La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

Crise du Matin : Liberté de la presse

· Critique communiste, n° 73, avril 1988 · p. 13-20 · 6 292 mots

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(~!!Y Liberté de la presse

ANTOINE ARTOUS ET BERTRAND LINARI C'était une promesse du septennat et un engagement de la droite néo-libérale : un nouveau paysage audiovisuel français! Beau saccage, en effet. D'un côté, le cimetiére des titres disparus de la presse écrite, de l'autre, la télévision du toc et du fric.

La gauche, comme en d'autres domaines, a commencé. D'abord, en ne faisant rien pour contrecarrer les tendances capitalistes lourdes à l'œuvre, puis en ouvrant la voie à la privatisation des chaînes télévisées. La droite, ensuite, s'en est donné à cœur joie: TF1 livrée à Bouygues, la 5 à Hersant, la bande FM jetée en pâture aux grands prédateurs, et partout le gavage publicitaire ... Bref, le grand dépeçage ! Les extraordinaires moyens techniques modernes d'information, se conjuguant avec l'immense demande de connaissances et de débat qui travaille notre société, pourraient permettre une formidable explosion culturelle. Tout cela est gâché, vitrifié, pollué. Ne compte que le profit. Et la manipulation. Il faudrait se satisfaire de quelques images et de quelques paroles noyées dans des flots de pub! Le refus de l'obscurantisme et de la censure a toujours été la pointe lumineuse du combat pour la liberté. Que d'obscurantismes et de censures, d'autant plus puissants et pervers que modernes, contre lesquels aujourd'hui s'insurger ! L'exigence démocratique contemporaine se doit d'ouvrir là un immense terrain d'action. Sur lequel, aussi, il faut battre la droite et changer de gauche ... A mort du Matin a relancé le débat sur la crise On a cru, un moment, que le déclin de la presse de la presse quotidienne, dite " d'information quotidienne provenait directement du développement générale et politique ", la presse d'opinion. C'est de la télévision. A présent, on fait remarquer que l'end'elle que nous parlerons, même si elle ne regroupe vahissement de cette dernière oblige certes à une qu'une partie des publications. redéfinition de sa place, mais que nombreux sont les

Le Matin, on le sait, voyait ses ventes chuter depuis pays où elle n'a pas connu un tel déclin, voire même 1983. Si l'on remonte dans le passé, on peut estimer où elle progresse. Il existerait donc une crise particuque c'est en partie le produit de ses choix politiques et lière à la France. Serge July va en chercher l'origine à rédactionnels car il y avait place pour un grand quoti- la Libération. La presse qui vit le jour à cette époque, dien populaire de gauche. Mais là n'est pas, pour ce issue de la Résistance, aurait été trop politisée, trop qui nous intéresse ici, le problème. partisane: "Les lecteurs soucieux d'une information

Dans ses derniers jours, le journal vendait à 60 000 complète et fiable se tourneront peu à peu vers d'auexemplaires, ce qui veut dire environ 350 000 lecteurs tres médias écrits. ( ... ) Deuxième conséquence de la quotidiens. Il semble bien que " le noyau dur " de son guerre: les quotidiens qui redémarrent n 'ont pas de lectorat était déjà atteint et ne risquait pas de rétrécir fonds propres. Dès la Libération, beaucoup se trouvent encore beaucoup. En tout cas, il est clair qu'un journal en position de mendicité publique ou partisane 1 • " qui vend à 60 000 (et les lecteurs qui l'achetaient le Bref, une fois encore, " le mal français" viendrait trouvaient digne d'intérêt) ne peut, dans le système de l'archaïsme d'un système reposant sur l'aide publiactuel, survivre par lui-même. Il existe, certes, des que. Vivement le libéralisme, donc ! La droite d'ailleurs journaux, tel le Quotidien de Paris, qui se maintien- ne manqua pas de faire appel à lui, lorsque la gauche nent avec une diffusion faible (environ 50 000 exem- prétendit, sans lendemain, limiter la concentration des plaires). Les banques, pour l'instant, payent. En géné- titres dans la presse. Elle défendait le groupe Hersant ral, elles le font difficilement pour un journal de gau- au nom de la nécessité de liquider les réglementations che. Il suffit de faire un bilan sur quelques années. issues du passé, qui bloquaient la constitution de

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QUOTIDIENS REGIONAUX ET LOCAUX

QUOTIDIENS NATIONAUX

1985 Nombre Exemplaires Nombre de pour de titres 1 000 hab. titres (pénétration)

France 13 52 93

RFA 7 148 424

G-8. 16 590 79

Italie 0 - 80

Espagne 1 8 119

Belgique 24 142 67

Suisse 4 126 176

Autriche 2 197 78

Hollande 9 118 62

Suède 4 172 176

Finlande 6 187 92

Norvège 7 182 155

Canada 113 227 1 187

Etats-Unis 6 37 2 465

Japon 125 366 67

Australie 62 303 78 grands groupes français capables de résister à la concurrence des géants multimédias internationaux qui commencent à attaquer le marché hexagonal.

Ainsi, la solution serait d'accorder une place encore plus grande aux trois H (Hersant, Hachette, Havas)! La référence à la presse des pays étrangers est éclairante. Dans un pays comme l'Angleterre, souvent cité en exemple, sur seize quotidiens nationaux, un seul a des positions proches du Parti travailliste !

Notre propos ne vise pas à prendre comme seul critère du droit à l'existence d'un organe de presse son lien avec un courant politique. Constatons simplement la persistance, en France, des problèmes que soulève la disparition du Matin: la multiplicité des titres n'empêche pas l'exclusion massive de courants d'opinion de la presse. Un constat que l'on pourrait faire dans les autres pays ; très souvent, la presse " de gauche " est la grande absente. Voilà de quoi relativiser l'importance de certains débats soulevés dans les rédactions. Après avoir constaté la spécificité de la crise de la presse française, on va chercher des solutions dans le style du journal, la " formule rédactionnelle ". Il faut moderniser, donner de la place au " journalisme d'investigation ", etc. Ce type de préoccupation traduit la volonté de journaux comme le Monde ou Libération de s'adapter à une situation où, effectivement, face à la multiplicité des médias, les quotidiens doivent trouver un style nouveau.

Mais le glissement s'opère lorsque l'on tente, plus ou moins ouvertement, d'expliquer la crise de la presse - au sens des difficultés quasi insurmontables de sortir un quotidien - par ce " retard " rédactionnel. Ce n'est que l'écume des choses.

LES ORDONNANCES DE 1944 Dans deux longs articles du Monde, Yves-Marie Labé et Jean-François Lacan traduisent l'état d'esprit de ceux qui ont la lucidité de ne pas s'en remettre au seul " libéralisme sauvage " pour régler la question. En 1945, expliquent-ils, "le triple encadrement, juridique, industriel et financier, devait assurer le pluralisme par la diversité des titres. ( ... ) Mais le principal reproche

Exemplaires Total Indice pour exemplaires France 1 000 hab. pour 100 (pénétration) 1 000 hab. 132 184 100 263 411 223 137 727 395 92 92 50 79 87 47 214 356 193 385 563 306 159 356 193 188 306 275 385 577 313 479 666 361 390 572 310 518 745 404 505 542 294 353 719 391 159 356 193 que l'on peut adresser au dispositif de la Libération est d'avoir maintenu la presse écrite dans un cocon faussement protecteur, alors que l'environnement de la communication évoluait rapidement. ( ... ) Stratégies internationales, concentration, OPA étrangères. Prise dans la logique de l'entreprise, la presse écrite est devenue une marchandise comme une autre. Faut-il pour autant l'abandonner complètement à la dynamique commerciale, oublier l'esprit de l'ordonnance de 1944, renoncer à toute défense du pluralisme ? ( ... ) Comme toutes les autres industries culturelles, la presse écrite doit marier la nécessaire diversité et les concentrations qu'imposent les contraintes industrielles. La puissance publique ne peut abdiquer, dans ce secteur, le rôle de régulateur "·

Et les deux journalistes de constater : " La réglementation de 1944, en limitant la concentration des titres, heurtait la logique économique. Le véritable danger semble venir aujourd'hui de la concentration des acteurs publicitaires et de la formidable pression qu'elle exerce sur les médias 2 • "

Résumons ce qui se passe à la Ubération. De nombreux titres qui ont, plus ou moins, collaboré sont remis à des organisations de résistants. L'ordonnance de 1944 a la volonté de donner plus de transparence à la presse et d'éviter les concentrations excessives. Au travers de la Société professionnelle des papiers de presse (SPPP), se met en place un organisme coopératif vendant à un prix indentique le papier aux journaux, quels que soient le tonnage, le volume et le lieu de transport nécessaires. La création des Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP) doit permettre d'assurer, à côté des sociétés de distribution existant en province, la diffusion dans les kiosques, aux mêmes conditions pour tous les titres. Enfin, une aide publique est accordée au financement de la presse.

Il ne faudrait pas croire que cette démarche soit le seul produit du " dirigisme " issu de la Ubération. Cette tradition commence dès la Révolution française. Ainsi, la loi du 4 Thermidor an IV prévoit pour la presse périodique un tarif postal différent afin " de faciliter la circulation des ouvrages périodiques ( ... ) pour encourager la libre communication des pensées entre les citoyens de la République"·

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La politique de soutien à la presse, qui sera depuis lors constante, fait référence systématiquement à la Déclaration des droits de l'homme, reprise par toutes les Constitutions, concernant la liberté de pensée qui ne doit pas être tributaire des contraintes économiques. Une façon d'affirmer que la presse ne peut être une marchandise comme une autre. A travers elle, est en jeu la démocratie. Le développement du capitalisme a montré ce qu'il en allait de ce principe démocratique. Cela ne doit pas nous empêcher de nous en réclamer. Pierre Juquin a raison de le faire avec fermeté et de refuser que la presse soit considérée comme une marchandise. La critique de la démocratie bourgeoise, c'est-à-dire de la façon dont la bourgeoisie pratique la démocratie, ne saurait conduire à rejeter les libertés démocratiques dénoncées comme purement formelles. Au contraire, il s'agit de leur donner un contenu réel. Les positions que nous allons développer sur la liberté de la presse rejoignent donc nos positions générales sur le pluralisme politique et idéologique qui ne concernent pas seulement le mouvement ouvrier.

UN SYSTEME QUI N'AIDE QUE LES TITRES« RICHES» Le système mis en place à la Ubération subit rapidement de fortes attaques. Concernant la concentration des titres, tout le monde connaît l'empire Hersant qui s'est développé en bafouant ouvertement les ordonnances de 1944. La gauche au pouvoir a voulu, en 1984, limiter la concentration des titres de la presse à 15% du tirage global. Une tentative sans lendemain. Pour mener une telle offensive contre une droite qui hurlait aux libertés menacées, la gauche se trouvait plutôt en déséquilibre. Elle cédait en effet aux sirènes du discours libéral dans son approche des médias, en particulier en ce qui concerne la télévision lorsqu'elle ouvrait la porte à la privatisation : déréglementation du service public, création, en 1983, de Canal+ et, en

23 février 19 76 : 100 000 exemplaires du Parisien libéré répandus par les ouvriers du Livre sur les Champs-Eiysées. 1985, de TV6 et de la 5. Capitulation d'autant plus honteuse que Hersant n'était alors guère populaire, en particulier dans les milieux de la presse, et qu'il aurait été facile de démonter les affirmations fallacieuses de ceux qui font de " la liberté d'entreprendre " le point d'appui de la liberté d'expression. Le paradoxe voulut qu'Hersant sorte légitimé de cette affaire. La droite, en 1986, abroge la loi socialiste, et adopte une nouvelle loi. Le Conseil constitutionnel impose une limite à la concentration, mais le chiffre est seulement de 30% du tirage de la presse. Finies donc les limitations -au demeurant timides - aux concentrations. En ce qui concerne l'aide financière à la presse, elle représente actuellement 5, 7 milliards de francs, soit 13% du chiffre d'affaires du secteur. Mais on parle très peu de ce que Nadine Toussaint-Desmoulins appelle, à juste titre, "les effets pervers des aides à la presse"· Il s'agit essentiellement d'aides indirectes qui touchent de façon indifférenciée tous les titres. Insuffisant pour aider les publications qui en auraient besoin, ce saupoudrage permet de donner un peu plus d'argent aux titres riches 3 . En outre, certaines ne servent qu'à aider les grosses publications. Ainsi, l'article 39 bis du Code général, en ce qui concerne les quotidiens, hebdomadaires et revues bimensuelles d'information politique, prévoit une exonération d'impôt d'une fraction variable des bénéfices si cette dernière est, dans les cinq ans suivants, consacrée à l'acquisition d'éléments d'actifs nécessaires à l'exploitation. Plus on fait de bénéfices, plus on peut investir afin de moderniser !

Autre question : la diffusion. Ce poste représente de 30 % à 40 % des coûts pour un quotidien régional et de 35 % à 50 % pour un quotidien national. La presse parisienne avait d'ailleurs, en 1985, posé le problème sans recevoir de réponse des pouvoirs publics.

Enfin, la publicité, dont les deux journalistes du Monde disent que sa concentration devient le problème numéro un. Pour 41 % de ses ressources, la presse écrite vit de la publicité. Il s'agit bien sûr d'une moyenne fort inégalement répartie selon les titres. La logique est évidente : plus un titre diffuse, plus il draine de la publicité. Celle-ci va aussi vers des titres à moyen tirage mais spécialisés sur un créneau précis correspondant à un lectorat rentable. Ainsi, d'évidence, les

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publicités sont plus juteuses pour les Echos que pour le Matin, même si ses ventes (80 000) ne dépassent pas de beaucoup celles de ce dernier. Idem pour la Tribune de l'économie (lancée par l'Expansion) qui vend environ 50 000 exemplaires.

Ces batailles pour la publicité prennent une ampleur dont on sous-estime souvent la logique dans le développement de la presse. Hersant est devenu un maître du sujet. Ainsi, il y a quelques années, sa politique de suppléments au Figaro (Figaro-Magazine, Figaro-Madame, Figaro radio-télévision) a introduit en France le magazine du week-end soutenu par la diffusion du quotidien et vendu à bas prix. Dans ce projet, la nouvelle formule rédactionnelle était secondaire. Il s'agissait en fait de capter un formidable marché publicitaire.

La bataille livrée actuellement autour des magazines de télévision, diffusés une fois par semaine avec un quotidien, est du même type. En novembre 1986, Hersant crée un supplément télévision pour France-Soir. En 1987, il devient supplément du Figaro et doit s'étendre à l'ensemble de la presse régionale qu'il contrôle. Aujourd'hui, TV Magazine est diffusé par les vingt et un quotidiens régionaux du groupe. Trois millions d'exemplaires au total en incluant la presse nationale ! Cela oblige Hachette, qui contrôle par ailleurs Télé 7 jours (3,6 millions d'exemplaires diffusés), à s'allier à un éditeur de magazines spécialisés afin de lancer TV Hebdo qui vise à être le supplément télévisé de la presse régionale non contrôlée par Hersant et, à ce jour, diffuse à 1,5 million d'exemplaires 4 •

Dans ces conditions, le contrôle du marché publicitaire devient décisif. Chez Hersant, seuls les quotidiens nationaux disposaient de leur propre régie publicitaire, Publi-Print. Fin 1986, est créée Publi-Print région qui centralise l'ensemble de la publicité de la presse régionale. Cela ne va pas, signalons-le au passage, sans poser de problème à Havas qui dispose de régies publicitaires importantes, notamment en direction de la presse de province. Hersant avait en outre la volonté de se préparer à la gestion de futurs espaces publicitaires à la télévision : ce qui fut le cas avec la 5. Les difficultés de cette dernière n'empêchent pas que la régie publicitaire d'Hersant a une puissance considérable : elle concerne, pour la presse quotidienne, trois millions d'exemplaires vendus.

PLURALISME

ET « PROGRES INDUSTRIEL »

Les journalistes du Monde, dans l'article cité, développent un argument souvent entendu : l'évolution industrielle, économique, rend inévitable un processus de concentration de la presse, ne serait-ce qu'à cause des moyens à mettre en œuvre pour réaliser un quotidien. Notons que les frais de rédaction sont faibles. En fait, plus de 70 % des coûts concernent la fabrication, la composition, l'impression et la diffusion (voir encadré). Ce qui situe bien le problème.

Mais revenons à cette idée d'évolution industrielle. Le temps est bien fini, depuis longtemps au demeurant, de la production d'un journal avec des moyens plus proches de l'artisanat que de l'industrie. Mais constater ce progrès des techniques ne règle rien, ne justifie en rien une espèce de fatalité économique voulant que seuls les grands groupes privés contrôlent ces moyens. Cette réalité est fonction d'une logique : celle de la prétendue libre concurrence présentée comme la garantie de la liberté tout court.

Prenons un exemple. Dans les années 1976, le groupe Hersant a mis en place une douzaine d'imprimeries décentralisées permettant, dans plusieurs villes de province, l'impression par fac-similé (télécopie) de ses journaux. Un progrès technique important. Un quotidien peut envoyer, depuis Paris, ses pages toutes prêtes par le procédé de fac-similé, elles pourront être imprimées sur place. Du coup, ce quotidien est diffusé dans les mêmes conditions que la presse régionale.

Tous les quotidiens nationaux sont obligés de suivre pour être dans la course. De toute façon, ils n'avaient pas le choix, le système de diffusion rapide qui permettait l'expédition de la presse quotidienne vers la province étant supprimé. Mais ce système

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d'impression est extrêmement coûteux. Le Matin a envisagé de continuer à paraître en supprimant ce moyen. Mais, vu les conditions actuelles de diffusion, il aurait dû se transformer en " quotidien du soir ••. C'est-à-dire paraître à Paris l'après-midi et n'être diffusé en province que le lendemain matin. Créneau impossible à tenir pour qui n'est pas le Monde! Signalons que cette question des fac-similé a été l'un des facteurs qui n'a pas permis de continuer Rouge quotidien ...

Fatalité du progrès, dira-t-on, résultant des contraintes industrielles. Une argumentation peu sérieuse si on y réfléchit. Une telle situation " industrielle " permet au contraire d'argumenter en sens inverse. Les progrès techniques démultiplient les possibilités de produire des journaux, d'appliquer le principe de la libre circulation des idées ... C'est dire que de tels moyens ne peuvent être laissés entre les mains de quelques groupes privés.

Nous avons signalé le reproche souvent fait au système mis en place à la Ubération : il aurait contribué à maintenir la presse, en particulier du point de vue de sa fabrication, dans des pratiques archaïques. Le reproche n'est pas totalement faux. Les fortes aides aux journaux et une certaine volonté de freiner la concentration des titres ont permis le maintien d'une situation à bien des égards archaïque du point de vue des techniques de fabrication . Cela n'a pas pour autant empêché la logique capitaliste de concentration, celle que les journalistes du Monde confondent un peu vite avec la " logique économique " tout court.

Mais, finalement, ce constat renvoie aux limites de ce qui a été fait au sortir de la guerre. Dès lors qu'on touche aux conditions de fabrication et à l'ensemble de ce qui fait de la presse une marchandise, des mesures d'aides financières et de limitation à la concentration sont à la fois condamnées à l'échec et facteurs de retard dans la modernisation. En effet, les multiples petits titres n'ont pas les moyens d'investir pour moderniser ; ce qui ne peut être fait que par de grands groupes privés ou par la puissance publique.

DES MESURES RADICALES

POUR LA DEMOCRATIE Dans le passé, étant donné les conditions de production d'un journal, il était, sinon aisé, du moins possible, pour un courant d'opinion de publier un journal. Actuellement, le " ticket d'entrée " exigé représente des sommes considérables. Là encore, ce n'est pas un hasard si la presse du mouvement ouvrier, florissante à un moment, peu à peu n'a plus eu les moyens de survivre. Certes, cette chute s'explique pour des raisons diverses, elle renvoie aussi à sa crise politique et sociale. Mais on insiste trop souvent sur cet unique aspect en oubliant tout simplement les questions financières. Face à une telle situation, la Ugue, dès 1977, faisait des propositions précises : « Tous les journaux, sans exception, devront être "à armes égales" devant les coûts de production puisque imprimés et diffusés de la même façon. Par conséquent, un système de tarifs compensés devrait permettre à un journal représentatif d'une fraction d'opinion d 'assurer son équilibre de gestion. Le système de tarif compensé serait établi en fonction du tirage et de la vente ;

il contribuerait à faire dépérir le caractère de marchandise de l 'organe de presse, actuellement conditionné par la recherche d 'un bénéfice sur le marché de l'information 15 • "

Bien sûr, pour pouvoir appliquer ce principe, l'Etat doit disposer d'un réseau d'imprimeries constituant un véritable service public pour la presse. Constatons d'ailleurs que " l'évolution économique " a amené les quotidiens à abandonner de plus en plus l'imprimerie intégrée. On s'adresse souvent à de grosses imprimeries extérieures. De ce point de vue aussi, le rêve du journal " indépendant ", capable de contrôler luimême ses moyens d'impression, est bien fini.

En ce qui concerne la diffusion, il est nécessaire de transformer les NMPP, actuellement contrôlées par Hachette, en une régie nationale permettant cette diffusion à un prix raisonnable. Cette mesure n'est, somme toute, que la simple adaptation de la loi du 4 Thermidor citée plus haut.

On peut imaginer " un avenir radieux " oû la publicité aura disparu, l'information du consommateur se faisant par d'autres canaux que l'abrutissement publicitaire présenté comme le nec plus ultra de " la science moderne de communication ". Il paraît cependant difficile de passer, du jour au lendemain, par-dessus l'ensemble du système existant. Diverses mesures peuvent être discutées. Mais leur logique doit être claire: une publication n'a pas pour principal objectif, de façon implicite ou explicite, d'être un support permettant de faire entrer du fric grâce à la publicité. Sans parler de la pression qui s'exerce de la sorte, directement ou non, sur le contenu rédactionnel.

Actuellement, le seuil de publicité permis par rapport à la surface d'un journal atteint les deux tiers de l'ensemble ! Peut-être faudrait-il envisager une réduction. Mais l'essentiel nous semble l'instauration d'une taxe particulière, au-delà d'un certain niveau de recettes publicitaires qui, sans supprimer tout le gain, opère une certaine ponction. Cet argent pourrait être l'un des moyens de financement des mesures dont nous venons de parler. Un principe du même type existe d'ailleurs pour la télévision qui vise à apporter une aide aux " radios libres ".

Sans argumenter longuement par rapport à ceux que ces propositions feront hurler à " l'étatisation" de la presse, soulignons qu'il ne s'agit en rien d'un contrôle de l'Etat sur le contenu et le style d'un journal,

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mais simplement de mise à la disposition de la presse de certains moyens permettant d'assurer une réelle égalité d'accès.

QUAND « LE MONDE » PARLAIT DE LIBERTES FORMELLES

Sans des mesures de cette ampleur, toutes les bonnes volontés risquent de ne pas aller très loin. Ainsi, les deux journalistes du Monde titrent un de leurs articles : " Défi industriel et pluralisme .. , mais se contentent de proposer une simple réforme de l'aide actuelle : « Pourquoi la puissance publique continuerait-elle à financer indistinctement des publications aussi différentes que la Croix et Play boy ? Il serait plus logique, à l 'exemple d'autres secteurs de l'activité culturelle, de concentrer les aides sur les petites entreprises et la création de nouveaux titres. " On voit mal comment ce libéralisme " moralisé • permettrait de faire autre chose que sauver quelques titres menacés. Et ce, simplement pour quelque temps. Comment ces coups de pouce réussiraient-ils à contrebalancer la logique écrasante de la concentration et de la liquidation du pluralisme ?

Vieille histoire que ces discours démocratiques qui ne se donnent pas les moyens de réalisation pratique de leurs principes. Déjà, au moment du rachat par Hersant du Figaro, le Monde écrivait dans son éditorial du 27 juin 1975 : «Mais les grands principes et les déclarations solennelles ne doivent pas faire oublier pour autant que la liberté d'informer- et de s'informer - ne signifie rien sans que les moyens matériels soient mis à son service. Or, ceux qu'exige la presse sont considérables. Si chaque citoyen est libre de publier comme bon lui semble un quotidien dans une société démocratique, il suffit d'observer la situation de la presse occidentale pour mesurer ce que cette liberté peut avoir de formel. » Dix-huit ans après, le constat est identique. Sinon pire: on invoque la logique industrielle, le fait que la presse écrite est devenue une marchandise comme les autres, sans prendre les choses à la racine.

Reste à définir cette notion de " fraction d'opinion " qui doit avoir droit d'accéder à la presse. Ce n'est pas à une organisation politique de fixer arbitrairement un seuil, celui-ci ne peut être déterminé qu'après un large débat démocratique. Il faut simplement signaler que " fraction d'opinion " ne doit pas être compris dans un sens étroit, politique, mais de façon plus large.

Divers critères peuvent être adoptés, et pas seulement ceux relevant d'une représentativité institutionnelle. Ainsi, un courant d'opinion, une équipe, peuvent être capables, par souscription par exemple, de recueillir des sommes importantes qui traduisent une réelle « demande •. Sans que, vu les coûts actuels de publication d'un quotidien, cet argent suffise pour créer un titre. On peut imaginer que, avec le système d'aides proposé, à partir d'une somme fixée, ce courant d'opinion puisse le faire.

Il ne s'agit que d'un exemple, on peut imaginer d'autres solutions, y compris des critères permettant de déterminer si les aides doivent porter sur la création d'un quotidien national, régional, d'un hebdomadaire. De même, un contrôle peut être exercé sur " le droit ..

Mai 1987: une assemblée générale au Matin. de poursuivre une expérience de presse, en lien avec la qualité du produit dont la chute du lectorat est un indice.

La presse du mouvement ouvrier s'est toujours construite à partir d'une participation active, financière et militante, de ses lecteurs. C'est effectivement un moyen d'affirmer l'existence d'un courant d'opinion. Il ne s'agit pas de mettre en cause cet aspect des choses. Simplement, lorsqu'un tel besoin existe, s'exprime, il faut aussi qu'il puisse se réaliser.

Enfin, indiquons que l'existence d'une commission nationale de presse, regroupant des représentants des titres, des syndicats, des associations de lecteurs, pourrait être un lieu de contrôle et d'application des mesures que nous venons de décrire. Ce qui suppose qu'elle ait le moyen de le faire à travers un véritable droit de contrôle.

Reste un problème particulier posé par la crise du Matin : comment le mouvement ouvrier peut-il se situer par rapport à la crise d'un quotidien de gauche ? La notion de « gauche • peut prêter à de longues discussions académiques peu décisives au regard du sujet qui nous intéresse ici. En France, elle désigne des journaux aussi différents que l'Humanité, le Matin, Libération.

COMMENT SAUVER LE MATIN? Cette question traduit bien d'ailleurs, à elle seule, le fait qu'un journal est un produit différent des autres. Dit autrement: les travailleurs de la SNCF en grève, ou les étudiants et les lycéens, savaient bien qu'il y aurait eu une grande différence si seule la presse Hersant avait couvert l'événément. Et il était normal que des militants du mouvement ouvrier se mobilisent afin de sauver le Matin. Comme il est logique qu'ils n'aient pas la même réaction par rapport au Figaro ou au Quotidien de Paris.

Cette démarche n'invalide en rien les mesures proposées précédemment qui concernent la presse de toute opinion (sauf naturellement la presse raciste et fasciste). Elle concerne un autre niveau du problème, qu'il faut se garder de confondre avec le premier et qui

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a toute son importance. Avant d'aborder le vif du sujet, rappelons ce que la Ugue, toujours en 1976, expliquait sur les rapports des travailleurs de la presse avec le contenu d'un journal. Question d'autant plus importante que l'on défend l'existence d'un réseau d'imprimeries contrôlé par l'Etat et fonctionnant comme service public.

La Ugue proposait « le contrôle des travailleurs de ces sociétés nationales sur les conditions de travail, de reclassement, la garantie de l'emploi, à l'exclusion du contrôle sur le contenu ». Et elle ajoutait : « Les travailleurs d'une entreprise de presse doivent se voir reconnaître le droit de publier leur opinion dans le journal produit, par celui d'en censurer ou d'en bloquer la parution 6 • »Une orientation qui n'est finalement que la traduction concrète du droit au pluralisme de la presse que nous défendons comme un principe.

En ce qui concerne plus spécifiquement le Matin, il nous semble normal que les syndicats expliquent qu'ils avaient la volonté de défendre non seulement l'emploi des salariés, mais aussi de sauver le titre, étant donné son orientation. Ce n'est pas le lieu de faire ici le bilan concret de la pratique des différentes sections syndicales. Mais, à titre d'exemple, il nous semble correct que les syndicats, lorsque le " groupe des dix .. a tenté de sauver le Matin, tout en refusant d'entrer dans une logique d'auto-licenciement et de gestion de la pénurie, ne développent pas systématiquement des formes d'action accélérant la crise ; ou n'entament pas immédiatement une procédure judiciaire pour les retards de salaires qui aurait entraîné la liquidation automatique.

Devaient-ils, pour autant, se ranger en rangs serrés derrière le " groupe des dix " ? Rappelons quelques faits. Libération du 20 juin 1987 écrivait, suite à la décision du tribunal de commerce de Paris d'apporter son soutien au plan de sauvetage proposé : " Une victoire à l'arraché ( ... ) Peut-être unique dans l'histoire de la presse nationale : le titre le Matin appartient désonnais à ses salariés et le journal est pris en main par ses journalistes. "

La réalité était plus prosaïque, le • groupe des dix .. , composé en partie de syndicalistes abandonnant leurs responsabilités, s'était en fait auto-désigné et n'était pas l'émanation d'une assemblée générale. Rapidement d'ailleurs, leur projet fut explicite: il ne s'agissait pas seulement de chercher un futur repreneur et, en attendant, de gérer tant bien que mal le journal, mais de se transformer en véritables • futurs patrons ", à la recherche d'aides financières. Tout en commençant à agir comme tels: austérité, licenciements, etc. La revue Collectif (automne 1987) simplifie donc - c'est le moins qu'on puisse dire - le problème en parlant d'une « démarche combative et originale de syndicalistes de la presse"· D'ailleurs, les dix expliquaient ne pas vouloir se lancer dans une coopérative ou quelque chose de ce style ; ils étaient bien décidés à adopter une " logique capitaliste ".

La critique faite ici au "groupe des dix • n'est pas seulement de principe, mais beaucoup plus concrète. En effet, cette expérience était condamnée d'avance. Outre que l'on ne se proclame pas du jour au lendemain " patron de presse .. , la situation financière du journal faisait qu'il était quasi impossible de trouver, par les mécanismes classiques, un financier ou une entreprise prêt à se lancer dans l'aventure de ce journal qui, en outre, entendait rester à gauche.

Une autre logique était possible. Il ne s'agit pas ici de refaire l'histoire et d'oublier certaines conditions difficiles : la faible mobilisation d'une rédaction " fatiguée " par la succession des crises chroniques, le climat social morose du pays, etc. Rappels d'autant plus nécessaires que nous-mêmes, dans Rouge ou Munnure des médias, n'avons pas systématiquement avancé des propositions dans ce sens. C'est donc bien d'un bilan collectif qu'il s'agit. L'autre logique possible aurait été celle d'une mobilisation pour la sauvegarde du Matin se situant dans une problématique différente. D'une part, l'appel au soutien du lectorat : il faut se souvenir que cet appel, lancé très tard, a démarré spontanément et a atteint une somme non négligeable (2 millions de francs). D'autre part, une bataille en direction de l'opinion et du mouvement ouvrier. On ne peut oublier que la question du Matin était " sensible •, en particulier dans le milieu de la presse.

Ainsi il n'était pas exclu de pouvoir, en lien avec le Syndicat du livre, d'envisager une poursuite temporaire de la sortie du journal et une mobilisation pour la sauvegarde du titre. Irréalisme ? Pas plus grand que le pseudo-réalisme du " groupe des dix • qui ne pouvait sauver le journal en acceptant la logique du système.

«DEVOIR D'INTERVENTION» DU SYNDICAT? Les problèmes des rapports entre le mouvement ouvrier et la presse de gauche ne se posent pas seulement dans des moments de crise ouverte. Ils sont aussi le lot quotidien des militants. Prenons les questions abordées par Jean-Paul Cruse, dans une interview accordée à Rouge. Jean-Paul Cruse est membre du bureau national du SNJ-CGT, animateur à Libération d'une section CGT active et qui, selon nous, défend des positions souvent intéressantes.

A la question « Revendiquez-vous un droit de contrôle, de regard sur le produit? "• Jean-Paul Cruse répond : « Il faut préciser le mot. Disons plutôt "un droit d'intervention" et même "un devoir d 'intervention". Ce qui ne signifie pas que l'on doive se constituer, en tant que section syndicale, comme une sorte de groupe de pression politique, une fraction interne aujournal. Les syndicalistes dans la profession craignent souvent ce dérapage et n'exercent donc pas de "devoir d'intervention". C'est une erreur. Le danger systématique est en effet de se limiter au syndicalisme du treizième mois et des aides sociales du comité d'entreprise, ce que nous faisons d'ailleurs tout autant que notre travail de revendication, de réflexion sur le fond du journal. On essaie de marcher sur les deux jambes. En essayant de défendre les intérêts matériels et culturels des journalistes ... C'est un peu du défrichage7. »

Jean-Paul Cruse parle ici explicitement des journalistes qui, bien sûr, ont un rapport particulier avec le journal qu'ils confectionnent. Rapport que l'on retrouve, à des niveaux différents, pour l'ensemble des travailleurs de la presse et qui renvoie bien au caractère particulier du produit sur lequel nous avons plusieurs fois insisté. Il semble difficile, pour un syndicat, de ne

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pas prendre en compte cet aspect du travail des journalistes. Surtout dans une période de mutations profondes du milieu qui correspondent tant à l'évolution des conditions techniques de travail (introduction des nouvelles technologies) qu'à des questionnements sur" le style rédactionnel • que nous avons signalés plus haut. Au demeurant, on assiste, face à l'affaiblissement des syndicats qui ne les prennent pas en charge, à l'apparition de regroupements, telles des sociétés de rédacteurs, qui abordent ces problèmes parfois de façon corporatiste. 1

Reste que la situation est complexe. Revenons aux déclarations de Jean-Paul Cruse sur les difficultés que connaît actuellement Libération : 11 A la CGT, nous partageons une partie des analyses de la direction sur la crise dujournal. ( ... ) PourUbé, il n'y a pas d'avenir sur le créneau d'unjournal social-démocrate ou socialisant ( ... ) Ubération est un journal qui se situe entre le socialisme et le centre gauche. " Il poursuit en entrant dans les détails concernant la formule rédactionnelle elle-même.

Notre propos n'est pas de discuter ici de l'appréciation du créneau que peut occuper Libération. On peut toutefois considérer que ce type de propos, pour quelqu'un qui parle au nom d'un syndicat, est " limite », même s'il traduit bien la spécificité du militantisme dans ce milieu. Il paraît en tout cas impossible de l'étendre en tant que tel à l'ensemble de la presse quotidienne. On voit mal au Quotidien de Paris ou au Figaro, deux publications ouvertement hostiles au mouvement ouvrier, un dirigeant CGT ou d'un autre syndicat, pouvoir aborder positivement ce type de préoccupation sur le style du journal.

Avec ces deux exemples du Matin et de Libération, nous n'avons voulu donner ni recettes ni solutions miracles. Mais il nous semblait difficile, dans la situation actuelle, de parler simplement des solutions générales que peut proposer la Ugue sans entrer dans les détails de problèmes qui, pour un militant politique ou un syndicaliste de ce milieu, se posent régulièrement.

Le Matin fut mis en liquidation le 28 février. Le 29 se tenaient les journées nationales de la presse à l'initiative du ministère de la Culture et de la Communication. On y a vu François Léotard déplorer 11 la faiblesse de la capitalisation des groupes de communication français qui vont devoir affronter le marché unique en 1992. ( ... ) Nos trois "H" (Havas, Hachette, Hersant) sont des pieuvres sans grandes tentacules. A elles trois, leur chiffre d'affaires est inférieur à celui du groupe ouest-allemand Bertelsmann •. Philippe Tesson, directeur du Quotidien de Paris, a, bien sûr, dénoncé • le monopole de la fabrication qui appartient depuis un demi-siècle au Syndicat du livre ( .. .) qui freine l'évolution de la presse quotidienne 6 "·

Tout cela n'empêche pas de constater que les lecteurs du Matin, visiblement attachés à leur titre, ne se sont que très peu tournés vers d'autres quotidiens. Et que Libération, qui diffuse à environ 150 000 exemplaires, connaît de graves difficultés.

Antoine Artous et Bertrand Unari 1. Libération du vendredi 29 janvier 1988. 2. Le Monde des 23 et 24-25 janvier 1988. 3 . • Les effets pervers des aides à la presse •, in Médias-pouvoirs, septembre 1 98 7. Les aides indirectes reposent sur deux piliers : une fiscalité favorable (exonération de la taxe professionnelle, taux de TVA minoré, etc.) ; des tarifs postaux, télégraphiques et téléphoniques allégés. Par ailleurs, les aides directes représentent moins de 15 millions de francs et, en 1986, ont touché cinq titres: la Croix, I'Evénément, l'Humanité, Libération, le Matin et Présent. 4. Données tirées du Monde du jeudi 10 mars 1988. 5. Oui, le socialisme!, LCR, Petite collection Maspero, 1978, p. 242. 6 . Ibid. 7. Rouge, du 21 -2 7 janvier, reproduit dans Murmure des médias n° 20. 8 . Le Monde du 31 janvier 1988.

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