Que faire des propositions de Gorbatchev ?
Option zéro?
Chiche!
Gorbatchev et son équipe l'ont compris : il est devenu pour eux impératif de rechercher avec l'impérialisme les conditions d'un nouveau statu quo leur permettant de souffler à l'extérieur pour tenter de dégager à l'intérieur les forces nécessaires au désembourbement du système
Tel est le sens des propositions de désarmement qui se multiplient de la part de la direction soviétique. Les intentions« pacifistes »dont ces propositions sont enrobées ne doivent donc pas faire illusion. Mais elles doivent être soutenues et être l'occasion d'une relance de la lutte pour
D
1. IBCM. intercontinental ballistic missile. basè a terre.
2. SBLM. submarine launched ballistic missile : missile intercontinental lancè a partir de sous-marins.
3. MlRV. multiple independently targetable rentry vehicle : ogive à têtes multiples guidées independamment.
4. Une megatonne : charge equivalente a une million de tonnes d'explosifs classiques.
bureaucratique. le désarmement.
EPUIS l'avènement de l'arme nucléaire et thermonucléaire, toute la logique militaire est bouleversée par rapport aux époques antérieures. Pour la première fois - dans des conditions historiques et technologiques données - les adversaires possèdent une arme de destruction absolue pour laquelle il n'existe pas de parade. La dissuasion, c'est-à-dire la menace d'une destruction réciproque de l'adversaire dans le cas où il céderait à la tentation de la « première frappe », est dans une telle situation la seule stratégie possible. L'arme nucléaire est donc la première à ce jour dont le seul destin concevable soit de ne pas servir.
Dès lors que l'impérialisme américain s'était doté, au cours de la Seconde Guerre mondiale, d'une telle arme, il était logique que l'Union soviétique, à titre dissuasif, la possède à son tour. La paix dans la terreur
La « course aux armements >> fut d'abord quantitative, accroissant en nombre les différents vecteurs : IBCM 1, bombardiers stratégiques, et la puissance des charges, jusqu'à atteindre pour chaque camp une capacité de destruction plusieurs fois supérieure à la puissance requise pour détruire toute vie à la surface du globe.
François DIETRICH La hantise d'une attaque préventive de 1 'autre camp, clouant au sol le dispositif de riposte en cas d'alerte, devait conduire au développement des sous-marins lanceurs d'engins, SLBM 2, quasi indétectables et invulnérables. Ici, la responsabilité de l'impérialisme américain, qui prit à chaque fois l'initiative d'accroître le nombre des missiles et des bombardiers stratégiques, qui introduisit les MIRV 3 et les missiles sous-marins, est écrasante.
Que ce soit dans la période de la << guerre froide >> des aanées cinquante ou même dans les années soixante après la crise de Cuba, la tentation de l'impérialisme de faire un jour plier l'URSS sous le chantage nucléaire, grâce à une suprématie en nombre et en sophistication des lanceurs, fut le credo des stratèges du Pentagone.
En 1977, l'URSS décidait l'implantation en Ukraine des missiles de la génération des SS 20, analysés alors comme des armes capables de bouleverser la stratégie par leur précision et la mobilité de leur lanceur. Autrement dit, une << première frappe » serait devenue théoriquement concevable, permettant de détruire préventivement les forces stratégiques de l'adversaire et de se prémunir ainsi contre la destruction réciproque. L'autre scénario envisagé alors était celui d'une « escalade nucléaire progressive » succédant à un conflit conventionnel, permettant d 'y mettre le holà par un « avertissement >>
Comparaison entre les rayons d'action des SS 20, des Pershing 2, des missiles de croisière et des
(d'après Michel Tatu: la Bataille des euromissiles, Le Seuil, Paris, 1983).
GLCM : missiles de croisière. · - - - : rayon d'action des missiles français. 1 emplacement de SS 20 . .a emplacement d'ICBM. missiles du plateau d'Albion. nucléaire limité, évitant d'emblée le recours aux charges lourdes. A quoi servent les euromissiles ?
II est aujourd'hui bien difficile de dire si les docteurs Folamour soviétiques croyaient eux-mêmes à ces hypothèses, et si leurs homologues américains les prenaient au sérieux lorsqu'ils proposèrent l'installation des Pershing 2 en contrepartie de celle de SS 20. Militairement en effet, si ce terme a encore un sens dès lors qu'il est question des hypothèses d'affrontement nucléaire, aucun de ces deux raisonnements ne tient.
Certes, les missiles à charge moyenne et à grande précision sont des armes moins puissantes que les monstres d'une mégatonne 4 et plus que constituent les IBCM, dont l'explosion d'un seule exemplaire au-dessus de Paris projetterait la tour Eiffel en fusion au-delà des collines de Meudon, incendierait la totalité de la région parisienne et briserait les vitres à Bordeaux. Il n'empêche que les «petites charges » placées à bord des SS 20, et ultérieurement à bord des Pershing et des missiles de croisière, s'élèvent tout de même à 150 kilotonnes, soit dix fois la bombe d'Hiroshima, même si cette charge est modulable jusqu'à 15 kilotonnes (une fois Hiroshima) dans le cas des Pershing 2 et des missiles de croisière. Autant dire que l'hypothèse d'une « escalade nucléaire limitée» est une aimable plaisanterie eu égard aux destructions réalisées par un seul de ce type de vecteurs emportant à leur bord, dans le cas des SS 20, trois charges. D 'emblée, leur utilisation ouvrirait la phase nucléaire totale de la guerre. Car, outre l'hypothèse d'une capitulation immédiate en cas d'utilisation par l'adversaire de quelques-uns de ces mjssiles, que reste-t-il à faire si l'on est sourrus à une telle « escalade nucléaire limitée » ?
Riposter à même hauteur, et l'engrenage est sans fin. Ou bien chercher à détruire les rrussiles de ce type chez l'adversaire : mais étant mobiles et difficilement localisables, leur destruction exige de bombarder un vaste secteur où leur présence est possible : l'utilisation des fortes charges devient alors nécessaire. Subsiste l'hypothèse d'une « première frappe» de l'adversaire sur ses missiles grands et petits : mais il reste les sous-marins.
Autrement dit, militairement parlant, aucune technologie ne permet aujourd'hui d'envisager l'utilisation «a minima» de l'arme nucléaire. Les reaganiens, folamouriens par excellence, en caressent à nouveau l'idée pour l'an 2000 par le système IDS : mais gare aux défaillances ! Si seuls dix des missiles mégatonniques de l'URSS, - qui en possède plusieurs centaines - franchissaient la barrière, les Etats-Unis d'Amérique seraient pour l'essentiel rayés de la carte. On comprend mieux les éclairs de lucidité qui inspirent les réticences des sénateurs démocrates.
Est-ce pour autant que le déploiement de ces missiles à moyenne portée ne modifiait pas la « donne » nucléaire mondiale ? En effet, si les tenants des « scénarios » évoqués plus haut sont réellement persuadés que ces armes permettent un usage« limité» de l'arme nucléaire, alors la tentation d'y avoir recours en cas de conflit conventionnel sera encore plus forte. Ces armes, en réalité, aggravent le risque de l'holocauste au lieu de le limiter. Pershing et SS 20 : des armes politiques
Les hautes sphères stratégiques de l'Est et de l'Ouest ne sont-elles faites que de Folamour ? Pas seulement, mais il n'est pas sûr que cela soit plus rassurant. S'il était impossible que les militaires des deux camps n'aient pas au moins conscience de l'invraisemblance d'un schéma nucléaire limité, le déploiement de ce type d'arme répondait donc à d'autres objectifs. Aux Folamour s'ajoutent donc les cyniques.
Certes, l'existence de la force de frappe française et des missiles stationnés en Angleterre pouvait, jusque dans une certaine mesure, justifier 1 'implantation par l'URSS de missiles destinés au théâtre européen, bien que l'apport dans ce cadre des SS 20 reste là encore bien contestable, compte tenu des IBCM mégatonniques déjà braqués sur l'Europe à partir de l'Ukraine.
En réalité, déployer en Ukraine des rrussiles de type SS 20, s'adressant uniquement à l'Europe et incapables de toucher le territoire américain, ne pouvait avoir qu'une signification : envisager une guerre nucléaire limitée à l'Europe et, par conséquent, menacer en permanence les peuples d'Europe d'une telle possibilité. Rendre la guerre nucléaire crédible, palpable par les populations européennes, tel était l'objectif véritable de la bureaucratie soviétique qui, dans les années 1975-1980, au lendemain de la défaite américaine au Vietnam, voyait l'avenir avec optimisme. Ayant depuis longtemps renoncé, à juste raison, de convaincre les
prolétariats européens du caractère enthousiasmant de son modèle de société, un savant dosage de menace et de paternalisme pouvait s'avérer diablement utile pour la bureaucratie dans la remise en cause globale de l'hégémonie américaine sur l'Europe de l'Ouest.
Dans le même temps, fait ô combien illustrant de la logique d'ensemble et de la fonction réelle des SS 20, cent vecteurs de ce type étaient braqués en direction de l'Asie et de la Chine. Après tout, pourquoi ne pas appliquer à l'occasion le même chantage aux peuples d'Asie dans le cadre de la compétition avec la bureaucratie chinoise?
L'occasion fut naturellement trop belle pour l'impérialisme américain de rappeler que la sécurité européenne ne dépendait que de lui : déployer des Pershing 2 en Europe de l'Ouest renforçait la dépendance stratégique, politique, psychologique de l'Europe. Les raisons du recul soviétique
Selon les estimations occidentales, la part des dépenses militaires dans le PNB de l'Union soviétique avoisine les 10 %, dans lesquels les dépenses stratégiques et nucléaires tiennent une part importante. Ici, jouent à la fois la pression constante qu'exerce l'impérialisme américain sur l'URSS en l'obligeant à maintenir la parité d'armements, mais aussi les choix à long terme de la planification militaire bureaucratique et la place qu'occupe l'armée dans les grandes orientations du pays. Sans aucun doute, les choix de développement militaire tous azimuts effectués au milieu des années soixante-dix ont suivi leurs cours de par l'inertie même du système.
L'avènement de l'équipe Gorbatchev signifie qu'une part au moins de la haute bureaucratie a pris conscience de la stagnation globale de l'URSS face au monde capitaliste. Mais le désembourbement de l'énorme machine bureaucratique nécessite de la libérer d'un certain nombre de contraintes externes. Celle de la course permanente au surarmement nucléaire n'est pas la moindre. Plus globalement, l'URSS a désormais besoin d'un nouveau statu quo avec l'impérialisme pour se retourner vers ses blocages intérieurs. La ligne triomphaliste de l'équipe Brejnev, qui profitait des moindres failles de l'impérialisme pour pousser ses pions, comme dans l'exemple éthiopien. est aujourd'hui en sourdine.
Les propositions de négociation sur les armes nucléaires européennes ne sont que le sommet de l'iceberg d'une nouvelle phase de marchandage. Tous les peuples du monde n'y gagneront pas forcément : le peuple afghan peut y voir à terme la fin de l'occupation soviétique au profit d'un régime« neutre» permettant à l'URSS de sauver la face, mais le peuple nicaraguayen peut légitimement craindre de voir l'URSS en retour fermer les yeux sur les agressions nord-américaines. L'arsenal français et anglais en question
L'arsenal stratégique terrestre français et anglais est entièrement tourné vers l'Union soviétique. Si l'on met à part les missiles sous-marins, tous les vecteurs français et anglais sont incapables de toucher le territoire nord-américain. De quelque côté que l'on tourne la question, la fameuse indépendance permise par la « force de frappe » est à sens unique.
.lt ftl)ll vous MJ>JO>Jtf.l<.. LA IŒfRÏSf. .. .______) (, ... ' · Dessin de Plantu, extrait de Pas nette, la planète!, La Découverte-le Monde.
Au moment même où Gorbatchev lance ses propositions, il paraît qu'il y a consensus en France sur les questions militaires. Au Parlement, c'est sûr, excepté le PCF. Mais sur quoi porte-t-il ? Précisément, sur le développement et l'élargissement du cadre « eurostratégique >> avec, en particulier, le développement d'un lanceur mobile et à courte portée, tout à fait analogue, dans sa conception, aux SS 20, et le renforcement et la modernisation des missiles du plateau d'Albion.
Au surplus, les missiles de « théâtre >> comme les Pluton font courir, de par leur mobilité constante, le même risque d'escalade nucléaire que les missiles à portée intermédiaire. Enfin, toutes les déclarations de l'actuel ministre de la Défense, bien évasives, laissent à penser que la fabrication des charges à « rayonnemtnt ïenforcé », dite « bombe à neutrons », est largement entamée.
Autrement dit, toute la politique militaire et nucléaire française va à l'inverse de ce qui doit être recherché : la position actuelle de l'URSS et ses propositions de désarmemement qui en découlent doivent être l'occasion d'un véritable pas en avant dans le désarmement nucléaire en Europe. La logique même de la négociation proposée par l'Union soviétique implique que les forces françaises et anglaises y soient incluses. Une mobilisation nécessaire
Tout semble aujourd'hui devoir se jouer dans les négociations américano-soviétiques au sommet, et une mobilisation pour saisir l'occasion de relancer la bataille pour le désarmement peut paraître inutile ou dérisoire.
Ce serait ignorer les puissants intérêts économiques et politiques qui se dissimulent derrière l'industrie nucléaire, civile et militaire, des pays capitalistes, en particulier aux Etats-Unis et en France. Ces secteurs-là ne se résoudront pas d'eux-mêmes à la perte des marchés d'Etat que leur offre la course aux armements (vecteurs et charges) .
Ce serait ignorer aussi que depuis des années, une bonne partie de la ligne de défense idéologique des dirigeants capitalistes consiste à agiter le spectre de la menace soviétique sur l'Europe, pour justifier a contrario tous les sacrifices que les travailleurs devraient consentir pour perpétuer un système capitaliste qui serait un moindre mal. D'ores et déjà, tous les secteurs les plus réactionnnaires haussent le ton pour réanimer le mythe d'une supériorité « conventionnelle >> des forces du pacte de Varsovie en Europe.
Se mobiliser aujourd'hui pour réclamer la dénucléarisation de l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, ne serait-ce pas faire preuve de soutien au bloc soviétique ? Un tel raisonnement, que l'on voit déjà poindre à droite et à gauche, condamne d'avance toute mobilisation pour le désarmement, qui pourra toujours être interprétée, selon le contexte, comme un soutien à l'un ou l'autre camp. Pour notre part, parce que nous n'avons au contraire aucune confiance dans les intentions « pacifistes >> de la bureaucratie soviétique, qui reste capable demain d'utiliser tous les chantages militaires contre les travailleurs d'Europe, nous voulons maintenant que l'occasion soit saisie de dire: chiche ! Le désarmement nucléaire n'est pas pour nous synonyme d'un nouveau Yalta, dans lequel bureaucrates soviétiques et impérialistes américains négocieraient une nouvelle phase de tranquillité, chacun pour résoudre ses contradictions internes, échangeant sur
Dessin de Plantu, extrait de Pas flette, la plamde !, La Découverte-le Moflde.
Dessin de Plantu, extrait de Pas flette, la plaflète !, La Découverte-le Moflde. la table de négociation les destins des peuples afghan et nicaraguayen, polonais et salvadorien. C'est précisément la raison pour laquelle une nouvelle mobilisation européenne est nécessaire pour que, dans la nouvelle phase ouverte par les propositions Gorbatchev, les travailleurs européens fassent entendre leur
Quel que soit le jugement que l'on porte sur le régime bureaucratique, on ne peut refuser à l'URSS les moyens d'une dissuasion nucléaire face à l'impérialisme américain, notamment en terme d'ICBM et de SLBM. Mais en revanche, toutes les armes à vocation offensive, que sont les LRTNF 5 et les TNF 6 doivent être bannies de l'Europe, de l'Atlantique à l'Europe soviétique. Pour les Etats unis socialistes d'Europe
Le développement des euromissiles a été, de la part de 1 'URSS comme de la part des USA, un outil politique pour maintenir les travailleurs d'Europe, à l'Est comme à l'Ouest, prisonniers de la logique des blocs.
L'idée européenne fait son chemin et elle est trop sérieuse pour être laissée à Giscard d'Estaing.
L'Europe, à l'Ouest comme à l'Est, reste à bien des égards aujourd'hui le maillon faible des systèmes impérialistes et bureaucratiques au niveau des pays développés. La révolution socialiste, à l'échelle de cette région, ne peut plus être conçue dans le cadre des frontières existantes. La chances des peuples européens, c'est de mettre leurs forces en commun pour faire face aux deux blocs, soviétique et américain, pour éviter l'étranglement de toute expérience socialiste et véritablement peser dans les rapports de forces mondiaux, en particulier vis-à-vis de tous les peuples du tiers monde, dominés par l'impéria-
En se débarrassant des euromissiles, les travailleurs européens feront un pas dans la voie de leur indépendance strategique, sans laquelle aucune perspective socialiste n'est concevable.
Cela ne règle pas encore le problême de la défense militaire des travailleurs européens face aux bureaucrates staliniens et à l'impérialisme américain, dans une phase où une expérience socialiste européenne ne déboucherait pas ipso facto sur une extension au cœur des deux blocs, et où chacun d'eux ne verraient certainement pas l'expérience d'un bon œil. Mais cette défense-là devra avant tout reposer sur un réseau de défense inséré dans la population, et bénéficiant de toute la souplesse désormais permise par les technologies électroniques et informatiques. Toute logi -que militaire agressive vis-à-vis de l'URSS ou des USA, a fortiori nucléaire, serait une impasse militaire, politique, sociale 7•
Les travailleurs européens doivent saisir aujourd'hui l'occasion des propositions Gorbatchev pour exiger le démantèlement de tous les arsenaux nucléaires européens, y compris les arsenaux français et anglais, pour préparer demain les Etats unis socialistes d 'Europe.
François Dietrich 5. LRTNF, long range theater nuclear forces : force nucléaire " de théâtre " de portée supérieure à 1 000 kilomètres, mais inferieure à 5 000 kilomètres. Les SS 20, les Pershing entrent dans cette catégorie. Les missiles du plateau d'Albion, catalogués par la France comme missiles IBCM, s'y rattachent en fait également de par leur portée limitée (3 500 kilomètres).
6. TNF, theater nuclear force: force nucléaire de théâtre. dans lesquelles il faut inclure les missiles Pershing 1 datant des années soixante d'une portée de 750 kilomètres et les missiles Pluton français.
7. Philippe Lacroix, " Y a-t-il une alternative à l'actuelle doctrine stratégique occidentale? "· in E1•iter la guerre ? Reponses à quelques quesTions sur les risques de la guerre. Petite collection Maspero, Paris, 1983.