NOTRE LUnE CONTRE LE RACISME,
C'EST LA LUnE
POUR L'EGALITE DES DROITS
BRIGITTE ASTOR
A LUTTE contre le racisme implique la lutte contre toute forme d'oppression. Le voile islamique , appelé tchador en Iran, n'est ni un signe culturel ni un symbole religieux comme un autre. Porté par les seules femmes, il représente aujourd'hui l'insigne politique de l'intég risme islamique, sous sa forme la plus violente, à savoir l'oppression des femmes.
L'INTEGRISME ISLAMIQUE
Nous ne pouvons donc accepter l'hypocrisie consistant à parler du " port de tel ou tel vêtement , . Nous ne pouvons non plus accréditer l'idée qu'il s'agira it d'un symbole religieux à mettre au même rang que les croix juives ou catholiques. Les médailles islamiques existent et ne soulèvent généralement pas les mêmes réactions. Au moment où nous nous penchons sur la théologie de la libération en Amérique latine ou ailleurs, il y aurait danger à ne reconnaître dans l'islam que sa version intégriste!
Il y a dans chaque religion monothéiste des messages de fraternité , comme il existe dans chacune d'elles une version intégriste qui tente de faire d'une interprétation des textes religieux un programme politique régissant tous les aspects de la vie. Nous ne sommes pas étra ngers à cet affrontement qui, au-delà du domaine religieux, englobe des questions politiques fondamentales, notamment ce lle des alliances. L'intégrisme religieux, où qu 'il se trouve, est notre ennemi, en particulier dans sa prétention à représenter une communauté victime de l'exclusion.
Faire de l'intégrisme islamique un représentant de l'islam, et plus généralement de la comm unauté maghrébine, c'est donner à la frange la plus réactionnaire et aussi la plus minoritaire de l'islam dans l'immigration un poids accru. Enfin, cette position tend à renforcer la confusion entre intégrisme, islam, immigration . Confusion que les antiracistes de ce pays, toutes origines co nfondues, n'ont cessé de dénoncer. En cela la position de Jospin ne nous paraît faire preuve de courage. Le gouvernement socialiste n'a pas cédé devant les manifestations de milliers de jeunes qui revendiquaient l'égalité des droits, notamment le droit de vote. Il ne nous paraît pas juste que la poignée d'intégristes de Creil se soit faite davantage entendre. Serait-il plus facile de tolérer un " autre " absolu que d'accepter un égal ?
UNE VISION UNE
La v1s1on des révolutionnaires est une. Elle n'est pas faite d'une juxtaposition de positions antiracistes, féministes, internationalistes, prolétariennes ... Elle ne fonctionne pas en termes de priorités. Etre révolutionnaire, c'est être tout cela en même temps. Et ne jamais oublier que le monde ne se borne pas aux frontières hexagonales . L'intégrisme est un danger mortel pour les femmes, les libertés, les peuples ... S'il menace plus particulièrement ici l'immigration maghrébine, il s'agit bel et bien d'un cancer pour tout le monde musulman (nos camarades d'Algérie et les femmes iraniennes en savent quelque chose). Ne pas choisir, ne pas affirmer le ca mp dans lequel nous nous trouvons, revient à faire preuve d'un paternalisme ou d'une mauvaise conscience chrétienne étrangers à la lutte révolutionnaire.
Considérer qu'une " culture " est un " tout " (englobant rn ode de vie, mode de pensée politique, références historiques, culinaires, etc . ) qu'il faudrait acccepter ou rejeter d'un seul bloc, c'est en définitive réduire le choix des minorités à l'alternative assimilation ou repli. Là n'est pas notre conception de l'intégration.
Ce n'est pas au nom des valeurs françaises ou occidentales, fussent-elles drapées de laïcité , que nous pourrons mener ce combat. Même si nous devons prendre garde à ne pas rejeter la bataille laïque que tant d'a utres ont déjà lâchement abandonnée, nous n'oublions pas que c'est en 1984, face aux tenants du catholicisme, que la laïcité a été le plus mise à mal.
Après la dénonciation du mot d'ordre réducteur " Françaisimmigrés, même patron, même combat! ", certaines organisations antiracistes ont fini par prôner le " droit à la différence , . On ne parle plus d'inégalité, seulement de différence. Seuls les Noirs, les Arabes , les femmes sont différents ... L'ont bien co mpris ceux qui, jusqu'à l'extrême-droite , ont revendiqué une conception du monde fondée sur la norme et la différence. Peu de rupture en cela avec l'Occident colonialiste qui considérait toutes ses valeurs comme universelles pour la seu le raison qu'elles étaient dominan -tes. La question qui se pose à nous est la suivante : la dénonciation de l'impérialisme politique, économique, mais aussi culturel et idéologique, de l'Occident doit-elle nous conduire à abandonner toute idée d'universalité ? Nous ne le pensons pas.
Le socialisme que nous voulons s'abreuvera à toutes les sources de l'humanité , y compris celles qu 'un certain européocentrisme marxiste a trop longtemps délaissées. Nous ne pouvons plus ignorer la question de l'identité, des racines : ne pas parler des autres, c'est souvent parler de soi.
DROIT DES FEMMES
Pourtant, c'est au nom d 'une certaine idée de l'éga lité humaine, des droits de l'homme et des droits des femmes que nous dénonçons l'oppression où qu'elle se trouve, que nous prenons position contre l'excision ou la polygamie, que nous dénonçons le port du voile. Il n'y a pas d'oppression inacceptable pour certain(e)s qui deviendrait tolérable pour d'autres.
L'histoire des foulards de Creil soulève, on le voit bien , de nombreux débats : l'islam , religion d'oppression dans la plupart des pays où il est dominant, est en France la référence spirituelle d'une communauté victime du racisme. Nous devons prendre en compte cette dimension, et pour cela proposer le dialogue, voire le compromis. Mais celui-ci a ses limites quand il s'agit, comme à Creil, d'un bras de fer entre l'école et la famille, entre l'autorité paternelle et la sphère publique. Il ne nous paraît pas progressiste de choisir la loi du père.
La séparation des sphères, la limite à l'exercice de l'autorité paternelle nous paraît une mesure minimum de protection des droits des enfants. Nous serions favorables à une loi permettant de soustraire des jeunes filles à l'autorité de leurs parents, en cas de mariage forcé notamment. La presse de tous bords a confondu dans une même problématique Montfermeil et Creil. Pourtant, à Montfermeil, des enfants sont exclus de la loi commune parce qu'enfants d'immigrés. A Creil , on réclame une loi d'exception. Tout cela ne nous semble pas fortuit. A Montfermeil , on se sert de Creil ; à Creil, on se sert de Montfermeil.
Si les intégristes et les racistes ont intérêt à cet amalgame, pas nous ! Ceux-ci ont en effet pour cible commune l'immigration maghrébine. Jusqu'à présent, le maillon fort de l'intégration était représenté par les filles. Ce n'est pas un hasard si celles-c i deviennent le temps d'une polém iqu e son mai llon faible.
Notre lutte contre le racisme, c'est la lutte pour l'éga lité des droits. Cette problématique qui concerne l'ensemble de la société est la seule aujourd'hui qui nous permette de sortir de la fausse alternative assimilation/droit à la différence.