuir, bâtiment), on
Tableau 3
La structure des qualifications ouvrières dans quelques secteurs industriels en 1968, 197 4 et 1983 (en % des effectifs salariés)
Maîtrise de production
Source : Enquête structure des emplois, INSEE (02-051), ministère du Travail (Dossiers statistiques, n° 16, novembre 1985).
assiste encore à une croissance de la proportion d'OS jusqu'en 19 7 4, puis à un recul à partir de la moitié des années soixante-dix, alors que les proportions d'ouvriers qualifiés, d'agents de maîtrise et de techniciens, restent constante: c'est donc la part des cadres ingénieurs et employés qui augmente désormais.
Globalement pour l'ensemble des activités (hors fonction publique), la proportion de techniciens dans la population active munie d'un emploi croît légèrement, celle des agents de maîtrise stagne ; le pourcentage d'ouvriers qualifiés décroît règuliérement, alors que la proportion d'OS s'effondre, surtout depuis 1974. Si la classe ouvrière définie par ces quatre catégories passe de 65,6 % à 52,7 % des actifs occupés (hors administration), sous l'effet de la croissance des catégories cadres et employés, c'est dû surtout au recul de 10% de la proportion d'OS. Les glissements catégoriels dans la grille des salaires ne suffisent certainement pas à rendre
Techniciens de production 68 74 83 68 Sidérurgie 5,9 7,9 10," 4,8 Chimie 6,8 7,5 9,2 4,2 Fonderie Trav. métaux 5,6 6,1 5,6 4,9 Const. mécanique Automobile 7,4 7,9 11,4 4,6 Navale, aéronaut. Const. électrique 10,2 10,7 14,8 4,3 Textile 1,7 1,9 2,0 4,5 Cuir-chaussure 1,0 1,0 1,5 3,4 Habillement 0,6 0,8 1,1 2,7 Bâtiment Travaux publics 3,1 4,1 4,7 6,2 Total (services marchands compris) 3,9 4,4 5,1 3,6 compte de ces modifications dans la structure des qualifications.
Il faut plutôt chercher d'autres explications :d'abord, les industries le plus durement touchées par la crise - textile, habillement, bâtiment - emploient traditionnellement une main-d'œuvre à forte proportion d'OS. L'hémorragie d'emplois dans ces secteurs amène donc mécaniquement une baisse de la proportion des OS et manœuvres. D'autant que les industries dynamiques, comme le pétrole, l'aéronautique ou la chimie, créent presque uniquement des emplois ouvriers très qualifiés, accroissant donc le poids de ceux-ci dans la classe ouvrière.
Mais outre ces effets dus à la modification des structures sectorielles de l'industrie, d'autres facteurs ont joué dans le même sens à l'intérieur même des entreprises. Nous touchons là au cœur du problème : les politiques patronales en matière de qualification et de gestion de la main-d'œuvre ont connu au cours des années soixante-dix plusieurs inflexions majeures, qui produisent aujourd'hui leurs pleins effets. De l'« enrichissement des tâches >> •••
Le début des années soixante-dix voit dans les milieux du grand patronat l'éclosion d'une mode « antitaylorienne » qui cherche à surmonter l'impasse dans laquelle l'application forcenée des principes de Taylor avait précipité l'organisation du travail.
<<En réaction contre la flânerie ouvrière, liée à l'improvisation d 'une organisation empirique de la production, le taylorisme avait pour objectif de réintroduire dans le
Ouvriers Ouvriers qualifiés non qualifiés
74 83 68 74 83 68 74 83
6,5 6,7 32,9 36,2 39,2 40,8 31,7 23,2
4,4 4,5 27,0 27,8 32,7 30,0 27,2 12,3
5,7 5,8 34,7 34,7 38,7 37,3 35,4 31,7
4,7 4,8 34,5 33,0 38,5 35,4 35,8 24,4
4,5 3,9 24,8 23,8 24,1 38,6 40,3 26,3
4,7 4,6 46,4 45,8 46,9 32,4 32,5 29,4
3,5 3,2 52,0 48,4 51,6 31,8 34,6 29, 1
2,8 2,7 64,9 61,6 61,0 16,5 20,9 19,2
7,5 9,5 53,8 52,7 55,3 24,5 21,4 12,5
3,9 3,8 30,9 28,3 26,8 27,2 24,8 17,6
travail une rationalité en définissant des méthodes scient(fiques qui décupleraient la productivité( ... ) : séparer la conception du travail de son exécution( ... ), subdiviser le travail en des opérations courantes et élémentaires, strictement définies et standardisées, payées selon des formules au rendement ou exécutées selon une cadence imposée. >> << Ce travail, dénué d'intelligence, de responsabilité et de créativité, source d'insatisfaction et de dégradation de la personnalité, a pour rançon un taux considérable d'absentéisme et de turnover, un volume élevé de gaspillage et de malfaçons, un développement du freinage et du sabotage. Les contradictions du travail parcellaires 'accentuent avec l'élévation du niveau d'instruction des travailleurs 6 • >> Cette longue citation indique bien les enjeux de la crise du taylorisme: il s'agissait, pour le patronat des grands centres vitaux de l'industrie, de contourner les résistances ouvrières au taylorisme et, en même temps, d'affaiblir ou de liquider les contre-pouvoirs que de fait les ouvriers avaient imposés. Les lieux d'expérimentation (Volvo, Fiat, Ford, en France : Renault, la sidérurgie ... ) << se caractérisaient massivement par une bonne santé économique et des exécutants ayant établi un contre-pouvoir à travers des organisations syndicales combatives et/ou des conflits importants sur le contenu du travail 7 >>.
Les méthodes expérimentées étaient diverses, sans toutefois toucher au cadre technique préexistant (machines, lignes de transfert, convoyeurs ... ). Développement de la polyvalence (avec rotation sur les divers postes de la chaîne), élargissement des tâches par allongement du cycle de production (en regroupant plusieurs opérations parcellaires), enrichissement des tâches (confiant à l'opérateur certaines des compétences dli régleur ou du contrôleur), groupes semi-autonomes (au sein desquels les ouvriers disposent de ·marges d'autonomie pour organiser le travail et remplir un objectif de production fixé par la direction) : dans la plupart des cas, les progrès de productivité enregistrés à la suite de ces innovations étaient décrits comme spectaculaires. Cependant, en France particulièrement, ces expériences restèrent rares et relativement marginales : le patronat semblait craindre que la remise en cause des méthodes de production ne débouche sur celle de l'autorité de la maîtrise et de la direction. Les rapports de production spécifiques dans l'industrie française, où le poids de la maitrise est excessivement élevé et ses fonctions souvent de nature plus politique que technique 8 , ont sans doute freiné considérablement ce mouvement.
à une nouvelle phase de l'automatisation
Mais le caractère éphémère de ces expériences provient surtout du tournant du milieu des années soixante-dix. D'une part, l'accroissement du chômage permettait « naturellement » de resserrer la discipline dans les usines, de limiter l'absentéisme, d'accroître l'intensité du travail : pour les ouvriers le rejet du taylorisme passait après la défense de l'emploi et du salaire menacés. D'autre part et simultanément, l'intensification de la concurrence pousse de plus en plus les entreprises à des investissements de modernisation et de productivité, qui transforment parfois profondément le profil des postes et les qualifications exigées pour les remplir. La phase actuelle de l'automatisation dépasse les termes du débat sur 1'« enrichissement des tâches » en transformant radicalement la nature même de ces tâches. De revendication ouvrière suscitée par les excès du taylorisme, la responsabilisation des travailleurs devient une nécessité stratégique pour les directions d'entreprises modernisatrices.
Pour décrire la « nouvelle automatisation » et ses conséquences, on s'appuiera ici sur l'analyse de B. Coriat et P. Zarifian 9 • Le contexte qui favorise l'essor de cette nouvelle phase se caractérise par la crise du taylorisme évoquée ci-dessus et l'instabilité des marchés typique de l'actuelle onde longue à tendance dépressive. Aux principes du taylorisme, basé sur << la parcellisation, la spécialisation et l'intensification du travail dans les produits de très grandes séries standardisées, se substituent progressivement deux nouveaux objectifs centraux qui consistent en l'intégration et la flexibilité des lignes de production >>. L'intégration consiste surtout en la << recherche d'un plus haut taux d'engagement des machines>> grâce à des procédures informatisées visant à optimiser la circulation des pièces entre les machines ; ainsi qu'en << l'utilisation plus intensive de la force vivante du travail>>, surtout par la mobilisation extrême des facultés d'attention et de concentration pour anticiper les incidents, fort coûteux sur de tels équipements. La« flexibilité», au sens technique du mot, «s'appuie sur le fait que grâce à l'informatique et à la micro-électronique, les nouveaux moyens de travail peuvent soit mémoriser des ensembles alternatifs d'opérations et enclencher le bon ensemble selon la nature de la pièce qui se présente devant les outils, soit être programmés pour des tâches différentes à un coût très abaissé>>.
Notons ici, en une courte parenthèse, que cette « flexibilité » là n'a strictement rien à voir avec la trop fameuse « flexibilité» de l'emploi et des salaires que le patronat cherche aujourd'hui à imposer: bien contraire, la pleine utilisation des formidables potentialités des « ateliers flexibles » pourrait fort bien s'appuyer sur des travailleurs à hauts salaires et à l'emploi garanti, comme le montre l'exemple de l'industrie aéronautique française. Vouloir justifier la précarisation des conditions de vie des salariés au nom de l'évolution des techniques est une grossière escroquerie emballée dans un fourre-tout nommé « flexibilité ».
Ces mutations dans les méthodes de production induisent des mutations tout aussi considérables dans l'utilisation de la force de travail : les diverses catégories ouvrières ne sont pas du tout affectées de façon identique. La réduction massive des effectifs dans la production, même à volume de production croissant, frappe de plein fouet les manœuvres et surtout les OS. Leur situation est en effet très fragile : ayant reçu une faible formation générale de base, ayant acquis dans leur travail une compétence certaine mais limitée au poste qu'ils occupaient et fort peu transférable, ils se voient mis en concurrence avec des ouvriers qualifiés, souvent plus jeunes, dont la reconversion ou l'adaptation aux nouveaux équipements automatisés coùtera beaucoup moins cher à l'entreprise. «Il faut cependant être clair : l'exclusion ne vient pas d'une incapacité de ces ouvriers à se reconvertir; chaque fois qu 'une politique a été sérieusement menée en ce sens, elle a révélé des potentialités souvent insoupçonnées 9 . >>
Seulement voilà : cette politique coûte cher et ne présente aucun intérêt pour le patronat en période de chômage massif. Il est beaucoup plus facile de renvoyer les immigrés chez eux et d'abonner les OS français à l'ANPE à vie ... Il y a là un enjeu tout à fait central pour les organisations syndicales, si elles veulent éviter une
scission de la classe ouvrière qui rejetterait dans la marginalité sa partie la moins qualifiée : la revendication d'une politique systématique de formation et de qualification, contrôlée par les syndicats, et qui viserait non pas à désamorcer des conflits sociaux en permettant des renconversions bidon mais à remettre véritablement à niveau les travailleurs que le patronat voudrait abandonner au bord de la route. Voilà bien la nécessité d'une politique opposée à « l'élitisme républicain » de J.-P. Chevènement.
Il apparaît donc que le développement actuel de l'automatisation modifie radicalement le processus de « surqualification/déqualification » décrit au début des années soixante-dix : un exemple tout à fait éclairant nous est fourni par l'étude de deux sociologues allemands sur trois secteurs-clés de l'industrie de RFA 10 • « La reprofessionnalisation du travail indus triel » en RF A et aux USA
M. Kern et M. Schumann avaient mené dans les années soixante une très importante étude dans neuf entreprises des secteurs-clés de l'industrie : automobile, machine-outil, chimie. Leur conclusion, développée dans un livre intitulé Travail industriel et conscience des travailleurs (Francfort 1970), appuyait totalement la thèse de la déqualification ouvrière. Une nouvelle étude menée dans les mêmes entreprises, par les mêmes sociologues, en 1981, démontre qu'une inversion fondamentale de la tendance à la polarisation s'est opérée entre-temps. <<Nous en sommes arrivés, historiquement, à un point à partir duquel le management capitaliste n'a d 'autre possibilité d 'accroÎtre son efficience que d 'assouplir la division du travail )); <<dans les secteurs-clés de l'industrie allemande, une transformation radicale des méthodes de production est en train de s'opérer qui articule de façon nouvelle le double intérêt de l'entreprise à J'élimination du travail vivant et à J'optimisation du travail restant. JJ Dans l'automobile, ils observent un retournement complet de tendance, vers la reprofessionnalisation du travail de production, avec création d'un <<type nouveau d 'ouvrier professionnel JJ, doté de larges connaissances de base sur le fonctionnement des équipements modernes. Dans la construction de machines-outils, ils parlent d'une << poursuite de l'élargissement des métiers de mécanicien-ajusteur au contrôle de système: les connaissances en ajustage et les capacités artisanales sont intégrées dans une demande de compréhension globale et de compétence d'intervention dans un système technique complexe)). Enfin dans la chimie, ils notent le maintien sans problème du profil typique de l'ouvrier chimiste professionnel.
S'il y a bien <<optimisation du travail restant JJ, contrairement aux tendances antérieures, c'est bien sûr aux nouvelles technologies qu'on le doit: mais c'est aussi et peut-être surtout à l'expérience cuisante des résistances ouvrières aux méthodes tayloriennes, qu'ont gardée en mémoire les chefs d'entreprise.
A la tendance à la polarisation succède donc une nouvelle tendance: l'exclusion. Car les auteurs de l'étude n'entretiennent aucune illusion sur les conséquences de la troisième révolution technologique : <<En ce qui concerne le chômage, nous ne pouvons que souscrire à l'opinion générale qui considère que le problème va en s'aggravant. Nos résultats portant sur les licenciements liés aux "nouveaux modèles de production " ne permettent en effet en aucun cas de miser sur le vieux théorème de la compensation ; la thèse optimiste d'après laquelle les effets destructeurs de la rationalisation seraient compensés à échéance par les effets contraires du "progrès technique" (création de nouveaux produits et de nouveaux marchés) doivent définitivement prendre le chemin des archives( ... ). L'énorme transformation des appareils de production se double, avec sa destruction massive des possibilités de travail humain, du scandale social du chômage. ))
Un phénomène analogue semble se dérouler depuis le début des années quatre-vingt dans la grande industrie américaine. Dans un remarquable article 11, Jack Marsh, lui-même ancien ouvrier à l'entretien dans le complexe sidérurgique US Steel de Chicago, décrivait les effets de l'effondrement des centres industriels de la région des Grands Lacs sur les conditions d'emploi de la classe ouvrière. Il montrait fort bien comment, à l'occasion de la restructuration des industries sidérurgiques, des chemins de fer, de l'automobile, le patronat fait éclater le cloisonnement absolu qui existait entre les tâches des diverses catégories d'ouvriers. Paradoxalement, cette table rase faite des statuts rigides (et des rémunérations élevées qui allaient de pair) provoque un bond en avant de la polyvalence ouvrière : << Dans les emplois de J'entretien électrique, les ouvriers doivent être des électriciens compétents, des spécialistes des moteurs, des experts en réparation d'instruments de contrôle, des dévideurs d 'armature, des tourneurs, des fraiseurs et parfois des monteurs ... )) Un dossier du Monde de J'économie sur l'industrie automobile aux USA confirmait ce phénomène de grande portée (le Monde du 4 février 1986): l'éclatement des bases objectives du corporatisme ouvrier aux Etats-Unis ne peut manquer de produire à terme des effets importants sur le mouvement syndical et ouvrier.
Il faut donc se garder des pronostics catégoriques à propos du maintien ou d'une aggravation de la division taylorienne du travail. On va voir qu'aucun déterminisme technologique n'impose l'évolution vers une requallfication des emplois : tout dépend des rapports sociaux dans les entreprises et des stratégies patronales de mobilisation de main-d'œuvre ; et les spécificités nationales en la matière, loin de s'atténuer, tendent plutôt à s'accroître avec le temps.
Quoi qu'il en soit, et indépendamment de leurs effets sur la division du travail dans les entreprises, les nouvelles technologies contribuent massivement à la formation d'une couche croissante d'exclus. En mars 1985, en France, 1 326 000 personnes recherchaient un emploi
depuis plus d'un an sans succès 12 ; ce chiffre augmente régulièrement et englobe surtout des ouvriers et ouvrières, d'âge compris entre 25 et 60 ans, de faible qualification. Le taux de chômage des ouvriers était en 19 7 4 peu différent de celui des cadres et techniciens (2,5 % contre 1,5 %) ; en 1985, 11,5 % des ouvriers et 20 % des ouvrières sont au chômage, contre seulement 4 % des cadres et techniciens. Ce ne sont évidemment pas les nouvelles technologies à elles seules qui ont jeté ces travailleurs à la rue, mais elles ont contribué sans aucun doute à la croissance qualitative du chômage et à ses modalités -notamment à l'exclusion des ouvriers les moins qualifiés. Loin de s'atténuer avec une éventuelle reprise de la croissance économique, ce phénomène risque au contraire de s'approfondir; car une future phase d'expansion verrait aussi la généralisation accélérée des nouvelles technologies dans l'industrie. Aussi le capitalisme doit-il à long terme résoudre l'épineux problème, cité en introduction du nouveau modèle social : le renforcement des spécificités nationales indique qu'aucun modèle novateur et cohérent n'est en voie d'apparition.
Mais revenons maintenant à l'intérieur des entreprises pour examiner quelles conséquences concrètes ont les nouvelles technologies sur les méthodes et les conditions du travail ouvrier. Nouvelles technologies et conditions de travail
La phase actuelle de l'automatisation permet souvent une amélioration substantielle des conditions de travail. L'automatisation des ateliers de peinture dans l'industrie automobile élimine une tâche particulièrement pénible et insalubre ; dans beaucoup d'autres cas, la robotique permet de diminuer les nuisances dues au bruit, à la chaleur, à la salissure, et bien sûr élimine les efforts physiques pénibles.
Mais toutes les observations concordent pour affirmer que se développe un autre type de contraintes parfois tout aussi pesantes: les contraintes mentales. L'assujettissement de 1 'opérateur au rythme de sa machine-outil à commande numérique est total : c'est le programme entré dans la machine qui détermine la vitesse et l'ordre des manœuvres, sans temps mort. Aussi, l'attention doit être permanente du début de la séquence de travail jusqu'à la fin, de façon à pouvoir prévenir tout incident ou éviter qu'il ne dégénère. Comme l'explique P. Zarifian13, ((le travail se trouve concentré sur l'acte qui condense en généra/le maximum d'attention de la part du travailleur, et cela de façon continuelle)).
Ces contraintes mentales sont d'autant plus fortes que le principal intérêt de tels investissements, pour les capitalistes, réside dans l'élimination des temps morts et l'optimisation de la circulation des flux de produits et de matières entre les postes de travail. Aussi cherchent-ils particulièrement à éviter de perdre d'un côté, par des pannes systématiques, ce qu'ils gagnent de l'autre. D'où une pression constante, agrémentée de primes incitatives diverses, vers les travailleurs qui font tourner ces équipements.
D'autre part, le coût élevé des équipements incite les patrons à rechercher à tout prix un allongement de leur durée d'utilisation, d'où le retour en force du travail en équipe et le développement du travail de week-end. Ce point est suffisamment connu, par exemple à travers le rapport Taddéi, pour qu'on n'y insiste pas ici. Remarquons simplement que la logique capitaliste cherche à adapter les hommes au rythme que supportent les robots, au lieu d'utiliser les robots pour libérer les hommes.
La thèse de la dépossession des savoir-faire ouvriers grâce au progrès technique doit donc, on l'a vu, être plus que nuancée. Elle semble largement exacte en ce qui concerne les OS : avant d'engager un investissement
lourd qui supprimera leur poste de travail, les directions d'entreprise doivent analyser et comprendre en détail les procédures concrètes grâce auxquelles les ouvriers exécutent les tâches assignées. Ainsi la direction de PeugeotSochaux, avant de lancer un vaste programme d'automatisation d'un atelier, a receuilli systématiquement, grâce aux cercles de qualité, les « trucs » des OS, comme l'indique un délégué CGT dans le dernier numéro de la revue Critiques de l'économie politique 14 • Mais cette dépossession n'est alors qu'un préalable à l'exclusion de la production.
Plusieurs études récentes sur l'implantation des nouvelles technologies dans des ateliers de l'industrie automobile ou dans des PME 15 permettent d'en évaluer les conséquences sur les qualifications des postes et le maintien ou non du « pouvoir ouvrier » sur les processus de travail. Selon M. Freyssinet, dans les unités automatisées de l'industrie automobile, le maintien de l'ancienne division du travail (OS, OQ, régleurs, agents d'entretien) provoque de vives tensions en amenant une déqualification de fait des postes d'OQ et de régleurs, une remise en cause du statut des agents d'entretien au bénéfice des contremaîtres: d'où des faibles performances en matière de productivité. Aussi, les solutions les plus efficaces pour l'entreprise passent par une certaine requalification des opérateurs, notamment par la création d'équipes mixtes (OQ de fabrication, agents d'entretien) requiérant une plus grande polyvalence. Mais, parallèlement, s'amorcent <<la division, la spécialisation, le contrôle et la "matérialisation" du travail d'entretien, devenue avec ce type d'automatisation la composante fondamentale de la production !!. Nouvelles technologies, division du travail, pouvoir ouvrier
Il n'y a en tout cas aucune fatalité à l'accroissement de la division du travail entre opérateurs et agents d'entretien, entre ouvriers et techniciens, entre agents de production et ingénieurs chargés de la programmation, même si la tendance naturelle du patronat français est de rechercher cet accroissement.
C'est ce que confirme l'étude de W. Cavestro sur
Travailleur flexible s'initiant à la robotique ... Mission TUC à Marseille en 1985. ((L'automatisation, l'organisation du travail et la qualification dans les PME : le cas des machines-outils à commande numérique )). Dans la majorité des trente-deux PME de mécanique étudiées par l'auteur, surtout dans les plus grandes (50 à lOO salariés), la programmation des machines (MOCN) est l'apanage du service des méthodes, les ouvriers ne faisant qu'appliquer et surveiller l'exécution. (( Seules quelques petites entreprises de la mécanique de précision et de l'outillage intègrent la fonction de programmation-préparation dans l'atelier: la programmation est alors généralement de la compétence d'un ancien régleur, en collaboration étroite avec l'opérateur. ))
Cependant, cela ne signifie pas forcément qu'une fois le savoir-faire de l'ouvrier mis en mémoire dans le programme, il n'ait plus qu'à surveiller la machine, sans maîtriser en rien le procès de travail : il y a aussi, en contrepartie, (( appropriation progressive par l'opérateur des codes et des langages qui commandent le fonctionnement de la machine)), et donc une possibilité d'ouverture vers une qualification supérieure, remettant en cause le principe taylorien initial.
Une autre étude menée dans dix PME de la mécanique à propos de l'introduction des MOCN (Eyraud, Maurice, d'lribane, Rychener) confirme que les rapports de production dans les entreprises françaises sont peu propices à une telle requalification des opérateurs. En fait, l'introduction des MOCN tend à ((renforcer l'importance et le poids de J'encadrement direct de la production)). Au lieu de« reprofessionnaliser »le travail ouvrier, le bénéfice des nouvelles technologies irait plutôt aux plus qualifiés (ingénieurs des méthodes, programmateurs, techniciens d'atelier, régleurs), à cause d'un (( rejet quasi général (par les directions techniques des entreprises, NDLR] de la programmation dans les ateliers )). En outre, la promotion des opérateurs à des postes plus qualifiés est bloquée par l'embauche systématique à l'extérieur de diplômés de l'enseignement supérieur (BTS, DUT).
S'il y a donc tendance générale à l'accentu:ltion de la division du travail entre conception et exécution, cela implique un certain recul du degré de cantrôle de l'ouvrier sur le processus concret de production, en tout cas dans l'industrie française de la construction mécanique. On retrouve ici une forme particulière de la « surqualification/déqualification »de la force de travail, mais qu'on ne peut généraliser ni à tous les pays (les cas déjà cités de la RF A et des USA ainsi que celui du Japon le montrent), ni à tous les secteurs : G. de Terssac et B. Coriat 16 montrent comment dans les industries de « process» (sidérurgie, pétrochimie, cimenterie ... ), l'automatisation requiert ainsi dans sa phase actuelle des procédures d'intervention ouvrière complexes et diversifiées, tant dans la première phase de mise en place et de montée en puissance des installations, qu'en régime de croisière pour la prévention et la détection des anomalies, le maintien de la qualité de la production. Bref, plutôt qu'un (( transfert des anciennes fonctions ouvrières vers les nouveaux automatismes )), on observe une modification de ces fonctions vers des procédures plus abstraites mais tout aussi vitales et exigeant une mobilisation intellectuelle plus intense. Conclusion
Ce bref panorama de quelques recherches récentes sur l'évolution des qualifications ouvrières incite à se méfier des généralisations hâtives. On observe certes une tendance générale à la réduction des effectifs d'ouvriers non qualifiés, particulièrement rapide depuis 19 7 4-19 7 5, amenant l'exclusion de la production d'une fraction non
négligeable de la classe ouvrière. C'est là sans doute la principale menace qui pèse sur le maintien d'une unité d'intérêts objective des diverses catégories ouvrières, et qui justifie que le mouvement ouvrier mette au centre de ses préoccupations la lutte contre le chômage et pour une véritable politique de qualification des travailleurs menacés par l'exclusion.
Au-delà de cette constatation, il faut retenir qu'aucun déterminisme technologique n'impose l'évolution vers une aggravation de la division du travail et une confiscation des savoir-faire et du contrôle des travailleurs de la production par les ingénieurs et techniciens : il s'agit là d'un enjeu important des restructurations actuelles. Les rapports traditionnels de production dans les entreprises françaises semblent cependant inciter les patrons à poursuivre leur politique de segmentation et de polarisation des catégories ouvrières, au contraire de ce qui semble se passer dans certains pays. Plutôt que de valoriser la dimension collective de la qualification, que les nouvelles technologies tendent à renforcer, les directions d'entreprise cherchent à mobiliser les compétences et l'initiative des salariés par despolitiques d'individualisation des rémunérations, désarticulant les grilles salariales et introduisant la concurrence entre les ouvriers. Au-delà du discours moderniste ou « japonisé » des idéologues patronaux, les pratiques ne semblent pas s'orienter vers des tentatives d'intégration réelle de la vous :DE.VI<.'IEZ- vou~ A~Af>TE-R À Ui MULTin.IME.~~ION~LITÉ EJ À L' AffMfRIAliON Df~ lt.C.I·HJOLCX,iE.S TRAN~VE.RSA~S! l. G. Friedman, Où va le travail humain 1950. 2. Travail et capitalisme des monopoles; la dégradation du travail au xx• siècle, 1974.
3. M. Freyssinet, 1974. 4. Cf. R. Linhart, Lénine, les paysans, Taylor, 1977. 5. A. Gorz, Critique de la division du travail. 6. C. Durand, «Les politiques patronales d'enrichissement des tâches», Sociologie du travail, octobre 1974.
7. J. Ruffier, « Industrialiser sans tayloriser >>, Sociologie du travail, octobre 1974.
8. Cf. M. Maurice, S. Sellier, J.-J. Silvestre, Politique d'éducation et organisation industrielle en France et en Allemagne, PUF, Paris,
1982.
9. B. Coriat et P. Zarifian, «Filières d'emploi et recomposition des catégories de main-d'œuvre», Travail, juin 1985.
10. H. K.em et M. Schumann, «Vers une reprofessionnalisation du travail industriel», Sociologie du travail, octobre 1984.
partie supérieure de la classe ouvrière à une civilisation technicienne de consensus social ; pas plus que les nouvelles technologies ne semblent menacer la classe ouvrière d'une perte de sa part d'autonomie et de contrôle sur les conditions concrètes de la production.
Le scénario d'avenir envisagé favorablement ~ar R. Boyer sous le nom de « spécialisation flexible 7 » semble donc très peu probable en France : << La généralisation d'équipements flexibles et la recherche de la polyvalence et de l'élargissement des responsabilités des travailleurs porteraient en germe un rapport salarial en rupture totale avec le fordisme, et qu'on pourrait qualifier pour faire image de "proudhonien ". >>
La phase actuelle de l'automatisation est en train de donner naissance, sous la contrainte implacable des impératifs de rentabilité et de compétitivité, à une société disloquée où des franges massives de la population sont condamnées à survivre de charité ; la proposition du PS d'un « minimum social ,> , comme les «restaurants du cœur » du regretté Coluche, s'inscrivent pleinement dans cette perspective, malgré de louables intentions. Au lieu de diminuer la peine des hommes et d'éliminer la stérilisante division taylorienne du travail, le progrès technologique va-t-il asservir un peu plus l'homme à la machine, et à la logique schizophrène d'un système économique de plus en plus chaotique ?
Maurice Dubois 11. Jack Marsh, « La grande mutation de l'industrie américaine », Critique communiste n° 28, avril 1984.
12. J.-L. Helier, <<Emploi et chômage en mars 1985 >>, Economie et statistiques, n° 183, décembre 1985.
13. P. Zarifian, le Redéploiement industriel. 14. C. Carouge et M. Pialoux, le Droit d'expression aux usines Peugeot-Sochaux. ·
15. Cf. le numéro spécial de Sociologie du travail d'octobre 1985, «Nouvelles Technologies dans l'industrie: l'enjeu des qualifications », où on trouve les études citées ci-dessous.
16. G. de Terssac et B. Coriat, << MicrQ·électronique et travail ouvrier dans les industries de process >>, Sociologie du travail no 4, 1984.
17. R. Boyer, Flexibilités des marchés du travail et/ou recherche d'un nouveau rapport salarial, CEPREMAP, 1985.