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Entretien avec deux dirigeants du VSP

· Critique communiste, n° 70, janvier 1988 · p. 14-19 · 3 430 mots

Après son congrès de Wuppertal

Entretien avec deux dirigeants du VSP

Le congrès du VSP (Parti socialiste unifié), organisation au sein de laquelle militent nos camarades de la IVe Internationale en RFA, s'est tenu les 28 et 29 novembre dernier à Wuppertal, ville natale de

Friedrich Engels ... à qui la municipalité n'a pas jugé bon de dédier la moindre statue.

Cent vingt délégués, réunis à l'auberge de jeunesse, représentaient les membres de l'organisation. Plusieurs délégations venues de RFA et d'ailleurs assistaient aux débats. Des militants du BWK (Fédération de communistes d'Allemagne de l'Ouest), organisation avec laquelle le VSP entretient des liens suivis, une délégation de camarades sympathisants de la IVe Internationale qui ont refusé la fusion avec le KPD et la constitution du VSP, préférant adhérer au parti des

Grünen, des membres de Lutte ouvrière, des représentants du secrétariat unifié de la IVe Internationale et de ses sections française, hollandaise, autrichienne ...

Après une séance de bilans et de compte rendu des mandats, les principaux débats d'orientation concernaient l'adoption d'une plateforme pour l'émancipation des femmes, des résolutions sur l'emploi et contre le chômage, les bases d'une campagne contre le développement de la " nouvelle droite » et des groupes néo-nazis.

La démarche de construction d'un parti et les perspectives de rapprochement avec le BWK, proposées par le comité central sortant, ont ètè jugées suffisamment importantes pour nécessiter la tenue d'une deuxième session qui se déroulera en février.

Un an après la fusion des deux courants qui ont constitué le VSP, il nous a paru intéressant de faire le point avec deux camarades membres de la direction de l'organisation, Horst-Dieter, qui vient du

KPD, et Manuel, militant de l'ex-GIM.

Critique communiste - Le VSP est Je

La fusion posait évidemment beauproduit de deux organisations, le GJM, coup de problèmes techniques et organisasection de la Jv• Internationale, et Je tionnels. Construire un nouvel appareil au

KPD, organisation qui faisait à l'origine niveau central, par exemple. Mais nous partie du courant maoïste. Quel est l'état avons travaillé ensemble et je pense que le de santé de la nouvelle organisation ?

bilan est bon.

Horst-Dieter (ex-KPD) -Je pense que le

Manuel (ex-GIM) - Pour moi aussi le parti est relativement en bonne santé. Il est bilan est positif. Surtout parce que nous même difficile d'utiliser toutes les ressouravons construit une organisation qui n'est ces qui ont été créées par la fusion des pas simplement l'addition des deux coudeux organisations. La réalité sociale prérants précédents. Les sujets en débat ausente dans le VSP est supérieure à celle qui jourd'hui, les controverses dans le parti ne existait auparavant dans les deux groupes recoupent pas les frontières précédentes.

séparés.

Les divergences se sont diversifiées.

D'un autre côté, naturellement, l'unifi-

Je vois deux problèmes importants à cation a détruit quelques éléments de signaler. Le premier est que nous n'avons l'identité politique propre à chaque organipas encore su intervenir efficacement dans sation. Elle a effacé des particularités qui, les débats des grandes forces politiques.

auparavant, n'étaient pas contestées à l'in-

Les Grünen par exemple, mais également térieur des deux partis. Le résultat est selon la social-démocratie ou le Parti commumoi une progression pour tout le monde.

niste. Je crois que c'est à cela que nous

Un progrès politique.

devons travailler dans l'année qui vient.

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Le deuxième est celui de la construction d'un parti. Les conceptions du GIM et celles du KPD avant la fusion étaient certainement erronées sur de nombreux points. L'ex-KPD avait une conception du parti très homogène, monolithique. A présent, le balancier repart plutôt de l'autre côté pour les camarades. Le GIM, lui, avait des projets terriblement sophistiqués qui ne collaient pas à la réalité subjective d'un petit groupe.

Mais nous n'avons pas élaboré de nouvelles méthodes. C'est une faiblesse. Une discussion commence, elle est très difficile parce que nous avons l'impression de nous être déjà brûlé les doigts. Mais c'est un débat qu'il nous faut entamer et mener à bien. + En écoutant les interventions de ce premier jour de congrès, on a Je sentiment que la discussion sur Je bilan se combine déjà avec de nouveaux projets. Vous discutez d'une unification éventuelle avec Je BWK, organisation avec laquelle vous avez des points communs, mais aussi, semble-t-il, beaucoup de divergences. Le bilan de la fusion des deux organisations précédentes alimenterait-il déjà la perspective d'un nouveau dépassement ? .M. - Je vais être forcément sommaire puisque ces questions sont au cœur de nos débats actuels. Il est indispensable, je crois, de tout faire pour voir si l'unité est possible avec le BWK. Sur une base programmatique et des conceptions claires. Nous avons déjà des pratiques unitaires avec cette organisation, sur les terrains antifasciste et anti-impérialiste par exemple.

Certes, l'unification avec le BWK impliquerait un changement de cette organisation aujourd'hui très propagandiste. La nouvelle organisation issue des deux précédentes serait plus forte. Mais il serait erroné de croire que cette démarche résoudrait nos problèmes quant aux méthodes de construction d'un parti. Cela ne constituerait toujours pas une ligne de conduite. Nous nous retrouverions avec les mêmes questions posées dans une organisation plus large.

H.-D. -La question "comment construire le parti " est pour moi un peu abstraite. On ne peut pas séparer ce problème des conditions politiques générales. On peut parler en Allemagne d'une crise de la gauche révolutionnaire. Et l'on peut relier cette crise au problème des Grünen. Ceux-ci ont regroupé beaucoup de gens de gauche, que les organisations révolutionnaires n'étaient pas capables de maintenir sous leur influence. Celles-ci ont perdu, du même coup, une part importante de leur impact. D'où leur crise.

Nous sommes maintenant dans une période où nous faisons le bilan de cet échec, de cette défaite. Le KPD l'a fait , le GIM l'a fait. On ne peut d'ailleurs pas séparer leur unification de cette expérience. La discussion a été ouverte sur ces questions dans toutes les organisations révolutionnaires.

Trouver la réponse à la question " comment construire un parti " nécessite la définition des bases programmatiques indispensables et implique aussi de mener à bien le débat sur la stratégie politique. De ce point de vue, je pense que le VSP et les socialistes révolutionnaires en général doivent conquérir une influence aussi bien dans le regroupement des Grünen que dans la gauche syndicale et auprès des travailleurs sociaux-démocrates radicalisés.

Cela nécessitera la construction par les socialistes révolutionnaires d'un parti d'un nouveau type, par comparaison avec les " partis-noyaux " des années soixante-dix. Celui-ci devra être capable d'être très proche de la réalité, d'avoir de profondes racines dans la société. Les processus de fusion sont donc un élément nécessaire et indispensable d'une réponse d'ensemble.

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Nous avons enfin la responsabilité de donner à beaucoup de militants et ex-militants de la gauche révolutionnaire des perspectives de rassemblement, de construction d'une force politique, qui permettent d'enrayer la démoralisation. + Ces réflexions sur les rapprochements entre groupes politiques longtemps séparés en RFA ne sont-elles pas un bilan implicite de vingt ans d'existence, de polémiques, de confrontations acharnées des révolutionnaires ? N'est-ce-pas la recherche d'un meilleur enracinement social, pour la construction d'une force révolutionnaire contre la bourgeoisie et contre une social-démocratie hégémonique? Ce problème n'est pas propre à J'Allemagne de l'Ouest. Mais ce qui est spécifique chez vous, c'est le poids politique et numérique des Grünen, la place qu'occupe la critique écologique dans la contestation de la société en général. Or, ce qui rn 'a frappé dans le débat ce matin, c'est que, à l'exception de quelques interventions, les Grünen sont absents de vos débats. M. - Non, je ne crois pas . Mais il y a là effectivement un problème. Nous l'avons dit dans les deux introductions à la discussion : nous n'avons guère avancé sur cette question. Pour deux raisons je crois.

D'abord parce que les révolutionnaires en RFA se sont mis sur leurs gardes, repliés en défensive en quelque sorte, à l'égard des gros succès électoraux remportés par les Grünen. La fusion entre le GlM et le KPD résultait aussi, il est vrai, d'une volonté défensive, de sauvegarde de notre identité programmatique, antiparlementaire, anticapitaliste, révolutionnaire en général, contre ce grand mouvement qui recouvrait d'une part une radicalisation nouvelle sur des bases très larges, très floues et, d'autre part, un déplacement d'une grande partie de la génération de l'après 68 vers la droite.

La seconde raison est que les socialistes révolutionnaires, militants du VSP, ont des difficultés à se situer positivement dans les débats qui séparent les différentes fractions au sein des Grünen. Nous n'avons pas encore trouvé une voie qui permette à la fois de défendre les " gens de gauche " quand quelqu'un comme Otto Schilly, porte-parole de la fraction parlementaire, les attaque et qui, en même temps, établisse le dialogue politique avec les Grünen.

Cela est d'autant plus important que la crise des Grünen, dont on parle très peu à l'étranger, est profonde. Il y a maintenant, pour la première fois, un vrai danger de scission. Et nous savons très bien qu'une telle scission n'apportera rien de bon s'il n'y a pas à l'extérieur un pôle tant soit peu crédible pour discuter avec les gens de gauche qui sont aujourd'hui dans les Grünen.

Voilà, en quelque sorte, le résumé de la contradiction dans laquelle nous sommes pris. Nous avons vu une dizaine de groupes révolutionnaires qui sont allés dans les Grünen et qui, en tant que révolutionnaires, y ont perdu leur identité. Mais, d'autre part, nous savons très bien que nous ne pouvons pas rester à l'extérieur de ce débat.

Plusieurs camarades ont expliqué au congrès qu'il faut commencer à élaborer sur cette question. C'est le signe que nous avons fait un progrès. H.-0. - Il faut, naturellement, défendre le courant gauche dans les Grünen contre la droite. Mais le problème est très compliqué parce que, si les divergences sont profondes, les discussions ne sont pas principielles. Il y a peut être un changement en cours. Mais les pressions qui s'exercent sur la gauche dans les Grünen sont si fortes qu'elle cherche une position de défense, tactique.

Au départ, l'impression générale donnée par les Grünen était celle d'un rassemblement progressiste. Pas marxiste, mais progressiste. Aujourd'hui, avec le temps qui passe, la question est un peu différente, parce qu'il y a des différenciations. Il y a aujourd'hui un courant plus progressiste que la social-démocratie et un courant adapté au système parlementaire bourgeois. Les conditions sont donc différentes de celles qui existaient il y a trois ans. Il devient plus facile de soutenir des positions révolutionnaires et socialistes, vis-à-vis de la gauche des Grünen, vue l'évolution conformiste des porte-parole les plus connus de la fraction parlementaire.

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Manifestation pour les trente-cinq heures (tiré du bulletin de l'tG Meta li).

+L'autre ensemble, vis-à-vis duquel vous devez vous définir, et qui n'a pratiquement pas de liens avec Je précédent, c'est le mouvement ouvrier dominé par la social-démocratie, dans Je syndicat, le DGB, comme dans Je parti, le SPD. Plus largement, il s'agit de votre implantation, de votre influence dans les entreprises, les organisations syndicales. Comment posez-vous ce problème aujourd'hui, quelles sont vos perspectives de travail? L'échec des mouvements de grèves que vous attendiez J'an dernier dans la métallurgie autour de la revendication des trente-cinq heures a-t-il des conséquences graves pour votre activité ? La campagne contre la réunion du FMI qui se tiendra en RFA en 1988 et dont vous débattez à votre congrès vous paraît-elle être un moyen de vous adresser aux travailleurs qui vont subir la récession qu'annonce Je krach financier ? M.. - Le principal enseignement que nous devons tirer de la lutte pour les trente-cinq heures en 1987 est le suivant_ Depuis 1977, il y avait une différenciation dans la bureaucratie syndicale, à laquelle nous pouvions nous référer, autour de l'lG Metall (métallurgie) et de l'lG Druck und Papier (imprimerie). Cela est devenu beaucoup plus difficile aujourd'hui. Après juin 1987, parler d'une aile de l'appareil prête à se battre face à une autre qui ne l'est pas serait beaucoup trop simplificateur.

Restent les grandes entreprises, les secteurs où les militants du VSP ont une certaine influence. Il existe par exemple une coordination dans l'acier où nos camarades militent avec d'autres gens de gauche, très influents eux aussi dans leurs entreprises en raison de leurs responsabilités de délégués.

Nous avons une chance de pouvoir regrouper dans les mois et années qui viennent des syndicalistes de gauche, surtout des militants sociaux-démocrates de base, des délégués syndicaux actifs, qui commencent à élaborer une ligne syndicale lutte de classe contre la politique dite des " partenaires sociaux ".

Cette influence n'est cependant pas assez forte actuellement pour changer la stratégie de l'lG Metall 1 qui se résume à faire des journées d'actions, des manifestations, mais n'organise pas la lutte à fond contre les licenciements massifs, sauf pression massive de la base. H.-D. - Il est possible de former un couc rant gauche dans les syndicats. Ce n'est pas une force qui doit être construite en se limitant à des question strictement économiques. Il faut combiner dans ·notre pratique la critique anticapitaliste des résultats de la crise, licenciements, chômage, avec la critique écologiste, féministe. Il est possible de réaliser cette combinaison. Il est possible de regrouper un courant gauche dans les syndicats qui puisse exercer une attraction vis-à -vis des Grünen et des nouveaux mouvement sociaux.

Cette combinaison est importante dans notre stratégie politique, même si elle essaie seulement de systématiser les relations qui existent déjà dans la réalité.

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.M. - La campagne contre la réunion du FMI que tu évoquais dans ta question tout à l'heure n'est pas à notre initiative. Une vraie mobilisation se prépare à partir des mouvements internationalistes, anti-impérialistes, et les dépasse largement. Nous y voyons nous une possibilité de lier la critique anti-impérialiste et anticapitaliste. Le VSP peut jouer un rôle particulier dans ce cadre à l'aide de nos camarades qui travaillent dans les entreprises, puisqu'il existe déjà une activité anti-impérialiste, en direction du Nicaragua par exemple, parmi les jeune syndicalistes.

Il sera possible enfin, je crois, de combiner cette campagne avec les débats autour des conséquences sociales de la récession qui s'annonce à la suite du krach boursier. + Dans les années qui viennent, nous devrions avoir l'occasion de nous rencontrer ... puisque l'horizon de l'Europe en 1992 s'approche, et que visiblement nos deux bourgeoisies ont décidé de se rapprocher, de construire un axe mmtaro-financier franco-allemand dans les années qui viennent. H.-D. - Nous n'avons pas encore discuté beaucoup de ces problèmes. Dans les prochains numéros de notre journal, nous allons publier des articles de camarades qui travaillent dans le mouvement de la paix. Ils montrent l'importance de la relation franco-allemande qui exprime un certain regroupement au sein de l'OTAN. En ce qui concerne l'impérialisme ouest-allemand et les relations, y compris militaires, avec la France, nous devons en général approfondir la critique de la politique extérieure de l'impérialisme de la RF A.

Dans la deuxième partie de cette conférence, nous allons discuter des élections européennes, pour former éventuellement des listes anti-impérialistes. .M. - En principe, nous avions le projet dans ce congrès de discuter des prochaines élections européennes. En fait, nous avons reporté ce point à la conférence qui se tiendra en février. Je pense personnellement qu'il faudrait examiner à cette occasion les relations possibles entre nos organisations. Je parle bien sûr de la LCR, du VSP et d'autres organisations révolutionnaires. Avec les camarades belges du POS (section belge de la IVe Internationale) par exemple, nous avons déjà décidé d'une réunion au niveau de nos directions. Il faut faire la même chose, je crois, avec les camarades français.

Mais, pour être franc, je crains une dérive du débat sur les élections européennes en raison du processus qui est en cours chez vous. Soyons précis. Si une nouvelle force politique, dont les révolutionnaires seraient partie prenante, apparaissait en France à partir d'une différenciation du PCF vers la gauche, ce serait une très bonne chose, un évènement tout à fait positif. Mais, sur le plan de la politique internationale, cela peut mener à des réactions du type : " regardez en Allemagne, qu'y a-t-il chez les révolutionnaires, des petits groupes de cinq cent personnes, cela ne nous intéresse pas du tout. Il vaut mieux travailler avec une formation politi-

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que comme les Grün en ... " Nous risquons donc d'être marginalisés en Europe par les forces mêmes avec lesquelles, par nature, nous devrions être alliés. +Mais, justement, les processus en cours en France actuellement sont très importants parce que c'est toute une histoire du mouvement ouvrier qui est en train de se terminer. // est possible que se constitue un rassemblement qui permette de décupler le rayonnement des propositions des révolutionnaires, à partir des forces qui se libèrent aujourd'hui du PCF, qui sont disposées à travailler avec nous, et avec d'autres aussi bien sûr. Un véritable débat à ce propos vient de s'enclencher dans notre organisation. Il recoupe, au fond, dans des conditions historiques, politiques et sociales tout à fait différentes, celui que vous menez vous mêmes ... Quel parti construire, comment, avec quelles forces, sur quelles bases, pour quoi faire ...

Il est évident qu 'il peut exister un lien entre cette force-/à et la force des Grünen en RFA . Mais il faut aussi considérer que ce lien risque de leur poser problème. Si eux refusent une position politique sur Je terrain de classe en RFA, la force qui peut se créer en France sera en revanche à gauche, enracinée au sein de la classe ouvrière.

Si une alliance se nouait, cela contraindrait sans doute les Grünen à se définir sur ces questions qu'ils refusent d 'aborder aujourd'hui. M. -A moins que cela soit l'inverse ... La nature même du parti des Grünen fait qu'il est très difficile de prédire comment il peut évoluer. Il organise disons quarante mille personnes, dont trente mille sont passives, paient simplement leurs cotisations. Dans les dix mille actifs, six mille sont investis dans ou autour de la fonction représentative, localement, régionalement. Et les directions sont très autonomes les unes par rapport aux autres. La direction, si elle a une position, a néammoins très peu d'influence sur ce qui se passe au Parlement. Les députés au Bundestag auront une autre position, très autonome également, plus à droite. La fraction européenne, quant à elle, a des positions qui n'ont absolument rien à voir avec ce que font les Grün en en RF A.

Diplomatiquement, il est pratique d'avoir des relations avec elle, mais en même temps ceci peut créer le mythe d'une fraction de députés européens écolo-socialistes, qui sont prêts à travailler avec le Sinn-fein, Herri Batasuna ... Mais qui peuvent faire ce qu'ils veulent parce que personne ne se préoccupe, en RF A, de ce qu'ils font ... H.-D. - Les problèmes des Grünen sont liés à leur réalité sociale. C'est un parti de dix mille militants actifs d'un côté, et de quatre millions d'électeurs de l'autre. La droite s'adresse aux électeurs par le biais de la télévision, par exemple. C'est la • méthode des entretiens télévisés •. Pour développer leur stratégie, les Grünen doivent en effet maintenir leur potentiel électoral. Mais il est évident que les Grünen de gauche ne peuvent pas, par conséquent, revendiquer les votes de leurs électeurs comme étant " de gauche ". Beaucoup d'entre eux sont simplement écœurés par les crapuleries habituelles de la politique • institutionnelle" · Mais dès que l'on aborde des questions telle que pour ou contre l'OTAN, la position des électeurs des Grünen n'a rien d'évident.

Mais la démocratie dans ce parti est ainsi faite. Il y a d'un côté le congrès, avec beaucoup de décisions qui sont progressistes, et la réalité de l'autre côté. La politique de la fraction dans le Parlement n'est pas le résultat des décisions de congrès mais le produit des discours à la télévision. La pression s'accroît, en retour, sur la gauche des Grün en en RF A, pression renforcée consciemment par les politiciens bourgeois.

Dans cette situation, le fait que la fraction européenne ait des contacts avec Sinn Fein par exemple n'aura pas d'effet sur le développement politique des Grünen ici. C'est une chose marginale. +Disons, pour conclure, très provisoirement, que la constitution d'un courant révolutionnaire de masse à J'échelle de J'Europe, la délimitation de ses composantes et de ses 11 frontières 11 nécessiteront évidemment un sérieux débat ...

Propos recueillis par Michel Morel

Sigles

VSP : parti socialiste unifié.

KPD : Parti communiste d'Allemagne. Ne pas confondre avec le Parti communiste allemand (DKP, stalinien).

GIM : Groupe marxiste internationaliste (section de la IV" Internationale en RFA).

BWK : Fédération des communistes d'Allemagne de l'Ouest, organisation d'extrême gauche.

SPD : parti socialiste d'Allemagne.

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