Cher Alain,
Le numéro de Critique communiste consacré à l'URSS est très intéressant. Il tranche utilement avec le sottisier des idées reçues sur le totalitarisme. Je suis par exemple d'accord avec ton article à ce sujet comme je trouve intéressante une série de choses que tu racontes sur l'URSS dans la table ronde. Malheureusement, toi aussi, dans un court passage sur la nature de l'URSS, tu reproduis une banalité qui est assez dans l'air du temps. Tu affirmes que nous utilisons « des instruments conceptuels de plus en plus obsolètes, vieux de plus d'un demi-siècle, [que] notre niveau d'élaboration en rapport avec l'actualité est particulièrement faible ... », et tu le fais négligemment, comme si la chose allait de soi ; en tout cas pour « ceux d'entre nous qui connaissent un tant soit peu la réalité [c'est toi qui soulignes] des pays de l'Est pour y avoir séjourné». Tu mentionnes sereinement « le conservatisme foncier de notre pensée et l'abstraction [ici c'est moi qui souligne] totale des rares débats "officiels" à ce propos », enfin notre obstination, comme si rien n'avait bougé depuis les années trente, « à chevaucher le dinosaure de l'Etat ouvrier ». Rien de moins 1•
Beaucoup de choses ont été écrites sur ce «dinosaure», tu les connais et elles ne t'ont pas convaincu, je n'ai donc aucune raison d'y revenir 2• Je vais prendre le problème sous un angle différent et, dans ce but, je me limiterai à discuter les deux mots soulignés plus haut. Ce faisant, je sais que les prends plus au sérieux que toi, mais je crois que ceci touche une question d'ordre plus général qui va au-delà de ton article. En deux mots, tu sembles avoir une idée naïve de la théorie qui pourrait être simplement remise en cause par « des faits » ou, pire, «du vécu». Probablement tu n'as pas une telle naïveté, mais comme elle est très répandue, y compris dans nos propres rangs, je crois que ça vaut la peine d'en parler.
Quel que soit le domaine (politique, physique, gastronomique ... ), des faits, il y en a des milliards. Mais d'importance inégale. Donc, pour penser, il faut opérer une sélection qui n'en conserve que quelques-uns. Mais, malheureusement, c'est la théorie qui permet de les trier et même dans une certaine mesure de ... les voir. Exemple: prenons comme « fait » ce que tu vois dans une pièce. Th dois éclairer ta piéce et ce que tu verras dépend bien sûr de ce qu'il y a, mais aussi : 1 ) de la position de tes lampes (tu ne verras pas ce qui est à l'ombre) ; 2) de la couleur de la lumière que tu emploies (avec des UV par exemple, tu verras autre chose qu'avec la lumière ordinaire, avec des infrarouges tu verras les objets chauds, etc.). Je n'oserai pas dire que cet exemple prouve que la théorie c'est comme la lumière, mais simplement que les « faits » ne sont pas une donnée aussi immédiate qu'il y paraît. Ils supposent une théorie, ne serait-ce que pour être choisis. Cette théorie peut être explicite ou implicite. Dans le dernier cas, c'est souvent« le bon sens» qui va servir de théorie par défaut, ce qui peut faire toutes sortes de ravages. Prenons maintenant deux exemples moins folkloriques.
1. En physique (qui est un domaine infiniment plus simple que les « sciences humaines » mais dont l'avantage - ou l'inconvénient - est que quand on y dit n'importe quoi, ça se voit tout de suite). La Terre tourne-t-elle autour du Soleil (proposition 1), ou au contraire est-ce la Terre qui est fixe et le Soleil qui tourne autour (proposition Il)? Pour te paraphaser, je dirai que «ceux d'entre nous qui connaissent cette Terre pour y avoir séjourné » sont peu intéressés à cette discussion abstraite. « Les faits» eux-mêmes confirment Il. Pourtant, comme on l'apprend à l'école, c'est 1 qui est correct. Pourquoi ? Parce qu'il y a une théorie, celle de la gravitation, qui rend compte du mouvement de tous les corps célestes, c'est-à-dire qui rend compte d'infiniment plus de choses que « le vécu >> de l'homme des cavernes ou des détracteurs de Copernic. Selon cette théorie, le Soleil ayant une masse considérable par rapport aux planètes peut être considéré comme fixe.
Bien entendu, si on limite son activité à l'agriculture et la construction d'édifices religieux convenablement orientés, la proposition II suffit. Elle n'est pas fausse: après tout, le mouvement est quelque chose de relatif ; tout dépend où on prend ses repères. Mais ce n 'est pas une théorie. Ça rend compte du« vécu» (et pas n'importe
lequel: de celui de l'homme de Cra-Magnon, pas celui d'un cosmonaute). C'est donc aussi très relatif. (Aussi relatif que « le vècu » qui fait considérer à pas mal de révolutionnaires en Amérique centrale l'URSS non seulement comme Etat ouvrier, mais encore comme socialiste ! ) De la même façon, si tu te limites à la description de la nomenklatura en URSS aujourd'hui, la «théorie de l'Etat ouvrier» n'est pas indispensable. Elle peut même être contre-productive si elle est mal assimilée et « le bon sens » lui sera supérieur : Voslensky est infiniment plus instructif que Just ! Mais ce n'est pas son objet -ce que tu sembles croire quand tu soulignes le « vieux de plus d'un demi-siècle », elle prétend rendre compte de l'évolution c'est-à-dire des contradictions de tous les Etats qui ont aboli le capitalisme depuis 1917. Je vais y revenir plus loin, mais la comparaison avec le mouvement de la Terre vaut dans le sens suivant : le fait que le Soleil soit fixe ou pas ne résulte pas de données empiriques limitées à l'observation du Soleil : avant Copernic et Galilée, des millions d'observations avaient déjà été faites et qui concluaient à la mobilité - évidente - du Soleil. Cette fixité du Soleil résulte d'une masse d'autres données empiriques liées entre elles, bref d'une théorie. Tu peux contester la fixité du Soleil, mais tu ne convaincras que si tu en fais une critique réelle, c'est-à-dire théorique. Pas en restant au simple niveau empirique. Il en va de même pour la nature de l'URSS: ce n'est pas une donnée expérimentale.
2. En économie politique. Il y a une théorie de la plus-value élaborée par Karl Marx. Cette .théorie explique le profit capitaliste. Selon cette théorie, plus les entreprises sont mécanisées et automatisées, moins elles créent de la plus-value. Paul Fabra (dans le Monde, à propos du centenaire de Marx) écrit à ce propos: «C'est encore pour des motifs tirés de l'expérience que cette construction [la théorie de la plus-value] est aujourd'hui rejetée (sauf par les marxistes de stricte obédience). » Lui ne dit pas les dinosaures, mais l'idée y est. Paul Fabra a confondu un fait, « le profit», et un concept, «la plus-value». L'assimilation de l'un à l'autre dans une analyse concrète est grotesque. N 'empêche que la condition pour comprendre l'évolution du taux de profit concret, c'est bien l'étude de la plus-value. La théorie bien sûr porte sur le concept, évidemment pas sur le fait. Une théorie est toujours abstraite. Sinon ce n'est pas une théorie.
Je sais que, dans notre organisation, « l'abstrait>> est synonyme de peu intéressant, et le « concret >> bardé de vertus prolétariennes. Mais relis ce que Karl Marx écrit à ce propos dans la fameuse Introduction à la critique de l'économie politique, au chapitre III. Le «concret», c'est beaucoup trop compliqué (c'est « la synthèse de multiples déterminations »), c'est« l'abstrait >> qui est simple.
Bien sûr, nous sommes matérialistes et toute théorie doit incorporer une masse colossale de «faits>> (« le vécu>> n'en étant qu'un tout petit élément). Mais c'est autre chose que leur compilation. Sur la base « des faits >> et d'une pensée (eh oui!), ta théorie élabore des concepts et travaille avec. Si ta théorie est bonne, elle te permet en retour d'appréhender les milliards de faits qui « déterminent >> le réel, d'y trouver une hiérarchie, une dynamique, etc.
Evidemment toutes les théories n'ont pas le même degré d'achèvement: la mécanique classique, c'est très achevé, l' économie politique l'est moins, et la politique tout court encore moins. Néanmoins, il y a une théorie de l'Etat ouvrier et de sa dégénérescence initiée par Léon Trotsky. Je la crois valable grosso modo. Tu la crois fausse grosso modo aussi. Très bien, mais de grâce ne te comporte ni comme les accusateurs de Galilée sur le mouvement de la Terre ni comme P. Fabra sur la théorie marxiste. La théorie de l'Etat ouvrier n'est, en aucun cas de figure, une description 3• (Et, pire, une description sociologique qui impliquerait que d'une certaine façon ce sont les ouvriers qui ont le pouvoir politique! Même si c'est l'idée que devait s'en faire les bolcheviks dans les années 1 7.) C'est une théorie qui prétend englober dans une même catégorie nécessairement << abstraite >> - pardonnemoi ! - des Etats aussi différents que l'URSS de 1918, de 1933, de 1957 ou de 1986, la Chine, la Roumanie, Cuba, etc. Bien sûr, des faits aussi colossaux que la domination de la bureaucratie doivent être partie prenante de la théorie. C'est, je crois, le cas. Néanmoins, la catégorie << Etat ouvrier >> a un sens, autant que celle d'Etat bourgeois qui recouvre également des réalités aussi polaires que la RF A actuelle et l'Allemagne nazie, les USA et la Bolivie, etc.
Quel sens ? A partir du moment où 1) la bourgeoisie a été politiquement expropriée, 2) qu'un processus de révolution permanente est (bien ou mal) enclenché dans le nouvel Etat, et qui fera que le profit privé réalisé par la vente de marchandises ne jouera plus qu'un rôle secondaire dans les investissements, tu as un Etat ouvrier 4• Se pose alors la question de définir les buts et les moyens de la production sociale. Dans les sociétés bourgeoises, cette question n'est jamais ouverte (le profit pose et résout cette question). Tous les Etats ouvriers sont confrontés à ce problème et tous les Etats ouvriers bureaucratisés sont incapables de le résoudre. Voilà pourquoi la Chine et la Yougoslavie ont pu apparaître - pour tous ceux qui ont << vécu >> les années soixante - comme ennemis mortels, mais aujourd'hui s'envoient des experts pour échanger leurs expériences. Des questions fondamentales comme celles du rôle du plan, du marché, des incitations (matérielles, idéologiques, administratives) au travail, de la compétition avec le monde capitaliste, ressortissent << des instruments conceptuels>> de l'Etat ouvrier (EO). Que tu le veuilles ou pas, une discussion sérieuse de la réforme Kossyguine avortée ou de sa variante actuelle aura beaucoup de choses à voir avec ce que racontait Boukharine (et qui n 'a de sens que dans le cadre de l'Etat ouvrier). Ce<< retour à Boukharine>> est déjà amorcé et risque de se développer en URSS même. Je crois que tout en restant modeste, on a des petites choses à y dire. Bien sûr,
Affiche soviétique refusant que les engins de IDS, eux, tournent autour de la Terre ...
il serait absurde de se contenter d'exhumer le vieux débat Préobrajenski-Boukharine, énormément d'eau a coulé sous les ponts de la Volga (ne serait-ce que la question paysanne!). Il faut travailler. Travailler plus et mieux certes. Mais tu ne dis pas cela, tu affirmes qu'il faut (( de tout autres instruments conceptuels )), puis tu te tais souveraiment. C'est une voie de garage et je ne vois pas du tout comment ceci nous permettrait de mieux travailler. Tu vois, toi ?
Ne pas accepter de jeter la théorie de l'Etat parce quelle ne colle pas à la réalité est pour toi la marque « d'un conservatisme foncier ». Sous des dehors banalement vrais, tu commets une erreur. J'ai essayé de te montrer sur deux exemples (le système héliocentrique et la théorie de la plus-value) que, sans précaution très soigneuse prise pour définir« la réalité », on pouvait aboutir à de l'obscurantisme. L'affaire est plus générale, une théorie ne colle jamais à la réalité et c'est là son intérêt (mais pas sa définition quand même!). Voilà aussi pourquoi elle peut durer un demi-siècle.
Cela dit, il faut être conscient que la théorie de l'Etat ouvrier n'est à l'évidence qu'embryonnaire ( quid d'ailleurs de la théorie de l'Etat tout court?). Au moment où elle a été élaborée, le recul était insuffisant. Aujourd'hui, avec le nombre d'Etats ouvriers bureaucratisés, on distingue plus facilement chez Trotsky ce qui était conjoncturel de ce qui était essentiel. Je citerai à ce propos les avancées que nous avons faites après les victoires des révolutions chinoise et cubaine, ce que nous avons tiré de l'expérience yougoslave, les débats sur le Nicaragua, de la forme concrète et étonnament « douce» qu'a prise la « déstalinisation » en URSS, le tout n'étant pas évidemment linéaire : on a aussi raconté pas mal de bêtises dont certaines - j'ose le dire -étaient dues au fait que nous avions une théorie. (C'est effectivement un inconvénient de toute théorie : elle rend possible des bêtises sui generis.)
Intimement liée à la théorie de la révolution permanente, elle fournit néannmoins le seul cadre général qui permette de comprendre (un peu) la dialectique de la révolution mondiale. Un exemple : tu veux - nous voulons - tordre le cou aux théories du totalitarisme à la Castoriadis. Comment ? Nous disons : la révolution au Nicaragua par exemple n'est pas le produit de la subversion du Kremlin. N'empêche que, via les Cubains et même directement, elle est très liée pour sa survie à l'URSS. Faut-il le dénoncer ? Non bien sûr, mais c'est très important (en France, en Tchécoslovaquie), vital même (au Nicaragua) de savoir mesurer ce lien dans toute sa complexité. Je crois la théorie de l'Etat ouvrier
qui ne partagent pas ton point de vue : phrases de la Révolution trahie sont les suivanbureaucratiquement dégénéré (EOBD) décisive pour cette appréciation. Plus généralement, comprendre comment l'URSS est liée aux processus révolutionnaires dans le monde (par son «aide» et son torpillage) et comment à leur tour les processus révolutionnaires réagissent sur elle (cf les schismes titiste et maoïste par exemple), sont aussi des faits, un «vécu », si tu préfères, que tu dois prendre en compte dans ta critique de la théorie.
Je suis donc en total désaccord avec ce que tu as dit dans ce passage de la table ronde. Mais je suis peut-être moins en désaccord avec ce que tu as voulu dire. J'ai parlé plus haut d'EOBD et pas d'Etat stalinien. Le stalinisme, en tout cas celui du génial Petit Père des peuples, a été une réponse - si j'ose dire - conjoncturelle aux problèmes mentionnés précédemment ; si tu veux dire que c'est un dinosaure et que beaucoup de nos camarades ignorent sa disparition, alors dis-le tout simplement. Mais tu mélanges tout : tu emballes « les instruments conceptuels » comme l'Etat ouvrier avec le stalinisme (et même une vision naïve de celui-ci) et tu mets l'ensemble à la poubelle, pour éviter les petites mauvaises odeurs.
Je trouve d'autant plus dommageables tes considérations « théoriques » que je suis d'accord avec bien des choses que tu dis par la suite contre la vision unilatérale, donc fausse, de la société soviétique, y compris sous Staline, sur la bêtise de ceux qui croient que les divisions soviétiques n'attendent qu'une faiblesse de l'Occident pour foncer sur Paris, etc. Parce que tu as scié la seule branche théorique sur laquelle pouvaient reposer tes affirmations à ce sujet. Quand tu écris: <<Le dynamisme "totalitaire" du bloc soviétique constitue-t-il aujourd'hui le principal danger qui menace la paix (toute relative) que connait le monde et la culture humaine ? Plus que jamais et d'une manière totalement explicite [c'est moi qui souligne] nous devons savoir ici aller totalement à contre-courant des consensus dominants et répondre : non ! », ça me parait très juste ; mais moi, je sais étayer de << manière totalement explicite » ce << non ! » avec << mes instruments obsolètes» d'EOBD. Pas toi. Egalement utile, mais formulée peu précisément 5, me parait l'affirmation que <<si on veut comprendre d'où le stalinisme a tiré sa force et son dynamisme, il faut renoncer à tout expliquer par la terreur. l'embrigadement, le dogmatisme pour, inévitablement, réfléchir sur la notion de consensus. De quelle manière étaient faits les consensus qui ont permis à Staline de faire passer l'Union soviétique en trois décennies de "l'araire à la pile atomique" ... >>; mais là encore, j'ai un élément de réponse dans ma besace : ce fameux rôle double de l'Etat ouvrier dégénéré. Pas toi.
Voilà, cette partie de ton papier m'avait mis en colère parce que je l'avais trouvée un peu démagogique du point de vue théorique et inutilement insultante pour les camarades quand, mine de rien, tu << informes >> tes lecteurs que <<ceux d'entre nous qui connaissent un tant soit peu la réalité des pays de l'Est >> partagent tes critiques, tu fais du (mini)terrorisme: dans quelle catégorie faut-il placer ceux qui parmi << nos spécialistes un peu moins nombreux qu'une équipe de football >> ne partagent pas ton point de vue? Maintenant, cette polémique m'aura aidé à préciser mon << orthodoxie». Donc, merci! Je ne sais pas si j'ai pu te convaincre sur les vertus de la théorie de l'Etat ouvrier, mais j'espère au moins t'avoir montré que si la théorie était fausse, ce ne pouvait être pour ce que tu invoquais.
Amicalement, H. Sandor 1. Tu sembles au début expliquer notre inexistence d'organisation dans ces pays par la débilité de nos théories, argument qui vaut ce qu'il vaut ; mais plus loin tu assènes : << Nous sommes pour l'évacuation des troupes soviétiques de Tchécoslovaquie - mais pour de tout autres raisons que la grande majorité des activistes et sympathisants de l'opposition tchécoslovaque. >> Nous sommes aussi contre Jaruzelski << mais pour de tout autres raisons que l'immense majorité de ceux qui le combattent aujourd'hui». Diable ! Tu n'y vas pas de main morte. Tu es, ici, à total contre-courant des idées reçues, ce qui est toujours sympathique. Mais tu passes de l'autre côté du cheval. Si tel était effectivement le cas, tu peux laisser tomber la théorie défectueuse, voilà sûrement où serait la source, non seulement de notre faiblesse passée, mais à coup sûr aussi de notre faiblesse à venir et pour toujours. Bien sûr, nous ne partageons pas l'idologie dominante de Solidarité ou de la Charte 77, tu as raison de le rappeler (et ça a un rapport avec notre faiblesse), mais notre refus de l'occupation soviétique en Tchécoslovaquie ou du << coup >> de Jaruzelski a quand même quelque chose à voir avec les raisons qui poussent des millions de citoyens de ce pays à s'y opposer. Sinon, c'est à désespérer.
2. Pour ·accentuer l'aspect<< dinosaure», tu ne mentionnes que les textes de Trotsky. Ernest Mandel a pourtant pas mal enrichi et systématisé notre compréhension de la bureaucratie ouvrière et des sociétés de transition. Oui, non ? Que sur l'Etat à proprement parler trop peu de choses aient été écrites, certainement. Maintenant, fallait-il de <<tout autres instruments conceptuels>> pour les derniers événements de Pologne ? J'ai plutôt le sentiment que ceux qui disposaient << de tout autres instruments conceptuels >> se sont laissés piéger par les reculs de la bureaucratie. A cause de la nature de I'EOB, nous étions convaincus de l'inévitabilité de la confrontation.
Cela dit, notre armement théorique n'est pas une garantie politique : il pouvait nous faire sousestimer l'importance de la durée de la crise.
3. Voilà pourquoi il vaut mieux éviter de
J'employer sur des tracts. En principe, les tracts traitent de choses concrètes, pas de concepts.
4. Cf<< Réponse de C. Veria à M. Lequenne>> in Quatrième Internationale.
5. a) Je crois qu'il faudrait mieux parler de dialectique lutte-consensus-terreur, ce serait plus conforme à la «réalité». b) J'éviterai aussi de dire que << Staline a fait passer. .. », les « dinosaures >> pensent que ce raccourci peut déboucher sur un hommage inutile. Ils diraient plutôt :
malgré Je coût terrible dû à la direction stalinienne et à cause des ressorts de l'Etat ouvrier, l'URSS est effectivement passée en trois décennies ... c) Enfin, quand tu ajoutes : « Ce sont des questions que nous ne sommes guère posées jusqu'alors ... », tu pousses un peu. Les premières tes : << Le monde bourgeois a commencé par feindre de ne pas remarquer les succès économiques du régime des soviéts, qui sont la preuve expérimentale de la viabilité des méthodes socialistes. >> (Là, Trotsky aurait dû respecter ce qu'il dit à la page suivante: «Il n'y a pas encore en ce sens fondamental Je moindre socialisme fondamental. ») « Devant l'allure sans précédent dans l'histoire du développement industriel, les savants économistes au service du capital tentent encore souvent de garder un silence profond ou se bornent à invoquer "l'exploitation excessive" des paysans. Ils laissent ainsi s'échapper une excellente occasion de nous expliquer pourquoi, par exemple, l'exploitation sans frein des paysans en Chine, au Japon, en Inde, n'a jamais entraîné un développement industriel accéléré ... >> Ne pas réduire Je stalinisme à la terreur (mais ne pas l'oublier non plus), c'est quand même le B.A.-Ba du trotskysme. Maintenant, que beaucoup de camarades l'aient oublié (et toi aussi un peu, non?), qu'il aurait fallu d'autres articles que par exemple celui d'Ettio << Les raisons de la passivité de la classe ouvrière en URSS », paru il y a une dizaine d'années, que ne Je dis-tu simplement ?