Parler de nouvelles luttes et de nouveaux mouvements sociaux, n'est-ce pas du même coup faire l'aveu d'une certaine incapacité à comprendre et surtout à caractériser des phénomènes dont l'émergence dans la réalité sociale et politique ne peut plus être contestée ? Peut-être, mais il s'agit plutôt de constater que nous avons à rendre compte (et à comprendre) dans une conjoncture partitulière d'un phénomène social qui a eu tendance à jouer pas mal de tours à ceux qui voulaient un peu trop vite le délimiter, le classer et lui donner un nom : mouvement associatif, mouvement d'expérimentation sociale, mouvement de riverains, d'usagers, anti-nucléaire, du cadre de vie, écologique, de consommateurs .. . Hélas aucun ne peut rendre compte correctement d'une réalité sociale qui semble se jouer sans cesse du militant, comme de celui qui analyse la réalité sociale, en élargissant constamment le cha1':1p et les formes de luttes qui pourtant présentent en commun malgré leur hétérogénéité et leur variété, des caractéristiques et surtout une dynamique sociale. Tout à la fois observateur et militant, il n'était pas question de me satisfaire des étiquettes et de l'aspect superficiel du phénomène tel que nous le percevons dans les mass-média, dans des luttes spectaculaires et surtout dans une vision quelque peu déformée par le parisianisme jacobin. Alors dans une première approche qui s'adresse surtout à des militants, j'ai voulu plutôt tenter de restituer un peu la richesse extrême d'un phénomène dont la dispersion dans la réalité sociale conduit souvent à le faire sous-estimer, quand ce n'est pas à l'ignorer, puis à fournir des éléments d'analyse et d'interprétation qui ne sont que quelques pièces dans un débat.
1. Une multiplicité de luttes
La multiplicité, la variété et souvent la richesse de ces luttes ne peuvent être appréhendées qu'en menant de nombreuses études locales. Certaines d'entre elles , issues des contradictions propres aux unités de reproduction des grandes métropoles urbaines, nous sont connues, surtout lorsqu'elles se sont données des structures de centralisation (associations de locataires, Confédération syndicale du cadre de vie, réseau des Amis de la Terre, Fédération des usagers des transports, Union fédérale des consommateurs). D'autres ont réussi à faire irruption dans la conscience des militants, par une exceptionnelle combativité ou des formes particulièrement radicales, bien que leur réalité soit résolument locale : telle la lutte des paysans du Larzac ou du Pellerin. Enfin l'essentiel des luttes, telle la partie immergée de l'iceberg est inconnu , pourtant c'est bien là que s'exprime la réalité d'un mouvement social en cours de maturation. Ceci nous conduit à être modestes, sachant que malgré le grand nombre de luttes étudiées, nous ne pouvons prétendre à l'exhaustivité. Sachant que dans un tel article, seuls quelques exemples peuvent être cités afin de mettre en évidence la réalité du processus. La présentation tient compte de l'objet que se donnent ces luttes. Un tel choix ne signifie pas de notre part que nous pensions que ces objets spécifient des mouvements différents, au contraire, comme cela va apparaître, la réalité du mouvement tient à l'investissement par sa force sociale, partout où il se développe, d'un nombre de plus en plus important de ces objets. Et, si le processus s'enclenche autour d'infrastructures, le mouvement se constituant à partir d'éléments radicalisés ou se radicalisant, ses caractéristiques le conduisent à saisir petit à petit l'ensemble des contradictions dont les conditions de vie de la population concernée sont le siège : nuisances, désertification, absence de pouvoir ou de contrôle, exploitation dans le logement, la consommation, etc. Les << mouvements urbains,
En reprenant cette caractérisation, il ne s'agit pas de s'attacher à toutes les dimensions possibles des mouvements en zone urbaine, mais simplement d'aborder les deux grands secteurs de luttes que sont l'habitat et les transports. • Habitat: des loyers ... à la maîtrise de l'urbanisation
Les luttes sur les loyers et les charges, la résistance aux expulsions et aux saisies sont les plus connues et celles qui dans le courant de ces dernières années ont acquis le plus nettement une dimension de masse, alors que les formes d'action et les revendications se trouvaient
largement transformées, avec recours fréquent à des formes radicales : grève des paiements, piquets de dissuasion, occupations, ... mise en place de collectifs unitaires de lutte.
Moins massives, mais tout autant significatives, furent les actions menées contre les opérations de rénowtion-déportation et les occupations de logements vides. Celles-ci, mettant en jeu des formes de luttes souvent radicales, eurent le ·mérite, surtout pour les plus récentes, de déboucher sur des revendications et initiatives offensives telles que celles visant une « réhabilitation populaire légère », avec mise en place, comme dans le XIV•' arrondissement à Paris ou le quartier de l'Alma-gare à Roubaix 1••• d'ateliers populaires d'urbanisme.
Enfin dans nombre de grands ensembles ou de réalisations d'urbanisation, la même préoccupation de maîtrise sur son propre habitat débouche sur des luttes pour imposer aux maîtres d'œuvre ou aux collectivités locales, la conception des habitants eux-mêmes. Cela peut aller d'actions ponctuelles comnte à Alençon, pour le maintien d'un espace vert dans la ZUP 2, ou dans la vallée de l'Yvette et de la Bièvre contre les réalisations spéculatives de « Balkan y le vautour » 3 , à des actions d'ensemble sur la remise en question du POS, ou du plan d'urbanisme comme celle du GERB au Val d'Yèrre4, ou encore comme celle plus exemplaire peut-être du « comité des habitants de Villiers-le-Bâcle » 5 qui, au nom d'une maîtrise globale de leur habitat, a successivement réussi à imposer sa conception de la réalisation d'un ensemble HLM de maisons individuelles, son refus d'un permis de construire octroyé par le préfet pour une usine polluante (radioactivité) dans une zone boisée, son refus de voir déplacer un enseignant de l'école primaire et enfin le fonctionnement d'une radio locale à la barbe de la police.
Un tel développement des luttes urbaines (limité au regard de ce qui se passe en Italie, au Portugal, ou même en Angleterre .. .) a conduit à redonner une dimension de masse et une réelle dynamique de lutte à des organisations telles que la CNL, mais surtout elle a entraîné l'éclosion de multiples structures « ad hoc », spécialisées sur un problème précis, ou regroupant une série de thèmes pour un lieu précis, tels que les comités de quartiers, comités d'habitants, comités de locataires ... Enfin cela a contribué à la transformation des Associations populaires familiales (APF), à élargir leur champ d'intervention, à définir leur problématique et à se situer vis-à-vis du mouvement dans son ensemble, ce que traduit leur transformation en Confédération syndicale du cadre de vie ( CSCV)i. • Transports: de la carte unique ... à la radiale Vercingétorix
Les conditions de transports, puis la politique des transports de
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l'Etat, ont fait l'objet de deux mouvements qui se sont succédés dans le temps 6 • Le premier partant des conditions lamentables de transport et de la politique de rentabilisation des transports en commun aboutit à la constitution, sous l'impulsion du PSU et de Lutte ouvrière, d'un mouvement de masse authentique : la Fédération des comités d'usagers des transports de la région parisienne (FCUTRP), bientôt concurrencé par une structure cartellisée des partis de gauche et des syndicats ouvriers.. . Les revendications tournent autour de la carte unique de transports et de réalisations d'urgences telles que : prolongement de lignes de métro, réouverture des lignes SNCF de ceinture ... et de la priorité à donner aux transports en commun pour résoudre la crise des transports. Les comités de la FCUTRP vont multiplier des actions telles que blocages de routes, mise en place de lignes de bus pirates, etc. La deuxième génération de mouvements et de luttes est bien représentée par la Fédération des usagers des transports (FUT). L'action porte sur les effets de la politique des transports, sur les conditions de vie de la population des régions urbaines. D'abord contre les ravages de la politique en faveur du transport routier, avec pour la région parisienne des actions contre la voie sur berger rive gauche, la radiale Vercingétorix, les rocades A 86 et A 87 , les nuisances des boulevards périphériques. Ensuite contre l'implantation des aéroports « au cœur des villes » 7 , avec des mouvements contre les nuisances actuelles (Orly, Roissy .. .) et des mouvements contre des projets (Toussus-le-Noble, Rouen-Boos, etc.). Les mouvements transports tendent alors plus souvent à s'insérer dans des structures plus générales telles que les mouvements de riverains, les groupes écologiques, ou les comités de quartiers. Contre les gros équipements de l'Etat
Dans une période où la politique d'équipement de l'Etat se trouve principalement motivée par les besoins des secteurs monopolistes du capital industriel et commercial, la politique de création d'infrastructures lourdes et nuisantes n'a cessé de s'accélérer, conduisant à une modification rapide des conditions de vie, de l'environnement... des populations urbaines et rurales. Cette politique est marquée comme le met en évidence J. Lojkine 8 par une véritable logique du gâchis et du pillage, avec pour seule justification le profit, voire le surprofit des secteurs de pointe du capitalisme, consistant en une surexploitation conjoncturelle des ressources locales (notamment en main-d'œuvre), puis en un abandon de régions entières (comme pour la Lorraine actuellement). Nous avons relevé trois grands secteurs de l'Etat et des sociétés nationales qui ont été le centre de luttes contre des infrastructures lourdes.
• Les transports : des autoroutes au canal Rhin-Rhone ...
Ces infrastructures se révèlent être de grandes consommatrices d'espace (tout particulièrement de terres agricoles) et par ce fait de grandes désorganisatrices de l'environnement social, économique et naturel des régions traversées. Or après une grande passivité, les populations concernées se révèlent de moins en moins prêtes à accepter des équipements détériorant souvent leurs conditions de vie et qui ne sont en fait que la concrétisation d'orientation politiques et économiques au service des secteurs avancés du capital, ou de couches de privilégiés. Aussi des comités de riverains ou de sauvegarde se créent partout à l'encontre de projets d'aéroports 9 qui ne sauraient concerner que quelques cadres supérieurs ou chefs d'entreprises prospères, de projets d'autoroutes 10 , qui loin d'apporter la prospérité aggravent souvent la situation des régions traversées 11, de projets de canal Rhin-Rhône, dont le tracé ne fait que répondre au ·profit maximum, enfin des projets de lignes de «trains à grande vitesse» (TGV) de la SNCF qui s'appuient sur des procédés particulièrement destructeurs (nécessités de courbes et de pentes très faibles entraînant la dévastation de régions entières) et qui se font aux dépens du maintien de milliers de kilomètres de petites lignes nécessaires à la survie de régions .. . • Energie : des barrages aux centrales nucléaires
Dans la mesure où le mouvement antinucléaire a atteint une dimension de masse à l'échelle internationale, que son argumentation est connue, nous nous abstiendrons d'en parler ici, mais par contre nous relèverons qu'aujourd'hui d'autres mouvements, dont certains sont aussi assez connus, s'opposent aux éléments complémentaires du programme nucléaire tels que les mines et prospections d'uranium, comme dans le Minervois, les barrages et retenues tels que ceux de Naussac ou de la Pierre Percée (centrale de Cattenom), ou encore, et à un niveau dépassant ce programme, celui des lignes à hautes tensions dont les effets biologiques négatifs ne sont pas pris en compte par EDF. • Les camps militaires : du Larzac à Canjuers
Là encore il n'est pas question pour nous de développer sur la lutte la plus importante dans ce domaine qui est celle des paysans du Larzac, dont le rôle exemplaire et symbolique apparaît clairement. Il faut constater que d'une part elle a permis à toute une série de luttes dans le pays occitan de se développer 12 , tout comme elle montre la voie à d'autres mouvements qui aujourd'hui ont entrepris de lutter contre les appétits d'espaces de l'appareil militaire, de la Corse à la Bretagne en passant par les Alpes du Sud ...
Ces mouvements déjà très riches n'épuisent pas les luttes en cours, puisque maintenant des comités s'interrogent sur la justification de la
multiplication de pylônes de télécommunications ou de relais TV ... Il faut remarquer que ces mouvements se révèlent très importants, par la nécessité dans laquelle ils se trouvent, pour regrouper de larges masses, de comprendre et de dénoncer la nature d'une politique d'aménagement du territoire qui ne peut plus se protéger derrière des notions telles que celles de l'intérêt général ou de service public lorsqu'il s'agit en fait d'équipements purement au service du capital. Contre les équipements du capital
On peut distinguer au moins trois grands secteurs d'opposition aux réalisations d'équipements du capital privé : les nuisances industrielles, la spéculation immobilière et foncière, le tourisme industriel.
Les luttes contre les nuisances industrielles sont multiples et hélas bien en deça du phénomène en cause. A titre de repère, l'on peut signaler que l'un des éléments ayant contribué à la constitution d'un mouvement écologique en France est justement la dénonciation de la pollution de Péchiney dans la Vanoise 13 , qui fut l'occasion d'initiatives de grande envergure et permit la création de groupes luttant sur ces questions. Il s'agit du terrain privilégié des organisations écologiques, qui dans la plupart des cas sont les initiatrices ou les éléments de pointe dans des structures « ad hoc» qui se constituent sur chaque cas précis. En zone urbaine on constate que les structures de lutte des habitants sont nombreuses à assumer elles-mêmes et « naturellement» la défense de leurs conditions de vie, en s'opposant comme à Pontault-Combault (sous l'impulsion de la CSCV) à l'implantation d'une usine de goudron en pleine zone d'habitat 1, ou comme à Villiers-le-Bâcle (le comité des habitants) à la réalisation d'une usine avec risques de nuisances radio-actives.
Le secteur de la spéculation immobilière, qui a déjà été évoqué dans les luttes urbaines, constitue un terrain privilégié de la dénonciation d'un usage du sol qui pour être« rentable» entraîne la destruction des environnements sociaux et naturels (recherche de la rente de situation).
Participant à la spéculation immobilière et foncière et secteur privilégié d'accumulation de profits, le secteur du tourisme industriel passe par des réalisations gigantesques (grands ensembles balnéaires, ou super-stations de sports d'hiver 14 et détruit totalement des sites tels que le littoral du Languedoc-Roussillon, les marais salans de Guérande 15 , ou la montagne des Alpes du Sud. Mais surtout les mouvements de lutte « ad hoc » qui le combattent, composés notamment d'éléments des groupes nationalitaires, écologiques, politiques, etc., au-delà de la question du coût écologique, dénoncent le rôle fondamental de désertification et de colonisation qu'entraînent ces opérations pour des régions entières 16
Luttes sur les conditions de consommation
Traditionnellement spécialisés dans l'analyse et la dénonciation des conditions de production et de commercialisation des produits de l'industrie (notamment agro-alimentaire), les organisations de consommateurs élargissent leur démarche vers des secteurs tels que celui de la production d'énergie (participation de l'UFC à la lutte contre le nucléaire) ou des conditions d'exploitation de 'secteurs comme celui du transport de pétrole (appel au boycott de la Shell ... ) et réalisation d'analyses sur les conséquences de la marée noire contredisant totalement les déclarations du gouvernement et de l'industrie touristique. Aujourd'hui le secteur de la consommation est le siège de la constitution de véritables comités de surveillance sur les pratiques des monopoles de la distribution (telles que les luttes de la CSCV contre le trust Radar 1), ainsi que la mise en place (embryonnaire au regard des expériences italiennes, américaines ... ) de circuits courts ou de coopératives de consommation dans lesquels on retrouve associées des organisations telles que la CSCV 1, des groupes des Amis de la Terre, des associations pour la promotion de l'agriculture biologique (telle que Vie et Nature dans l'Yonne). Vivre, décider et travailler au pays
En fait c'est partant de problèmes concrets de défense de leurs conditions de vie, ou de leur environnement, contre un équipement ou des nuisances, que les mouvements sont conduits à l'analyse et à la dénonciation de la politique d'aménagement du territoire, qui signifie pour les uns désertification, chômage, etc. , alors que les autres étouffent au sein de métropoles surconcentrées où sévissent crise du logement, asphyxie des transports, pénurie d'équipements, pollution ... Et c'est à des analyses des revendications et des luttes objectivement convergentes auxquelles on a affaire de la part des comités de quartiers, des associations du cadre de vie, des groupes écologiques, urbains et de la part des comités de riverains, des groupes paysans radicalisés, ou des organisations nationalitaires ... La crise urbaine ne peut être dépassée sans la résolution de l'opposition ville-campagne que produit le capitalisme. Vivre, décider, travailler au pays ne peut être réalisé sans briser la logique de suraccumulation-surconcentration du capital monopoliste. Les luttes sur la défense-exigence de nouvelles conditions de vie permettent de regrouper à une échelle de masse des classes qui ainsi découvrent la nécessité d'une lutte anticapitaliste. Pour la défense de l'éco-système
Apparemment il s'agit du champ des groupes écologiques que l'on a un peu trop souvent confondus avec le mouvement écologique. De fait on assiste à une radicalisation souvent large, localement, dans
laquelle l'éco-système se trouve étroitement imbriquée avec la défense des conditions de vie, avec la défense du droit à vivre et travailler au pays, avec la nécessité d'un contrôle et d'un pouvoir local à la base, pour décider des équipements à créer, des aménagements à effectuer, des normes à respecter pour la réalisation de certains équipements. Aussi les groupes écologiques et la compréhension de la défense de l'éco-système ne sont jamais aussi massifs que lorsqu'ils s'appuient sur des luttes précises contre des réalisations locales, comme le montrent les exemples des luttes contre les centrales nucléaires, contre la marée noire, contre les destructions des marais salants, etc. Et c'est aussi dans ces luttes que les intéressés découvrent la nécessité de promouvoir dès aujourd'hui des circuits parallèles, qu'ils concernent les énergies douces, l'agriculture biologique ou les circuits courts, et cela afin de démontrer que la logique des techniciens et technocrates n'est pas inéluctable, mais bien le fruit des choix d'un mode de production, et que ce qui est qualifié d'utopie ou de vieilleries doit être expérimenté et perfectionné dès aujourd'hui. Le pouvoir local, le pouvoir à la base
La dynamique de l'ensemble des luttes sur les conditions de vie, ne peut pas éviter de poser la question du pouvoir. Dans la mesure où elle met en évidence la nécessité de la lutte anticapitaliste, elle entraîne tendantiellement la discussion et l'action dans le sens du renversement des rapports de classes, toutefois le mouvement reste souvent largement empêtré et prisonnier des blocages que créent les appareils politiques et notamment des partis ou des démarches réformistes ... Aussi, et sans que cela ne soit le siège de bien des ambiguïtés, c'est autour de la question du pouvoir local, que ces mouvements tendent à concentrer leur action. Luttes tendant à mettre en évidence la nature des collectivités locales et à dénoncer la pratique des notables bourgeois ou des bureaucrates des partis social-démocrates ou staliniens. Les élections municipales, des mouvements tels que les GAM, ainsi que l'adaptation de la pratique des municipalités PC, n'ont pas été sans conduire à de cuisants déboires, pour des mouvements souvent inexpérimentés et crédules. Toujours est-il que cela a pu déboucher sur un débat positif sur la combinaison des luttes pour le pouvoir local, le contrôle de ses propres conditions de vie et la prise des municipalités, c'est tout du moins ce que révèlent des exemples tels que ceux de Louviers. Toutefois, en aucun cas le problème du contrôle, de l'autogestion, ne saurait se réduire pour ces mouvements de lutte, à la question des municipalités. C'est plus souvent la question de la constitution de structures de contre-pouvoir et de contrôle à la base, posant notamment le problème de la liaison
avec le contrôle dans les entreprises et donc avec les organisations syndicales ou de lutte des travailleurs dans l'entreprise, qui se trouve posée. 2. Quel mouvement social ?
Des éléments semblent contredire la thèse de l'existence d'un mouvement social, à propos des luttes présentées. La plupart tournant autour de l'hétérogénéité, de la dipersion, de l'éclatement des éléments qui le constitueraient. L'hétérogénéité devenant le problème essentiel lorsqu'elle se situe au niveau du rapport de classe, puisque si certains mouvements concernent la petite bourgeoisie nouvelle 17 , la classe ouvrière ou la « petite paysannerie prolétarisée » 18 , il en est aussi où la moyenne et grosse paysannerie 18 et même la bourgeoisie se trouvent largement représentées.
Ces arguments conduisent plutôt à définir le mouvement social comme se structurant et se définissant. Il importe de saisir les éléments qui permettent de le reconnaître comme une réalité spécifique au sein de la formation sociale. Dynamique anticapitaliste
Le déplacement des contradictions propres à la reproduction simple et élargie de la force de travail , découlant de l'investissement de toutes les dimensions rentables de celle-ci par les secteurs de pointe du capital et de l'encadrement et du contrôle par l'Etat de toutes les dimensions non rentables, interdit l'assimilation entre les mouvements de défense de la nature, de l'environnement..., de la période antérieure, dont la dynamique sociale pouvait être largement ambiguë, et les mouvements sur les conditions de vie, et donc de reproduction, qui font irruption dans la lutte de classe. La nature des contradictions conduit le mouvement social se constituant sur la défense des conditions de vie des classes dominées à l'affrontement d'une part avec l'appareil d'Etat, d'autre part avec les secteurs les plus avancés du capital. Dans un premier temps les mouvements isolés localement, ou subissant la pression de l'idéologie dominante, ont piétinés dans la compréhension des enjeux, dans l'analyse à faire de tel ou tel secteur de l'Etat ou du capital, ainsi ont-ils pu croire que leur adversaire était uniquement la technocratie, EDF, les promoteurs spéculateurs ... La généralisation des luttes et l'exacerbation des contradictions ont conduit à l'instauration d'un débat entre les différentes composantes du mouvement. Débat d'autant plus profond que des centralisations s'opéraient en fonction des objets de lutte, de nécessités de coordination pour lutter (coordination antinucléaire, coordination des comités de quartiers ... ), des sensibilités politiques et idéologiques qui
se faisaient jour (CSCV, Amis de la Terre, SOS environnement...), des échéances électorales (cantonales, municipales et législatives). Les initiatives et les instruments d'information et d'échange ont été multipliés, qu'il s'agisse des rassemblements du Larzac, ou antinucléaires, ou d'un effort d'édition, sous formes de rapports, livres, journaux (la Gueule ouverte, Cadre de vie, le Sauvage, le Canard de Nantes à Brest, la Bugada ... ) et même de la création d'une agence de presse (l'APRE 19) qui publie chaque semaine l'ensemble des échos et prises de positions des comités et groupes locaux dans Ecologie hebdo .. ). Enfin des coordinations locales et même régionales (comme en Lorraine) ont été mises en place afin de dégager des analyses plus globales et de coordonner les initiatives ... Un tel processus ne pouvait que conduire à une clarification de la place du mouvement au sein de la lutte de classe, et de la dynamique qu'il créait.
Il existe aujourd'hui une composante ayant une conscience claire du rôle anticapitaliste du mouvement, et une série de composantes chez qui la compréhension est plus ou moins partielle. En tout état de cause, que se dégagent en son sein des niveaux de conscience diversifiés, que s'expriment vis-à-vis des échéances des problématiques révolutionnaires ou réformistes, il s'avère qu'inéluctablement la conjonction de la transformation des contradictions propres à la reproduction, avec le développement d'une conjoncture de crise, confère à ce mouvement une dynamique totalement anticapitaliste, dont les effets peuvent déjà être saisis notamment sur le plan idéologique et politique. Unité de la dynamique
L'existence d'organisations nationales ou régionales spécialisées (de consommateurs, d'usagers des transports, etc.) ou regroupées sur la base d'accords idéologiques, politiques, ainsi que la multiplicité de comités locaux ad hoc et autonomes peuvent conduire à ignorer l'un des aspects essentiels de ce mouvement qui est l'unification de sa dynamique. Celle-ci apparaît partout sur le terrain des luttes locales, qu'elle passe par l'institutionalisation de coordinations ou de structures d'échange d'expériences, d'informations, ou qu'elle se fasse par osmose, conduisant à ce que chaque groupe bénéficie dans sa pratique des acquis de ceux qui luttent dans le même contexte local. Cela a pour conséquence immédiate que dans ces contextes les organisations ouvrières, y compris réformistes, sont contraintes d'exprimer un soutien et éventuellement de se lier aux luttes ; et que l'appareil d'Etat, les notables, le patronat se trouvent obligés d'adopter une attitude défensive pouvant conduire à des concessions ou des tentatives de détournement (telles que constitution de groupes concurrents contrôlés par la bourgeoisie ou l'appareil d'Etat). Partout la combi-
naison des effets locaux de la crise propre à la conjoncture, avec l'exacerbation des contradictions liées à la reproduction, conduit à une telle unification de la dynamique et rend nécessaire sa dimension anticapitaliste. Les contradictions qui créent les conditions d'apparition du mouvement
Le mouvement se situe au niveau d'un enjeu de classe portant sur les conditions et le cadre de vie, il importe pour nous de clarifier ces notions. En aucun cas elles ne constituent une donnée objective, un cadre permanent auquel les agents sociaux que sont les classes, se référeraient dans leur lutte pour l'appropriation de la plus-value. Conditions et cadres de vie, pour chaque classe, constituent un produit historique de la lutte des classes. Et lorsque les différentes classes sociales de ce mouvement luttent pour la défense ou pour l'obtention de nouvelles conditions de vie, il s'agit d'une composante d'un affrontement où la défense est celle des conditions de reproductions de chaque classe sociale et où l'obtention de conditions nouvelles signifie la formulation de revendications précises sur les conditions de reproduction que les classes dominées entendent imposer pour elles-mêmes.
Or l'analyse du stade actuel du capitalisme met en évidence que la sphère de la reproduction jadis constituée de structures précapitalistes (distribution, logement, loisirs) est devenue le lieu d'investissement de composantes de pointe du capital. Ceci entraîne une régression rapide des structures traditionnelles et une modification brutale des conditions dans lesquelles sont produites et consommées les marchandises permettant la reproduction des classes dominées. Ce processus a lieu sur la base du partage opéré entre ce qui produit du profit et ce qui ne peut être rentable (pris en charge par l'appareil d'Etat, ainsi gonflé de fonctions qui lui échappaient auparavant : logement social, équipements collectifs .. .). La reproduction est alors directement affectée par les effets de la contradiction principale, toute modification dans les conditions de valorisation du capital (baisse du taux de profit) entraîne des transformations brutales (exemple : abandon de la production de certains types de logements au début des années soixante-dix qui remet en cause toute la programmation, tel le schéma d'aménagement de région parisienne). D'autre part toute revendication sur les conditions de vie se heurte directement, soit aux conditions de valorisation de secteurs de pointe du capital, soit à l'appareil d'Etat, ce qui confère une place nouvelle et plus centrale à ces luttes.
La reproduction se trouve ainsi complexifiée et des difficultés considérables se font jour au niveau de ses conditions générales, et cela à l'échelle mondiale. Cela nécessite un développement considé-
rable de l'appareil d'Etat qui est amené à investir et contrôler totalement les conditions de reproduction des classes dominées. Ainsi toute crise au sein de l'appareil d'Etat, tout mouvement mettant en cause une des fonctions assumées ou prises en charge par l'Etat, revêt une importance considérable tenant à sa répercussion immédiate sur l'ensemble des conditions de reproduction.
Ces facteurs ont conduit à une modification brutale des conditions de reproduction de l'ensemble des classes dominées qui loin de se stabiliser se voient au contraire sans cesse contraintes de se modifier. L'environnement urbain, rural, l'habitat, les. loisirs, l'ensemble des ressources naturelles ... devenues éléments déterminant pour l'accumulation capitaliste se trouvent ainsi constamment bouleversés, alors que l'appareil d'Etat omniprésent doit assurer l'adhésion des classes dominées à ces conditions. La conjoncture particulière crée les caractéristiques du mouvement
Deux éléments principaux produisent les caractéristiques de la conjoncture : la nature de la crise, le niveau du rapport de classe. La crise, telle qu'elle se présente aujourd'hui, est constituée d'une combinaison entre les crises des trois instances politique, idéologique, économique. Chronologiquement c'est d'abord la combinaison des crises politiques et idéologiques telles qu'elles font irruption en mai-juin 68, qui apparaît entraînant une modification des rapports politiques et idéologiques de classe et entamant profondément le consensus que la grande bourgeoisie avait su créer, avec notamment la petite bourgeoisie nouvelle, qui en tant que fraction de classe a connu alors un essor considérable. Il se révèle et s'approfondit alors une crise de l'hégémonie que les classes dominantes ne vont pas être capables d'endiguer. Les crises d'institutions assurant la reproduction, telles que l'école ou la famille, vont se développer, alors que progressivement c'est l'ensemble des processus intervenant dans la reproduction et tout particulièrement ceux qui sont assurés par l'Etat, qui vont connaître la crise (culture, action sociale, socio-culturel...). Comme dans toutes les crises de l'hégémonie, la nature de classe de l'Etat devient apparente, cela entraînant une remise en cause des institutions et structures qui le composent, surtout lorsqu'elles semblent avoir contribué directement au renforcement des conditions de la crise. Le mouvement social se définit lui-même 20 comme étant issu du mouvement social de mai-juin 68, constituant une des formes de sa recomposition. La crise économique, plus tardive, par sa profondeur vient renforcer les effets des deux crises précédentes : d'une part elle accentue considérablement la pression sur les conditions de reproduction ce qui se traduit rapidement par une pénurie de logement qui atteint le niveau de celle des années
cinquante, une asphyxie des systèmes de transports urbains, une aggravation de la pénurie d'équipements collectifs, une détérioration des conditions de consommation ... D'autre part comme toute crise économique elle rend nécessaire la restructuration de différents secteurs capitalistes, notamment ceux qui interviennent dans la reproduction.
Le niveau du rapport de classe dépend d'une part des conditions du processus de montée des luttes populaires à l'échelle mondiale dans la période de la fin des années soixante et du début des années soixante dix. Plus particulièrement en France, la remise en cause du rapport de classe atteint conjointement la classe ouvrière, la petite bourgeoisie nouvelle et même la petite paysannerie prolétarisée 18 , créant les conditions d'alliances de classes qui vont tout particulièrement s'exprimer dans les luttes sur les conditions de reproduction. L'exacerbation de la lutte de classe se trouve renforcée ensuite par les caractéristiques de la crise. Le mouvement social que nous étudions apparaît tirer directement sa dynamique, son sens, ses caractéristiques (notamment son pluri-classisme) dans les conditions concrètes de ce niveau du rapport de classe. V n mouvement pluri-classiste
Les caractéristiques de la phase actuelle du capitalisme conduisent à la production d'unités de reproduction que sont les grands ensembles et villes nouvelles, au <>ein desquelles. logements, équipements collectifs, équipements commerciaux, sont produits à la chaîne comme de simples marchandises et cela pour l'ensemble des classes dominées. Aussi les contradictions internes à la reproduction concernent-elles l'ensemble des classes dominées. De même la nécessité de valoriser intensivement l'ensemble des ressources naturelles (les sites, la mer, la forêt, etc.) entraîne une altération des conditions de reproduction de l'ensemble des classes dominées urbaines et rurales ainsi que des conditions de production de la paysannerie. Et nous avons affaire à l'émergence d'un mouvement social pluri-classiste. Mais toutes les classes dominées n'y tiennent pas la même place. Comme les recherches l'ont déjà mis en évidence, les mouvements sociaux urbains 21 , le mouvement écologique, nationalitaire, sont principalement constitués par la petite bourgeoisie nouvelle, pour ce qui est de leur zone d'influence, de leurs militants, de leurs responsables ... Et la présence en leur sein de la paysannerie ou de la classe ouvrière ne suffit pas à définir le type d'alliances de classes qui peut être réalisé sur ces thèmes. Ces alliances en fait s'expriment beaucoup plus au travers des relations qu'entretient dans les luttes, le mouvement social avec le mouvement ouvrier et le mouvement paysan radicalisé.
3S
Conclusion ?
Bien que l'analyse reste partielle, il semble justifier de considérer que l'on a affaire à un authentique mouvement social, en voie de structuration, principalement centré sur la défense-définition des conditions de vie des classes dominées. La validation de cette thèse demande d'étudier les différents aspects de ces luttes, notamment en les interrogeant du point de vue de l'unification autour de leur objet commun.
De ce point de vue les organisations de. locataires, d'habitants, d'usagers, de consommateurs, écologiques. .. sont à étudier non comme étant le mouvement lui-même, mais comme des regroupements au sein de celui-ci, soit pour des impératifs d'élaboration, d'échanges d'expériences (réseau des Amis de la Terre) ou d'unification et d'homogénéisation partielle sur le plan tactique (Syndicat du cadre de vie), ou encore de tentatives de se situer au sein du champ politique et vis-à-vis des différentes stratégies existentes (SOS environnement, organisations nationalitaires, etc.).
Dans la mesure où il s'agit d'un mouvement pluri-classiste dont la dynamique anticapitaliste se révèle floue et fluctuante du point de vue stratégique et dont la direction de classe est essentiellement petite-bourgeoise, les organisations révolutionnaires ne peuvent y rester indifférentes. II est nécessaire pour elles d'être une composante de ce mouvement afin d'y défendre leur conception stratégique et donc d'y mener un débat clarificateur et maturant.
Mais les organisations révolutionnaires ne pourront jouer ce rôle que dans la mesure où elles sauront analyser correctement les contradictions en cause et de ce fait avancer des revendications et des propositions concernant les conditions de vie, l'environnement, la défense des ressources naturelles ... , dans la phase actuelle du capitalisme et dans une société de transition. Tout comme le mouvement ouvrier a dû prendre en compte les conditions de santé, de sécurité ... du travailleur dans l'entreprise face à l'exploitation capitaliste, il doit aujourd'hui de la même manière prendre en compte les conditions de survie, de santé, de sécurité ... de l'ensemble des classes dominées, menacées par le type d'exploitation des ressources naturelles que pratique le capitalisme dans sa phase actuelle. S'il ne le faisait pas non seulement il se condamnerait à perdre toute possibilité d'alliance avec le mouvement, affaiblissant ainsi le camp de la révolution, mais aussi il trahirait la classe ouvrière et toutes les classes dominées en les laissant s'exposer sans luttes à une destruction qu'un mode de production aveugle peut très bien provoquer.
Jean-Marie Charon
NOTES
1. Louis Caul-Futy et Michel Louis : Ça bouge dans les quartiers, Syros 1978.
2. J. et F. Caroux , J.M. Charon : «Evolution des milieux ouvriers et habitat»,
Ronéo, CESP.
3. J.M. Dumont : « Environnement et luttes urbaines », Critiqu e communiste, n° 7,
1976. 4. Castells, Cherky, Godard et Mehl : Sociologie des mouvements sociaux urbains, tome 2, Ronéo, EHESS. 5. Articles de Rouge, Libération, la Gueule ouverte de juin-juillet. 6. E. Cherky, D. Mehl: Crise des transports , politique d 'Etat et mouvements d'usagers, CEMS 77.
7. Selon la formule de Yves Guéna ; alors secrétaire d'Etat aux transports.
8. Lojkine : Le marxisme, l'Etat et la question urbaine, PUF. 9. Toussus-le-Noble, Rouen-Boos, Sisteron, Louvigny-Saint-Jure .. . et ND des Landes-Nantes (cf. Dégage on aménage, de De Legge et Leguen). 1 O. Notamment la CS dans la Seine-et-Marne, celle de Poitiers Bordeaux (in la
Gueule ouverte, n° 216 : « L'autoroute, les agriculteurs ». Il . Etudes faites par la SE DES sur les autoroutes A6 et A 7 dans les départements de l'Yonne, de la Drome et de l'Ardéche : « Conséquences socio-économiques de la mise en service de tronçons d'autoroutes de liaison sur la région rurale traversée », Ronéo. 12. Ainsi dans les Alpes de Haute- Provence, le mouvement qui se développe depuis plus de cinq ans contre l'aéroport de Vaumeilh-Sisteron, qui a bloqué une opération de spéculation immobiliére considérable à Curban menée par un trust international, est en rapport avec celui du Larzac et le mouvement qui méne une lutte d'ensemble depuis plusieurs années sur un mode de développement et d'aménagement de la région alternatif à la politique de désertification par le tourisme, le GAER s'est constitué à partir d'un comité au nom révélateur : «Vaumeilh-Larzac». 13. C.M. Vadrot : L'Ecologie, histoire d 'une subversion, Syros. 14. Danielle Arnaud : La Neige empoisonnée, Alain Moreau. 15. Articles parus dans le Canard de Nantes à Brest, n° 5 14, 15, 16. 16. Ainsi le programme de super-stations dans les Alpes du Sud, en plus de la destruction de milliers d'hectares de terres d'élevage pour les logements et installations, entraîne l'expropriation de centaines de paysans pour la réalisation d'un aéroport régional et de rocades autoroutiéres ... 17. Sens deN. Poulantzas dans Les Classes sociales dans le capitalisme aujourd'hui,
Seuil. 18. Sens de B. Lambert dans : Les Paysans dans la lutte de classes, Seuil. 19. Agence de presse réhabilitation écologique. 20. Louis Cau! Futy et Michel Louis : Ça bouge dans les quartiers. Brice Lalande :
Quand vous voudrez, Pau vert et, Pourquoi les écologistes font -ils de la politique ? Seuil. 21. Castells, Cherky, Godard, Mehl : Sociologie des mouvements sociaux urbains,
CEMS Ronéo.