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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La droite en proie au démon rénovateur

· Critique communiste, n° 86, juin 1989 · p. 22-26 · 3 390 mots

L'entreprise des rénovateurs de la droite a fait long feu. Tous d'accord sur l'Europe, disent-ils. Tous en harmonie pour préconiser l'union, répètent-ils à satiété. En guise de renouveau, il ne leur reste plus qu'à choisir entre Giscard et Simone Veil. Alors, beaucoup de bruit pour rien ? Après la simulation du massacre des pères, le retour au bercail des innocents ? Certains en concluront que, sous des allures de drame, ce n'était qu'une farce. En fait, ni l'une ni l'autre. Disons, de façon plus mesurée, qu'il s'agit d'une nouvelle étape, et décisive, de la crise de la droite.

L '

1 . Le Figaro du 1 1 avril 1989 2. Jérôme Jaffré, Trente années de changement électoral, in Pouvoirs, n° 49 .

EXECUTION télévisée de Giscard par Baudis restera peut-être comme un grand moment de la politique médiatisée. Renouvellement intéressant de l'art œdipien, fort prisé à droite, du meurtre des pères. Et qui nous rappelle que, selon leur morale politique, il convient de prendre la caractérisation de " tueur " en éloge. Mais, faute d'avoir eu " le courage d'aller jusqu'au bout "• selon la formule prêtée à Barre 1, le grand chambardement rénovateur est retombé en écume. Prix, précisément, de la médiatisation : le coup d'éclat suppose le superficiel et cède à l'éphémère.

Pourtant, dans le thème du rajeunissement gîte l'obsession du renouvellement, c'est-à-dire la conscience inquiète de l'inadaptation croissante des appareils politiques aux réalités sociales. D'où le formidable succès du mot " rénovation " et les troublantes analogies des mouvements qui, à gauche et à droite, travaillent les partis.

UNE DROITE CASSEE

L'audace et l'insolence des " rénovateurs " ont été rendues possibles par une situation qu'elles éclairent: pour la droite, le pire est déjà arrivé ... Un certain 24 avril 1988. Lorsqu'il est apparu que Chirac était vaincu parce que la droite était brisée en trois morceaux de force quasi comparable : six milions de voix pour le RPR et son chef (20 %), cinq millions de voix pour Barre et l'UDF (16,5 %), quatre millions quatre cent mille voix pour Le Pen

(14,4 %). La stratégie présidentielle de Chirac engagée dès 1974, sous le signe de la trahison, débouchait sur une faillite. L'entreprise téméraire de la cohabitation se soldait par un fiasco. Le seul succès, au demeurant modeste et empoisonné, dont pouvait alors se revendiquer Chirac était gagné contre son camp : l'enfoncement de Barre.

La coalition conservatrice, déjà fort vermoulue, voyait son avenir lui échapper. L'UDF se savait condamnée à l'implosion et le RPR à l'impotence. La droite risquait fort de ne pas être en mesure de résister aux forces centrifuges s'exerçant aux deux bouts. Du côté de Mitterrand et du PS recentré, les appels à l'ouverture, et une perspective de troisième force séduisante pour une droite modérée et non adepte de l'éloignement durable du pouvoir. De l'autre, avec le Front national, la tentation de la radicalisation extrémiste pour regagner l'électorat lepéniste, nécessaire à toute victoire électorale ultérieure. Emprisonner l'UDF et réduire le Front national : deux exigences inconciliables qui ne pouvaient que déstabiliser le RPR.

Incapable de trancher ce nœud gordien, le RPR, et partant la droite entière, s'avérait ne pouvoir être une relève crédible en vue d'une future alternance.

L'ECHEC COMME DESTIN

La droite ne pouvait plus dès lors nier une cruelle évidence : la condamnation à l'échec. Cruelle, parce que, comme le souligne Jérôme Jaffré 2 , la droite a été ma-

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LA DROITE EN PROIE AU DEMON RENOVATEUR joritaire au premier tour de toutes les élections depuis les cantonales de 1982 : " Majoritaire au premier tour de la présidentielle de 1988 comme aux législatives qui ont suivi, deux élections qu'elle a pourtant perdues. Sa faiblesse réside donc moins dans son audience que dans sa difficulté à agréger ses forces. "

A cette contradiction, Balladur ne voit d'explication que dans la division de la droite, et donc de solution que dans son union. Et de s'interroger: "Combien d'échecs faudra-t-il encore pour que la force de l'union soit comprise par tous 3 ?" Sachant, concernant cette union, que "ce sera long et difficile, mais si nous n'y arrivons pas, nous serons encore battus en 1995. C'est pour moi tout à fait évident 4 • "

Paroles qui ne résonnent pas dans un désert: l'obsession de l'échec hante la droite française. Du coup, elle est en attente de médications plus radicales que les soporifiques du docteur Balladur. Celui-ci se lamente sur une faillite qui lui apparaît injuste, sinon purement et simplement inexplicable : "J'ai cru trop longtemps que mener une bonne politique ne manquerait pas d'avoir des résultats, et que les Français le reconnaîtraient 5 • " Bref, l'essentiel relève d'un mystérieux décalage entre l'élite et l'électorat: "Le peuple et nous ne nous sommes pas compris mutuellement6."

Les dirigeants de la droite soucieux d'aller au-delà de cette aristocratique complainte ne pouvaient que se montrer réceptifs à un propos plus rèche. Celui de Jean-Louis Bourlanges, conseiller de Chirac entre 1984 et 1985, qui "lassé dejouer les Cassandre au sein d'une équipe qui ne croyait qu'aux bonnes nouvelles" regagna son "corps d'origine, La Cour des comptes ", et publia en novembre 1988 Droite, année zéro. Son diagnostic a le tranchant d'un verdict : " La droite française, telle qu'elle s'est progressivement organisée sous la République autour du mouvement gaulliste, cannait aujourd'hui une crise profonde 7 • "Et de brocarder dans les droites " leur tenace incapacité à pénétrer le secret des disgràces successives qui les frappent 8 "·

Bref, là où Balladur s'interroge, Sourlanges propose des réponses. Sa Droite,

Extrait du Monde. année zéro était appelée à devenir le viatique des rénovateurs au moment où ils allaient franchir le Rubicon de l'offensive publique.

CANDIDATS A LA RELEVE La conjonction du bilan des municipales et de la préparation des européennes a permis l'offensive éclair desdits rénovateurs. Le triomphe de Michel Noir à Lyon, les succès confirmés de Baudis à Toulouse et de Carignan à Grenoble, ont donné la légitimité nécessaire aux " cadets ". Au sein d'une droite qui semble condamnée à aller d'échec en échec, ils ont en effet témoigné de la capacité à gagner en affirmant un profil qui, au-delà des partages anciens entre l'UDF et le RPR, apparaît commun : celui du recentrage. Se déchargeant sans gêne du fardeau des défaites antérieures sur la génération précédente, au seul prétexte de l'âge, ces maires new-look se targuent aussi d'être exempts des excès néo-libéraux dont le gouvernement Chirac s'est rendu coupable. Quant à Michel Noir, après ses appels courageux à lever toute ambiguïté par rapport à Le Pen, et la démonstration faite qu'on peut sauver son âme et gagner les élections, il symbolise, en conjonction avec Simone Veil, la nécessité pour une droite qui se veut civilisée et conquérante de lever l'hypothèque lepéniste.

Quant à la préparation des européennes, réduite à la propulsion de Giscard à la tête de la liste d'union RPR-UDF, elle offrait l'occasion d'une percée médiatique brillante. La médiocrité d'un remake si grossièrement fagoté ne pouvant donner que l'éclat maximum à l'affirmation véhémente

3. Edouard Balladur, Passion et longueur de temps,

Fayard ,

Paris

1989, p. 235.

4. Ibid., p. 356.

5. Ibid., p. 92.

6. Ibid., p. 280.

7. Jean-Louis

Bourlanges, /a Droite année zéro,

Flammarion,

1988, p. 18.

8. Ibid. p . 17.

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LA DROITE EN PROIE AU DEMON RENOVATEUR de la nécessité pour la droite de se rajeunir pour se rénover !

Ayant renoncé, ou n'en ayant jamais eu l'intention, à aller jusqu'au bout de cette offensive -la présentation d'une liste-, les rénovateurs ont dû se limiter à opérer cette percée médiatique préparant l'élection présidentielle. Une fois piqué Giscard, et banderillé Chirac, reste à attendre l'après-18 juin et l'heure de l'estocade : "Au lendemain de l'élection présidentielle personne dans l'opposition ne peut dire: "Je suis investi d'une sorte de droit à être candidat dans six ans." Il faut donc profiter de ce vide pour créer le mécanisme qui permettra d'éviter le trop-plein. " (Dominique Baudis, in le Monde du 12 avril 1989). Bourlanges, toujours lui, préconisait l'instauration de " procédures de sélection " et " de mise en congé " pour discipliner les rivalités au sein de la droite 9 •

Reste à s'interroger sur la fiabilité du mécanisme rénovateur. L'incapacité à faire le saut du " coup .. médiatique, couronné d'un succès dont ont témoigné les sondages, à l'opération électorale qui seule aurait pu transformer l'essai et créer l'iréversible, est susceptible de tout remettre en question. L'interruption d'une guerre éclair peut gâcher un capital si aisément gagné à l'audimat. Et permettre aux appareils, en fait celui du RPR, de reprendre l'initiative. Les rénovateurs, qui ont affiché leur ambition de créer un mouvement politique, s'en trouveraient définitivement ramenés à ce qu'ils sont : une bande.

Cette autolimitation était le prix obligé du refus de créer l'irréparable par rapport au RPR. Ce qui faisait la position clé des rénovateurs du RPR, Séguin et Noir, constituait aussi le frein moteur de toute l'opération. Ce qui a amené Baudis à en tirer des conséquences on ne peut plus claires : " Nous prendrons date pour le 19 juin, ce qui n'empêchera pas chacun de nous, à titre personnel, de soutenir la liste de son choix, car on ne veut pas se m ettre en situation d 'être exclu par les appareils, comme ils en auraient peut-être 9. Ibid. p. 29. la tentation 10 • " 1 O. Dominique Baudis, in Tel était bien le talon d'Achille du prole Monde, 1 2 avril 1 989. jet : au regard de la création d'un nouveau mouvement politique à droite, le RPR reste incontournable.

LES ALEAS DE

LA RECOMPOSITION Les faiblesses des rénovateurs sont en elles-mêmes révélatrices de l'ambition dont ils font montre. S'il ne s'agit que de substituer les premières places, des accommodements s'avéreront possibles, les appareils sauront y travailler. Mais une lucidité politique certaine les a amenés à revendiquer la nécessité d'un projet politique. Pour rompre la logique de l'échec, la droite doit renaître et subir une recomposition. Bref, il faut à la droite un nouveau parti.

Le cas de figure est inédit. Certes, la droite et son électorat n'entretiennent pas les mêmes rapports à leurs partis que le mouvement ouvrier, ils peuvent se satisfaire de regroupements plus hétéroclites et circonstanciels, dans la mesure où la défense d'intérêts établis est un ciment plus solide que bien des programmes. Reste que, même dans ces limites, la constitution d'appareils politiques efficaces suppose le feu d'événements d'ampleur et, souvent, l'intervention d'un homme appelé à devenir " providentiel .. . Les conditions politiques présentes, spécifiques, obligent à se poser le problème différemment, comme à froid ... Et ce, du fait de la situation paradoxale où a conduit l'évolution de la V e République : alors que la suprématie électorale de la droite, après s'être errodée après 1968 et avoir été perdue en 1981, a été reconquise immédiatement et conservée depuis, celle-ci n'a pu se traduire en victoire politique.

Contrairement à l'illusion entretenue par la " vieille garde .. que le salut est dans l'union, les rénovateurs ont compris que cette situation renvoie à des bouleversements en profondeur de la société française, et que la droite, si elle veut changer le cours des choses, est contrainte à une refonte.

La division de la droite, en effet, n'est pas, contrairement à ce que croit Balladur, la simple résultante de la ruse de Mitterrand et de la malignité de Barre. Mais bien le produit d'évolutions sociales et politi-

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11. Jérôme Jaffré, op. cit.

1 2 . Jean-Louis Bourlanges, op. cit., p. 19.

13. Ibid., p . 21 .

1 4. Ibid. , p . 3 1 .

ques fondamentales, qu'expliquent aussi bien J .L. Bourlanges que J . Jaffré , qui s 'appellent recul du catholicisme, affaiblissement de la paysannerie, montée en force des couches moyennes salariées, salarisation croissante des femmes et modification de leurs comportements politiques, discrédit de la " culture autoritaire " dont le gaullisme est empreint. ..

Les années quatre-vingt, jalonnées par la double victoire de Mitterrand, correspondent à un changement fondamental des équilibres politiques, dans le cadre des institutions de la V • République qui indui -sent une bipolarisation de la vie politique. A une opposition entre gaullisme et PCF s'est, au cours des années soixante-dix, progressivement substituée celle entre PS et droite. Celle-ci a permis les victoires de Mitterrand, d'abord grâce à la montée en puissance de l'Union de la gauche, puis par la place nouvelle occupée par le PS face à une droite éclatée. Derrière ces évolutions électorales se jouaient le double destin du PCF, réduit au déclin, et du parti gaulliste, condamné en tant que force autonome. Jérôme Jaffré souligne qu' "à partir de 1973, le poids du gaullisme dans le total des voix de droite et du centre devient minoritaire et il le restera sans discontinuer jusqu 'en 1988 11 " .

En ce sens, les échecs de la droite renvoient bien d'abord à des incapacités politiques. Celle de Giscard qui, après 1974, a préféré le compromis avec Chirac et le RPR à la tâche ardue de construire un parti correspondant à la nouvelle majorité présidentielle. Celle, en 1986-1988, de Chirac à maîtriser, et même, si l'on en croit Bourlanges , à percevoir, l'instabilité électorale provoquée par l'expérience gouvernementale de la gauche ; ce qui devait l'amener à se noyer dans les turbulences de la cohabitation.

Ces erreurs politiques sont elles-mêmes l'expression d'incapacités plus fondamentales : le " décalage " que ressent Balladur sans pouvoir l'analyser, et que Bourlanges caractérise comme le " déréglement progressif des rapports que la droite entretient avec la société française 12 " ·

On peut suivre ce dernier dans son analyse de ce qu'il estime être pour la droite "deux évolutions destructrices "• l'une en termes de "déficit de modernité "• l'autre d'impuissance à faire face à la crise économique. D'où un double affaiblissement : du côté des couches moyennes salariées, réfractaires à une certaine " culture autoritaire "• d'une part, et, de l'autre, dans une base populaire qui, broyée par la crise, se trouve aspirée par l'extrémisme archaïque du Front national.

C'est, dit en un certain style, le constat que Chirac s'est trouvé, faute d'un projet politique cohérent, piégé par les contradictions sociales de la bourgeoisie. Sa politique, sans l'être assez pour endiguer le lepénisme, a été suffisamment réactionnaire pour provoquer un soulèvement social, entraîné par la jeunesse, qui mit en déroute un néo-libéralisme trop sûr de lui. J-L Bourlanges reconnaît que les luttes et les déconvenues de l'hiver 1986 " ont vite montré les limites de la révolution libérale à laquelle le pays était prêt à consentir"· Balladur soi-même y consent qui explique longuement quelle défaite pour son gouvernement ont représenté ces mouvements qu'il compare à Mai 68.

" Le suicide de la droite, explique J -L Bourlanges, tient en partie à cette oscillation douloureuse entre un statu quo technocratique hérité des belles années de la v• République et une nostalgie ultralibérale, sorte de fantasme sadomasochiste surgi d'un autre âge à l'usage d'une société qui joue à se faire peur avec son propre déclin 13 • " D'où l'appel à " une véritable révolution culturelle sur l'ensemble du territoire politique compris entre le PS et l'extrême droite 14 • "

C'est formuler une ambition qui est celle des rénovateurs : non pas seulement rénover la droite, et a fortiori la réunifier, mais la recomposer organisationnellement et politiquement, afin de dresser face au PS un challenger apte à emporter la pro -chaine partie présidentielle. Il n'empêche que le caractère brouillon de leurs initiatives indique le hiatus entre volonté et capacité.

La "modernisation "• en effet, n'est pas seulement affaire d'âge et de look. Elle suppose un projet politique.

UN AVENIR INCERTAIN

Ce qui divise et paralyse la droite ce n'est pas la volonté de recomposition,

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LA DROITE EN PROIE AU DEMON RENOVATEUR unanimement revendiquée, mais la question des bases de celle-ci et du projet qui doit la porter. Les leaders de la droite ont de longue date compris le caractère dépassé des regroupements existants. Soit pour les caractériser comme artificiels ou secondaires , afin de prôner une unification du RPR et de l'UDF. Soit, plus lucidement, pour souligner qu'ils ne correspondent plus aux clivages réels qui partagent et l'UDF et le RPR . Du premier discours, Balladur s'est fait le champion. Dès mars 1988, il publiait dans Le Monde un article intitulé " L'ardente nécessité d'une confédération RPR-UDF " dans lequel il expliquait : " L'existence dans L'actuelle majorité de deux grands mouvements politiques est pour elle une source d'incertitude. Elle constitue un risque pour toutes Les élections, générales ou partielles. " "L'intérêt de la majorité est de mettre fin à cette organisation en deux mouvements, qui pose un problème à chaque élection 15 • " Quant à Simone Veil, dès mars 1987, elle défendait une autre analyse dans les colonnes du même journal : la réalité, et même l'accentuation, des clivages au sein de la droite, en précisant qu'" en fait, ces clivages ne se situent pas entre l'UDF et le RPR, mais à l'intérieur de chacune de ces formations "· Et, à la perspective d'un rassemblement de la majorité, elle en opposait une autre : " Que se constitue clairement deux partis, l'un au centre, L'autre à droite 16 . "L'histoire récente témoigne qu'il ne suffisait pas, pour le RPR, de rallier Giscard et Léotard, et de " tuer " Barre, pour exorciser ce second projet qui, bien que malingre, semble avoir la peau dure. Sans doute parce que la réponse à la crise de la droite ne saurait se réduire à une simple redistribution des cartes. Car elle combine une crise du gaullisme et un maintien du RPR comme principal appareil politique de la droite. De Gaulle avait su gagner à la droite une hégémonie politique dans le cadre des institutions existantes, grâce au maintien 15. Edouard Balladur, in le Monde, 1 8 mars dans l'opposition du PS, accusé d'être 1988. prisonnier du PCF, et à la marginalisation 1 6. Simone Veil, in le de l'extrême droite. Situation qui lui assuMonde, 23 mai 1987 . rait une base populaire aujourd'hui perdue.

Cet équilibre s'est effondré du fait du déclin du PCF et de l'irruption du phénomène Le Pen. Mais ce sont les principes mêmes du gaullisme - une conception bonapartiste du pouvoir, une tradition de nationalisme et d'anti-parlementarisme ... -, qui ont été minés par les effets de la crise capitaliste, des transformations sociales, du choix de l'intégration européenne.

Sous le vocable " rénovation ", c'est bien ce problème qui se trouve posé : la définition d'un projet politique qui redonne à la droite une identité adaptée aux réalités actuelles. Mais quel projet, telle est la question. Or, entre le RPR et le PS, les outrances archaïques des uns et les prudences modernistes des autres, à quelle version originale du néo-libéralisme peuvent prétendre nos rénovateurs ? L'hostilité des appareils, et des moyens de presse qu'ils influencent, à l'égard de ces derniers, outre un inévitable conservatisme de bon aloi, témoigne d'une inquiétude plus profonde : si refondre la droite est bien une nécessité, reste à savoir quel nouvel alliage est possible. D'autant que le recentrage proposé par les rénovateurs suppose réglée une question qui ne l'est sans doute pas : savoir où se situe aujourd'hui le centre de gravité de la droite. En effet, les équilibres institutionnels, en mesure d'assurer une victoire électorale face au PS peuvent être appréciés en fonction d'u~ modèle théorique : un jeu d'alternance entre deux partis modérés et quasi-jumeaux. Il n'en est pas de même des évolutions sociales susceptibles de modifier brutalement ces modèles institutionnels ...

Les scores respectifs des listes centriste et RPR-UDF aux élections européennes peuvent accélérer ou condamner le projet rénovateur. En tout état de cause ils ne sauraient réconcilier les voies divergentes sur lesquelles sont engagés le CDS et les rénovateurs, d'une part, Léotard-Pasqua de l'autre ... Quant à Chirac-Balladur, hormis d'être débarrassés de Giscard, rien ne sera résolu pour eux.

Tant il se confirme que, si plus va la crise plus s'affirme l'aspiration au renouveau, les voies et les moyens de celui-ci ne s'en dessinent pas pour autant clairement. A droite aussi. A droite, avant tout.. .

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