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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

ENTRETIEN

Vivre ou survivre à 60 ans

· Critique communiste, n° 67, octobre 1987 · p. 23-25 · 1 986 mots

Que de projets ne sont pas faits en rêvant à la retraite. Le temps libéré où l'on pourra enfin faire ce qui n'était pas possible dans la précipitation du travail aliéné. Las ! Les choses sont quelquefois moins roses à l'arrivée quand le pouvoir d'achat chute de 30 à 50%. La pension est pourtant une sécurité qui signe aussi un état de société. Son montant est très souvent insuffisant, (faut-il rappeler que les primes tant décriées des fonctionnaires ne sont pas intégrées dans la base du calcul des retraites), et répercute en les amplifiant les inégalités du marché du travail, puisque le montant de la retraite dépend du nombre de trimestres cotisés, mais aussi du montant des salaires des 10 meilleures années pour les salariés de l'industrie et du commerce.

Le monde du travail s'est battu pour améliorer ses retraites. Le CNPF, minoritaire jusqu'en 1967 dans les conseils d'administration de la Sécurité sociale et voulant limiter le rôle de celle-ci, a toujours refusé d'augmenter les pensions servies par la Sécu. Mais il a laissé mettre en place des caisses de retraite complémentaire (avec des cotisations variables avec part patronale et part ouvrière) par branche, par entreprise avec une gestion paritaire. Le mouvement fut assez fort pour que la généralisation de la retraite complémentaire fut rendue obligatoire par la loi du 29 décembre 1972.

Aujourd'hui, le patronat a fait avancer la retraite par capitalisation avec le Plan épargne retraite. Les attaques les plus violentes à venir se feront sur plusieurs plans : l'abrogation de la clause des dix meilleures années de salaires comme base de calcul de la retraite, au profit(!) du salaire moyen de la carrière. Avec la durée moyenne du chômage, les statuts précaires multipliés, les temps partiels, bonjour la misère !_ La rumeur laisse entendre que cette mesure est acquise au ministère-et qu'elle attend ... l'après présidentielle ; l'incitation au départ à la retraite après soixante ans ; la révision en baisse des pensions de reversion ; la désindexation des pensions par rapport aux salaires. Avant 1983, les pensions étaient indexées sur l'évolution moyenne des salaires annuels. Depuis 1983, elles évoluent à priori, en fonction de l'évolution des salaires et des prix prévue par le gouvernement pour l'année à vetù (merci la gauche !). Le Monde du 14 mai 1985 constatait que <<ce modèle de calcul a fait gagner plusieurs millions à la Sécurité sociale, mais a été beaucoup moins favorable aux retraités que l'ancien)). Le CNPF réclame la fin de toute indexation.

Non seulement le mouvement ouvrier devrait combattre avec la dernière énergie de tels projets rétrogrades, mais encore se battre pour l'amélioration de ce qui est. Comment tolérer que du jour au lendemain des centaines de milliers de gens soient réduits à la misère ? Il est inconcevable aujourd'hui d'accepter que des gens, retraités ou chômeurs, puissent gagner moins que le SMIC, qu'en pensent les retraités

Pour le savoir, nous avons rencontré dans une permanence de quartier un militant syndicaliste retraité.

A. N.

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+Critique communiste- Aujourd'hui le gouvernement et le CNPF veulent s'en prendre aux régimes de retraite, pourrais-tu situer le problème pour nos lecteurs qui, souvent, le trouvent complexe ? André R. - Le gouvernement actuel, dont les plus beaux fleurons sont Chirac et Barre, n'a jamais caché sa doctrine libérale et sa volonté de détruire tout ce qui de près ou de loin s'apparente au socialisme. La Sécurité sociale, les régimes de retraite par répartition sont l'œuvre de la gauche politique, mais plus encore le résultat des luttes ouvrières qui ont imposé à l'Etat et au patronat leur réalisation.

Fidèle à sa logique, le gouvernement tente de torpiller, par le biais de la capitalisation, des régimes sociaux d'inspiration socialiste et populaire. Cette politique est dans le droit fil de la privatisation. + Quel est l'éventail des pensions réellement versées ? A. R. - L'éventail est très large et difficile à présenter en chiffres. Une chose est certaine, le passage à la retraite est un coup financièrement très dur pour les travailleurs et qui accentue les inégalités déjà existantes dans les salaires. Ne parlons pas du maximum, qui est le fait d'une minorité privilégiée, mais regardons au bas de l'échelle, ce qui constitue le réel problème.

Une masse de travailleurs a été employée pendant trente-cinq, quarante ans et parfois plus pour des salaires qui très souvent n'atteignaient même pas le taux du SMIC. D'autres ont été abusés par des patrons sans scrupules, dont les déclarations à la Sécu (quand elles étaient faites!) ne reflétaient que le minimum indispensable.

Ces travailleurs-là, à moins d 'avoir au moins cent cinquante trimestres de cotisation touchent une retraite mensuelle d 'environ 2 500 F; à laquelle s'ajoute une retraite complémentaire de taux inégal , mais dont l'ensemble, retraite et complémentaire, tourne autour de 3 200, 3 400 F.

Comment ces travailleurs, qui rappelons-le ont donné à la collectivité trente-cinq ans et plus de leur vie active, peuvent vivre en 1987 avec un pareil revenu ? Et il est clair que les difficultés des petits retraités ne sont pas derrière nous, mais bel et bien devant nous. L 'avenir même de ce minimum vital est aujourd 'hui menacé. + Où en sommes-nous des problèmes des retraites complémentaires ? A. Les retraites complémentaires sont menacées au même titre que la Sécu. L'aggravation du chômage, et par répercussion la baisse constante des cotisations, diminue les ressources tandis que le nombre des ayants droit augmente. Là encore la logique libérale condamne à terme les caisses de retraite complémentaire à augmenter les cotisations et à diminuer pensions et prestations. + Quelles sont les revendications des syndicats sur ce problème? A. R. - Les revendications sont diverses selon les centrales. Mais le gros problème est qu'elles sont formulées en ordre dispersé. Le drame ·c 'est la division syndicale soigneusement entretenue par les états-majors. Tous les syndicalistes ouvriers rejettent le système de retraite par capitalisation qui serait un grave recul de la notion de solidarité, mais ils s'avèrent incapables de mettre sur pied un projet commun face au gouvernement et au patronat.

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+Y a-t-il des problèmes particuliers pour les femmes ? A. R. - Oui, particulièrement pour les veuves et les femmes seules. Celles qui sont rattachées à leur conjoint cotisant ont droit à une pension de reversion qui tourne autour de 52 % de celle parue par l'allocataire principal.

Mais, en réalité, les femmes bien plus que les hommes se trouvent souvent avec une carrière bien inférieure aux cent cinquante trimestres exigés pour une pension complète. Dans certaines professions, entre autre celles des services, les salaires sont inférieurs au SMIC. La situation de ces travailleuses devient dramatique à l'heure de la retraite. +Quels sont les problèmes qui préoccupent le plus les retraités actuellement? A. R. - L'insécurité des retraités est multiple mais la grosse préoccupation actuelle est celle du logement, au moins à Paris. La plupart des travailleurs retraités de Paris habitent la capitale dans des immeubles anciens, garantis par la loi Quillot. Or, cette loi vient d'être ·singulièrement remise en cause par la loi Méhaignerie qui supprime une bonne partie des garanties assurées précédemment.

D 'autre part, le plan d'urbanisation de la ville de Paris comprend la démolition massive des immeubles anciens ... Que vont devenir les retraités modestes habitant ces immeuble<; ? Le relogement sur place ? Il n'y faut pas songer ! Les loyers exigés sont de loin incompatibles avec les ressources des expulsés. Ajoutons que ce n'est pas là un hasard, mais une volonté délibérée de bouter hors de Paris des travailleurs retraités dont le vote ne semble pas favorable au « dictateur maire » de Paris. + Quelles sont vos revendications ? A. R. - Elles sont simples. D'abord une retraite qui, après trente-cinq ans passés au travail au service de la communauté, permette aux travailleurs retraités de ne pas devenir des mendiants, des assistés d'une société qui les a exploités toute leur vie. Une sécurité sociale qui tienne les promesses de ses fondateurs et qui garantisse à 80% maladie et retraite.

Nous estimons que c'est là un droit, un droit acquis par nos cotisations, ce fameux salaire différé dont les patrons nous ont rebattu les oreilles pendant toute notre vie active et qui, le plus souvent, a servi de prétexte au refus d'augmenter les salaires. Enfin, pour ceux que la solitude ou la nécessité économique obligent à recourir à un foyer-logement ou une maison de retraite, des loyers et prix de journée qui correspondent aux ressources dont ils disposent. Il est bien évident qu'il n'y a là qu'une ébauche de nos revendications. Le sujet, à lui seul, nécessiterait un débat que nous ne pouvons épuiser en quelques phrases. + Que peut-on faire pour empêcher les mauvais coups du gouvernement, que souhaitez-vous comme mobilisation des retraités ? A. R.- La mobilisation des retraités pose le problème d'un front unique au-delà des divisions syndicales. Les militants doivent là encore et comme toujours être aux avant-postes de l'action revendicative. Malheureusement la division est un fait et je ne pense pas que ce soit une table ronde Krasucki, Maire, Bergeron qui nous apporte cette arme indispensable qu'est l'unité dans l'action. Mais ce que ne peuvent ni ne veulent faire les états-majors syndicaux, les travailleurs retraités de la base ne peuvent-ils le réaliser? A notre avis c'est ça ou l'échec. Car le gouvernement, nous savons ce qu'il est et ce qu'il veut. C'est donc lui que nous devons battre. Le combat, s'il est syndical, est aussi politique. C'est peut-être regrettable mais c'est comme ça.

La plupart d'entre nous ont été fortement déçus par le gouvernement de gauche et nous savons, hélas, que nous risquons pour demain la même déception. Mais un fait est certain. Si nous ne savons pas ce que fera la gauche demain, nous savons très bien ce que fait et fera la droite. Notre devoir est donc tout tracé. Mais n'oublions jamais que c'est seulement de la base profonde du monde du travail que peut surgir une société plus juste et plus humaine.

Propos recueillis par Alain N azier

Sos-Sécu

APPEL de médecins hospitaliers et privés, de mutualistes, de retraités et de militants syndicaux

La Sécurité sociale est en danger. Le droit aux soins et à la santé est menacé. << Les Français devront choisir entre les médicaments et la viande >> , a déclaré le ministre Séguin.

Les récents décrets vont tous dans le même sens : réduction des remboursements. suppression des prestations. multiplication des contrôles tâtillons. Les grands malades, auparavant remboursés à 100 %. les personnes âgées qui bénéficiaient d'une prise en chage correcte de leurs .soins. sont les premiers touchés. Le forfait hospitalier ne cesse d'augmenter. et il menace d'être doublé en psychiatrie.

C'est de la destruction de l'ensemble du système de protection sociale dont il s'agit. comme le souhaite le patronat La protection privée complémentaire devient un marché lucratif pour les compagnies d 'assurances et se développe sur le dos des malades.

Il faut porter un coup d'arrêt à ces mesures. D'ores et déjà, la CGT. la CFDT. FO. la FEN, les mutuelles de salariés ont exprimé leur désaccord. Des centaines de milliers de personnes ont. à l'appel de la CGT. manifesté le 22 mars leur volonté de défendre la Sécu. De nombreux médecins s'insurgent contre la limitation des soins.

Les conditions existent donc pour qu'un vaste mouvement uni et résolu s'engage pour le retrait total des mesures Séguin, le maintien et l'extension de la protection sociale.

Tous ceux et toutes celles qui veulent défendre la Sécu, l'égalité de tous devant la santé, la retraite - en premier lieu les syndicats ouvriers CGT, CFDT. FO. FEN. les mutuelles de salariés, les professions de santé - doivent se retrouver au-delà de leurs différences pour organiser ensemble une immense mobilisation unitaire qui imposera au gouvernement Chirac le retrait du plan Séguin. Pour tout renseignement : Dr Christian Bensimon, 2, rue des Aulnes, 93200 Saint-Denis. Tél.: 48.23. 53.25.

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