A
PPARUE brutalement au cours de l'été 1982, à l'occasion de la crise bancaire mexicaine, le " problème de la dette des pays en développement" n'a guère quitté la une des journaux, notamment avec de gros titres sur les émeutes de la faim en Egypte, au Maroc ou en février dernier au Venezuela.
Les données du problème sont les suivantes : à la fin 1988, le montant de la dette est d'environ 1 300 milliards de $ (md$) et la charge de cette dette de 160 md$ (80 d'intérêts et 80 de remboursements). L'accroissement annuel de la dette s'est ralenti et correspond à peu près aujourd'hui au montant des intérêts, c'est-à-dire que les banques prêtent uniquement de quoi être payées : le système semble bloqué.
Mais il convient peut-être de se demander tout d'abord s'il y a bien un seul problème qui nécessiterait les efforts conjoints des prêteurs et des emprunteurs pour aboutir à la solution. N'y a-t-il pas plutôt deux crises de la dette : celle des banquiers qui craignent de ne pas être remboursés, et celle des peuples, exsangues, qui ne supportent plus de voir mourir leurs enfants ? UNE ANCIENNE BONNE AFFAIRE POUR LES BAN OU ES
Après les deux chocs pétroliers de 1973 et 1980, les banques occidentales ont recyclé les " pétro-dollars ", c'est-à-dire les importants capitaux placés chez elles par les pays exportateurs de pétrole, principalement du Moyen-Orient, en accordant de nombreux prêts, notamment aux pays d'Amérique latine ou d'Asie qui paraissaient offrir d'intéressantes perspectives de développement.
Mais ceci a été effectué dans un contexte de surenchère totalement incontrôlée : en plus des grandes banques internationales, chaque petite banque ou caisse d'épargne, du Middle West par exemple, a voulu avoir "son " prêt sur l'Amérique latine. Les études économiques, en principe préalables à tout accord de crédit, ont été négligées au profit des pots-de-vin offerts aux responsables des pays du tiers monde, pour qu'ils acceptent de s'endetter. Il y a ainsi maintenant plus de cinq cents banques créancières du Mexique et plus de huit cents du Brésil (lequel d'ailleurs prête à la Pologne ... ). Le dernier livre de Susan George sur la dette, intitulé Jusqu'au cou, cite de nombreux exemples de ces pratiques, à partir de témoignages de banquiers " repentis " et du ministre mexicain des Finances de l'époque.
L'encours d'endettement a crû en fait beaucoup plus vite que la production (PIB) et le rapport dette/PIB est passé, pour l'ensemble des pays emprunteurs, de 25 % en 1977 à 50 % en 1988 (voir tableaux 1 et 2). La charge de cette dette (on dit le service de la dette) se compose de remboursements et d'intérêts. Ces derniers ont littéralement explosé car ils étaient " à taux variable ", petit détail sur lequel les banquiers n'avaient pas jugé utile d'insister. Ainsi des prêts obtenus en 1976 à 6,1 % ont, en fait, supporté un taux de 16,7 % en 1981 ! (voir graphique 1 ).
Au total, un endettement excessif et des taux usuraires : bonne affaire pour les banquiers ! Août 1982 : la crise mexicaine
En août 1982, le Mexique se retrouve brusquement en situation de quasi-banqueroute. Les grandes banques, le FMI et les gouvernements occidentaux se mobilisent rapidement et fournissent les capitaux nécessaires pour éviter un effondrement qui aurait eu de graves répercutions internationales. En quinze jours les fonds sont trouvés : les banques privées ne fournissent d'ailleurs que 60 % du montant du sauvetage, alors que la dette mexicaine est privée à plus de 80 %.
C'est la naissance dans les journaux de " la crise de la dette ", mais uniquement de la crise des pays qui ne peuvent pas payer. Pas un mot sur les pratiques des banques. Mais celles-ci ont très bien compris l'alerte. La vogue des prêts au tiers monde disparaît aussi vite qu'elle était apparue.
Devant la dégradation de la situation, les bourgeoisies, notamment en Amérique latine, provoquent d'importantes fuites de capitaux vers les
TAUX DE CROISSANCE DU PRODUIT NATIONAL BRUT
PAR HABITANT (1980-1987)
Taux moyen de croissance, en % annuel (1980-1987) ==::J Absence de données
"" paradis fiscaux et les banques occidentales. Elles sont, par définition, impossibles à mesurer directement, mais on a pu les estimer à 25 md$ par an au début des années quatre-vingts, c'est-à-dire environ la moitié de l'accroissement de la dette de ces pays sur la même période. Nouvelle bonne affaire pour les banquiers qui voient revenir immédiatement, en fraude, une bonne partie des milliards qu'ils ont prêtés, alors que ceux-ci vont continuer à leur rapporter des intérêts, puisqu'ils leur seront remboursés ! Octobre 1985 : le plan Baker
En octobre 1985, le secrétaire américain au Trésor, James Baker, propose un " plan " pour quinze pays parmi les plus endettés (Argentine, Bolivie, Brésil , Chili, Colombie, Côte-d'Ivoire, Equateur, Maroc, Mexique, Nigéria, Pérou, Philippines, Uruguay, Venezuela, Yougoslavie) qui représentent près de la moitié de la dette totale. L'idée est de relancer la croissance des pays endettés en maintenant un flux important de capitaux extérieurs, principalement de source bancaire privée. A la fin de 1985, la dette des quinze pays est de 450 md$, le service de cette dette de 60 md$ et le plan Baker estime à 10 md$ par an environ le flux de capitaux frais nécessaires. De nombreuses « solutions » qui restent très partielles
En fait, les banques n'ont pas suivi ces propositions. Au contraire, elles ont fortement freiné les prêts au tiers monde (en particulier les crédits à l'exportation) et les organismes multinationaux (FMI, Banque mondiale) n'ont pas pu ou pas voulu prendre le relais . En conséquence , selon la Banque
Source : Banque mondiale mondiale, et si l'on se restreint aux seuls flux à long terme, on constate que le tiers monde subit depuis 1984 un transfert au profit des pays riches, qui dépasse les 30 md$ en 1987 et 1988 (voir tableau 2).
Diverses tentatives de réduction de la dette ont été effectuées. La prise en compte de la dévalorisation des créances bancaires sur le tiers monde qui apparaît sur le " marché secondaire de la dette " a permis à certains pays de racheter une partie de leur dette. Pour l'ensemble des quinze pays, la valeur marchande de la dette ne serait plus en 1988 qu'environ la moitié de la valeur de départ. (Elle en représentait encore 70% en 1985). La Bolivie a même pu descendre à 11 %. Mais, à part quelques exceptions, les banques sont défavorables à cette procédure et celle-ci n'a porté au total que sur moins de 1 % de l'encours total de la dette.
La conversion de la dette en actions consiste en un rachat à bas prix d'entreprises rentables des pays débiteurs, éventuellement après dénationalisation. Elle a surtout été pratiquée par l'Argentine, le Brésil, le Chili et le Mexique. Elle a permis une diminution de la dette de 13 md$ de 1983 à 1988, soit seulement 5 % de la dette des pays concernés. Cette conversion se fait généralement en tenant compte en partie de la dévalorisation constatée sur le marché secondaire.
Une procédure de conversion de la dette en obligations a été proposée en 1987 par les experts de la banque Morgan afin de réduire la dette mexicaine. Les banques devaient échanger leurs créances, partiellement dévalorisées compte tenu du marché secondaire, contre des obligations du trésor mexicain , dont le remboursement était garanti par des obligations du Trésor américain achetées par le Mexique. L'opération, prévue dans un premier temps pour un montant de 10 md$, n'a recueilli en fait que 3,7 md$, car les banques n'ont • accepté qu'une faible décote de leurs créances
TABLEAU 1
LES 20 DETTES LES PLUS IMPORTANTES
34,1
123,5
Israël
Brésil
120,7
Turquie
33,6
Mexique
32,0
Argentine
58,2
Grèce
53,0
Nigéria
31,9
Indonésie
Philippines
30,3
Inde
50,4
29,0
Corée du Sud
48,8
Vénézuéla
43,1
Algérie
26,7
Egypte
Thaïlande
23,9
Chine
37,4
23,8
Pologne
3!7' ,0
Yougoslavie
36,7
Malaisie
22,8
URSS
TABLEAU 2
DONNEES SUR LA DETTE
~~~:~Il DETTE/hab % DETTE TRANSFERTS
ENCOURS
DETTE
SERVICE
~
PUBLIQUE
(a)
PIB
Total
( $)
(c)
0
1238
44
147
26
320
54
- 30
SUD
247
42
32
26
Afr.Nord+Moyen Orient
870
66
0
Afrique Noire
160
78
14
29
330
81
0
- 20
Amérique Latine
466
60
44
46
1110
37
- 10
Asie+ Pacifique
365
29
57
20
140
58
Chine
37
7
4
11
40
45
Inde
50
22
4
48
60
78
4 Dragons *
82
11
1170
33
18
30
74
Autres
196
31
47
280
68
153
7
27
12
360
44
EST
Europe de l'Est
116
19
20
18
840
46
URSS
37
3
7
6
130
38
Corée du Sud, Taïwan, Hong-Kong, Singapour
*
Fin 1987, en milliards de $
(a)
Service de la dette (intérêts+remboursement) en %des exportations
(b)
Transferts nets en crédits à long terme en 1987. Un signe négatif signifie
(c)
une sortie de capitaux.
Sources : OCDE FMI
EVOLUTION DU LIBOR
(Taux d'intérêt de référence en%)
18
17
~
16
1 \
15 j
\
14
~
1
13
,/
\
...
12
1
\ r-
11
1
V\
-
-
10
1
.1.
\
9
.L _____
/
1
1
/
~ --
7
-- ~~- ----- - ·----
.L
-- - --
6
___ _ T_j
5
1 ~---r------r-·l
1
1
1
1
1
1
1
1
1 08~:-;
1 976
1 978
1 930
1 982
1 984
1 ·::_.;;;;:,.:.
1 -~,87
1 ~·;:;·,~
1 977
1979
1981
1 983
1 985
(moins de 30 %), critiquant par ailleurs le fait que seul était garanti le remboursement des obligations mexicaines, et non le paiement des intérêts.
Dans le même temps, on a cherché à réduire provisoirement la charge de la dette, en utilisant la procédure traditionnelle des " rééchelonnements ", qui consiste à reporter dans le futur une partie des remboursements que tel pays ne semble pas pouvoir effectuer. Une " période de grâce " de quelques années sans remboursement est généralement prévue, ainsi qu'un abaissement du taux d'intérêt initial. Les intérêts non payés sont parfois capitalisés, c'est-à-dire ajoutés à l'encours dû, mais les banques préfèrent en général l'ouverture d'un nouveau prêt d'un montant équivalent qui permet de solder la situation antérieure.
Le plus récent accord de ce type est celui conclu en juin 1988 entre le Brésil et ses banques créancières, portant sur le rééchelonnement de 68 md$ de dettes commerciales. Le Brésil avait repris le paiement des intérêts de sa dette en janvier 1988, après un moratoire de près d'un an, ce qui avait permis. le redémarrage des négociations avec ses <_:réanciers ainsi qu'avec le FMI. Comme d'habitude, celui-ci exigeait du gouvernement un plan de redressement économique préalable à tout accord. Début 1989, un " accord de conditionnalité" du même type fut signé avec le Venezuela, entraînant les conséquences que l'on sait. Mai 1987 : J.R. entre en scène
En mai 1987, l'absence de solution globale est véritablement apparue lorsque John Reed, président de la banque Citicorp, première banque américaine, a décidé de passer en " créances douteuses », c'est-à-dire selon le système fiscal américain en pertes en capital, environ 3 md$ de créances sur le tiers monde. Il fut rapidement suivi par la plupart des grandes banques qui pouvaient supporter de telles pertes.
Cette décision a amené tous les grands pays créanciers, notamment en Grande-Bretagne et au Japon, à réexaminer pour les élargir leurs régie-. mentations fiscaj~s sur les provisions, celles-ci venant en déduétion du bénéfice imposable des banques. On estime qu'actuellement environ 30 % (et même 50% en France) de l'encours des créances sur le tiers monde est couvert par des provisions.
La question d'une annulation, au moins partielle, de la dette était donc posée, et par les banquiers eux-mêmes ! En tout cas par les plus importants d'entre eux: si cela provoque la ruine de petites banques concurrentes, c'est plutôt un avantage pour ces messieurs. En même temps, ils ne peuvent pas aller trop loin ni trop fort, pour ne pas déstabiliser complètement un système déjà malade, comme le montre la crise des caisses d'épargne aux USA.
A tout projet de solution, les gouvernements des pays impérialistes, et notamment celui des USA, imposaient deux contraintes : - pas de solution globale et automatique, mais maintien d'un examen cas par cas de chaque pays ; et surtout, orthodoxie financière reaganienne oblige, - pas de désengagement du secteur bancaire privé sur le secteur public et multilatéral (FMI et Banque mondiale).
Dans ce cadre, lors du sommet de Toronto des sept pays les plus riches, un plan d'allégement de la dette des pays les plus pauvres a été adopté sous la forme d'un " menu d'options " reprenant les diverses propositions formulées par la Grande-Bretagne, la France et le Japon. Ces trois options sont : annulation d'un tiers des créances publiques, réduction des taux d'intérêts et allongement des délais de remboursement, et elles peuvent être combinées. Pendant le premier tt :mestre 1989, huit pays d'Afrique noire en ont " bénéficié ". De plus , quelques mesures, plus spectaculaires qu'importantes, d'annulation totale et unilatérale ont été annoncées par la RFA vis-à-vis du Bangladesh, et par le Canada vis-à-vis de plusieurs pays d'Afrique. Février 1989 : le plan Brady
Une étape supplémentaire est franchie, lorsque le nouveau secrétaire américain au Trésor, Nicholas Brady , accepte officiellement de lever la seconde contrainte, ce qui signifie que le FMI et la Banque mondiale vont venir au secours des banquiers privés : ces gens-là sont pour la privatisation du profit, mais pour la socialisation des pertes ! Cette évolution est due à James Baker, aujourd'hui secrétaire d'Etat, l'équivalent de ministre des Affaires étrangères, du nouveau président des Etats-Unis. Il a compris que « la dette " doit être traitée d'abord comme un problème politique et non pas comme un simple problème financier. Peut-être au vu des résultats des élections municipales au Brésil ?
On semble donc s'orienter aujourd'hui vers la procédure suivante : contre l'abandon d'une partie (20 à 30 %) de leurs créances, les banques consolideraient le reste en recevant la garantie d'un nouvel organisme multinational appuyé par le FMI et la Banque mondiale, tout ceci restant à négocier cas par cas pour la quarantaine de pays retenus, tous classés dans la catégorie des « pays à revenus intermédiaires ". Comme toutes ces créances sont aujourd'hui couvertes par des provisions, cet abandon ne serait pas une perte pour les banques, mais serait en fait mis indirectement à la charge des contribuables des pays riches.
En résumé, depuis 1982, les banquiers ont remarquablement maîtrisé une situation explosive qu 'ils avaient eux-mêmes contribué à créer, et dont ils espèrent se tirer au moindre coût ... pour eux. LE BLOCAGE DU DEVELOPPEMENT
Du côté des pays endettés , hormis un petit nombre de pays d'Asie, la situation est catastrophique: malgré un endettement massif, la décennie quatre-vingt n'aura connu aucun développement notable et, bien au contraire, la charge de la dette constitue aujourd'hui un poids insupportable pour ces économies (voir tableau 2).
La croissance globale des pays du tiers monde s'est considérablement ralentie entre les périodes 1966-1976 et 1976-1986 : de 6,1 % à 3,3 %, alors que les pays industrialisés ont connu un ralentissement moindre : de 3,6% à 2,6 %. Dans la dernière décennie, la croissance par tête a même régressé , principalement en Afrique et en Amérique latine. (voir tableaux 4, 5 et 6). L'avenir de ces pays est gravement hypothéqué par des baisses considérables de l'investissement et des dépenses sociales (éducation et santé). Ainsi, en Afrique noire la mortalité infantile ( 12 % contre 1 % en Europe de l'Ouest) serait en train d'augmenter, tandis que l'espérance de vie à la naissance n'atteint toujours pas cinquante ans, contre soixante-quinze en Europe de l'Ouest. En Amérique latine, le volume d'investissement a reculé de 5 % chaque année entre 1982 et 1988, soit une baisse cumulée impressionnante de 40 % ! Autre indice significatif : la dernière mise à jour par l'OCDE de son classement des pays par tranches de revenus moyens n'a donné lieu qu'à des rétrogradations.
Les théories libérales du FMI promettaient au contraire la mise en œuvre d'un cercle vertueux que l'on peut représenter à l'aide du schéma ci-dessous:
Emprunt~ Investissement ~ Production
Paiement de la charge de la dette Profit
Pour les pays du tiers monde, le FMI explique que, dans la mesure où il s'agit d'emprunts extérieurs en devises, la réalisation de la production doit se faire par les exportations, le solde extérieur devant alors permettre les remboursements. Il faut donc limiter la demande intérieure et les importations: c'est ce que le FMI appelle une " politique d'ajustement ". La diminution de la demande interne se fait par la libération des prix des produits de consommation populaire, et par des coupes dans les dépenses budgétaires en matière sociale et d'équipements publics, enfin par la privatisation d'entreprises publiques. Le blocage des importa -tions porte d'abord sur les biens de consommation indispensables à la population (alimentation, énergie) et sur les biens d'équipement qui sont pourtant rarement produits dans les pays du tiers monde. Il y a ainsi une première contradiction dans la " théorie du FMI " entre la baisse des importations et le développement de l'investissement.
Une seconde contradiction réside dans le fait d'appeler simultanément tous les pays du tiers monde à développer leurs exportations. Le résultat inévitable de cette concurrence accrue est la baisse des prix des exportations, la dégradation des termes de l'échange (voir graphique 2) et, par suite, du solde commercial.
Même la Côte-d'Ivoire, pourtant élève modèle du FMI, a dû provisoirement suspendre ses paiements en 1987 à cause de ce phénomène, ce qui montre, entre autres , que le système ST ABEX (stabilisation du prix des exportations), mis en place lors des conférences de Lomé entre la CEE et les pays d'Afrique noire, ne fonctionne pas vraiment.
La dégradation quasi générale de la situation du tiers monde a amené de temps en temps le FMI à daigner se préoccuper publiquement des " pauvres face à l'ajustement ". Au fond , son seul argument, après avoir dit que l'on ne peut rien affirmer puisqu'il ne faut juger qu'à long terme, c'est que , sans ajustement, la situation des pays et
DEMOGRAPHIE
LE MONDE EN 1 9 8 7
ESPERANCE
STRUCTURE
POPULATION TOTALE
Taux de Taux de ACCROISSEM.
L
PAR AGE %
( millions)
Ace.
NATALITE MORTALITE NATUREL
DE VIE A LA
( %)
(%)
NAISSANCE
<15
>65
1987 1 2025
(% )
(%)
+ 17
20
13
77 0
900
1,3
0,9
0, 4
75
NORD
12
2 70
350
+ 30
75
22
Amérique du Nord
1,5
0,9
0,6
+ 8
19
14
360
390
1,2
0, 1
75
Eur o pe de l'Oues t
1' l
140
160
+ 14
22
10
Japon+Au s tra+N. Zél.
1,2
0,6
0,6
77
+ 19
70
25
10
420
500
1,8
0 ,7
EST
1' 1
- 8
71
24
14 0
130
Europe de l'Est
1,6
1,2
0,4
280
370
+ 32
0,8
69
26
9
URSS
1,9
1' 1
4
3830
6800
+ 78
2 ,0
59
37
SUD
3' 1
1' 1
+10 4
2,7
60
42
4
280
570
Afr.Nord+Moyen Orient
3,8
1' 1
45
3
490
1350
+180
1,7
2,6
49
Afrique No ire
4,3
+ 88
2 ,2
66
38
4
420
790
3 ,0
0,8
Amérique Latine
4
2640
4090
+ 55
1,0
1,8
60
35
Asie+ Pacifique
2,8
+ 39
66
28
5
1060
1470
2,1
0,8
1,3
Chine
+ 49
38
4
800
1190
3,3
1,2
2, 1
55
Inde
80
+ 14
1,3
69
30
5
70
4 Dragons *
1,9
0,6
42
4
71 0
1350
+ 90
1,0
2, 3
55
Autres
3,3
+ 63
33
6
5020
8200
1,0
1, 8
63
MONDE
2,8
L
LE MONDE EN 1987 : ECONOMIE
[]IJ
PIB
PIB / hab.
( b)
)
( s )
NORD
770
8120
1 0500
15 , 3
3470
70, 1
21
53 ' 0
1350 0
5,4
23 , 8
840
17 ,0
12
Amérique du Nord
2 70
36 50
Euro pe de l'Oues t
3 60
3100
8600
7,1
20 ,2
2190
44 ,2
35
J a pon+Au s t ra+ N.Z é l.
140
1370
98 0 0
2,8
9,0
440
8 ,9
16
EST
420
2140
5100
8,4
14,0
420
8,5
10
Europe de l'Est
140
660
4700
2,8
4,3
220
4,4
17
URSS
280
1480
5300
5,6
9, 7
200
7
4' 1
1300
76,3
21 , 4
10
SUD
3830
5070
33,0
1060
Afr . Nord+ Moyen Orie nt
280
760
2 700
5,6
4,9
240
4 ,9
16
3 40
2, 2
1,8
13
Af r ique No ire
490
700
9' 8 .
90
1 220
8,4
170
3, 4
Amé rique Lat ine
420
2 900
8,0
7
As ie+Pacifique
2 6 40
275 0
1040
5 2,5
1 7 ,9
560
11 , 3
10
1060
11 70
1100
21,1
7 ,6
1,6
Chine
80
3
Inde
800
520
650
15,9
3,4
30
0,6
3
1,4
2, 3
320
6,5
46
4 Drago ns *
70
350
5000
Autre s
71 0
710
1000
14,1
4, 6
130
2,6
9
MONDE
5020
1 533 0
3 050
100 , 0
100 , 0
4950
100 , 0
16
EVOLUTION SUR LONGUE PERIODE
Taux de croissarv::e
PIB opulation
PIB par tête annuel moyen
56-66 6 o f 0
-
6 6 6 - 76 76 - 8 6 56-66 66- 76 76 - 8 6
1
NORD
4,7
3 ,6
2,6
1,2
0, 9
0,6
3 ,5
2 ,6
2,0
Améri que d u Nord
4,1
2,8
2,6
1,6
2, 5
1 ,7
1' 1
1 '0
1' 6
Europe d e l'Oues t
3, 5
3 ,3
0 ,9
2' 1
0,5
0, 2
2, 6
2,8
1,9
J apo n +Au stra+ N, Zé l
9,5
6,7
3,9
1, 4
0,8
8 ,3
5,2
3, 1
1' 1
SUD
5,4
3,3
2, 1
2,5
2,1
3 ,3
3,5
1, 2
6' 1
Afr. Nord+Mo yen Orient
7 ,2
8,6
2,7
2,8
3,1
4, 4
5 ,6
-2,0
1' 1
Afr iq u e Noire
4, 2
4, 7
2,5
2, 7
3,1
1, 7
2,0
-3 , 0
0' 1
Amé ri q u e La tine
5, 2
6,6
2, 3
2, 8
2, 7
2, 3
2,3
3 ,8
0,0
Asie+ Pac ifi q ue
5, 3
6, 9
6 ,5
1,9
2, 4
1,8
3 ,3
3, 4
4,6
1
Chine
7 ,2
5, 5
8,7
2, 4
1 ,3
5 ,6
7,3
1' 5
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* Corée du Su d, Ta ï wa n , Hong -Kong, Si n gapour
( a) POP Populat i o n e n millions d'habi t ant s
( b ) PIB Produit I n térieur Brut e n milliards de dol l ars
(estimé en "parité de pouvoir d'achat " )
le) Impo r t a tions + Exportati o ns
(d) Demi-somme d e s Importati o n s et des Expor tations en % d u PIB
Sou r c e s : OCD E, ONU, INED
des populations aurait été pire. Dans le plus récent rapport à ce sujet, en date de fin 1988, la Banque mondiale et le FMI reconnaissent enfin " la nécessité de mettre au point des solutions permettant de réduire la pauvreté, en dépit de perspectives de croissance limitées et de contraintes budgétaires "• car des mesures comme " le plafonnement des taux de change et des importations ont tendance à renforcer les difficultés mêmes qu'elles ont pour objet d'atténuer"· Dans le même ordre d'idées, l'UNICEF a publié en 1988 un rapport intitulé " L'ajustement à visage humain " dans lequel le constat de la sévère dégradation de la situation des populations contraste avec la mollesse des conclusions, comme d'ailleurs le titre l'indique.
Le comble de l'hypocrisie a été atteint récem -ment quand le directeur (français) du FMI, Camdessus, " profondément ému », et le président du Venezuela, Pérez, "accablé d'angoisse "• ont larmoyé de concert à propos des " douloureux événements qui... " sur toute une page du Monde , le 13 avril dernier, sous le titre " Le FMI appuie la politique économique du Venezuela " . Pourtant, plus que les CRS vénézuéliens, ce sont eux qui ont préconisé et appliqué les mesures d'austérité et qui sont les véritables assassins des six cents victimes des émeutes. Un endettement mal utilisé
Plus que le principe même de l'endettement, c'est son utilisation qui doit être contestée. Après tout, dans une économie développée, les entreprises et les particuliers sont endettés. Les Etats eux-mêmes le sont, et ils émettent généralement des emprunts nouveaux pour rembourser les anciens. Dans les pays du tiers monde, le montant des fonds effectivement investis dans la production socialement utile est bien inférieur au total reçu, pour plusieurs raisons.
La fuite des capitaux organisée par les privilégiés atteint des montants considérables : de l'ordre d'un tiers de la dette en Amérique latine. Les présidents des régimes particulièrement corrompus se sont constitués des trésors, en Suisse souvent, (Somoza, Marcos, Duvalier et autres Bokassa).
Les dépenses militaires sont estimées à 20 % au moins de la dette. Bien que tous les pays minorent ce type de dépenses, on constate que le tiers monde a triplé sa part dans les dépenses militaires mondiales, passant d'environ 7% en 1960 à 20% en 1986 (voir graphique 3). Symétriquement, certains pays du tiers monde (Brésil, Afrique du Sud, Israël, Taïwan) sont en train de devenir des concurrents sérieux des pays industrialisés en ce qui concerne les ventes d'armes. La France reste malgré tout au 3• rang mondial.
Il faut y ajouter les dépenses somptuaires : palais présidentiels, autoroutes, cathédrales et même télévision en couleurs au Burundi !
Même les fonds effectivement consacrés à l'investissement sont souvent affectés à des projets inadaptés, démesurés, utilisant des technologies compliquées et chères, sans rapport avec les besoins et les capacités techniques et humaines du pays. Il arrive qu'ils ne soient jamais terminés, ou rapidement arrêtés après leur mise en service. Là encore le livre de Susan George fournit de nombreux exemples. Sans parler des projets dangereux pour l'environnement : barrages, déforestation, industries chimiques (Bhopal), stockage des déchets des métropoles.. . Face à ce gâchis des grands projets, les organisations non gouvernementales (ONG), d'orientation humanitaire ou religieuse, mettent en place de nombreux et utiles micro-projets de développement, sans que cela puisse remettre en cause les tendances lourdes du sous-développement.
La montée des taux d'intérêt a conduit rapidement à un processus d'autonomisation de la dette : celle-ci s'est mis à faire boule de neige, puisqu'il a bientôt fallu emprunter pour payer les intérêts. On n'insistera jamais assez sur l'importance de ce facteur qui, dans le cas mexicain par exemple, a contribué pour 40 % à l'accroissement de la dette entre 1976 et 1982. Il s'agit là d'un véritable hold-up réalisé sur le dos de débiteurs qui n'ont pas mesuré les implications des taux variables. Et, même si ce n'était pas son objectif premier, ce détournement de fonds est le résultat direct du reaganisme à l'échelle mondiale; l'un de ses traits essentiels est en effet la montée des taux d'intérêts, qui permet aux USA de financer leur déficit et d'affirmer ainsi leur rôle de locomotive auprès d'une communauté de pays impérialistes englués dans leurs politiques d'austérité.
Plus fondamentalement, la leçon de la phase d'endettement doit être ainsi tirée : lorsqu'on injecte, dans les pays du tiers monde tels qu'ils sont, avec leurs structures sociales, cette injection à priori favorable ne se traduit pas par une amélioration des conditions moyennes d'existence, mais au contraire par toute une série d'effets pervers. Et le sens de classe de cette contre-performance est très précis : les bourgeoisies du tiers monde ne sont pas motivées par la développement du pouvoir d'achat des travailleurs. En d'autres termes, l'envol de la dette est un révélateur de la nature rétrograde et barbare des régimes d'accumulation de la périphérie.
Reste cette réalité cynique : les banques multinationales ont prêté, les entreprises multinationales ont obtenu des contrats, elles sont reparties, il ne reste plus au pays qu'à payer.
La mesquinerie des pays impérialistes est d'autant plus insupportable qu'une annulation de la dette, en favorisant la croissance du tiers monde, pourrait en outre être profitable aux pays industrialisés. Une étude de la CNUCED - l'organisme des Nations unies pour le commerce et le développement - montre en effet qu'une annulation de 30 % de la dette commerciale conduirait à une baisse du service de la dette équivalente à 7 % de PIB. Celle-ci devrait alors permettre, au bout de cinq ans, une augmentation de 34 % de l'investissement et de 24 % du revenu moyen par habitant. L'idée essentielle de l'étude est de montrer que,
LE COMMERCE INTERNATIONAL EN 1987
Exportations en milliards de dollars
Exportations en % du commerce mondial vers:
NORD
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ORD
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de:
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MONDE
1780
210
510
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MONDE
20
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Source : OCDE
*dont 780 milliards (soit 31 %du commerce mondial)
entre pays de l'Europe de l'Ouest et 130 milliards
(soit 5 % du total mondial) entre USA et Canada.
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* Déflaté par l' indice ONU des prix des produits manufacturés exportés par l'OCDE
** Indice CNUCED
5
0 1960
1965
1970 1975 1980 1985 1986
Sources : Sivard R., World Military and Social Expenditures ,
1987-88 (Dépenses militaires et sociales dans le monde) ; Staff Papers, FMI
dans cet échange (dette contre croissance) , les deux parties peuvent être gagnantes. L'annulation de la dette: une exigence politique minimale
Tous les gouvernements du tiers monde dénoncent le fardeau de la dette, mais qui le supporte vraiment dans les pays concernés ? Il est bien connu que les inégalités sociales y sont plus marquées que dans les pays développés. La petite couche de privilégiés qui profite effectivement de la dette en fait porter le poids aux masses populaires. Ce sont elles en effet qui subissent le chô -mage , la malnutrition , les bidonvilles, la disparition des services publics de santé et d'éducation. " A mort le FMI! " • le mot d 'ordre que l'on entend lors des émeutes de la faim en Afrique et en Amérique latine exprime un rejet global, celui du mode de développement capitaliste. Dans les pays du tiers monde, comme dans les métropoles impérialistes, le capitalisme se fonde sur, et renforce , les inégalités entre les classes, comme entre les pay s. Cela fonde notre combat commun .
Compris ainsi, le mot d'ordre politique d 'annulation totale de la dette s'oppose radicalement à celui d'annulation partielle et aux calculs sordides de ceux qui sont prêts à perdre un peu (jusqu'à 30% propose généreusement Mitterrand) pour garder l'essentiel , c'est-à-dire leur domination sur le tiers monde.
Dans ce combat , les peuples du tiers monde ne peuvent évidemment pas compter sur les bourgeoisies locales qui utilisent le prétexte de la dette pour pérenniser un ordre social profondément injuste et leur imposer de sauvages politiques d'austérité . Ces mêmes bourgeoisies qui , en Amérique latine, réclament un allégement de la dette au nom du soutien à apporter aux " jeunes démocraties " brésilienne, argentine ou péruvienne, oublient évidemment qu'elles avaient elles-mêmes mis en place les régimes militaires , et qu'elles sont d 'ailleurs prêtes à recommencer en cas de montée des luttes sociales, comme en font foi les déclarations de l'écrivain Vargas Llosa , aujourd'hui candidat unique de la droite péruvienne aux élections présidentielles.
Ces bourgeoisies frileuses n'ont aucune envie de rompre avec l'impérialisme et de perdre son soutien face à leurs cla sses populaires ; elles sont incapables d'organiser un véritable front des pays endettés. Tout pay s qui déclarerait un moratoire unilatéral s'exposerait en effet à un blocus économique total dont le Nicaragua montre malheureusement toute l'efficacité.
Annexe • •
Les déterminants de la dette
Q
UA TRE ORGANISMES fournissent des statistiques sur la dette : la Banque mondiale, le FMI (Fonds monétaire international) , l'OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique), la BR! (Banque des règlements internationaux) . Cette dernière, située à Bâle, est un club très fermé constitué par les banques centrales des grands pays impérialistes ; beaucoup moins connue que les trois autres, sa discrétion est la condition de son efficacité. Les sources statistiques
En gros, la Banque mondiale et le FMI collectent des données à partir des pays débiteurs, l'OCDE et la BR! à partir des créanciers ; ces chiffres sont ensuite réconciliés. La Banque mon -diale publie chaque année, en décembre, des " tableaux de la dette mondiale " ( World Debt Tables). L'OCDE publie en juin et décembre une étude intitulée Financement et dette extérieure des pays en développement. Cet ouvrage est le plus complet, à la fois par le nombre de pays pris en compte (URSS et Europe de l'Est sont inclus dans l'étude de décembre) et, surtout, en raison de la centralisation effectuée par la BR! depuis ... 1982. Il permet de connaître les crédits à court terme qui sont la partie la plus fluctuante de la dette sur la période récente. La définition des " crédits publics ou à garantie publique " comprend uniquement, pour l'OCDE, les crédits garantis par les pays prêteurs, tandis que la Banque mondiale y rajoute ceux qui sont garantis par les gouvernements des pays emprunteurs. A cause de ces différences méthodologiques, il est difficile et imprudent de comparer entre eux les chiffres des diverses publications. L'imprécision relative de tous ces chiffres se révèle, par ailleurs, dans les révisions parfois sensibles entre deux éditions successives de la même publication.
Le montant de la dette (voir tableaux 1 et 2), c'est celui de la dette brute, c'est-à-dire non diminuée des dépôts que les pays endettés ont effectué dans les banques occidentales. Pour certains pays du tiers monde (pays pétroliers, Taïwan), ces dépôts sont en fait supérieurs à leur endettement brut, et pour cette raison la Banque mondiale les exclut de l'ensemble " pays en développement ". On ne déduit pas non plus les fuites de capitaux du tiers monde, notamment d'Amérique latine. Pourtant, les services de la banque Morgan estiment que, de 1977 à 1987, la fuite des capitaux dans les quinze pays du plan Baker aurait atteint 137 milliards de dollars [md$] -soit près du tiers de la dette de l'Amérique latine-, dont: Mexique (45 md$), Vénézuéla (28 md$), Argentine (20 md$) et Brésil (20 md$). La mesure de la dette
La dette est exprimée en une monnaie unique, le dollar US, afin de permettre la totalisation, bien qu'une partie des créances soit libellée aussi en yens, en marks ou en francs français. Mais les fortes fluctuations du cours du dollar dans les année quatre-vingt entraînent des mouvements arbitraires du montant total de la dette : un pays africain avec une dette constante de 1 000 F avait une dette de 240$ en 1980, et de 110 $en 1985. Si on utilise les ratios Dette 1 PIB ou service de la dette 1 exports, on échappe en partie à cet inconvénient en exprimant en dollars les deux termes de la comparaison.
En plus des résultats par pays, on examine des regroupements, par régions ou tranches de revenus. Il apparaît que les situations les plus dramatiques sont celles des pays très pauvres d 'Afrique noire et d'Asie du Sud, pour lesquels les crédits sont en majorité des crédits publics, et l'Amérique latine, où les deux tiers des crédits sont de source privée. La distinction public 1 privé est importante : en principe, les taux d'intérêts sur les prêts publics sont nettement plus faibles . Les négociations de rééchelonnement entre prêteurs et emprunteurs sont appelées " du club de Paris " pour les crédits publics, et " du club de Londres " pour les crédits privés.
Les bandes dessinées sont de Palomo, extraits de El cuarto reich, Editorial Nueua lmagen, Mexico 1984.
Le montant de dette par habitant atteint son sommet en Amérique latine, avec plus de 1 100 $ en 1987, tandis que l'ensemble du tiers monde se situe en moyenne à 320 $ (voir tableau 2). Le détail par pays fait apparaître des montants très élevés pour les émirats pétroliers et pour les paradis fiscaux des Caraïbes. De ce point de vue, la dette la plus élevée d'Amérique latine est celle du Chili, avec 1 800 $ par habitant. Le record absolu appartient à Israël, qui n'est pourtant pas le peuple le plus mal loti de la planète, avec 8 000 $ de dette par habitant. Les taux d'intérêt
En ce qui concerne les intérêts, le taux de référence internationale est le LIBOR (London fnterbank Offered Rate) : c'est le taux de l'eurodollar à six mois à Londres. En plus de ce taux, les banques appliquent une " marge de risque " d'environ 1 à 2 % qui varie selon la situation économique et politique du pays. L'évolution récente du LIBOR est la suivante (voir graphique 1) :
1976 6,1% 1981 16,7% 1986 6 ,9%
1977 6,4% 1982 13,6% 1987 7,3%
1978 9 ,2% 1983 9,9 % 1988 8,0%
1979 12,2% 1984 11,3% 1989 11 ,0 %*
1980 14,0% 1985 8,6% *Avril
La remontée substantielle du LIBOR, depuis 1988, va entraîner un alourdissement sensible de la charge d'intérêt : on estime généralement qu'un accroissement d'un point du LIBOR alourdit de 6 md$ la charge des intérêts.
Mais on apprécie mieux l'évolution du poids des intérêts si on rapporte ceux-ci aux ressources des pays, plus précisément au prix de leurs exportations. La Banque mondiale a ainsi calculé un taux " réel " défini en rapportant le LIBOR à l'évolution du prix des exportations des pays du tiers monde : ce taux est, en 1987, d'environ 14 %, à comparer au taux d'intérêt réel (après inflation) d'environ 5% aux USA !
Cette même Banque mondiale calcule, pour les seuls crédits à long terme, le transfert net égal à la différence entre les prêts nouveaux et le service de
~U.it-1 s... 'IV J-I OINS CA ~Co~Vf012T~ Of \hlrR <PtJf œr~ STJtA '1{ Gif= GAST RO N 0 M Î roU P!" A- VN ~RT Sd OïÏEr./ ··.DéM()C~A-Tf ~U~! <6 0 ~- ... -~~ la dette (remboursements et intérêts). L'évolution de ces transferts est la suivante, pour l'ensemble du tiers monde :
1970 4,4 md$ 1983 4,6 md$
1975 18,7 md$ 1984 - 7,3 md$
1980 23,1 md$ 1985 - 18,2 md$
1981 32,3 md$ 1986 - 22,2 md$
1982 19,2 md$ 1987 - 27,8 md$
Autrement dit, depuis 1984, les pays riches sont donc " aidés " par le tiers monde à cause de la raréfaction des nouveaux prêts et de la hausse des taux d'intérêt. Une chasse gardée de l'impérialisme
Sur les 1 300 milliards de dollars d'endettement, 95% proviennent des grands pays impérialistes et des institutions internationales à leur service. L'URSS prête seulement trente-trois milliards de dollars, dont six milliards pour chacun de ces trois pays : Viêt-nam, Cuba et Mongolie. Les pays riches de l'OPEP prêtent vingt-deux milliards seulement au tiers monde et différents autres pays, dont Taïwan, onze milliards.
#JF T~~Ï€Tt" /J6NC M~. 4-V~C tt: PLAN i>'A11lmJ.ŒNr fT"eucrvr~.EL. ~.S. N' A1!DN CO #ti~N A C~AIOAE' ! On a pu se demander (pour le regretter) pourquoi les pays de l'OPEP n'ont pas prêté directement aux autres pays du tiers monde, entre " pays du Sud ". C'est oublier, d'une part, qu'il n'y a pas de solidarité naturelle entre gouvernements des pays dominés qui, chacun, cherche à se vendre au mieux à l'impérialisme, et, d'autre part, que les capitaux arabes, comme les autres, préfèrent les investissements " solides " aux USA et en Europe (Grande-Bretagne et Espagne notamment) et les placements " sérieux " dans les banques US ou suisses.
J. c.