Michel Perret. UNE HISTOIRE DE SCISSIONS OU QUAND L'IDEOLOGIE REJOINT LA PSYCHANALYSE.
Pour introduire une recherche sur la psychanalyse. il nous a semblé nécessaire ici de commencer par nous interroger sur les scissions du mouvement psychanalytique français , leur histoire et le sens que nous pouvons actuellement leur donner. Car ces scissions ont un sens qui ne saurait laisser indifférent le militant marxiste révolutionnaire ; elles ont pour arrière-fond un double débat : celui qui porte sur la transmission du savoir en général (et du savoir sur le sujet de l'inconscient dans le cas particulier). donc du pouvoir tel qu'il circule voilé dans les sociétés analytiques mais aussi celui de la place de la psychanalyse aujourd'hui dans la société. Et nous verrons qu'à la lumière de ce qui pourrait n'apparaître que comme querelles doctrinales, gît l'articulation du psychanalytique au politique. De quoi s 'agit-il ?
Quatre sociétés de psychanalyse existent actuellement en France. Deux d ' entre elles, la Société psychanalytique de Paris (Institut de psychanalyse) et l'Association psychanalytique de France, sont reconnues par l'Association psychanalytique internationale (I.P.A.) ; les deux autres. l'Ecole freudienne de Paris (E.F.P.) et l'Organisation psychanalytique de langue française (dit « IVème groupe») en sont exclues.
Si nous essayons de trouver un point commun à toutes ces exclusions et ces scissions. nous verrons qu'elles ont toutes été provoquées par la question que pose l'enseignement de la psychanalyse et l'habilitation d'un candidat psychanalyste à l'exercice de cette activité.
En effet. c'est bien à propos de ce problème qu'en 1953, se détache de la Société psychanalytique de Paris, la Société française de psychanalyse-Groupe d'études et de recherches freudiennes, et qu'en 1963 cette société se scinde en Association psychanalytique de France et en Ecole freudienne de Paris et qu'enfin en 1969, le IVème groupe rompt avec l'Ecole freudienne de Paris.
Ce qui est en cause est clair et fait d'ailleurs partie d'un débat 35
1e::; 1Ju::;n1un::; en IJre::;ence, 11 semo1e souna1rao1e ae retranscnre ICI les points concernant le mode d 'accès à la fonction d 'analyste, selon les statuts dont se sont dotées les différentes associations.
Nous commencerons par 1 'Institut de psychanalyse-Société psychanalytique de Paris qui est le membre le plus représentatif de lï.P.A. en France : «Il est souhaitable que tout candidat à la formation manifeste son intention au secrétariat de l'Institut (2) et s'entretienne de son projet avec trois analystes désignés par la Commission de 1 'enseignement qu'il reverra au moment de sa demande d'agrément aux psychanalystes supervisés . Ces deux temps peuvent le cas échéant n'en constituer qu'un seul. Toute demande sera adressée au secrétaire de la Commission de l'enseignement» «L'analyse personnelle ne devient « didactique» qu 'après coup, au moment de la pratique effective de l'analyse. L'agrément à la pratique des analyses supervisées coïncide avec le début de la formation (Art . 3). » «La demande d'admission aux psychanalyses supervisées se fait en général après un temps suffisant d'analyse. En cas d'ajournement l'intéressé peut présenter sa demande dans un délai d'un an (Art . 6). » « La liste des analystes auxquels le candidat pourra exposer ses premi ères cures lui est fournie au moment de son admission aux cures supervisées (Art. 7). » « Il appartient aux directeurs de séminaires d 'accepter ou de ne pas accepter la présence de candidats non admis à la pratique des analyses supervisées qui leur en adressent la demande (Art. 1 0). » << Les membres titulaires, les membres adhérents et les membres affiliés sont recrutés par élection» « Seuls les membres titulaires ont voix délibérative. » (( L' Association est administrée par un Conseil d 'administration qui , de droit. est constitué par 1 'Assemblée des membres titulaires de l'Association dénommée Société psychanalytique de Paris . Le 36 Conseil se recrute par cooptation soumise à l'Assemblée qénérale
Dans ces fonctions concernant l'enseignement, le Conseil d'administration prend le nom de Commission de l'enseignement. »
Quant à l'Association psychanalytique de France (A.P.F.), les différences qu'elle présente avec l'Institut sont minimes. Signalons seulement que si le candidat aux cures supervisées doit également exposer sa demande devant une commission, ici, contrairement à l'Institut où les membres de cette commission lui sont imposés, c'est le candidat lui-même qui en choisit les trois membres . Quoi qu'il en soit, c'est sur la base de cette orthodoxie quant au recrutement des jeunes analystes que l'Association a été admise par lï.P.A. (3) et seules de vieilles oppositions personnelles semblent rendre actuellement difficile une fusion de l' Association avec la Société- Institut. Signalons enfin que l'Association psychanalytique de France est dominée par des universitaires enseignant dans les disciplines des sciences humaines, contrairement à la Société psychanalytique de Paris où les médecins sont majoritaires et imposent de fait sinon de droit, une prévalence du corps (et du discours) médical parmi les titula ires .
Tournons- nous maintenant du côté de l' Ecole Freudienne de Paris. Nous pouvons affirmer que Jacques Lacan - directeur de I'E.F.P. - a introduit par son enseignement une coupure radicale, épistémologique, non seulement dans la . lecture de l'oeuvre freudienne mais aussi dans l'organisation même des institutions psychanalytiques. Très précisément Jacques Lacan a pu détacher la psychanalyse du discours médical et thérapeutique (4), en resituant l'espace de la psychanalyse au plan du langage et du symbolique et non plus à celui d'un scénario historiciste où vont se pièger dans une représentation imaginaire des événements qui n'ont de sens qu'inscrits (comme parole) dans l'inconscient.
Il serait vain de vouloir dans le cadre de cet article aller plus avant dans un « résumé » des idées maîtresses de Jacques Lacan, aussi nous contenterons- nous de revenir à ce qui nous préoccupe, en présentant au lecteur ce qui transparait de sa théorie de la cure analytique dans les statuts de I'E.F.P. (5).
«Un psychanalyste est didacticien, de ce qu'il a fait une ou plusieurs psychanalyses qui se sont avérées didactiques. C'est une habilitation de fait, qui s 'est toujours passée ainsi en fait et qui ne relève de rien de plus que d'un annuaire entérinant les faits, sans même qu'il ait à se prétendre exhaustif.
« ... Le seul principe certain à poser et d'autant plus qu'il a été méconnu, est que la psychanalyse est constituée comme didactique par le vouloir du sujet, et qu'il doit être averti que l'analyse consistera ce vouloir, à mesure même de l'approche du désir qu'il recèle ...
« Ceux qui entreprennent une psychanalyse didactique le font 37
de leur chef et de leur choix. Le titre 1 de cette note implique même qu'ils peuvent être en position d'autoriser leur psychanalyste comme didacticien ... Mais l'admission à l'Ecole leur impose la condition qu'on sache qu'ils en ont engagé l'entreprise, où et quand ...
« L'enseignement de la psychanalyse ne peut se transmettre d'un sujet à l'autre que par les voies d'un transfert de travail. Les « séminaires ». y compris notre cours de Hautes Etudes, ne fonderont rien, s'ils ne renvoient à ce transfert» (6). «Le titre d'analyste de l'Ecole s'obtient du jury d'agrément, dont les fonc -tions se caractérisent ainsi : 1) Promouvoir au sein de l'Ecole les conditions permettant d'assurer le progrès de l'a nalyse didactique, cruciale dans la théorie, 2) Constituer une communauté d'analystes prêts à argumenter et à soutenir la cohérence des thèses qui règlent leur travail.
« En 1 ·absence de théorie suffisamment élaborée de 1 'analyse didactique et afin d 'éviter l'arbitraire qui , jusqu'ici, en tenait lieu dans la nomination au titre de psychanalyste, le jury d'agrément a pour tâche d 'éclairer le passage qui permet au psychanalysant de devenir à son tour le psychanalyste, c'est-à-dire la passe où se résout la psychanalyse didactique.
«Le titre d'analyste membre de l'Ecole est conféré par le jury d'accueil, dont la fonction est de garantir la capacité professionnelle des psychanalystes qui se veulent relever de l'Ecole. L'Ecole freudienne ne donne pour autant ni autorisation ni interdiction d'exercer la psychanalyse. Elle laisse au psychanalyste sa responsabilité - qui ne saurait qu'être entière- au regard de la cure psychanalytique, entreprise sous sa direction : le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même ... >> (7)
Terminons notre panorama par le dernier né des groupes psychanalytiques: l'Organisation Psychanalytique de Langue Française- plus connue sous le nom de IV 0 Groupe.
Fondé en 1969, à la suite de 1 ·opposition d'un certain nombre de psychanalystes membres de l'Ecole freudienne (F. Perrier, Piera Castoriadis, J.P. Valabréga, Nathalie Zaltmann .. . ) aux structures proposées par Lacan, pour les processus de formation et d'habilitation des analystes de l'Ecole freudienne et plus particulièrement à la notion de passe (8), le IV 0 groupe : « tout en reconnaissant 1 ·apport considérable de Lacan à la théorie psychanalytique» s'est défini par une «volonté de maintenir ouvertes quelques questions essentielles » sur lesquelles avaient buté à maintes reprises les sociétés analytiques : problématique du 38 « être analyste » et « être analysé/ analysant », la théorie de
l'analyse didactique, les contrôles, les processus d'habilitation ...
Deux catégories de membres sont ainsi définies : les « cotisants » et les « contribuants ». Les « cotisants » sont les analystes qui adhèrent aux objectifs du IV 0 Groupe et participent à ses projets. On ne devient cotisant que lorsqu'on a pu soutenir devant quelques autres analystes du Groupe, la problèmatique théorie/clinique d'une pratique effective de l'analyse. Sont« contribuants »ceux qui -et ceci à l'exclusion de tout autre critèreparticipent à l'une des activités de travail gérées par le Secrétariat scientifique du IV 0 Groupe et acceptent d'en porter la charge financière. A côté de ces statuts ainsi définis, il reste qu'aucune exclusive ne rejette a priori quelque forme que ce soit de participation au travail théorique entrepris par le IV 0 Groupe . Enfin, pour celui-ci, « le moment et le contexte du début de 1 'analyse à visée didactique reste affaire entre un demandeur et un analyste. Dès lors la cure est mise au secret. (9) L'analyste lui-même ne saurait être délié en aucun cas de ce secret. Il est donc tenu en dehors de toutes les délibérations qui jalonnent et concluent sur un autre plan le cursus de formation. Les termes de contrôle et de supervision infléchissent trop le sens d'une des disciplines fon -damentales de la format ion psychanalytique, pour que leur remplacement ne soit pas tenté. Une fois nommé tel , un contrôleur luimême peut-il toujours savoir s'.il est un examinateur, un guide, un thérapeute en différé, un technicien ou tout simplement un analyste .. . Le terme de psychanalyse référentielle peut convenir, peut-être alors, pour décrire une des situations clés d'un processus de formation , une fois que celui-ci ne se réduit pas à l'académisme d'un curriculum ... » (Extraits des statuts du IV 0 Groupe)
Ce tour d'horizon accompli, il nous semble important de prévoir en quoi ces processus de division et ce qui les sous-tend influent sur la psychiatrie en France et tangentiellement sur les luttes idéologiques dont ils sont les reflets.
Indiquons que la psychiatrie ces dernières années, moyennant quelques aménagements modernistes, s'est introduite dans différents domaines qui lui sont apparemment étrangers, dans le but de parfaire des institutions devenues vétustes et incapables de dépasser leurs contradictions structurelles/ politiques (EcoleJustice- Santé ... et ... « vie quotidienne éclatée ».) Mais au-delà de cette fonction d'étayage, la psychiatrie opère une mise en fiches « psycho-sociale-sic », et ce dès la première enfance, de toute une frange de la population, avec une prédilection toute particulière pour celle qui constituera 1 'armée des manoeuvres et du prolétariat sous-payé. Aussi, il est aujourd'hui de notoriété publique, que toute son existence durant 1 'individu conçu comme sujet-del' Etat-patron, aura à se heurter à 1 'arsenal psychiatrique venu par- 39
faire ou remplacer le vieux quadrillage policier et/ ou la vieille domination des idéologies de la consolat[on aliénée. ( 1 0)
Et c'est à ce point très précisément que la psychanalyse intervient : la psychiatrie classique ne peut à elle toute seule véhiculer, servir d'étayage ou supporter la circulation de l'idéologie dominante. C'est la psychanalyse, devenue à son tour institution, qui se charge d'apporter cette touche de mystère et d'efficacité qui manque à la psychiatrie. Simple apport dans un premier temps, elle étend aujourd'hui son influence à la majorité des institutions psychiatriques et tend à conquérir l'ensemble de la psychiatrie en ses différents domaines. Parée des vertus de l'avant-gardisme, la psychanalyse agit le plus souvent comme pratique d'évitement ou de contournement de la composante politique, telle que celle-ci s'exprime dans les symptomatologies dites d'inadaptations ou d'échec, dans les symptomatologies dites de déséquilibre ou de folie.
Et c'est sur ce plan que ce qui différencie les écoles de psychanalyse, intervient. En effet, quel va être le rôle du psychanalyste en institution ? Est-il celui qui va essayer dans la mesure du possible d'écouter ce que le sujet dit et parle, afin que dans cette mise entre parenthèses du symptôme, le souffrant accède au Je de son identité, de son discours ? Ou bien le psychanalyste est-il celui qui préside à une démarche de réadaptation sociale, de guérison, de réparation de la force de travail ?
Et cette question, aussi grossièrement qu 'elle puisse être ici posée, est bien le fil conducteur qui permet de différencier les pratiques des psychanalystes selon leur appartenance théorique. ( 11 )
Mais quel que soit le projet théorique du psychanalyste, celui-ci même partisan déclaré de toute mise à l'écart des notions de rentabilité sociale, d'efficacité politique (selon les critères de l'idéologie dominante) manipule, dès qu'il agit en institution de soins. les notions de pouvoir telles qu'elles lui sont déléguées par la société de classes.
Aussi pouvons- nous affirmer qu'une fois épuisées toutes les causes de querelles théoriques. subsiste le problème de l'insertion politique de la psychanalyse dans la société, problème que les .. . différentes soc1etes psychanalytiques essayent selon les théorisations qui leur sont propres (donc leur idéologie) d 'occulter, da nier, ou pire, de contourner en affirmant que tout étant susceptible d'être analysé, la politique dans la totalité de ses aspects se doit de l'être aussi.
Vues sous cet éclairage, notre suprise sera moins grande de constater que ces querelles apparemment théoriques concernent le 40 combat idéologique que mène l'extrême-gauche.
D'abord parce que le poids spécifique de la psychiatrie, comme point de tangence de différents appareils d'Etat (Justicerépression quotidienne-école) devient grandissant. et que le militant qui se trouve confronté aux problèmes nouveaux que pose l'entrée dans la lutte sociale des groupes de femmes, de prisonniers, de travailleurs immigrés, de marginaux, se heurte aux solutions illusoires que veut prétendre apporter une pratique politique branchée sur une psychiatrie psychanalysante : le bonheur par la révolution familialiste (ou anti-familialiste) de la revendication politique, la joie par les tranquillisants.
Aussi affirmerons-nous que le débat qui déchire les sociétés de psychanalyse entre elles mais qui aussi traverse et clive ces mêmes sociétés cesse d 'être apolitique et purement «théorique » dès lors que le psychanalyste s'est autorisé ( et s'autorise de plus en plus) à s'investir dans l'arène institutionnelle, dans l'arène sociale. Or, nous l'avons vu , son mode d'investissement n' est pas indifférent selon la théorie qu'il proclame. Aussi, le membre de lï.P.A ouvertement normatif et réadaptateur sera (et l'est de plus en plus) très apprécié sur le marché du travail. Et si le non- membre de I' I.P.A. est considéré avec une certaine méfiance, il reste qu'il est fait appel à lui dans cette même optique de replâtrage institutionnel, même si tel n'est pas son projet immédiat. Plus facilement mobilisable du côté des actes politiques (manifestations, meetings, pétitions, souscriptions), ce psychanalyste reste néanmoins isolé sur une ligne de crête, un noman · s-I and situé entre 1 ·engagement psychanalytique et l'engagement politique. De cette alternative posée comme faisant partie de« l'ordre naturel», nous pouvons dire qu'elle se présente pour lui comme une garantie à ne pas sombrer dans les syncrétismes passés ou présents, propre à annuler tout à la fois psychanalyse et politique.
Et ceci nous amène à introduire la deuxième interrogation que pose la psychanalyse et son histoire à l' extrême-gauche. En effet, depuis que le rapport savoir/ pouvoir/ sujet agite les rangs de l'extrême- gauche, depuis que s'y pose la nécessité de pratiques politiques nouvelles, non réduites à l'économisme étroit propre aux vieilles formations ouvrières traditionnelles, les psychanalystes sont interrogés, comme susceptibles de donner une solution à ces problèmes. Et c'est à cet endroit que le discours dérivant, symptôme d'une interrogation non dépourvue de pertinence, tente de s'imposer avec plus ou moins de succès, si l 'on considère que le mode d ' interrogation prôné par le dérivant n ·est que le symptôme du manque d'imagination et de courage théorique qui sévit souvent à 1 ·extrême-gauche. Déserter le champ de l'unification des pratiques chez le révolutionnaire, n'est- ce pas laisser libre cours à un type de démarche de parcellisation où le 41
désir désigné comme tout-puissant se réduit à une croyance aveugle et a-historique, à la seule toute-puissance de la catégorie désir? Vue de cette hauteur, l'organisation des luttes n'est plus qu'obstacle aux joies pures de la spontanéité retrouvée !
Au même titre que le stalinisme avait secrété le reichisme, c'est-à-dire une théorie du biologisme normatif-génital qui n'a été capable de critiquer la famille patriarcale que pour mettre en place la notion d'un couple temporarisé bégayant à tous vents le mot «sexe», l'extrême-gauche a produit, du fait même de son impossibilité d'intégrer la multitude des révoltes (femmes, prisonniers, fous) et/ ou la reconnaissance même de la subjectivité dans la pratique politique (et non pas à côté). un néo-reichisme décadent et réformiste.
Au point où nous en sommes aujourd ' hui de l'histoire du mouvement psychanalytique et de l'histoire de l'évolution des concepts psychanalytiques, nous pouvons soutenir l'idée que ce qui permet(trait) de court-circuiter un pareil chemin de traverse est de se tenir au mode de lecture lacanien du texte freudien, c'està-dire d 'abord une lecture qui tend à exclure le familialisme anecdotique (donc idéologique en grande partie). mais surtout qui tend à mettre en relation savoir et désir non pas en termes de savoir/ désir mais en terme de co-relation savoir - désir. La portée d'une telle articulation et son influence sur le concept de pouvoir est essentielle pour tout marxiste-révolutionnaire. Enfin, toute compréhension de la problématique singulière du sujet (rappelons ici que le sujet de l'inconscient ne peut ni ne doit se distinguer du sujet historique- du sujet de l' histoire) depuis le symbolique (et non plus depuis l'événementiel pris comme seul porteur de sens qui serait par excellence une position imaginaire) permet de rendre caduque toute tentation (néo ou paléo) - reichienne, tout discours séparé, coupé de la pratique politique. Il s'agit désormais d'intégrer dans le politique ce que la psychanalyse peut nous dire du sujet et non pas d'interroger depuis la pratique politique le discours psychanalytique, c'est-àdire traiter celui-ci non pas comme un énoncé mais comme une énonciation.
Ces jalons hypothétiques, et pour certains, hautement contestables, nous avons voulu dans un premier temps les inscrire dans 1 ·histoire des scissions du mouvement psychanalytique.
Il reste que ces propositions sont à développer autour d'une recherche qui n'aurait de sens qu ·entreprise collectivement. ( 12)
Michel PERRET 30.4.75 ( 1) Ce débat remonte au congrès de Budapest ( 1918) et au congrès de Berlin ( 1922) de l'Internationale Psychanalytique. 42 (2) L'Institut de psychanalyse a été créé en 1953 par la Société Psychanalytique
de Paris. Il a pour «objet l'enseignement de la psychanalyse» d'après ses statuts. (3) Condition indispensable pour être reconnu comme psychanalyste par les associations affiliées à lï.P.A. est l'oblig&tion faite à l'« analyste en formation» d'accomplir des cures contrôlées et supervisées par un titulaire qui en rend compte à la commission de l'enseignement ou d'habilitation. (4) Rappelons l'aphorisme de Freud:« La guérison(une psychanalyse) ne vient que de surcroit ». (5) Ces citations sont extraites du 11 Guide de l'usager de I'E.F.P. >> rédigé par J . Lacan. (6) Extraits des statuts de I' E.F.P. (7) La «passe» est l'acte (ou la série de discours) où le postulant au titre d'« Analyste de l'Ecole» rend compte à un« passeur )) de son analyse. Le passeur à son tour en rend compte au Directoire de I'E.F.P. qui statue. (8) Souligné par les rédacteurs des statuts du IV 0 Groupe. (9) Cf. à ce propos les « Thèses )) du N° 1 de la rev ue Gardes Fous . (1 0) Ainsi d 'un côté se trouvent ceux qui affirment que le porteur du savoir est essentiellement le psychanalyste qui fait l'analyse de « 1 ·analysé )), position partagée par les «adhérents )) de lï .P.A. ët ceux qui considèrent que c 'est bien le demandant d 'une analyse qui est l'analysant . (11) A l'instant où cet article finit d'être écrit, paraît dans Libération une table ron de réu nissant Daix, Foucault. Yannakakis, Rancière, Gavi, etc., où vog uent au fil des idées, toutes les sophistications de l'apolitisme militant , au nom du «désir)), de la « psychanalyse )) ... A l' heure où ce genre de vieilles idées reçue s sont rejetées par un nombre grandissant de psychanalystes, il se trouve que certains des anti-psychanalystes militants jouent de ces mots comme d 'autres jouent avec des poupée s de chiffon s.