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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Brève histoire du groupe Thomson

Critique communiste, n° 69, décembre 1987 · p. 21 · 763 mots

Il était une fois ... C'est ainsi que pourrait débuter 1 'histoire du groupe Thomson si elle n'était d 'abord celle de l'exploitation de générations de travailleurs et d'une accumulation de capitaux provenant bien souvent des profits de la guerre : ceux des marchands de canons.

C'est en 1893 qu'est créée par des industriels français, avec une participation américaine qui ne disparaîtra qu'en 1952 (vente de ses parts de 18 % dans Thomson par. .. General-Electric) , une société visant à exploiter les brevets des physiciens américains Elihu Thomson et Edwin Houston, cette société prendra le nom de C ompagnie française Thomson Houston (CFTH). EUe déploiera son activité dans les domaines de l'éclairage et de la traction électrique (matériel ferroviaire, tramways) .

Dés le début des années vingt s'ouvre l'ère de la diversification des applications , professionnelles ou grand public, de l'électricité. Ainsi, en 1928 , la CFTH pénètre le domaine de la radio grand public (et bientôt de la télévision) par le rachat de la société Ducretet. En 1929 est créée une filiale commune à la Société alsacienne de construction mécanique et à la CFTH, l'Alsthom (célèbre dans les années quatre-vingt pour la construction du TGV) , spécialisée dans 1 'électrotechnique.

Entrée dans le marché de la transformation du cuivre et de la tréfilerie en 1934, dans la radio professionnelle en 1936, rachat de la Compagnie générale de radiologie en 1938 , la CFTH connaît pendant ces années une croissance régulière et une diversification constante. Elle compte sept mille salariés en 1945 .

C 'est en 1965 qu 'intervient la fusion entre la CFTH et le groupe Hotschkiss-Brandt qui donnera sa « véritable identité " au groupe Thomson.

1965, année de la réélection de De Gaulle à la présidence de la République, est la septième année d 'existence de la y e République et de l'Etat fort. Les années cinquante, soixante et soixante-dix seront celles d'une intense concentration capitaliste dont la plupart des grands groupes français tirent leur origine. Thomson n 'échappe pas à la règle. C'est ainsi que la moyenne annuelle des fusions d'entreprises a été de dix-huit de 1900 à 1945 , de quatre-vingt-cinq de 19 50 à 1960 et de cent quatre-vingt-cinq de 1960 à 1970. A elles seules, les industries électromécaniques représentent 15 % du total.

Ces opérations de concentrations industrielles s'accompagnent d'un intense développement du capital financier qui contrôle ces opérations et opère les partages de marché ainsi que les rectifications d'activité des différents groupes. Les deux principaux groupes financiers français, en voie de reconstitution à l'heure des privatisations Balladur, pèsent de tout leur poids dans les restructurations de l'industrie électrique. Le premier, Paribas, qui contrôle le groupe Thomson ; le second, Suez, qui contrôle la CGE.

Enfin joue un rôle décisif dans l'essor des industries électriques le développement des marchés d'Etat : électronique de défense, téléphonie, Plan calcul , bombe atomique française. L 'Etat aura un rôle clé dans le développement de ces groupes et dans les restructurations qui l'accompagnent.

Le groupe Hotschkiss-Brandt qui fusionne en 1965 avec la CFTH est composite ; il couvre aussi bien les marchés de l'électroménager (Brandt) que de l'armement (Brandt et Hotschkiss).

Le groupe Thomson-Brandt ainsi créé compte, en 1965, trente mille salariés. Mais il ne prendra sa physionomie véritable que par l'absorption , en 1968 , de la Compagnie générale de télégraphie sans fil (CSF) , Paribas qui possède une participation importante dans CSF s'assurant ainsi un contrôle déterminant du groupe Thomson .

C 'est une position prédominante sur les marchés de l'électronique professionnelle (émetteurs radio et télé, radars , électronique de défense , tubes et composants électronique ... ) qu 'acquiert le groupe Thomson-Brandt en créant sa filiale Thomson-CSF en 1969.

1969: le « Yalta de l'électronique ,, , accord de partage des marchés entre Thomson-Brandt et CGE, sous la houlette des financiers Paribas et Suez. A la CGE reviennent les télécommunications et l'électrotechnique (de ce fait l'Alsthom devient filiale CGE). A Thomson , l'électronique professionnelle, l'informatique (c'est à ce titre que Thomson récupérera en 1974 les « débris " de l'échec du Plan calcul) et le marché grand public (électroménager et télévision) .

1984 : second « Yalta " où, après avoir pénétré derechef le marché des télécommunications par le rachat de LMT et Ericsson France en 1976 , Thomson cède toute cette activité à la CGE qui devient ainsi détentrice de 80 % du marché français de la commutation publique. Par cet accord, Thomson achève son quasi-monopole du marché français grand public et de l'électronique professionnelle (reprise de Cepem et Sintra).

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