La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

XXVIe CONGRÈS DU PCF

Un congrès, trois questions

· Critique communiste, n° 70, janvier 1988 · p. 9-13 · 3 568 mots

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XXVIe Congrès du PCF

E xxv• Congrès de février 1985 avait été un congrès animé. Qu'allait-il en être, début décembre 1987, du XXVI•? Une scission toute fraîche, un candidat ancien porte-parole dudit PCF se présentant alternativement à André Lajoinie, un débat sur la situation née de l'hiver 1986 et de ses luttes : tout se présentait richement pour des assises nationales passionnées. C'était ne pas compter avec le grand éteignoir que représente la sélection des délégations et la manière dont la direction pratique l'art de l'esquive. Le XXVI• Congrès fut celui des occultations successives. Manière de ne traiter aucun, strictement aucun, des problèmes brûlants ... 1. Le PCF a-t-il été au gouvernement ?

Le rapport du secrétaire général du PCF le réaffirmait au XXVI• Congrès, " le PCF est un parti de gouvernement"· Cette identité, une constante des trois dernières décennies, amène quelques interrogations peu apaisées par le résultat final du congrès. Au XXIV• Congrès de février 1982, le même porte-parole du PCF lançait : "à chaque communiste de parler et d'agir en tant que membre d'un parti de gouvernement"· La phase de l'époque fut celle des travaux pratiques, le PCF figurant dans les gouvernements Mauroy avec quatre ministres. Précisément, ces années s'effacent soigneusement de l'histoire officielle, jusque dans le détail puisque la liste indiquant la composition du bureau du congrès contenait les qualités de chacun de ses membres, mais pas celle d'" ancien ministre"· Que doit oublier l'adhérent ou l'électeur du PCF ? Certainement la ligne réelle du PCF, dont la constante existe au travers des zigzags.

En effet, chaque congrès depuis la Ubération, se réfère à l'interview de Maurice Thorez au Times de Londres le 17 novembre 1946. Ayant réalisé son meilleur score historique aux législatives, le secrétaire général prenait alors appui sur trois valeurs sûres, portées comme des acquis intouchables par le PCF. D'abord, déclarait Maurice Thorez, à l'époque vice-président du conseil et, à ce titre, membre d'un gouvernement de cohabitation avec De Gaulle, " nous avons répété expressément au cours de notre campagne électorale que nous ne demandions pas au peuple le mandat d 'appliquer un programme strictement communiste, c'est-à-dire reposant sur une transformation radicale du régime actuel de la propriété et des rapports d e production qui en découlent. Nous avons préconisé un programme démocratique et de reconstruction nationale acceptable par tous les républicains ... " François Billaux, dans l'opuscule intitulé Quand nous étions ministres (Editions sociales, 1972), reproduit l'intégralité de cette interview, à nouveau mentionnée dans le préambule de la résolution du XXVI• Congrès. La seconde idée était livrée comme suit : " Les progrès de la démocratie à travers le monde (. . .) permettent d'envisager pour la marche du socialisme d'autres chemins que celui suivi par les communistes russes. " Bien avant le XXII" Congrès de 1976, la dictature du prolétariat première du nom se trouvait abandonnée, sur l'autel d'une voie nationale qui ne passait pas par un programme communiste, même pour un PCF au faîte de sa gloire (28,30 % des suffrages en novembre 1946, record absolu). Enfin, et l'on comprend pourquoi l'entretien accordé au Times pèse de quelque poids dans l'histoire du PCF, Maurice Thorez affirmait : " L'union des forces ouvrières et républicaines est le plus sûr fondement de la démocratie. Le parti ouvrier français, que nous proposons de constituer par la fusion des partis communiste et socialiste serait le guide de notre démocratie nouvelle et populaire. Il ouvrirait largem ent ses rangs aux travailleurs catholiques auxquels nous avons tendu, bien avant la guerre, une main fraternelle que beaucoup ont saisi. " Voie nationale, pas de programme communiste à la Ubération, rapprochement tel avec le PS que la fusion est envisagée ... telle est l'originalité de cette interview référence au Times de Londres.

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Le Panthéon communiste français recevait les noms de Maurice Thorez, ministre d'Etat de De Gaulle, accompagné de Charles Tillon (un des deux ministres de la Défense nationale), Marcel Paul (production industrielle), Ambroise Croizat (travail) et François Billoux (économie nationale). Quatre ministres siègeaient bien au Conseil des ministres des gouvernements Mauroy présidés par François Mitterrand. Ils s'appelaient Charles Fiterman (transports), Anicet Le Pors (fonction publique), Jack Ralite (santé), Marcel Rigout (formation professionnelle).

Le programme du congrès précédant l'entrée du PCF au gouvernement mettait largement en garde .les électeurs contre toute gestion de gauche de l'austérité, au point que la campagne du candidat Marchais se centrait essentiellement sur ce point, qui montrait les convergences entre Giscard, président sortant et Mitterrand, l'aspirant président. Rien dans le programme du PCF de l'époque (" Changer de cap "), ou dans les propositions du candidat Marchais, n'empêcha l'arrivée des ministres communistes. Le slogan entonné par les manifestants " pour changer vraiment, il faut des ministres communistes au gouvernement "• montre bien quelle préoccupation, éloignée de la lettre du programme, animait le PCF. Par-delà le rapport des forces, ô combien défavorable au PCF en mai 1981 (à l'inverse de celui de la Ubération), aucune autre voie n'était envisagé que de • coller • au PS. Les termes mêmes de l'accord avec le PS en témoignent : ils n'incluaient rien de très " programma tique ", ni en juin 1981 , ni en janvier 1983, date à laquelle il fut renouvelé.

S'il existe un bilan précis de l'œuvre des ministres communistes de la Ubération, celui des quatre ministres de Mauroy reste à faire. En juin 1982, les salaires et les prix sont bloqués, et seules les rémunérations demeureront au feu rouge après la date initialement fixée, octobre 1982. Fin mars 1983, un plan d'austérité, deuxième du nom, se met en place comprenant l'instauration du forfait hospitalier et programmant une restructuration industrielle frappant durement l'automobile. En 1984, l'allocation pour licenciement économique se voit liquidée, au moment où 5 000 suppressions d'emplois sont prévues dans la navale, 25 000 dans l'acier, 6 000 dans le charbon.

Cela n'empêche pas le groupe communiste à l'assemblée de voter la confiance à Mauroy en avril de l'année. Bien d'autres méfaits demeurent imputables au gouvernement Mauroy concernant la Bourse, la désindexation des salaires ou la flexibilité . Jusque dans la dernière ligne droite, avant la sortie de juillet 1984, les ministres assumèrent le tout, et notamment Anicet Le Pors, qui, malheureux auteur, sortit un livre (Contradictions, Messidor) en juin 1984, chantant les louanges de la gestion loyale à la tête de l'Etat d'un grand pays capitaliste.

Fort de cette expérience, le témoin attentif des travaux du XXVI• Congrès ne peut qu'éprouver du scepticisme à l'égard de la fonction du programme adopté, nourrissant une radicalisation des actes et du verbe à l'orée de la campagne électorale. Certes, le PCF demeure un parti de gouvernement. Est-il d'autre choix? Il peut bien affûter les thèses les plus radicales, une telle démarche " programmatique ", si elle est opportune pour masquer un bilan réel, ne règle en rien un vieux débat. Car, somme toute, à quoi servent les thèses de congrès au PCF ? Demain, celles adoptées en décembre 1987 à Saint-Ouen connaîtront, selon les opportunités de la ligne, le même classement vertical que celles adoptées au xxm• Congrès en mai 1979. Au-delà d'une radicalité de façade, elles oscillent bel et bien, et ce depuis la Ubération, entre alliance et rupture avec le PS. Et, d'ailleurs, le document du XXVI• Congrès ne ferme pas, précaution oblige, la porte à une alliance avec le PS. Jugée impossible aujourd'hui, ne le sera-t-elle pas demain, et à quelles conditions nouvelles ? Les seules qui apparaissent concernent le rééquilibrage des scores respectifs des deux partis. Condamné à ramener le PS au sein de la gauche, le PCF réédite ce travail de Sysiphe, pour lequel le partenaire social-démocrate doit en permanence être contrecarré dans son espérance d'évoluer tranquillement à droite. La fonction historique du PCF semble se ramener à cette contre-pression sur le cousin germain, tour

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à tour partenaire incontournable ou ennemi en chef. 2. Y a-t-il eu une scission au PCF ?

Occulter la période 1981-1984 fut l'œuvre du xxve congrès .de février 1985, complétée par le XX.Vle. Comment expliquer l'échec électoral chronique, enregistré depuis 1974, date à laquelle les courbes électorales respectives du PS et du PCF s'infléchissent, celle du dernier cité s'orientant vers le bas ?

Les assises de février 1985 hasardaient une explication, celle du " retard historique ", plongeant loin, en 1956 ... La recherche de la cause première pour mieux évacuer l'immédiate conjoncture. Cette fois, nul mot soufflé. La santé du parti n'intéresse pas ?

Pourtant, il y eut bien cette scission rampante. Où sont-ils, les intervenants critiques du congrès précédant ? Et combien de membres comprennent encore leurs fédérations respectives ? A moins que la presse mente plus encore que les dénonciations rituelles ne le laissent envisager, c'est un nombre de quelque importance celui des membres du PCF qui l'ont quitté depuis février 1985. Selon le rapporteur, Pierre Juquin, unique objet de son ressentiment, n'aurait réussi à entraîner que " dix-sept maires communistes ou apparentés sur 1495 et quelques dizaines de membres du parti "· Encore n'est-il question que de la candidature. Le mouvement rénovateur lui-même n'entre pas dans le champ (scientifique) de l'analyse (théorique) du paysage politique français. Mais, alors, d'où viennent ces coordinations de rénovateurs, certaines dotées de matériels propres d'expression et de cartes d'adhérents ? Que l'on sache, le mouvement des rénovateurs représente un poids militant difficile à ignorer pour les délégués des départements concernés (en gros une soixantaine). La sélection supposait-elle d'ignorer cette existence ? On en vient à se demander pourquoi quelques interventions reçurent une telle ovation, telle celle de Claude Fischer de Meurthe-et-Moselle ou de Vincent Laybros, du Puy-de-Dôme.

N'est-ce pas parce que ces normalisateurs de sous-préfectures vinrent glaner quelques applaudissements pour service rendu à l'appareil ? Communistes français du Nord, du Finistère, de l'Isère ou des Bouches-du-Rhône, ne voyez-vous rien qui méritait d'être rapporté au congrès national, touchant au changement de physionomie de vos fédérations ? Taire un problème, sceller la vérité sur une scission, écrire l'histoire immédiate au plomb, mépriser les faits à ce point, tout cela revient à donner raison à Robert Crémieux, rédacteur en chef adjoint de l'Humanité Dimanche, intitulant sa tribune du 7 novembre : "Se taire ou partir?"· Au congrès de décembre 1987, la grande parabole des aveugles trônait en bonne place, et beaucoup parmi ces 1 700 délégués ne diront pas plus tard, fiers d'eux-mêmes, "j'y étais "· Il fallait au rapporteur la complicité acquise des délégués pour démontrer la solitude de Pierre Juquin, pur produit médiatique d'un complot longuement analysé à la tribune. Complot du PS, complot de la LCR et du PSU, complot ourdi pour empêcher le PCF de remonter la pente électorale. Paraphrasant Marchais parlant de la candidature Juquin, on pourrait dire qu'en soi cette scission ne les concerne pas et pourtant, on le sait, elle les concerne. Les sages délégués, disciplinés et conquis d'avance, ne pouvaient s'empêcher de rapporter les échos lointains de batailles nommées " débat vif mais correct et productif ". Zélés à l'excès, ils dirent au congrès combien ces opposants, peu nombreux au demeurant, allaient grossir les rangs sociaux-démocrates. Juquin lui-même, " second candidat du PS " avant que celui-ci n'en désigne un premier, vient conforter la vision titanesque qui surgit du congrès : comment une social-démocratie si vile peut-elle à la fois enclencher un vaste glissement de toute la société, préparer une alternance avec la droite, fomenter un complot contre le PCF et demeurer le premier parti électoral de France, passant pour anti-droite?

Le choix d'obtenir un congrès à plus de 96 % de votes favorables revient à nier l'existence même des contradictions internes. Pourtant, subsistent des problèmes non réglés, entendez : des fédérations non normalisées. Celle du Doubs, en tête, avec

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ses 85 % de votes oppositionnels. Et aussi des secteurs, dans les Bouche-du-Rhône, la Corse du Sud, la Haute-Vienne, où Pierre " T errninator " Bio tin ne finit pas ses œuvres. Que l'on sache, ni Marcel Rigout ni Felix Damette, pas plus que Claude Poperen et beaucoup d'autres n'ont quitté le parti.

L'opposition du XXV" Congrès espérait, par le cheminement dans la voie statutaire, soulever des débats, chercher une explication rationnelle et des changements de direction pour pallier le déclin du PCF. Une inquiétude publique, militante, s'exprimait quand tous ceux-là, naguère membres du PCF et de sa direction, craignaient à haute voix pour son avenir. Cette fois, l'opposition ne dit mot. Muselée ? Oui, par le filtre des délégations. Mais, surtout, elle se regroupe, sachant d'expérience qu'une telle tentative de rénovation de l'intérieur et les batailles ponctuelles et limitées sont vouées à l'échec. Cette opposition ne se bat pas, elle se construit et attend son heure : celle de la remise en cause globale.

La direction Marchais enfouit le mal, dans l'espoir de l'éradiquer le moment venu. Niant une scission, première de son histoire, sommée de s'expliquer et d'avancer des solutions, la direction en prépare une seconde par refus de l'obstacle et paralysie devant l'adversité. Un tel verrouillage, s'il s'avère que le score du candidat Juquin prend quelque importance, représente littéralement une bombe à retardement, dont la date d'explosion est connue de tous, le soir du premier tour de l'élection présidentielle. Colmater la brèche sans dire qu'il y a des fuites, telle était la mission du XXVI" Congrès. 3. Y a-t-il des difficultés politiques ?

Le XXVI" Congrès a décidé d'un programme, radical bien sûr, maître étalon de toutes choses et de toutes alliances, dont l'objet même repose sur un interdit, celui de la réflexion sur l'histoire récente du parti et sur la ligne à suivre pour son redressement. Bien sûr le discours se situe " à gauche "; reposant sur deux poutres maîtresses.

D'abord la crise se réduit essentiellement à une crise d'identité nationale malmenée. Le capital étranger envahit nos marchés, ferme nos usines, exporte à outrance en refusant d'importer. D'où un axe de défense nationale, de combat pour l'indépendance de la patrie, menacée de " vassalisation " par le capital européen et américain. La bourgeoisie, classe parasite, brade le patrimoine industriel et agricole au capital étranger, pendant que la malnutrition se répand à la vitesse de la désindustrialisation ...

La gauche n'existe plus. Seul à gauche : le PCF, la vraie gauche. La fausse, le PS, participe de cette entreprise de partage du pouvoir avec la droite et Le Pen. Donc tout mouvement social ne peut se dérouler qu'en référence au PCF, et s'il ne le fait pas il ne s'agit pas d'un vrai mouvement social. De la même manière, le 'PCF constitue à la fois le parti des femmes, des immigrés, des jeunes et de la classe ouvrière toute entière, sans oublier les petits exploita'nts agricoles et artisans spoliés.

Mais, le paysage ainsi tracé, le PCF rencontre-t-il, comme n'importe quelle formation, quelque difficulté politique ? Aucune n'affleurait au congrès, pas plus que les débats posés par de nombreuses tribunes de l'Humanité ne furent justiciables d'une quelconque considération. Pourtant. .. 0 Le phénomène Le Pen ... Que l'on sache, il n'épargne nullement l'électorat populaire des cités HLM des villes communistes. Le maintien de ce mouvement néofasciste ne semble avoir ému que très modérément le congrès. Alors que l'existence d'un tel courant devrait susciter une tactique d'ensemble du PCF pour le combattre dans les moindres recoins de son implantation, l'impasse est faite sur le Front national. En fonction du postulat de base - selon lequel la droite et' le PS sont politiquement assimilables, l'extrême-droite ne constituant qu'un appendice de la droite classique-, on se trouve face à un conglomérat PS-droite-Le Pen qui ne justifie aucune ligne spécifique concernant le mouvement néofasciste. La seule vraie gauche, le PCF, d'un côté, et les alliés tacites ou réels de l'autre, la division de ce monde manichéen selon le PCF n'induit

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nulle mobilisation spécifique contre les 11 % du Front national.

Certains axes majeurs du congrès amènent à se demander si, malgré tout, cette question ne se trouve pas traitée, d'une manière toute électoraliste. Le PCF prend à son compte la défense nationale de la patrie en danger, patrimoine industriel mais aussi culturel et économique. La France vassalisée, c'est un pas supplémentaire, par rapport au " produire français " des années passées, dans la voie du nationalisme. Cet axe valorisé se trouve flanqué d'un second, celui concernant la paupérisation relative du pays. La malnutrition, longuement évoquée à la tribune du congrès, et le nombre croissant de suicides dus au chômage, deviennent à eux seuls une certaine vision de la crise. Ne se trouve-t-il pas dans ces deux axes un ferment inquiétant ? Souder à la défense de la patrie, menacée par l'Europe et le capital étranger, les dénonciations de la misère nationale, n'est-ce pas s'approprier des ressorts électoraux dont on pense qu'ils font les succès fulgurants d'autres? 0 La perspective politique ... Autre difficulté majeure à peine évoquée. Le sort des urnes semble indifférent au PCF. L'électorat PCF, dans sa majorité, votera au second tour pour le candidat de gauche le mieux placé, comme il le fait généralement dans les élections partielles. La direction du PCF, qui pourtant tenait congrès essentiellement pour son électorat, s'apprête à creuser l'écart qui la sépare de ses électeurs, car elle annonce un désistement plus que timide, si désistement il y a. Rejetant le refus a priori de la " consigne républicaine ", le rapporteur Marchais se contentait d'évoquer non le fond du problème mais une procédure, au terme de laquelle directions fédérales et CC se réuniront pour arrêter la position du parti quelques cinq jours après le premier tour. Quelle façon plus précise de dire qu'on se met entre parenthèses de cette élection présidentielle? Que la vie s'arrête au soir du premier tour, au score d'André Lajoinie, voilà un aveu de taille, qui indique la très faible capacité du PCF de peser sur la situation. 0 La force de frappe ... Parfait Jans, ancien sénateur des Hauts-de-Seine, mit en cause dans une tribune du débat préparataire "la stricte maintenance de l'arme nucléaire "• alors que la résolution en appelle à " un monde fraternel et sans armes et sans guerre "· Refusant que son parti se mette en marge de l'effort de désarmement, il interroge " pourquoi le CC nous propose-t-il le maintien de cette position ? Veut-on conserver l'image d'un parti de gouvernement ? Mais pour plaire à qui ? A de futurs alliés ? Compte-t-on régler encore une fois les problèmes d'en haut?" Par ce biais, l'auteur de la tribune reposait cette question pendante de l'horizon politique du PCF. Gardant les stigmates de la gestion loyale de l'Etat, notamment par son attitude à l'égard de la force de frappe, il suppose lui-même qu'il garde toutes les lignes à venir, considérant que le texte de la résolution adoptée contient suffisamment d'affirmations et leurs contraires pour que telle position soit de toute façon en conformité avec la lettre sinon l'esprit du document. Il semble bien que, lors de son passage au congrès, Egor Ligatcev, numéro 1 ,5 selon ses propos au Monde, ait doublé le PCF sur sa gauche, en appelant de ses vœux l'ouverture de négociations européennes sur le désarmement, balle que ne reprit pas au bon le secrétaire général français.

Robert Crémieux, dans cette tribune fameuse intitulée "Se taire ou partir "• parlait en ces termes de la démocratie interne : " Tout communiste a une sorte de droit moral à garder, comme on dit, ses éventuels désaccords. Il a surtout le droit de se taire et de vivre avec. " Cette règle s'applique dans toute sa rigueur à ce congrès théâtre d'ombres. Derrière la scène, les silhouettes de débats politiques majeurs, de l'avenir même du PCF, de la reconstruction d'une opposition interne globale se profilent nettement. Si le XXII" Congrès fut celui de l'abandon de la dicta -ture du prolétariat, celui-ci fut celui de l'abandon officiel de tous les problèmes rencontrés par le PCF. Un admirable unisson pour respecter une loi du silence, d'autant plus grand-guignolesque que la plupart des difficultés politiques s'étalent largement sur la place publique. En somme, restructuration et transparente, pour le PCF, c'est de l'hébreu.

Jean Lantier

Autogestion ?

Congrès des occultations, ce XXVJ • le fut d'une autre manière. Qu'advient-il de cette stratégie autogestionnaire, référence fugace du document voté, plus abondamment traitée depuis le XXW Congrès de 1976. Félix Damette entonne le requiem de la " stratégie " dans sa tribune, intitulée « La rénovation manquée "· Cette stratégie ne fit l'objet que de colloques et d'articles. N'empêche, elle fut investie par nombre de militants d'une espérance de rénovation de l'intérieur, passant par une orientation poussant loin les expériences d'intervention dans la gestion, ce que le livre de Michel Cardoze (Nouveau voyage à L 'intérieur du PCF) mit fort clairement à jour. Ces incursions dans la gestion, on le sait, demeurent largement pratiquées par le PCF et ses organisations. Mais toute recherche en la matière, qu'elle passe par l'Institut de recherche marxiste ou par d'autres lieux d'élaboration, se voit stoppée net par le non-dit du congrès. Ni programme commun, ni stratégie " autogestionnaire ", le PCF par cet aspect stratégique-là se met en situation d'attente, s'en remettant à une tactique au quotidien.

Attente, un mot abusif? Claude Poperen, il y a peu membre du BP, qualifie ainsi le texte aujourd'hui adopté : • Ce document, sans réflexion novatrice et porteur d 'incohérence, n'est pas celui dont le PCF a besoin pour opérer sa remontée: il n'est qu'un texte d'attente. "

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