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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La menace nucléaire

· Critique communiste, n° 64, juin 1987 · p. 18-21 · 3 975 mots

Un an après Tchernobyl

La menace nucléaire

L'accident de la centrale de Tchernobyl a relancé le débat sur ll·s dangers considérables engendrés par la production d'énergie dcctronucléaire. Les récents accidents survenus au surégénérateur Superphenix à Creys-Malville et à l'usine de retraitement de Pierrelatte ont montré, s'il en était besoin, que l'industrie électronucléaire française n'est pas elle non plus à l'abri d'accidents. De manière plus générale, il apparaît que la technologie moderne n'est pas aussi sûre qu'on essaie de le faire croire, comme en témoignent également l'explosion de C/wlleuger ou ll•s catastrophes chimiques de Seveso, Bhopal et Bàle.

C

Part de l'électronucléaire dans la production d'énergie électrique des principaux Etats nucléaires en 1985

(en pourcentage) Fmnce 64.8 Suisse J4 Belgique 60 Con!e du Sud 18.4 l'in lande J8 Japon 2J .5 Suede 42 RFA JO Taïwan ( 198J) J7 Grande-Bre1<1gne 19 Bulgarie J2 Etats-Unis 14.5 Source: .. Memento sur l'energie ... CEA. 1986. Extmit de /('.1' S<'nilud<'s dt• la f'IIÏ.\.'itlll('(', /Ill(' his loir<' li'n<'rgi<•. de Jean-Claude Delle ir. Jean-Paul DeiCage ct Daniel llemcry. numm<trion.

'EST au milieu des annees cinquante que les bourgeoisies des pays capitalistes les plus developpes ont commence ù mettre en place leurs programmes d'utilisation de l'energie nucleaire. Mais il faudra attendre le debut des annees soixante-dix pour voir un developpement massif de l'energie nucleaire. la hausse du prix du petrole laissant entrevoir que l'energie èlectronuclèaire pouvait atteindre le seuil de rentabilite sur le marche capitaliste de l'energie. Les raisons du choix nucléaire

L'objectif etait de permettre aux bourgeoisies occidentales de se dégager 0 en partie des contraintes de leur dépendance énergétique vis-à-vis des pays producteurs de pétrole.

Il s'agissait aussi de favoriser les secteurs industriels de pointe. Dans le 0 processus de fabrication de l'énergie interviennent deux etapes essentielles : , La premiére consiste en l'extraction et le transport de la matiére première (charbon. petrole brut. uranium avant enrichissement) dont le coût est determine par le coùt de ces opérations et par la rente foncière fondamentalement liee aux conditions naturelles (ampleur et accessibilite des gisements. richesse des minerais. etc.) :

Lconcc /\(il JIRRI : . La deuxième phase est ce!k de !a transf(mnation du combustible ( rallineries de petrole. usines d'enrichisse· ment de l'uranium. construction de centrales thermiques ou nucléaires). Son coùt est dependant des conditions generales de la production du secteur de t ra nsfürmat ion .

Dans la production d'electricite a partir du fuel. le coùt de l'ex traction et du transport de combustible rerresente plus de 60 'X, du prix global. alors qu 'en ce qui concerne l'energie nucleaire l'extraction du combustible ne represente qu'environ 10 'X, du coùt total. Dans ce dernier cas. c'est donc la phase de transformation du combustible en èner· gie qui constitue l'essentiel des coùts et par consequent de la valeur ajoutee . L'utilisation ù une echelle massive du nucleaire allait donc instaurer comme moteur essentiel de la concurrence dans le secteur de l'energie le rrogrès de la

0 productivite plus que la rente de situa· tion. Ce qui ne pouvait que jouer en faveur des secteurs capitalistes les plus avances technologiquement.

A joue aussi fortement la pression du lobby militaire en f~tveur du nucleaire. et plus particulièrement de la filière dite des surgenerateurs. Ce lien entre nucleaire militaire et civil est present dès la naissance du nucleaire civil. Ce dernier n'est en tin de compte que le prolongement du militaire. Lev Kowarski. un des pères de la physique atomique. collaborateur de Frederic Joliot. directeur pendant plusieurs an-

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Les filières de la prolifération

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,~ Retraite~~~~nt

Extrait de les .Wu/IIeun; du /lacli!uire, publication du (;roupe dr rrcberche rt d'information sur nées du CERN (Centre européen de recherche nucléaire) résumait trés bien cet aspect du problème devant le conseil général de l'Isère en septembre 1976 où il était invité à l'occasion d'un débat sur le surgénérateur Superphénix de Malville : «J'ai l'impression que la situatiO/, dans laquelle nous sommes auiourd'fwi n'est pas une situation rationnelle, n 'est pas une situation raisonnable. Nous .r al'ons été conduits. comme souvent dans les a.f/'aires humaines, par le jeu aveugle desfàrces historiques qui nous a placés dans une situation qui, disons le mot, est 1111 peu 1111 pétrin dont nous ne pou1·ons nous dépétrer. Les premières applications de l'énergie nucléaire, les applications très éclatantes, datent de trente et un ans. Quelles étaient ces applications :' Elles étaient militaires. C'est â cela qu'on pensait à l'époque, quoi que l'on dise au public. On cherche à dé1•elopper les technologies nucélaires dans le sens le plus avantageux pour les applications militaires. 11

Ainsi, contrairement à l'image paci -fique qu'essaient de donner au nucléaire civil industriels et gouvernement, les intérêts industriels et militaires sont étroitements imbriqués. Et si une centrale nucélaire n'est pas une bombe, le combustible de certains réacteurs peut aisément se retrouver à l'intérieur d'une bombe.

Comme le montre le schéma, il existe deux voies pour obtenir de la matière fissile nécessaire à la construction d'une bombe. Celle de l'uranium enrichi et celle du plutonium. Une fois en possession de cette matière fissile. n'importe quelle équipe de physiciens moyens est capable de construire une bombe. 0 La filière de l'uranium enrichi. Il faut tout d'abord préciser que l'uranium utilisé comme combustible dans les centrales nucléai res classiques est absolument impropre à la fabrication d'une bombe. Pour cela, il faut ce qu'on appelle de l'uranium enrichi . Actuellement, seuls trois pays, la France. les Etats-Unis et l'URSS . . en maîtrisent l'exploitation industrielle: Mais des usines pilotes existent ailleurs, notamment en Afrique du Sud. Ce qu'il est par contre plus facile de faire. c'est de détourner de l'uranium enrichi destiné officiellement à des réacteurs de recherche pour la construction d'armes atomiques. Comme il semble que ce soit par exemple le cas pour l'Irak. 0 Le filière du plutonium. Le plutonium n'existe pas dans la nature et il est produit dans les usines de retraitement à partir de l'uranium utilisé dans les réacteurs des centrales nucléaires classiques. Il a des caractéristiques de fission très supérieures à l'uranium ; il est

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naturel UraniuM t .c:. faible ----.. \ Réacteur "plutonla~ne"

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Enrlchlm•••~ plus ...:;d.:..;. U 235 Rheteur de recherche Moins de 5% en U 235 Centrale nucl éaire PWR ou HWR l1 .. Uranium Pu" Plulunlu• KWR • Boi 1 i ug Water Reac tor IJWR- l'resaurl1.cd Wote r Reacto r la paix (GRIP) Bruxelles. aussi infiniment plus toxique. Les puissances nucléaires " officielles ,. produisent du plutonium à des fins militaires à partir de réacteurs nucléaires distincts des centrales électronucléaires. et ce pour diverses raisons économiques et techniques. Il n'en reste pas moins qu'on peut aussi l'obtenir -de qualité inférieure. certes. mais suffisante pour construire une bombe - en retraitant le combustible utilisé soit par des réacteurs expérimentaux . soit par des centrales électronucléaires classiques. C'est ainsi qu'ont procédé Israël. l'Afrique du Sud et l'Inde.

Les surgénérateurs. comme celui de Superphénix. sont une autre variante de la voie du plutonium. Ces réacteurs ont comme caractéristique de fabriquer plus de plutonium qu'ils n'en utilisent. Or les militaires sont extrêmement intéressés par l'existence du plutonium " civil "· pour la simple et bonne raison que les seuls réacteurs militaires spécialisés sont incapables de produire dans de très brefs délais du plutonium permettant de réaliser les gigantesques programmes d'armement nucléaire. Il est certain qu'en France le lobby militaire exerce une pression déterminante au sein du gouvernement pour que ce.lui-ci continue son programme de développement de la filière des surgénérateurs. En effet. l'industrie nucléaire en général et celle des sugénérateurs en particulier connaissent de graves difficultés compte tenu des effets de la crise économique qui oblige à des révisions en baisse des programmes de construction de centrales nucléaires. de l'augmentation considérable du coût de construction des surgénérateurs et. surtout. du coùt de la production de plutonium. Dans ces conditions, l'intérêt strictement économique des surgénérateurs est sérieusement menacé et les militaires montent en première ligne pour défendre cette

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~ 8 * 10 ka t . c .• tau• de ca.bustion du c011buat1ble nucléaire filière . C'est ainsi que. aux Etats-Unis. le Pentagone a décidé de financer un projet de séparation isotopique par laser qui devrait permettre de recuperer tout le plutonium 239 dans les combustibles civils. Il y a plus de trois ans. le profèsseur Alfred Kastler. prix Nobel de physique. connu pour ses préoccupations en faveur de la paix. avait dejù alerté la communauté scientifique sur les risques que constituent les applications militaires de la separation au laser.

L'ensemble de ces éléments montre bien que le nucléaire n'est nullement une conséquence naturelle du developpement technologique ou scientifique. mais le produit direct de choix economiques et militaires stratégiques pour la bourgeoisie. Ces choix se sont pleinement exprimés en France avec la mise en place d'un parc gigantesque de centrales nucleaires classiques - la France est aujourd'hui le pays du monde où la part du nucléaire est la plus importante dans la production totale d 'i!lectricité -. d'une usine d'enrichissement de l'uranium (qui représente 25 'X, des capacités mondiales. de deux usines de retraitement dont la plus importante est celle de la Hague. plus grand centre de retraitement du monde. et enfin de la filière des surgenerateurs du type Superphénix (la France est le seul pays. avec l'URSS. à n'avoir pas renoncé ù cette filière). Capitalisme, nucléaire et dégradation de l'environnement

L'opposition au nucléaire est la manifestation la plus aiguë d'un phenomene beaucoup plus large de contes-

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talion de la degradation de l'environnement qui. si elle est un fléau historique du capitalisme. a connu un developpement qualitatif depuis la Deuxième Guerre mondiale. notamment avec l'accroissement de la production et de l'utilisation de substances chimiques. le developpement du transport automobile. le développement du nucléaire civil et militaire. Ainsi. la pollution a augmenté beaucoup plus vite que la croissance de la population. de la consommation. du produit national brut. ce qui d'ailleurs remet en cause toutes les explications superlicielles selon lesquelles ce seraient la " surpopulation " et la " surconsommation " qui serain! les causes essentielles du développement de la pollution. Or les conséquences de cette dégradation de l'environnement sont tout ù lüit considérables aussi bien dans les pays industriels que dans les pays dits " sous-developpes": maladies respiratoires. cancers. destruction des forêts. désertification de régions entières. C'est d'ailleurs un des aspects de la barbarie capitaliste.

Cette dégradation de l'environnement est devenue un problème politique de premier ordre qui. dans plusieurs pays, est ù l'origine de partis verts. Le systeme capitaliste a une tendance intrinsèque ù negliger la protection de l'environnement pour au moins deux raisons l(mdamentales : '· La première est que la mise en place de mesures antipollution est contradictoire avec la loi du prolit qui tend ù minimiser les coùts. même si cela doit occasionner des dépenses beaucoup plus grandes ù la société. ·. la deuxième tient ù une multiplicite des centres de décision dans la société capitaliste qui rend impossible toute planification d'un developpement harmonieux.

Cela ne veut pas dire que les capitalistes eux-mêmes sont totalement indil~ lërents aux problemes écologiques : d'abord de par leurs propres besoins. ensuite de par la pression politique de la population : il sullit de voir. suite aux mobilisations de la population. les intlex ions de la politique nucléai re de plusieurs pays capitalistes.

Il existe. dans la plupart des pays capitalistes. une législation sur la protection de l'environnement. Mais celle-ci se caractérise par le lüit que les mesures prises sont modestes. qu'elles sont systematiquement transgressées -avec souvent une bienveillance de l'Etat ù l'égard des pollueurs-. d'autant que cela coùte moins cher de payer les amendes que de mettre en application la législation. Globalement. cette politique de l'environnement. ne serait-ce que par le l~tit qu'elle réprime après coup. est incapable de remettre en cause les mecanismes de li >nd. in herents au système. qui poussent les capitalistes a negliger la question de l'environnement et a transgresser les mesures de protection qui peuvent être prises. L'anarchie du système lüit apparaître d'ailleurs périodiquement des pollutions nouvelles qui precedent toujours de loin les mesures ù prendre pour les combattre. C'est ainsi que le problème d'ensemble reste chronique avec ses cortèges de catastrophes periodiques.

C'est dans ce cadre general que se situe la lutte contre le développement de l'énergie nucléaire. Mais il l~nll mettre en évidence une de de ses particularités qui l(mde notre refus de son utilisation : si pour la plupart des autres lèmnes de pollution existent les moyens techniques permettant de supprimer les dangers (ils ne sont pas mis en œuvre par les capitalistes pour préserver les profits maximaux). la technologie n ·ex isle pas qui permettrait de supprimer tous les dangers de la poli ut ion radioactive qui sont extrêmement graves. Les ellëts de la radioactivite sur les humains entraînent des cancers et des mutations génétiques que la médecine est impuissante ù rrévenir ou ù guérir. Il convient donc de dénoncer la these selon laquelle les retites doses de radioactivité ne sont ras dangereuses. Ce qu'ont rroclamè. lors du rassage au-dessus de la France du nuage radioactif de Tchenobyl. les nucleopathes du Service central de rrotection contre les rayonnements ionisants ( SCPRI) dont le directeur. Pierre Pellerin. est qualifié a juste titre par Que choisir .' de " c/1(1111/IÙI/J toutes ntf(igories de la n ite/1tioll dÏII/illïllll/iOIIS "·

Mariette Gerber. médecin chercheur ù l'INSERM et membre du Grourement des scientiliques rour lïnlèmnation sur l'énergie nucléaire (CiSIEN). explique au contraire que les l~tibles doses sont rarticulièrement dangereuses parce qu'elles altèrent les cellules tandis que les lè)rtes doses les tuent. Le rrolësseur de médecine John W. Golinan. autorité incontestée en matiere d'eflëts biologiques des faibles doses. allirme que c'est de l'ordre d'un demi-million de cancers qui seront induits en Europe (en dehors de l'URSS) rar cet accident dans les soixante-dix années ù venir. Pour la France. il prévoit entre 15 000 et 23 000 cancers et de ù 4XO leucémies ... sur quarante ans. Voilù qui est très diffèrent des conclusions des experts de la communauté europeenne qui aflirmaient sans sourciller. en novembre dernier: " /.e.1 <:(h't.l û lo11g ta111e de Tcliemohr/ st11· le 11/an dn Cillln'rs et des /(isions g(i/1(;/il/11('.1 sont tnis .fitihle.l par mtlf){)r/ û ceux fl/'{1\'('1/tllll d ·autres sources. notalll/1/l'lll de la rwlioacliril<; naturelle. "

Or. dans le lèlllctionnenlent JlOJïll;il de l'industrie nucleaire. tout au long du cycle de pruduction -extraction du minerai. enrichissement de l'uranium. lèlllct ion nement normal des cent raies. retraitement du comhust ihle - . i 1 y ;1 rejet de radioactivité. a quoi s'ajoute k prohkme 11011 resolu du stocka)!e des dechets que rersonne ne sait comment gl.'rer. Enlin. il y a le risque d 'accidents )!raves dans une centrale nucleaire. une usine d'enrichissement ou de retraite· ment pouvant conduire a la dissemina · lion d'une très gr<Jndc quaJtlill' de matières radJo<Jctive.... l .·acc id,·nt tic Tchemohyl. l'OllllllC d'aillcur ... L'l'lui ... ur · venu en 1'17lJ il I;J cenlriik Jilll'kairL· americaine de Tllrce Mik.., I ... I<Jlld. Pitt constitue un dementi terrible a tmlll'" les allirmatiPn.., rassurante ... de.., gotJ\ crnements et des experts q11i ncl uaJL'lll Iii possibilite de ll'ls accident....

D 'ailleurs. Iii cara~teristiquc gl'IJcrale des incidents ct accidents sun cnu ... dans des centrales nucleaires ou tiL'" usines d'enrichissement ou de retraitL~· ment est leur nomhre l'\ t rL'ml'Jllt'nt eleve. Entre 1'174 et 19X4 . c·L . ..,I 1 S 1 incidents trés graves qui ont eu lieu dans quator;e pays occidcntau\ selon k trés olliciel ( ·ongres des 1 tat...-l 'ni .... ,, 1.<'.1 inciden11 1/llckuire' dont lu ( ·o llllllilsion dl'.\ rl'gll'l 1/llckuirn 1 N \ ( J tl <;/(; in/ilfïll(;e .lolif /11111<; , dt· _) 3 /Il t'li !9 7() <i 5 {)()() ('// ji),\'3 /. .U/11/i'i' .l llil'llli/t '. la R.\i( · a inslilltc' 1111 nutm·ulf 11'.\ ll'lllc ' dt · col/lfllllhililaliun cJIIi rnic·nt u t'i'l<'llir c'llt'iron lu 111oilici dn incidt'll" Ulllrt'illi ' 1//('1/lionnc'l (·l' t/lli u f)('lïll i' 11 lu R\ ( de .lignul< ·r ··,<'lllcnlcnt ·· _l .f 1 ~ in . idt'lil \ <'Il f<JS.f ('/ _l () 7.f ('1/ /IJ.\'5 " ( /.ihc'l'tl/illll du 5 mai 1'1X6 ). htce a de tels chitl'res. il est sùr que la notion d'incident. ou celle d'exception. n·a plu.., aucun sen.., : on ne peut ra' se trnmpcr .1 IHHl !i1i' selon la RN<· (autour de (l ()()() I(Jis en réalité) par an dans un domaine prétendument de science exacte. C'est a partir de ces constatations que l'on peut estimer vraisemblable un ou deux accidents majeurs. du tyrc de celui de Tchcmobyl. dans les vingt ans a venir. Le mouvement ouvrier français et l'énergie nucléaire

La contestation de l'energie nu -cleaire et. plus generalement. la lutte contre la degradation de l'envir(lnnement sont apparues en dehor ... du mouvement ouvrier qui. dramatiquement. s'est dessaisi de ces questions rourtant essentielles.

En ce qui concerne le nucleaire. les organisations ouvrières ont adopte une

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attitude passive ou se sont déclarées franchement hostiles à l'égard du mouvement antinucléaire. Il n'y a là rien d'étonnant. Cela ne fait qu'exprimer leur refus de préconiser des choix en rupture avec la logique du développement du capitalisme et qui, pour être imposés, impliqueraient des confrontations avec l'Etat bourgeois.

Dans les années soixante-dix, seule la CFDT, sans pour autant remettre en cause toute utilisation de l'énergie nucléaire, avait sensibilisé les travailleurs sur les problèmes posés par l'utilisation massive de ce type d'énergie. Mais le " recentrage ., et l'acceptation des contraintes économiques dans le cadre de la crise du capitalisme allaient bien vite entraîner un abandon de ses positions antinucléaires.

Le Parti socialiste. avant 198 1, développait une critique prudente du tout nucléaire. Dans le " Projet socialiste ''· publié avant l'élection présidentielle de 1981, on pouvait cependant lire dans le chapitre intitulé " Transformer notre système énergétique ,, : << Nous soutenons qu'à l'heure actuelle le préalable est dÏi!(imner les Franç-ais: correctement et courageusement in/iJrmés, ils sauront choisir. Une .fi1is f'in/imnation assurée, les choix concernant l'énergie nucléaire dem1111 être soumis par r~fërendum national aux Franç-ais. >> Constatant l'importance des risques d'utilisation massive de cette énergie, le projet préconisait << une divers{/ication des sources d'énergie et une limitation du nucléaire qui de1·ra rester une énergie de transition en al!endant que les énergies nol/l'elles puissent prendre le relais >>. Conséquemment. le projet socialiste affirmait : << La mise en !l'lll're des surgénérateurs, seulmoren d'assurer 1111 dél'eloppemenl importa nt du nucléai re. 11 'apparaÎt plus alors nécessaire. Il faut être conscient que les surgénérateurs engageraient des choix â long terme (trente â cinquante ans) particulièrement hasardeu.\', compte tenu des incertitudes encore grandes concernant leur s1Îreté, le retraitement des produits irradiés et le prix de f'èlectonucléaire qu'ils Fourniraient. 11

Cette position n'avait en fait qu'une portée électoraliste. le report des voix écologistes au second tour pouvait avoir une certaine importance. Mais, sitôt les élections gagnées. adieu les promesses ! Adieu le référendum promis ! Se contentant de prendre une mesure symbolique en annulant le projet de construction de la centrale de Plogoff. Mitterrand et le gouvernement cédaient au lobby nucléaire et maintenaient dans ses grandes lignes le programme électronucléaire dêcidé par leurs prédéces- seurs. Notamment en décidant la poursuite de la construction de Superphénix

Relever le défi

Notre opposition à toute utilisation de l'énergie nucléaire est résolue. Elle se fonde sur la nature des dangers de l'énergie nucléaire et l'inexistence de solutions permettant de résoudre ces dangers. alors qu'il existe d'autres sources d'énergie en quantité suffisante, que ce soient les sources d'énergie classique

(charbon, pétrole, gaz. hydraulique)

dans l'immédiat, ou les sources d'énergie alternative comme le solaire pour demain.

L'accident survenu à Tchernobyl a dramatiquement montré que les conséquences d'un accident nucléaire grave avaient des répercussions à l'échelle de l'Europe entière. La lutte antinucléaire n'a de sens aujourd'hui que menée internationalement de manière à obtenir l'abandon des programmes nucléaires à l'Ouest comme à l'Est. Tel est le sens du rassemblement européen qui se tiendra à Paris le 20 juin dans le pays le plus nucléarisé d'Europe, à l'appel de la plupart des partis écologistes et << verts "

européens, et dont la LCR est partie prenante.

Dans l'immédiat, il s'agira de réclamer:

0 l'abandon immédiat des projets et des constructions en cours de centrales nucléaires ou d'usines liées au cycle du combustible :

0 l'arrêt immédiat de Superphénix et du retraitement du combustible nucléaire usagé à l'usine de La Hague :

0 la publicité absolue de tous les faits.

chiffres, enquêtes concernant l'énergie nucléaire, la démission de tous les responsables. à commencer par Le Pellerin.

des organismes de contrôle qui ont caché la vérité lors du passage du nuage radioactif sur la France. qui allait d'ailleurs être mis en fonctionnement sous le gouvernement Fabius la 14 janvier 1986. à 09 h 03. date noire pour tous les antinucléaires et écologistes.

Le Parti communiste n'a jamais laissé planer l'ambiguïté. Il s'est toujours déclaré favorable au développement de l'énergie nucléaire. Chacun se rappelle le dessin de Wolinsky dans 1 'Humanité, un jour avant la manifestation de Malville. représentant un écologiste une bougie à la main. Après les récents accidents de Superphénix et de Pierrelatte. et à l'occasion du premier anniversaire de l'accident de Tchernobyl. l'Humanité du 24 avril consacrait six pages à la question du nucléaire civil dans lesquelles on pouvait notamment lire : << Par la meilleure utilisation que les surgénérateursfimt de l'uranium par rapport au\' réacteurs à eau pressurisée. ils pel/l'eni conduire â terme notre J1Cl_l'S l'ers une indépendance énergétique qui sera preneuse dans 1 'aren ir. ( ... ) /.a France mec SIIJJerphénix est auiourd'/111i le leader mondial de celle technologie et du retraitement des comhustihln irmdiés. Comme toute.\ les tecl111olngies de pointe. elle induit des rewmhà•s nllllliples dans de nombreu.\· domaines de la recherche et de l'industrie qui .wnt de.1 facteurs de compétitiritc;_ L ·e.Ypàience acnlllllllée. la maÎtrise des c;quipe.1 constituées au cours des trente tlllnc;c,_\ de trcn·ail sont riches de potentialite;_, _/illllres. Le râle d'emrainement de ce secteur l'ers l'amont et !'tmd industrii!l1 est source d'emploi.\ et de qua li/ica 1 ion de salariés. ( .. . ) L 'importtllln' de la rc;ussite éc·onom Ù/ ue du nucléai re. 1101 re• par.1· la doit â la continuité de son e[/ill'l .\DIIh'/111 par lille rolontc; politique de doter la France de n• trpe d (;nergie. I.e CD1. f'E DF et l'industrie ont c;lc; f'âc;nlc'nl décisif' de celle réussi le. "

On croit rêver! On trouve d'habitude ce genre de professions de foi dans les publications de propagande d'EDF. dans 1 'E.Yptlll.lion ou la Vie f iwl('aiw. En fait. il s'agit d'une arologie de la productivité capitaliste et de la roi itique menée par la bourgeoisie française en ce domaine depuis bientôt maintenant vingt-cinq ans. Outre le f~tit que le nucléaire ne crée pas plus d'emplois que les énergies classiques. et surtout que les énergies alternatives qu'on rourrait développer. l'idée selon laquelle le développement de l'énergie nucléaire rourrait participer ù la resolution de la crise économique est extrêment rernicieuse. Curieusement. ces thèses entrent en concordance avec celles des économistes bourgeois qui tentent de f~tire croire que la crise économique serait avant tout une conséquence de la crise energetique. De même. la priorité fixée a l'indépendance énergétique nationale est une absurdité rour ceux qui se réclament du socialisme et de l'internationalisme. La résolution des problèmes énergétiques. avec toutes leurs consequences économiques et écologiques. du point de vue non pas de la logique capitaliste mais de celui de la satisf~tction des besoins fondamentaux. rasse justement par une rupture avec la logique imposée depuis plus d'un siècle par les grands groupes capitalistes qui. en matière énergétique. ont impose leurs choix à l'humanité entière.

Léonce Aguine

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