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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Fascisme, lepénisme et bourgeoisie

· Critique communiste, n° 76, juillet 1988 · p. 18-23 · 3 597 mots

« Etudier le fascisme est d'autant plus difficile qu'il n'est jamais arrivé au pouvoir par ses propres moyens. Il y est toujours parvenu avec l'aide des conservateurs et dans des conditions telles que, faisant taire leurs divergences, les rivaux se sont trouvés unis par une même ambition : prendre le pouvoir et détourner la menace communiste. "

Robert 0. Paxton La France de Vichy, 1940-1944. Donc, écartons toute illusion rassurante: le phénomène Le

Pen n'est ni conjoncturel ni éphémère. Le tremblement de terre a bien eu lieu qui a déstabilisé le champ politique. Au point que le problème n'est plus de savoir s'il y a place pour un courant fasciste, mais bien de la possibilité ou non pour un tel courant d'accéder au pouvoir.

Voilà qui oblige à réouvrir une vieille question: les relations de la bourgeoisie française au fascisme. Quitte, pour les besoins de la réflexion et du débat, à prendre le contre-pied de la thèse établie qui veut que la bourgeoisie française soit réfractaire à cette idéologie.

E PEN ne va-t-il pas obliger à remet- résistante, scellant l'antifascisme aux vatre sur le métier de la mémoire l'his- leurs républicaines. Mémoire truquée et toire du demi-siècle écoulé? Au valeurs falsifiées étayaient un en-deça des moment où l'establishment politique et affrontements de classes : la nation franintellectuel, fasciné par les apparences, se çaise, unie parce que patriote et démogargarise de " consensus • censés augurer crate. Consensus qui, quels que soient les une ère politique nouvelle, les vrais anathèmes réciproques, a permis à la consensus, cachés parce que fondateurs, bourgeoisie de régler les grandes épreuves craquent. L'obscure lumière du fascisme de la France contemporaine : la Ubération renaissant fait voir qu'une double onde de et la reconstruction, la réinsertion spécifichoc, celle du déclin du Parti communiste que dans le bloc atlantique, la décolonisaet celle de la rupture entre l'appareil gaul- tion et le drame algérien, Mai 68 ... Du liste et sa base populaire, a rompu les gouvernement de Gaulle à participation piliers enfouis du système politique fran- communiste jusqu'au rétablissement du çais. général en 1968, la complicité s'est jouée

Invitation à scruter l'étrange conni- dans un espace commun borné par une vence qui, depuis la guerre, a lié le gaul- double dénégation : • Ni fascisme, ni révolisme au communisme stalinien. Le jeu lution!». politicien dégageait, par l'anticommu- Le Pen transgresse ce mythe national. nisme, l'assise du gaullisme, y compris Son succès, que confirme sa capacité à dans le peuple, et légitimait la prétendue bousculer ostracismes et tabous, signe la irréductible opposition du PCF au système. crise de la démocratie bourgeoise. Mais, de l'autre côté de ce jeu de miroirs, Dans le contexte de la crise capitaliste les adversaires œuvraient à partir des la dynamique lepéniste peut être définie mêmes références : le mythe de la France comme polarisation à droite des angoisses

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FASCISME, LEPENISME ET BOURGEOISIE sociales. Ce qui signifie deux choses. Peut-être une faiblesse : à la différence de ses antécédents, Le Pen ne se profile pas comme " ni droite ni gauche • 1 , mais revendique de façon tonitruante son appartenance à la droite. Une force, certainement : Le Pen n'est pas venu d'ailleurs, des marges du système, il a fait irruption de son sein même. Voilà pourquoi, comme il aime à le répéter, on ne l'a pas " vu venir».

UN FASCISME ... La confrontation au phénomène Le Pen a réactivé le débat historique sur le " fascisme à la française ... Celui-ci, en retour, interférant avec les approches divergentes du problème. Débat, pour une part, de définition, qui a le mérite de fixer les limites des analogies historiques.

Ainsi, Pierre Milza 2 , dans la continuité des analyses de René Rémond 3 , récuse l'assimilation de l'extrême droite française et du fascisme. " Si le Front national, écrit-il, ne peut être assimilé à un fascisme, ce n'est pas parce qu'il en répudie la paternité (d'autres l'ont fait avant lui contre toute vraisemblance), mais parce que son idéologie et sa pratique sont tout simplement distinctes de ce phénomène daté, spécifique de l'Europe de l'entre-deux-guerres. »

Pierre Milza conclut que le Front national est " une formation politique qui, si elle n'est pas spécifiquement fasciste, s'inscrit dans une trajectoire dont le point de départ est antérieur au fascisme et qui a abouti chez nous à Vichy. »

La question est bien là : convient-il d'épargner le vichysme de l'appellation de " fascisme " ? Comme d'autres régimes, tels ceux de Franco et Salazar, ou, depuis, d'innombrables dictatures militaires de par le monde? Ne s'agit-il pas, à chaque fois sous des formes spécifiques, de régimes anti-démocratiques auxquels la bourgeoisie recourt pour assurer sa domination, usant d'un terrorisme dont les degrés de violence peuvent être divers ?

Comme dit Robert 0 . Paxton : " Des mesures draconiennes prises par une bourgeoisie effrayée - voilà bien qui pourrait être une bonne définition du fascisme.

En ce sens, Vichy est fasciste. En ce sens aussi, le fascisme est encore à venir 4 • »

On pourrait même, dans ce cadre, considérer que c'est le nazisme qui a constitué une particularité du fascisme, par son paroxysme de violence et de démence. Dégageant l'essence chimiquement pure de la barbarie capitaliste modeme, plutôt que le modèle établi des formes possibles de la réaction fasciste. Il convient de noter, pour illustrer ce fait, qu'entre nazisme et mussolinisme, au-delà de leurs parentés, l'écart est peut-être plus grand qu'entre ce dernier et le "fascisme français"·

Plutôt qu'une irréductible spécificité du fascisme, réduit à ses figures allemande et italienne de l'entre-deux-guerres, ne faut-il pas, au contraire, souligner l'extrême diversité de ses formes ? Au demeurant, le nationalisme chauvin, xénophobe et raciste, qui est au cœur de tout fascisme, l'oblige impérieusement à s'adapter à la formation sociale qu'il prétend conquérir, ainsi qu'aux affrontements de classes qui la travaillent. Par ailleurs, les évolutions de ceux-ci, la plus ou moins grande proximité des forces fascistes par rapport au pouvoir, induisent également des transformations fondamentales : le parti nazi installé à la tête de l'Etat allemand militarisé n'est plus celui des bandes armées conquérant la rue et de la démagogie populiste assurant les victoires électorales, sans parler du groupuscule illuminé des origines. De même le vichysme est bien différent des Ugues des années trente. Ainsi, P. Milza souligne fort pertinemment le caractère relatif de certains référents, souvent jugés essentiels, tels que l'anticapitalisme et l'étatisme. « Lorsque le président du Front national écrit : "Le fascisme est une doctrine italienne d'entre les deux guerres qui postule la soumission de l'économie à l'Etat, à l'Etat totalitaire. Or mes conceptions· économiques sont exactement aux antipodes de cette position", il ne prouve qu'une chose: c'est qu'il n'a jamais lu le programme du Parti national fasciste de 1921 ("L'Etat doit être réduit à ses fonctions essentielles d'ordre politique et juridique"), ni entendu parler de l'éloge fait par Mussolini de l "'Etat manchestérien ", avant et après la prise du pouvoir. Il n'est d'ailleurs pas le seul à commettre cette

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FASCISME, LEPENISME ET BOURGEOISIE bévue. Le dirigisme fasciste, tout comme le totalitarisme appliqué au remodelage du corps social sont les produits relativement tardifs du fascisme-régime, en partie déterminés par des impératifs externes : ils ne sont pas nécessairement présents dans le patrimoine génétique de l'idéologie des faisceaux 5 • »«De même, l'anticapitalisme fasciste ne saurait être opposé à la très grande tolérance manifestée à l'égard des grandes concentrations financières par la formation de Jean-Marie Le Pen que si l'on réduit le fascisme à sa forme originelle, groupusculaire et contestataire 6 • »

Ces moments de mutation sont évidemment décisifs. Une des questions actuelles en France est bien de savoir si la crise générale de la droite ne va pas confronter le Front national à un moment de ce type, aux conséquences proprement imprévisibles.

... AUX COULEURS DE LA FRANCE « A la différence des pays où le fascisme a triomphé dans l'entre-deux-guerres, écrit P.Milza, la montée de l'extrême droite n'ajamais été liée en France à une "situation de détresse", au sens où cette expression a été employée (notamment par le sociologue Jules Monnerot) pour désigner une menace révolutionnaire à laquelle l'Etat libéral s'avérait incapable de résister. Elle est au contraire inséparable de mutations profondes affectant tous les secteurs de la vie économique et sociale, marginalisant certaines catégories d'individus et s'accompagnant d'une crispation sur les valeurs traditionnelles, parfois rebaptisées "révolutionnaires" par référence à l'ordre ou au "désordre établi", c'est-à-dire à la société "bourgeoise". L'émergence d'un nationalisme de choc à la fin du xJX• siècle, celle de l'antiparlementarisme ligueur et fascisant de l'entre-deux-guerres, la vague poujadiste du milieu des années cinquante relèvent ainsi de réactions très comparables à des coups d'accélérateur de l'histoire. Il en est de même aujourd'hui 7 • »

On retrouve derrière cette réalité certaines particularités, soulignées par l'Internationale communiste dans les années vingt, de la bourgeoisie impérialiste française dont les prétentions politiques ont toujours excédé les possibilités effectives. D'où cette hargne à s'accrocher à ses rentes de situation, en particulier coloniales, l'obsession du « déclin" et la propension à désigner des « boucs émissaires " pour expliquer ses déboires. Bref, une médiocrité, parée des vanités de l'intelligence, qui sait s'allier à la férocité dans la répression coloniale et anti-ouvrière.

Cette bourgeoisie-là a produit une réaction qui ne pouvait se hausser au rang des fascismes noirs et flamboyants, soulevés par des affrontements de classes gigantesques et animés d'une sauvage volonté de conquête. Plutôt un fascisme adipeux, voire sénile, plus capable d'exploiter une fermentation sociale que d'affronter une poussée révolutionnaire des masses. Le Pen s'est repu à ces mangeoires idéologiques : les composants en sont-ils encore actifs dans la société française présente ?

ET DE CE TEMPS? Le Pen a d'ores et déjà apporté une réponse positive à cette question. Son succès électoral, qui veut dire qu'il a opéré la jonction avec une base populaire, issue principalement de la droite, mais aussi de la gauche, témoigne d'une rupture avec l'idéologie libérale dominante.

Le fonds économique où puisent droites conservatrices et extrême droite est le même: le néo-libéralisme reaganien. On peut toutefois penser que la dynamique lepéniste, qui renoue avec les vieilles traditions réactionnaires et fascistes, est d'autonomisation par rapport à l'idéologie qui étaye ce néo-libéralisme. Ainsi se trouve reposée la vieille question des rapports des élites bourgeoises , avec les masses : la crise présente de la droite en est la démonstration éclatante. Alors que nul ne met en question la politique économique nécessaire au capital, la crise idéologique et politique apparaît totale. C'est l'implosion : les uns rallient le réalisme social-démocrate, d'autres ne voient de solution que dans le pillage de Le Pen, certains rêvent d'une renaissance du gaullisme populaire, et Balladur, qui a l'ambition d'unifier toutes les forces conservatrices,

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FASCISME, LEPENISME ET BOURGEOISIE n'hésite pas à lancer l'inepte mot d'odre du «libéralisme populaire • (sic) ...

Le redoutable art de l'ambiguïté, caractéristique du fascisme, ne permet-il pas à Le Pen de nager dans les eaux mêlées du reflux du néo-libéralisme ? Ce dernier assume cyniquement l'injustice sociale et le mépris des faibles, prône l'inégalité et la concurrence sauvage, ce faisant il nourrit le racisme et œuvre à la régression sociale. Mais la caste dirigeante française se revendique de la compétence, prétend au pragmatisme, se pare des vertus du • modernisme " et de la société transnationale. Le Pen retourne comme un gant cette " non idéologie " propre et lisse, pour étaler une idéologie répugnante: chauvinisme, racisme, phallocratisme, passéisme... A l'impératif catégorique de la compétitivité technocratique, il oppose l'obsession crépusculaire du " déclin .. . Et s'il s'affiche comme chef, c'est uniquement au nom de sa capacité de donner une voix à toutes les frustrations (celui qui a le courage de « dire tout haut ce que les autres pensent tout bas • ! ) . La question est de savoir quelle peut être la fécondité de ces connexions idéologiques inédites ...

Une chose est sûre : Le Pen a déjà fait explosé le mythe d'une société française - et sa bourgeoisie avec elle - intrinsèquement démocratique, éclairée, bref • civilisée •. Il renoue avec de vieilles habitudes bourgeoises refoulées, celles de l'antisémitisme, du racisme colonial, du chauvinisme imbécile, de l'angoisse du progrès social... Mais cette brutalité est efficace puisqu'elle est apte à cimenter d'anciennes alliances entre les bas fonds de la société et les courants populistes d'une classe dirigeante qui n'a jamais dédaigné d'en appeler à eux. Et elle est présente au cœur même de la • pensée • bourgeoise, toujours mélange instable. D'où, peut être, la déconcertante facilité des recompositions à droite, par opposition aux lenteurs et difficultés de celles qui agissent dans le mouvement ouvrier : des pans entiers de la classe politique bourgeoise n'ont jamais endossé les contraintes de la démocratie que comme une défroque seyante par temps calme, mais qu'on peut vite jeter aux orties quand vient l'heure des horions.

Il ne s'agit pas, ce disant, de rééditer les vieilles erreurs du PCF qui consistaient à galvauder la caractérisation de fasciste en l'accolant à toute manifestation d'autoritarisme de la droite. Mais de scruter les possibles recompositions travaillant la droite à partir d'un pôle fasciste incrusté en son sein. Et ce, sans préjuger quelles synthèses nouvelles peuvent naître d'une telle incubation.

UN AVENIR OUVERT

La bourgeoisie française dans ses fractions dominantes n'a aucun intérêt à faire le choix du fascisme. Celui-ci, par trop contraire aux réalités de la société française contemporaine, ne pourrait signifier qu'une formidable régression à laquelle, dans les conditions présentes, rien ne contraint. Bien des choses transformeraient un tel recours en folle aventure : l'internationalisation du capital français et l'option européenne, la puissance de l'Etat bourgeois, un prolétariat moderne au formidable potentiel social et intellectuel, aujourd'hui géant assoupi, sa crise de

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FASCISME, LEPENISME ET BOURGEOISIE

1 . Cf. Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l'idéolotie fasciste en

France.

2. Pierre Milza, Fascisme français, passé et présent,

Flammarion, 1987.

3. René Rémond, les

Droites en France.

4. Robert O. Paxton, in la

France de Vichy,

1940-1944, p. 224

5. P. Milza, op. cit.

p. 429-430.

6. Ibid., p.431.

7. Ibid., p.420.

direction le privant d'une perspective révolutionnaire ...

Le paradoxe est bien, dans ces conditions, la lepénisation rampante de la droite. Situation qui est en voie de produire un déplacement majeur des forces politiques. La montée de Le Pen, après avoir facilité la victoire de Mitterrand, divise la droite et libère une force conservatrice disponible à l'alliance avec une social-démocratie • recentrée ... Malgré la confirmation apportée par les législatives de la polarisation gauche/ droite, le projet commun de Mitterrand et de Barre est bien de faire apparaître une force libérale conservatrice, pivot d'un système d'alternance parce qu'alliée nécessaire de toute majorité.

Il est vrai qu'un gouvernement socialistes-barristes peut constituer un instrument parfaitement fonctionnel au regard des intérêts de la bourgeoisie, il n'empêche que ce jeu • habile • laisse pendantes deux questions de taille.

Quelle est la solidité de • l'alibi démocratique • censé justifier, aux yeux du .c peuple de gauche •, l'alliance avec une fraction de la droite, au prix du renoncement à toute velléité de changement ? Et, dans ces conditions, du fait de l'affaiblissement de la gauche, quel type d' • alternance • représenterait une droite lepénisée?

On reconnaît bien l'atavique péché mignon de la classe politique française qui est de croire que la règle est de jouer au plus fin. Le Pen n'est alors qu'un prétexte: à dissociation de la droite, côté Mitterrand, à • fonctionnalisation " de la social-démocratie, côté Barre ... Le tout dans le décor en trompe-l'œil de la • défense de la démocratie •.

Le gouvernement Rocard, en concertation avec Barre, et en continuité avec les lignes directrices de la • Lettre aux Français • de Mitterrand, a voulu que la Kanaky soit le premier test de sa politique. Opération consensus réussie ! Mais à quel prix ? Le brouillage théâtral ne pourra masquer longtemps que l'accord s'est fait sur la base du refus de reconnaître au peuple kanak son droit à l'indépendance. La prétendue • double légitimité • sur cette terre prépare, de facto, la partition et une Calédonie blanche. Nouvelle spoliation qui permet de juger ce que valent certaines professions de foi démocratiques ! Premier acte d'une politique qui, n'en doutons pas, va aligner les renoncements. En total oubli des conséquences, tant économiques que morales. Car se poursuivent, du fait de la crise, la désagrégation sociale et la montée des désespérances. Ces peurs dont Le Pen n'est que le produit.

Erreur de perspective, donc, complète et ancienne ! La réduction de la politique à cette seule dimension démocratique ne relève pas seulement de la (bonne ou mauvaise) conscience du réalisme social-démocrate, c'est aussi l'illusion première que la démocratie libérale est l'expression même de la société bourgeoise, en mesure d'enclore ses contradictions. Illusion dont l'histoire a montré que la bourgeoisie en tant que classe ne la partage point, et que telle est sa force.

Le mouvement populaire a toute capacité à repousser la menace que représente le fascisme. A condition de ne pas bomer son horizon historique aux limites étriquées que prétend leur imposer, sous couvert de démocratie, la bourgeoisie. Car chaque concession faite à Tapie patron, pour ne pas effaroucher le challenger de Le Pen sur le ring marseillais, chaque accord avec Barre et ses amis, pour ménager la majorité élargie, constituera un recul, un renoncement qui, affaiblissant la confiance dans la possibilité du changement, ne fera que renforcer l'adversaire.

Ce prétendu • réalisme " est une mortelle planche pourrie. A l'anti-perspective d'avenir de Le Pen, aux relents de barbarie, il faut opposer un véritable projet de société qui, refondant, les valeurs démocratiques, en fasse des forces matérielles et non des mirages.

Projet mobilisateur d'une société sans chômage ni injustices, réalisant l'égalité effective des droits entre tous ses membres, quels que soient leur sexe, leur origine sociale, ethnique ou religieuse. Une société réellement démocratique parce que dirigée par les citoyens eux-mêmes. Une société ouverte sur le monde, parce qu'internationaliste, réconcilié avec la nature, parce qu'ayant rompu avec la loi infernale du profit capitaliste. Bref, un avenir de progrès, seul à même de dissiper les fantasmes de régression lepéniste.

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LA POLITIQUE« SOCIALE»

PAR LE FRONT NATIONAL

PRECONISEE

L'économie et les finances :

Le FN propose une dénationalisation et une désétatisation " massive 11. Il envisage de créer un " capitalisme populaire "• en redistribuant le capital des entreprises nationalisées aux chefs de famille française sous forme de portefeuilles individuels. Le RPR prévoyait aussi de faire accéder le personnel aux actions de l'entreprise à l'occasion des dénationalisations. Dans cette perspective de 11 propriété populaire "• le FN va beaucoup plus loin. Il envisage de 11 diffuser la propriété aux citoyens en démantelant les grandes propriétés publiques ... 11, dont les bénéfices reviennent, dit-il, aux syndicats. Pour lui, 11 la propriété, c'est la liberté ... c'est la vie"· Dans cette perspective utopique de 11 propriété populaire "• il veut aussi vendre les logements HLM aux locataires, ce qui serait une charge bien lourde pour ceux qui ont des revenus modestes.

Le FN supprime les 11 impôts inquisitoriaux "• sur les grandes fortunes - le président du parti, riche héritier, est le premier intéressé - les plus-values, etc ... Il diminue l'impôt sur le revenu. Les aides publiques seront réduites et compensées par la baisse de la pression fiscale. Comme dans toutes les politiques libérales, le FN prévoit des déréglementations. En ce qui concerne les déréglementations, les dénationalisations, la suppression des impôts mentionnés ici, le FN n'a pas de raisons de se plaindre.

L'emploi, les droits des travailleurs : Dans ce domaine, le FN et le CNI annoncent des programmes très proches : les lois Auroux sont presque totalement abrogées, le droit de grève est restreint, le chef d'entreprise a le droit de licencier librement. Le salaire devrait être négocié entre l'employeur et l'employé, selon la loi du marché. Le SMIC n'existera plus pour mener cette ligne économique à son terme, ainsi que pour faciliter l'emploi des jeunes, à un salaire qui lui sera inférieur.

Le FN ajoute des mesures nationalistes : 11 Supprimer l'interdiction faite aux employeurs de ne demander que des candidatures de ressortissants français ou membres de la communauté européenne" (sic). S'il y a licenciement, le maintien dans l'entreprise sera 11 réservé en priorité aux Français "· Ces deux derniers points demeurent propres au FN, alors que beaucoup d'autres mesures apparaissent comme l'extrémisation de propositions de la droite et surtout du CNI.

La famille:

Le FN suit son orientation propre, libérale, nationaliste et moralisante. Il défend le mariage, valeur fondamentale, la famille. Il ne parle plus d'allocations parentales d'éducation pour le troisième enfant, mais il demande un salaire maternel accordé en priorité pour les familles de trois enfants et plus. Il insiste sur le rôle primordial assumé par la mère, critique le discours officiel qui tend à abolir la différence dans les fonctions de l'homme et de la femme. En retournant au foyer, les femmes libéreraient des emplois. Le revenu maternel coûterait moins cher que les pré-retraites. Et pour les financer, il suffirait de 11 réserver les prestations familiales et les prestations annexes aux seuls ressortissants français"· On a vu que la droite utilise aussi, avec plus de discrétion, cette mesure discriminatoire. Avec l'lVG, il ne temporise pas: il abroge totalement la loi Veil.

Extraits de Vigilance, Vieilles traditions extrémistes et droites nouvelles, Marie-José Chombart de Lauwe, la Ugue des droits de l'homme ; nouvelle édition actualisée, 1987, EDI.

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Une lecture indispensable :

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