La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

CULTURE

Le PCF, la culture et les intellectuels (1920-1966)

· Critique communiste (1re série), n° 28, juillet 1979 · p. 213-235 · 9 017 mots

Le PCF, la culture et les intellectuels (1920-1966) (par Jean-Michel Masson)

Les rapports que le PCF a entretenus avec, d'une part, la culture et, de l'autre, les intellectuels seront au centre de ce court article. On comprendra aisément, vu l'ampleur dans le temps (du Congrès de Tours au CC d'Argenteuil) et dans l'espace d'une telle étude, qu ' il ne s'agit ici que d'une esquisse, et qu'il ait fallu découper quelque peu arbitrairement en tranches périodiques ce qui recouvre en même temps des situations historiques fort diverses et la singularité du stalinisme français.

La position du PCF sur les problèmes culturels a toujours été étroitement liée à la politique d'ensemble du PCF : il ne saurait être question de comprendre l'une sans expliquer l'autre. Certes on constatera, selon les époques et les opportunités, une relative autonomie entre les questions culturelles et la ligne politique, mais l'étroite dépendance est cependant la règle coutumière. Mais dépendance n'est pas rigidité : ainsi les prises de position culturelles du parti peuvent précéder un tournant politique (par exemple la politique culturelle avant 1936) soit, au contraire, le suivre (cf. guerre froide) ... Dans les domaines de la culture, de la lutte idéologique comme dans ceux de la lutte de classes, l'appartenance du PCF à l' Internationale communiste et ensuite à un appareil politique et idéologique international ne peut être oubliée. Ce qui se fait et s'écrit en France n'est pas sans rapport, loin de là, avec ce qui s'édicte en URSS. Nous essaierons de montrer, au moins jusque dans les années 1950, la dépendance

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de la politique culturelle du PCF vis-à-vis du stalinisme soviétique .

Le PCF est le Parti communiste de masse qui s'est le plus préoccupé, tout au long de son histoire, des problèmes culturels. Cela tient à la place originale des intellectuels dans la société bourgeoise française (place qui reflète l'importance de la petite bourgeoisie qui joue un rôle social plus actif qu'en Allemagne avant 1914, par exemple); à la situation même de la culture en France et à l'intérêt que le mouvement ouvrier socialiste y a toujours porté; à'' l'intégration,, dans la vie nationale à partir du Front populaire («Nous continuons la France,,, écrira dans un texte célèbre Vaillant-Couturier) ... Derrière les rapports entre le PCF, la culture et les intellectuels, c'est aussi toute l'histoire, encore à écrire, des relations entre les intellectuels et le prolétariat, qui se dessine en filigrane.

Cet article s'arrête au comité central d'Argenteuil de 1966, et certains pourraient être tentés de voir là l'aveu, de notre part, d'un changement fondamental du PCF sur les questions culturelles . Il n'en est évidemment rien, mais Argenteuil clôt une époque en systématisant une politique culturelle d'ensemble et rompt dans les rapports entre le parti et les intellectuels avec les aspects les plus caricatu raux du stalinisme. En outre, depuis 1966, la politique culturelle du PCF s'est encore diversifiée, développée (parce que la vie cultu relle et les intellectuels se son t euxm êmes développés et, après 1968, le PCF a perdu un peu du monopole et de son hégémonisme : il a cessé d'être le plus court et unique chemin entre les intellectuels rompant avec l'idéologie bourgeoise et la classe ouvrière ... 1. 1920-1932: de l'héritage de la SFIO à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires ( AEAR)

Les premières années du PC (SFIO), avant la bolchévisation, ne seront guère marquées par une élaboration culturelle importante : la rubrique culturelle de l'Humanité se caractérise plutôt par un éclectisme qui fait alterner un humanisme très jauressien et la défense d'une littérature prolétarienne .

En cela le Parti communiste hérite du vieux et lourd contentieux, au sein du mouvement ouvrier français avant 1914, qui

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dénoncer l'organisation de la diffusion de la culture " classique"; une autre, bien différente, sa suppression pure et simple. Outre une lettre des organisateurs du festival populaire du Gourdonnais, protestant de la pureté de leurs intentions culturelles, le courrier qui suivit ce premier article vaut la peine d'être évoqué. Une lettre aussi furieusement polémique qu'anonyme commençait ainsi : <<Sur quatre colonnes d'un journal d'action communiste, le dénommé J.-F. G. fait part de ses fiançailles avec les individus dont le nom suit: Verdi, Richter, Cziffra, Beethoven. Pour légitimer ses amours (!) et les faire partager aux lecteurs de Rouge, Godchau invoque le "vieux" ... De quel public espère-t-il obtenir des vivats en laissant entendre que le programme de Trotsky est un programme de concert?(!) Non, le propos de Trotsky n'était pas de lancer à la classe ouvrière russe des invitations pour un récital>>(!). <<La bourgeoisie, continuait notre subtil interlocuteur, doit être poursuivie jusque dans ses temples, stades ou salles de concert. Aucun révolutionnaire ne doit pouvoir écouter Richter comme avant. .. Se battre pour le socialisme, c'est aussi se battre contre l'idéologie artistique bourgeoise(?) . .. L'assumer passe peut-être par l'ouverture des colonnes de Rouge aux élèves des conservatoires et des Beaux Arts . Il restera alors peut-être moins de place pour que le camarade G odchau . . . puisse dire .. . j'aime Beethoven. Ce ne sera pas bien grave.>>

Deuxième exemple : juillet 1976, lettre d ' Aix-en-Provence accompagnant un article destiné à Rouge. Extrait de la lettre : <<ce festival [le festival international de musique d'Aix] n'offre aucune recherche artistique; il est honni par les travailleurs et la jeunesse locale; la parade et le luxe qui s' y étalent sont perçus comme un affront- avec raison. L'art n'y est que prétexte à bombance. On vous envoie le programme : pas la peine de le passer dans le canard . .. ». Extrait de l'article accompagné par la lettre : <<La Traviata de Verdi, Don juan de Mozart ... vous attendent au festival d'Aix ... Il reste encore quelques places : billets en vente à New York, Londres et Milan: 150 Fla soirée . .. Surtout, n'oubliez pas: ici, personne n'entre sans le costume-papillon ou la robe de soirée. De préférence, venez en Mercédès; les flics veilleront sur votre extase culturelle .... C'est au Roy René, l'hôtel où créchaient la semaine dernière Haby et Dijoud, que le << concertman » commence sa journée. Pour midi, gibier garanti sauvage au Vendôme. Intermède culturel: le luxe de l' archevêché, la richesse des décors, une foison de ténors permettront d'avaler l'odeur de

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Remarquons quand même que l'Humanité est le seul quotidien qui consacre, dès 1921, chaque semaine une page entière au cinématographe, accordant à celui-ci une place que Lénine lui-même disait primordiale : << Le cinéma est pour nous de tous les arts le plus important. » Le Parti communiste a toujours porté un vif intérêt au cinéma: nous y reviendrons à l'époque du Front populaire, mais il est intéressant de noter que le fait de considérer le cinéma comme un art à part entière fut, au début du moins, largement le fait de critiques communistes comme Georges Sadoul et Léon Moussinac . . . 1. Le rapprochement entre le PC (SFIC) et les surréalistes

La première<< affaire>> culturelle qui traverse le PC, surtout les militants intellectuels, est la mort d'Anatole France en 1924. Alors que les surréalistes écrivaient : <<Loti, Barrès, France, marquons tout de même d'un beau signe blanc l'année qui coucha ces sinistres bonshommes: l'idiot , le traître et le policier !» (André Breton) , que la revue Clarté, avec des intellec tuels comme Naville, titre <<Un cadavre», l 'Humanité publie le rapport du docteur Guillaume sur le cerveau de l'écriva in! Entre les surréalistes qui reconnaissent dan s Anatole F rance le symbole dè ces << chieurs d 'encre» que vilipendait jadis Émile Pouget, et les communistes qui voient dan s l' adhésion de F rance au PC l'attirance prometteuse qu'exerce le bolchévisme sur certains écrivains et intellectuels bourgeois, la coupure est alors totale .

A l'occasion de l'affaire Anatole France , Barbusse et Vaillant-Couturier démissionnent d'ailleurs de Clarté. Ce qui va rapprocher les surréalistes et le PC est, comme l'écrit J.- P . Bernard 2, leur identique situation d'isolement : <<Entre 1924 et 1932, le PCF est aussi isolé politiquement que 1' étaient les surréalistes en littérature.»

Le 8 novembre 1925, l'Humanité publie une déclaration commune des surréalistes et du groupe Clarté : la guerre du Rif, menée par l'impérialisme français, ainsi que l'occupation de la Ruhr avaient rapproché les positions. La collaboration paraît bien engagée. Fourrier, directeur communiste de Clarté, écrit : <<]'ai cherché des collaborateurs décidés à participer à l'œuvre de destruction des valeurs culturelles bourgeoises . Je les ai trouvés . Un certain nombre de ces écrivains sont prêts à adhérer au Parti communiste. , 3

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Pourtant, au début de l'année 1926, Clarté décide de changer son titre en Guerre civile. Barbusse et Vaillant-Couturier, attaqués en outre dans quelques articles, décident de porter l'affaire devant le parti. Et pour la première fois, le 18 février 1926, le bureau politique du PC (SFIC) aborde les rapports entre l'avant-garde culturelle et l'avant-garde politique 4 •

Quelques opinions sont particulièrement révélatrices de la suspicion dont souffrent, de la part du PC, les surréalistes. Vaillant-Couturier d'abord : «Avons-nous bien fait ou non de nous rapprocher des anarchistes ou des surréalistes? '' Marion : << Il aurait donc fallu donner à Clarté une formule assez large. Au moment de la révolution, il serait tout à fait intéressant de rallier à nous quelques intellectuels alors que la grande majorité de l'intelligence serait dans l'autre camp. Nous avons au contraire rétréci notre influence. Le parti en arrive à reposer toute son action sur un groupuscule, sur une école des surréalistes. Qu'on l'ait voulu ou non, c'est là le résultat désastreux.»

Fourrier leur répond justement : <<Toute cette question provient de l'absence de thèse culturelle dans le PC. Dans le PC russe, la discussion sur ce point n'est pas close. Il y a deux courants."

En 1928, Clarté deviendra la Lutte des classes, et Naville qui se rapprochait alors de T rotsky sera exclu du PC . Après l'épisode Clarté, les rapports avec les surréalistes restent difficiles : Artaud et Soupault sont exclus en 1926. Breton écrit : <<L'Humanité est un journal illisible, tout à fait indigne du rôle d'éducation prolétarienne qu'il prétend assumer [ ... ], et les courants véritables de la pensée moderne s'y manifestent moins que partout ailleurs » 5 .

La politique en direction des intellectuels connaît néanmoins quelques succès : le groupe Philosophies, avec Politzer, Lefebvre, Morhange, Friedmann, Nizan, adhèrent au parti en 1926. En 1927, enfin, ce sera le tour d'Aragon, de Breton, d'Éluard et Péret. En pleine bolchévisation, comment seront accueillis les surréalistes au PC et, d'une manière générale, quels seront les rapports des intellectuels avec les militants ouvriers et la direction du parti?

Breton rapporte cette anecdote : << On me demandait de faire à la cellule du gaz un rapport sur la situation italienne en spécifiant que je n'eusse à m'appuyer que sur des faits statistiques (production de l'acier, etc.) et surtout pas d'idéologie. Je n'ai pas pu. , 6

Réticente à se présenter comme le principal soutien de l'avant-

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garde littéraire et artistique, la presse du parti publie peu d'articles, même après leur adhésion, sur le mouvement surréaliste. En 1928, l'Humanité en publie quelques-uns sur NadJa de Breton, Capitale de la douleur d'Eluard et le Chien andalou de Dali et Buimel.

La raison de ce quasi-silence se trouve dans la «méfiance» qu'inspirent encore les surréalistes; rappelons-nous la discussion au bureau politique, et l'ignorance dans laquelle les tient Barbusse, principale figure du PC en ce qui concerne les problèmes culturels de l'époque. Barbusse, qui a fondé, en 1928, la revue Monde, avec Albert Einstein, Gorki, Unamuno, Upton Sinclair comme membres du comité de rédaction, assigne à la revue de << travailler à dégager et peut-être à susciter en quelque mesure les premiers efforts d'une culture de masse aux perspectives collectives et pan-humaines,, 7 •

Une autre raison est évidemment la bolchévisation/bureaucratisation qui transforme alors le PC : l'ouvriérisme et l'antiintellectualisme aidant (tous les deux nourris à la politique funeste de la<< troisième période» de l'Internationale communiste), l'idée resurgit d'une littérature prolétarienne. En 1927-28, le PC se tourne ainsi vers l'URSS où, dès 1925, Vaillant-Couturier avait rencontré des groupes d'écrivains prolétariens. 2. Le PC et la littérature prolétarienne

En 192 7, Barbusse a reçu de la direction du parti la mission de créer des <<brigades d'écrivains ouvriers». A la différence de l'URSS (RAPP, Association des écrivains prolétariens) et de l'Allemagne (BPRS, Ligue des écrivains prolétariens révolutionnaires), il n'existe pas en France de littérature ouvrière communiste. La décision de la direction du PC sera-t-elle couronnée de succès?

Il n'est pas possible ici de montrer l'origine littéraire et sociale de la littérature <<prolétarienne». Disons simplement que, issue du naturalisme (Zola, Charles-Louis Philippe), il existe dans les années 1920 une littérature<< sociale», souvent non communiste, avec des écrivains comme Henri Poulaille, Édouard Peysson, Tristan Remy 8 . C'est d'ailleurs ce dernier qui définit ainsi les buts de la littérature prolétarienne : << La vie du prolétariat racontée par des auteurs qui sortent de ses rangs, voilà la littérature prolétarienne , 9.

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Mais la littérature prolétarienne en France ne peut s'appuyer, comme son homologue soviétique, sur la construction du socialisme et le <<lyrisme» qui en résulte. Lyrisme qui cache, soulignons-le en passant, une <<littérature soviétique devenue une machine administrative aux rouages compliqués, destinés à servir des buts politiques et économiques précis,. 10 • Aussi les écrivains prolétariens et le groupe Poulaille, qui resteront plus aptes à peindre la condition ouvrière telle qu'elle est, non sans misérabilisme, qu'à montrer le chemin du combat révolutionnaire, conserveront leur autonomie face au PC.

Si, à la fin des années 1920, le PC n'a pas de thèse culturelle, comme le soulignait Fourrier, le directeur de Clarté, ce n'est pas par pénurie mais plutôt par embarras : entre les surréalistes encombrants, les écrivains prolétariens et Barbusse, il va falloir choisir. 3 . La conférence de Kharkov et la création de l' AEAR

Choisir! Moscou , qui ne s' embarrasse guère de diplomatie à l'égard des autres partis communistes, en littérature comme en politique, va sévèrement interpeller la politique culturelle du PC (SFIC). En 1930 s'ouvre , en effet, à Kharkov la C onférence de l'Internationale des écrivains prolétariens, où le RAPP soviétique tient une place déterminante .

Barbusse, méfiant quant à l'expérience des Rabcor- les correspondants ouvriers - envoie un message : '' La seule condition que nous devrions exiger des intellectuels pour les grouper en un mouvement unifié est d'adhérer aux revendications du prolétariat,. 11 .

Las, la Conférence de Kharkov critiquera tout ce qui existe en France : aussi bien les surréalistes, le groupe Poulaille et même Barbusse, pourtant considéré comme le représentant qualifié du PC en matière culturelle . ''L'artiste prolétarien ne peut pas être un contemplateur passif de la réalité . Il est avant tout un homme de pratique révolutionnaire, par chaque acte de sa production, il participe à la lutte libératrice de sa classe. ,. 12

A 1' issue de la Conférence de Kharkov, Barbusse sera malmené en France. Aragon écrit : «Henri Barbusse est un contre-révolutionnaire .'' 13 Fréville, qui deviendra directeur littéraire de l'Humanité en 1933, note lui aussi : «Barbusse garde une conception idéaliste de l'histoire : il croit à la force révolutionnaire de

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la vérité, à l'action des hommes de bonne volonté, aux clairons de la pensée ... A quoi bon alors le Parti communiste?» 14 . Pourtant, curieusement, comme le remarque Danielle Tartakowski, la résolution de Kharkov n'est pas publiée dans la presse du Parti communiste 15 .

En réalité, la Conférence de Kharkov précipite la séparation entre le PC et les écrivains prolétariens : << Les masses veulent une littérature qui pose et résolve les problèmes sociaux qui les intéressent : le fascisme se hâte d'exécuter cette commande sociale. Nous voyons ainsi partout une<< renaissance» originale de la littérature sociale qui fait volontiers remonter ses origines à Zola et Charles-Louis Philippe, littérature contre-révolutionnaire jusqu'à la moelle des os.» 13

A quoi faut-il attribuer cette rupture et cet échec, dans ce que Jean-Pierre Bernard appelle une<< recherche d'une politique littéraire communiste autonome''? A la faiblesse même du Parti communiste, à la fois par son manque d'implantation dans la classe ouvrière et parmi les intellectuels? C ' est que qu ' incline à penser D. Tartakowski: <<Le Parti n'a pas les moyens d'une réelle intervention culturelle. Sa composition, le niveau culturel de ses adhérents, les difficultés de la lutte politique lui interdisent de pouvoir remodeler la France de l' entre-deux-guerres. » 16

Toujours est-il que le résultat de Kharkov - imprévu quant à ses conséquences- sera d'amener la création de l'Association des écrivains et des artistes révolutionnaires (AEAR), en mars 1932. Abandonnant progressivement toute perspective de <<culture prolétarienne», le PC va se tourner, à partir de la création de l' AEAR, vers les<< grands intellectuels», et ouvrir ainsi la voie au rassemblement du Front populaire . 2. L' AEAR et le Front populaire

L' AEAR est née et va vivre dans un contexte historique qu'il est impossible de ne pas rappeler ici, même brièvement : la montée du fascisme en Europe. Le tournant politique qui en résulte, après la tragédie allemande de 1933, aura une influence décisive sur les rapports du Parti communiste avec la culture et les intellectuels; l'Internationale communiste passe brutalement de la<< troisième période» à la défense des fronts populaires.

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Dès 1932, en URSS même, ~e RAPP est dissous. Alors que Alquié dénonce, dans le Surréalisme au service de la révolution, «le vent de crétinisation qui souffle d'URSS,, la notion de réalisme socialiste remplace celle de littérature prolétarienne. Gorki, dans un discours, intitulé <<De Hercule à Arsène Lupin,,, au Jer Congrès des écrivains soviétiques en août 1934, définit parfaitement, en négatif, les buts du réalisme socialiste : <<Et c'est ainsi que la littérature qui était partie des types de héros du travail, après avoir créé le type d'hommes qui ont compris qu'il était plus facile de voler que de travailler, en est arrivée à avoir pour héros l'homme inutile., 17

A partir de cette date et sous l'égide de jdanov- dont certains articles seront reproduits dans les Cahiers du bolchévisme en 1934 -le réalisme socialiste, c'est-à-dire en réalité le patriotisme, le chauvinisme et l'ouvriérisme, va s'épanouir en URSS. C'est l'époque où Staline, poète méconnu, appelle les écrivains <<les ingénieurs des âmes humaines,, où Eiseinstein réalise Alexandre Newski, où prospèrent les Kataïev 18 . En 1938 enfin ce seront les procès des anciens écrivains prolétariens et de Pilniak, Babel, Mandelstam ... et la fin de la littérature soviétique .

Curieusement, c'est au moment où la contre-révolution stalinienne s' installe fermement et dans tous les domaines, en URSS, que les intellectuels, en France, se tournent vers elle et vers le Parti communiste. Au début de 1933, en effet, Gide, Malraux, Guéhenno adhèrent à l'AEAR. Malraux sera d'ailleurs, ainsi que Pozner, Nizan et Aragon, délégué au Jer Congrès des écrivains soviétiques en 1934. En 1932, du 27 au 29 août, a eu lieu le Congrès d'Amsterdam-Pleyel, c'est-à-dire du Comité mondial contre la guerre et le fascisme, avec comme principaux animateurs les écrivains Barbusse et Romain Rolland et le scientifique Paul Langevin . Plus tard, après les journées du 9 et du 1er février 1934, se crée le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. En même temps, la revue Europe, fondée en 1923 par Romain Rolland et Crémieux, dirigée depuis 1930 par Guéhenno, se rapproche du PC, élargissant encore l'influence de celui-ci parmi les intellectuels. A partir de juillet 1933, l' AEAR fonde sa propre revue, Commune, avec Nizan et Aragon comme secrétaires de rédaction.

Ainsi, les années qui vont directement précéder le Front populaire sont-elles marquées par la fin du ghetto intellectuel dans lequel le PC était jusque-là isolé et par l'afflux dans ses rangs ou

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dans des organisations comme l' AEAR, où il est la force politique hégémonique, d'un certain nombre d'intellectuels et artistes. En 1935, l' AEAR 19 comptera 550 membres répartis dans différentes sections : littérature, musique, arts plastiques, cinéma, etc. A quoi faut-il attribuer ce succès de la politique culturelle du PC? Au fait que, comme le note Bernard, <<à partir de 1933, la lutte contre le fascisme est le ciment principal de l'unité des intellectuels avec le parti, pas le réalisme socialiste''.

Le rapprochement entre certains intellectuels et la classe ouvrière - rappelons que jusqu'en 1933 les surréalistes feront partie de l' AEAR- n'est-il pas aussi, devant l'ampleur de la crise capitaliste et du danger fasciste, le reflet de l'aspiration du prolétariat au front t~.nique2°?

L'attitude de la presse du Parti communiste sera immédiatement enthousiaste devant l'adhésion de ces<< grands intellectuels" - Gide est au sommet de sa carrière littéraire, Malraux vient d'obtenir le Goncourt- à l'AEAR. Aragon écrit, à propos de l'auteur des Nourritures terrestres:<< L'œuvre entière d'André Gide est un chant en l'honneur de la libération de l'individu, brimé, diminué, mutilé par la société bourgeoise. ,2 1

A partir de 1934, les rapports que le Parti communiste entretient avec les intellectuels ne sont plus déterminés par des critères littéraires mais guidés par des choix politiques : l 'Humanité applaudit Mauriac et Montherlant parce que le premier condamne le franquisme et le second dénonce Munich . Ouverture ici, dogmatisme ailleurs : en 1933, Jean j\udar est exclu de l' AEAR pour<< freudo-marxisme »et Breton, Eluard, Crevel du PC. De la même manière, quand Gide, loué hier non sans opportunisme, revient d'URSS et prend ses distances avec le stalinisme, la réaction du PC est sans équivoque : << Il est et reste un digne fils de la petite bourgeoisie française. Il est un typique représentant de la couche intellectuelle bourgeoise en décomposition. »22

Le Congrès international pour la défense de la culture qui s'ouvre en mai 1935 à Paris marque une étape décisive dans l'évolution future du PC : désormais, et de plus en plus, le PCF se posera comme l'unique légataire de l'héritage culturel bourgeois. Le PCF et le Front populaire : le « réalisme français"

Si le Front populaire a permis au PC, selon la phrase de Thorez au Congrès de Villeurbanne en 1936, de<< revaloriser les valeurs,,

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il lui donne également les moyens de développer une activité culturelle autonome : l'Université ouvrière est créée en 1932, à partir de 1934 l'Humanité contient une rubrique intitulée ''Des ouvriers écrivent,, les communistes fondent le prix Ciment en 193 7, prix à l'honneur de la littérature "prolétarienne, .. .

Jdanov avait défini le réalisme socialiste comme une "littérature nationale par sa forme et socialiste par son contenu,, il ne restait, comme l'écrit Aragon, qu'à lui donner le nom du «réalisme français •• : " Le réalisme socialiste trouvera dans chaque pays sa valeur universelle en plongeant ses racines dans les réalités particulières, nationales, du sol duquel il jaillit. , 23

La main tendue culturelle précède celle, sans rivages aussi, de l'alliance avec les Croix de feu et autre PPF : "Nous avons la conviction profonde que des hommes comme Lucien Descaves, Léon Frapié, Roland Dorgelès, Céline et bien d'autres qui ont brossé de magnifiques fresques de la vie humaine, peuvent bien ne pas aboutir aux mêmes conclusions que nous, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils veulent comme nous sauver la culture . » 24 Vaillant-Couturier, animateur de l' AEAR et dirigeant du PCF , déclare dans un rapport intitulé " Pour la défense de la culture française, devant le comité central du PCF le 16 octobre 1936 : " Et nous pensons que les intellectuels qui sont en quelque sorte les idées incarnées peuvent, dans les heures que nous vivons, tenir aux côtés des masses une place capitale dans l'indispensable remise en ordre du monde. Nous continuons la France . .. Nos militants sont profondément enracinés à son sol. Leurs noms ont la saveur de nos terroirs ... ,

Souvenons-nous ici, discrètement, des militants communistes de l'Affiche rouge ... Dès 1935, Victor Hugo, Descartes, Diderot vont voler, malgré eux sans doute, au succès du Front populaire.

Dans l'alliance avec certains intellectuels, le PCF trouve certes l'illusion de " continuer la France, et de " revaloriser les valeurs , , alors que, dans le même temps, il rompt avec les surréalistes, mais ces écrivains (Barbusse, Romain Rolland) voient souvent dans la politique du PCF un facteur d'ordre, de conservatisme social : «j'admire la sagesse du Parti communiste ... il est en butte aux attaques de tous les enragés de droite et de gauche ... , 2s

En dehors de la littérature, le cinéma tiendra alors dans la politique culturelle du PCF une place importante. Jean Renoir, s'il n'est pas membre du parti, produit plusieurs films, dont certains

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commandités directement par le PCF, la Vie est à nous, d'autres reflètent largement« l'esprit du Front populaire>> (la Marseillaise).

C'est également, après les menaces réelles que les trusts américains de la pellicule (Paramount, etc.) ont fait peser, de 1929 à 1935, sur la production française, l'éclosion du «réalisme poétique» : Carné, Duvivier, Grémillon, etc. En 1936, les syndicats des travailleurs du film et des techniciens dressent, sous l'influence communiste notamment, un plan de réorganisation et de défense du cinéma français. Le «réalisme poétique», baptisé par le PCF de cinéma français national, va devenir l'arme principale dans le sombat pour l'indépendance du cinéma français, par rapport aux Etats-Unis ...

Il faudrait également évoquer ici l'existence de la Fédération du théâtre ouvrier en France, les rapports du PCF avec des musiciens comme Milhaud, Honegger, avec des scientifiques comme Prenant, Langevin, etc. 27

Au moment du Front populaire, le PCF s'ancre profondément dans la réalité politique, sociale et culturelle de la société bourgeoise en France. Non, évidemment, par sa pratique révolutionnaire, mais au contraire par l'idéologie <<nationale», jacobine, dont il apparaît alors, à la fois aux yeux des intellectuels et à une partie de la classe ouvrière, comme le seul et ferme défenseur. Maurice Thorez exprime très bien cet « ancrage» : <<La Marseillaise, chant séditieux dans tous les pays, a conquis l'Europe ... C'est le chant des démocrates et des prolétaires ... » 28

La politique culturelle du PCF en 1936-193 7 contient déjà en germe tous les éléments des futurs rapports avec les intellectuels, tant pendant la Résistance et la Libération que durant les années 1950, triomphe de Jdanov et Kanapa réunis ... On constatera d'ailleurs souvent ce phénomène : quand la lutte des classes exige que le PCF monte en première ligne de la défense de l'ordre bourgeois, sa politique culturelle est« française», nationale, chauvine, opportuniste, alors qu'elle devient de classe, «communiste,, quand la lutte des classes rejette le PC à suivre fidèlement les chemins soviétiques (guerre froide).

Le Front populaire marque aussi, après l'affaire Dreyfus, 1' apparition des intellectuels, en tant que tels, sur la scène politique. Si le PCF constitue indéniablement la force d'attraction principale pour les intellectuels, certains estiment (comme les surréalistes)

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que le PCF a trahi la révolution pendant le Front populaire. Comme Bernard l'écrit : «Il était plus difficile à Breton qu'à Thorez de tendre la main aux catholiques; il lui était aussi mal aisé de se réclamer des Capétiens qu'il l'était à Vaillant-Couturier. '' 29

D'autres prennent leurs distances face à la politique stalinienne : Duhamel, Mauriac, Martin du Gard, Gide, n'iront-ils pas jusqu'à signer un manifeste contre l'élimination du POUM en Espagne? 30

En forme de conclusion sur cette période, nous donnons quelques indications qui mériteraient d'être développées. Les rapports du PCF avec les intellectuels à l'époque du Front populaire nous semblent révélateurs de la perte - relative - d'hégémonie de la bourgeoisie sur ses <<grands intellectuels,, et '' intellectuels organiques>>, pour reprendre une expression de Gramsci; de la modification, modeste encore, de la formation sociale en France (augmentation du nombre d'intellectuels : professeurs , ingénieurs , scientifiques , etc .); de la« revalorisation des valeurs» par le PCF qui a donné par-là non seulément un second souffle à l'économie capitaliste, mais aussi à l ' idéologie bourgeoise; <d ' esprit du Front populaire» a facilité l'idéologie future de la Résistance où va s'épanouir réellem ent , de mêm e qu ' à la Libération, toute la politiq ue culturelle nationale du P arti communiste français . 3. De la Résistance à la Libération

Par la force des choses, et très précisément des armées nazies, lés rapports du Parti communiste français avec la culture et les intellectuels furent, pendant la Résistance, clandestins et limités . Mais , clandestine et limitée, la politique culturelle du Parti communiste va connaître pendant les années 39-45 un développement et un enracinement supplémentaires. A la Libération, le PCF comptera plusieurs dizaines de milliers d'intellectuels dans ses rangs. Comment expliquer ce phénomène apparemment contradictoire : le PCF n'a plus en 1940 les moyens matériels d'une quelconque activité culturelle et il va sortir de la Résistance avec une audience jamais atteinte?

On a vu plus haut de quelle manière le Front populaire préfigurait le Front national, «l'esprit du Front populaire», «l'esprit de

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la Résistance>>. Cet esprit-là, la <<revalorisation des valeurs>>, le PCF le prépare depuis 1935: jusqu'en 1939, l'Humanité accordera la plus grande place à Pascal, Molière, Racine, Hugo. Tout est revendiqué. Diderot ouvre la collection <<Socialisme et culture>> aux Éditions Sociales : <<Diderot et les encyclopédistes réalisent dans les pages de l'Encyclopédie, par une sorte de tactique, le front unique du tiers État tout entier. ,, 31

On comprend mieux alors que Politzer puisse écrire, avant son exécution et l'entrée en guerre de l'URSS : <<Notre parti défend seul d'une manière conséquente la science contre l'obscurantisme et c'est ce qui lui vaut la sympathie des meilleurs représentants de la science et de la littérature française. Notre parti est le parti de la raison militante. Notre parti continue la pensée la plus française, celle des encyclopédistes. >> 32

Éluard réadhère au PCF, qu'il avait quitté presque dix ans plus tôt. Aragon, après ses romans d'avant-guerre (Cloches de Bâle, les Beaux Quartiers, les Communistes), devient par son activité poétique pendant la Résistance (le Crève-Cœur, la Complainte pour l'orgue de la nouvelle barbarie, etc. ) la principale figure intellectuelle du PCF . D e la Résistance également datent les adhésions au PCF de Fernand Léger, Picasso , Langevin , Joliot-Curie . Thorez écrira, le 26 juin 1945 , que le PCF << était devenu l' expression de la France qui travaille et qui pense ,, 33 .

Par le biais de diverses organisations (Union fra nçaise universitaire , Comité national des écrivains), le PCF a raffermi encore son influence - qui n'est pas seulement culturelle , mais reflète surtout l'autorité décisive du PCF dans la lutte des classes à la Libération - parmi les intellectuels . Alors que des surréalistes ralliés, comme Tzara, viennent au stalinisme, le PCF aura, enfin serait-on tenté d'écrire , au sortir de la Résistance et entre 1944 et 1947, les moyens matériels de sa politique culturelle.

Au Xe Congrès du PCF, Thorez définissait un,, programme de renaissance morale et intellectuelle>>, avec le développement de la recherche scientifique (création du Commissariat à l'énergie atomique, dirigé par le communiste Joliot, NRS), la réforme <<démocratique>> de l'enseignement (Langevin-Wallon) et une aide aux intellectuels afin de << donner à leurs travaux une pleine efficacité pour le bien de la France >> 34 • Il est certain que la politique culturelle du PCF du temps où les staliniens étaient ministres ( 1944-194 7) demanderait de plus amples développements. Surtout en considérant que le PCF perd alors l'autonomie et

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1' indépendance relatives de sa politique culturelle pour la mettre tout entière au service de la reconstruction matérielle et non seulement spirituelle des institutions bourgeoises (enseignement, etc.). En réalité, il n'y a pas alors de politique çulturelle du PCF, il y a seulement une politique culturelle d'un Etat bourgeois qui existe par la seule volonté d'un parti ouvrier stalinien 35 . 4. Les années 1950: le jdanovisme français

Une raison plus objective et plus fondamentale peut-être que le rôle du PCF pendant la Résistance explique l'afflux des intellectuels en son sein : la modification de la formation sociale française (davantage d'ingénieurs, de cadres, de professeurs ... ). L'adhésion des intellectuels au PCF n'est-elle pas aussi la manifestation déformée du rapprochement objectif des intellectuels «qui se sont haussés jusqu'à la compréhension théorique de l'ensemble du mouvement historique'' comme écrit Marx dans le Manifeste avec les intérêts du prolétariat? et le PCF ne va-t-il pas précisément tirer l'autorité de sa politique en direction des écrivains et artistes de cette erreur de perspective, de ce tour de passe-passe?

Les années 1947-48 vont voir, au même moment, le tournant de la guerre froide à 1' échelle internation ale et nationale (éviction du PCF du gouvernement en 1947) et le développement de la presse stalinienne en direction des intellectuels : les Lettres françaises, la Nouvelle Critique, l'École et la Nation, Économie et Politique sont fondées à cette époque. Pourtant, l'influence du PCF parmi les intellectuels diminue sensiblement durant la même période 36 • A quoi cela est-il dû? La réponse de François Hincker est amusante, parce qu'il met de côté, par une amnésie toute stalinienne, le raidissement dogmatique et 1' alignement inconditionnel sur le jdanovisme soviétique : « Il était donc largement inévitable que les milliers et les milliers d'intellectuels venus à l'alliance sur le terrain des luttes démocratiques (Front populaire et Résistance) aient du mal à la suivre sur le plan de la lutte des classes. , 37

En réalité, à lire la presse du PCF, et singulièrement la Nouvelle Critique, on comprend que les intellectuels aient été de plus en plus réticents à adhérer à la politique culturelle du PCF. En culture comme en politique, le vent souffle alors de l'Est. Jdanov écrit : <<Sous le drapeau de la lutte idéologique contre le marxisme, on fait appel aux gangsters, aux souteneurs, aux espions, aux crimi-

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nels de droit commun. » 38 C'est à ces titres, chacun peut essayer de les reconnaître, que Genet, Miller, Dos Passos, Hemingway sont condamnés.

Quelque temps auparavant, le PCF avait défini au Congrès de Strasbourg sa politique culturelle: <<Nous préconisons une littérature résolument optimiste, tournée vers l'avenir, exaltant l'effort, la solidarité, la marche vers une société meilleure .. . » 39 Un exemple : la Nouvelle Critique

Fondée en décembre 1948, la Nouvelle Critique va être le cheval de Troie du PCF contre <<l'idéologie bourgeoise,, (pêle-mêle, les films américains nocifs, le Reader's Digest, l'art abstrait, la musique sérielle, etc.). Le manifeste de la revue l'exprime bien : << Le véritable but de cette pression idéologique croissante de la réaction se révèle chaque jour davantage, il est de préparer le terrain à une colonisation de la France et de la pensée française ... Tous ces hommes, Moch et Rousset, Truman et Mauriac, Bidault et Sartre , Blum et Malraux se mettent à la remorque des intérêts des industriels américains. , 40

Au plan Marshall de la colonisation culturelle yankee , on oppose la culture soviétique : << La force de la littérature soviétique qui est la littérature la plus avancée du mol!de réside dans le fait qu ' elle n ' a pas d ' autre intérêt que ceux de l' Etat.,,

De fait, les critiques littéraires de la Nouvelle Critique vont faire table rase de la littérature contemporaine . Tout, ou presque, est dénoncé, en fonction notamment de la position de l 'écrivain ou de l'artiste vis-à-vis de la<< patrie du socialisme».

Ainsi, prix Nobel 1949, Faulkner subit-il les foudres staliniennes : <<Un parallèle qui s'impose est celui de la situation intellectuelle de l'Allemagne nazie dont il ne reste pas une œuvre de valeur. Faulkner re.l>résente et défend une classe, la bourgeoisie féodale du Sud des Etats-Unis.» Dos Passos, ancien militant du Parti communiste américain passé à la réaction, voit toute son œuvre rejetée aux oubliettes : << Les masses y étaient saisies sous le regard de la classe bourgeoise et l'homme sous l'angle unique de son écrasement par le capitalisme. , 41

Malraux, le <<chef du RPF », est dénoncé comme aventurier : << Malraux était profondément contre-révolutionnaire. Son originalité a été de se faire des grandes luttes sociales de son temps une spécialité littéraire, lui qui n'a pas consacré une seule ligne aux

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luttes sociales de la France. » 42 Prévert, lui aussi, est abandonné à la bourgeoisie : << Si vous insistez à vouloir faire prendre à un militant ouvrier cette poésie au sérieux, il y verra à juste titre une tentative de diversion politique de caractère réactionnaire très définie.» 43

Avouons-le bien vite, au risque de lasser le lecteur à force de citations, la littérature française se réduit en 1950, pour la Nouvelle Critique, en dehors des Wurmser, Stil et compagnie, à un seul nom : << La simplicité de la phrase de Maurice Thorez vient de sa richesse. Elle est l'héritière de la culture française, elle a reçu des meilleurs écrivains du XVIW siècle son aptitude à tout dire clairement. >> 44

Le théâtre et la peinture ne sont guère logés à meilleure enseigne. On a vu plus haut la condamnation de Genet et de ses persor.nages <<qui fouillent les poubelles et se vautrent dans la pourriture». Il faudrait dire ici celle de Sartre (les Mains sales), de Camus (les Justes), de Montherlant, de Barrault, de Tennessee Williams avec Un tramway nommé désir qui<< apporte, avec ses scènes de bagarre, de coucheries, de viols, la contribution du théâtre bourgeois au Pacte atlantique» 45 .

Seule l'expérience naissante du TNP va trouver grâce aux yeux du PCF 46 . Les peintres communistes (Fougeron, Taslitzky, etc .) se mettent à l'école du réalisme socialiste ou français comme on veut : <<Il nous faut acquérir autant de justesse et de puissance, au même pouvoir de communication directe qu'en ont les comptes rendus du CC ou un discours de Thorez. » 47 On comprend mieux pourquoi certains tableaux porteront alors les titres si évocateurs, si poétiques, si << réalistes» de Hommage à Marcel Cachin ou Réunion de cellule!

En musique, quelles doivent être les préoccupations des musiciens communistes, s'il en reste? <<La grève des mineurs ou la lutte pour la paix, voilà ce qui peut intéresser à présent le musicien progressiste, et non de savoir s'il devra écrire en langage polytonal, atonal ou tonal» écrit, sans la moindre trace d'humour, Elsa Barraine dans le numéro 6 de la Nouvelle Critique, en mai 1949. John Cage, Schoenberg sont condamnés sans appel.

Les rapports du PCF avec le cinéma, s'ils sont aussi caricaturaux dans leurs exclusives, restent fidèles à la défense du cinéma français. Non sans raisons d'ailleurs, puisqu'en 1949, après les accords Blum-Eymes sur la diffusion des films américains en France, plus de la moitié des films projetés dans les salles viennent

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justement des USA. En contrepartie, si les coproductions se développent, des cinéastes comme Carné, Clair, Autant-Lara ne tournent presque plus. Le PCF va partir en croisade à la fois pour sauver le cinéma national français et dénoncer les films américains (dont beaucoup sont d'ailleurs de pures œuvres de propagande anticommuniste, comme le Danube rouge, j'ai épousé un communiste, etc.).

Si certains films américains trouvent grâce aux yeux des critiques communistes, c'est plus en raison de leur signification politique que de leur valeur esthétique et culturelle (les Raisins de la colère, les Plus Belles Années de notre vie sont louangés, au contraire de Mankiewicz, Huston, Welles, Hawks, et d'une manière générale les films noirs sont rejetés). Là encore, l'exemple vient de Moscou : <<Un des principaux moyens de façonner idéologiquement les pays américanisés consiste à inonder de romans policiers américains et de films où les gangsters et les assassins, les sadiques et les séducteurs, les cagots et les fourbes sont invariablement les héros principaux . » 48

L'histoire même du cinéma est réécrite pour être au goût du jour : Louis Daquin incendie le Chien andalou de ,Buiiuel et le Sang du poète de Cocteau, et Sadoul porte aux nues<< l'Ecole française de 1936 qui rendit à notre cinéma son prestige (Renoir, Carné , D uvivier) , 49 .

Terminons par un article de Kanapa, intitulé<< Feu sur la décadence,, où celui-ci, en dénonçant tout à la fois Mouloudji, Jean Vauthier et la pédérastie («l ' acte gratuit se porte bien, merci!»), résume bien quel fut, durant les noires années de la guerre froide, l'essentiel de la politique culturelle du PCF : <<Pas de ça sur nos écrans! Pas de ça dans nos bibliothèques! Pas de ça à la radio! Pas de fleurs du mal aux devantures de la culture française! ,

Après l'euphorie du Front populaire et de la Résistance, les rapports du PCF avec les intellectuels se sont ternis durant la guerre froide. Non parce que ceux-ci, pour la plupart, ont été effrayés par le cours de la lutte des classes. Mais plutôt parce que le PCF est devenu un parti stalinien, parce que sa pensée théorique est devenue scolastique, dogmatique, sa politique culturelle, défense de la culture bourgeoise.

Beaucoup d'intellectuels aussi s'en sont allés doucement, sur la pointe des pieds, sans attendre le XXe Congrès du PCUS, répétant le vers d'Aragon: <<Ce qu'il m'a fallu de temps pour tout comprendre! ,

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5. Du XXe Congrès du PCUS au comité central d'Argenteuil

Si la Nouvelle Critique des années cinquante est significative de la chape de plomb idéologique que les intellectuels communistes abattent sur eux-mêmes, elle ne peut pourtant cacher tout à fait les contradictions au sein du parti, des artistes et des intellectuels, qui existent alors entre les aspirations à une culture nationale et la culture de caserne que défend la direction.

L'<< affaire,, Aragon- Picasso est, à cet égard, particulièrement éclairante. Le 12 mars 1953, les Lettres françaises publient, en hommage à la mort de Staline, un portrait de celui-ci par Picasso. Le 17 mars, le secrétariat du PCF «désapprouve catégoriquement la publication dans les Lettres françaises du portrait du grand Staline dessiné par le camarade Picasso [ ... ], et regrette que le camarade Aragon ... ait permis cette publication"· Un an plus tard, au congrès d'Ivry, c'est-à-dire après l'exclusion de Lecœur du secrétariat, Aragon résume bien les caractéristiques outrancières de cette« caporalisation de l'art, : « L'oÜvriérisme allié à l'opportunisme et à l'esprit d'aventure a fait alors gravement sentir ses effets dans les questions de la création artistique dans nos rangs ... Beaucoup de camarades se font de l'art de parti une représentation fausse , grossière , schématique , celle d'un art de pure et simple déclaration, un art d'affiche, un art gesticulatoire, un art diminué. ,so

Si l'année 1956 est importante pour la politique du PCF, il en est de même en ce qui concerne ses rapports avec les intellectuels : le XXe Congrès du PCUS et le rapport Krouchtchev, le XIVe Congrès du PCF au Havre en juin qui suit immédiatement le premier, les événements de Pologne et de Hongrie, etc. Ces événements marquent-ils une rupture entre le PCF et les intellectuels? Rupture non: le PCF constitue toujours, en 1956, la force d'opposition (au colonialisme, Algérie, Vietnam) essentielle au sein de la société bourgeoise française, le camp « socialiste, reste aux yeux des intellectuels du parti «l'horizon indépassable de notre temps"· Si l'on ne peut parler de rupture complète, beaucoup d'intellectuels communistes s'éloignent du parti et non des moindres : Lefebvre, Desanti, Morin, Vaillant ... 51

Les raisons de l'érosion de l'influence du PCF parmi les intellectuels sont évidemment à saisir dans l'acuité de la crise du stalinisme en 1956. Mais la crise du stalinisme ne saurait faire oublier

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la crise, également profonde, que traverse la pensée bourgeoise, ses valeurs et ses idéologies traditionnelles et l'effritement de son hégémonie sur les intellectuels après la Seconde Guerre mondiale. La dialectique de cette double crise crée, tout en servant de repoussoir à beaucoup, de << nouveaux» courants intellectuels et accentue subjectivement pour les intellectuels l'illusion de leur indépendance 52 .

Sur cette période charnière, Roland Leroy explique, involontairement sans doute, les difficultés des rapports entre le PCF et les intellectuels : << Dans les milieux intellectuels de moins en moins la bourgeoisie peut alors se battre à visage découvert ... L'idéologie destinée aux intellectuels, pour garder à la bourgeoisie leur soutien, se présentait sous un visage avenant! Une idéologie de progrès social, anticapitaliste, toujours réformatrice, parfois même à l'allure révolutionnaire et pourquoi pas marxiste! C'est la splendeur de Sartre! ... Le caractère dominant, c'est bien que personne ne peut plus, n'ose plus proposer aux intellectuels une théorie soutenant ouvertement le capitalisme ... Le travestissement gauchisant s'esquisse aussi. Notamment à propos de la guerre d'Algérie. Le réformisme intellectualisé essaye de prendre des couleurs ultra- révolutionnaires ! >> 53

Les années qui vont de la guerre d'Algérie , du coup d'État de De Gaulle en 1958, jusqu'au comité central d'Argenteuil en 1966 sont importantes en ce qui concerne les rapports du PCF avec les intellectuels. La guerre d'Algérie va tendre un peu plus les relations, que la crise du stalinisme avait déjà ternies, entre les intellectuels progressistes, ceux <<qui portaient les valises du FLN» comme l'écrivait l'Humanité et le PCF : le Manifeste des 121 sera un sérieux avertissement! 54

Une seconde raison, également déterminante, de !.'importance de la fin des années 1950 et du début des années 1960 coïncidant avec ceux de laVe République, est le changement de la formation sociale en France. De 1946 à 1962, le nombre des cadres moyens et supérieurs passe de 750 000 à 1 400 000, celui des professeurs, ingénieurs progresse davantage encore. En 1962, 27 p. cent des travailleurs dépassent le niveau de l'école primaire contre 18 p. cent en 1946. Entre ces deux dates, le nombre des bacheliers est multiplié par trois, les travailleurs possédant une certaine formation intellectuelle représentent en 1962 plus du quart de la population active. Comme l'écrit François Hincker : <<Ainsi, on ne peut plus considérer l'intellectuel-type comme étant l'écrivain ou

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l'avocat qui soit vont au peuple, soit deviennent les notables de la société bourgeoise : l'intellectuel-type est désormais l'ingénieur, l'enseignant. ,, ss

Précédant directement Argenteuil, plusieurs événements (la crise de l'Union des étudiants communistes, les<< interprétations" différentes de Marx par Garaudy et Althusser) vont pousser la direction du PCF à définir une politique culturelle d'ensemble, à préciser les rapports du parti aux intellectuels. Deux ans avant 1968, Argenteuil représente une tentative (pleine de compromis, il suffit de lire la résolution) de <<déstaliniser>> la politique culturelle du PCF, l'équivalent, dans le domaine de la culture et des arts , du tournant <<euro-communiste" d'aujourd'hui. Tournant <<euro-culturel>> que le PCI a, quant à lui, effectué bien avant 56 •

Le comité central d'Argenteuil de 1966 réclame, bien sûr, une réforme démocratique de l'enseignement, une politique de diffusion de la culture, la ,, mise en valeur du patrimoine national>>, mais il définit aussi , ce qui est nouveau pour le PCF , un véritable sta tut des intellectuels et artistes comme «porteurs et créateurs" de la culture . « L e créateur n'est pas un simple fabricant de produits desquels les éléments sont donnés ... Il y a dans toute œuvre d'art une part irréductible aux données et cette part, c' est l'homme m êm e ... L es exigences expérimentales de la littérature et de l' art ne sauraient être niées ou entravées, sans que soit gravement porté atteinte au développement de la culture et de l'esprit humain lui-même . ,, s7

Désormais, et cela se reflètera dans la presse du parti (la Nouvelle Critique), certaines disciplines, jusque-là laissées dans les poubelles de la pensée bourgeoise, comme la psychanalyse, le structuralisme, etc. , auront droit de cité. Mais Argenteuil, par la liberté de recherche et de création qu ' il suppose pour tous les intellectuels, et donc les intellectuels communistes, aggravera encore, après 1968 quand la crise du PGF aura pris une autre dimension, les contradictions entre le PCF et un nombre croissant d'intellectuels. Mais ceci est une autre histoire que nous présenterons dans un autre numéro.

Jean-Michel Masson NOTES 1. Ces différentes citations sont extraites d'un court mais excellent article de Maurice

Moissonnier : «Le mouvement ouvrier français et les intellectuels avant la Première

Guerre mondia le "• in Cahiers d'histoire de l'institut Maurice-Thorez, n° 15, janvier

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1976. On peut aussi rappeler pour plus d'informations sur les rapports des intellectuels avec le mouvement ouvrier avant 1914, les livres sur la vie et l' œuvre de Lucien

Herr, et sur la Bibliothèque du travail (Marcel Hatzfeld, éd. Maspero).

2. Bernard, le PCF et la Question littéraire, 1921-193?, Presses universitaires de Grenoble.

3. «Documents inédits : le bureau politique du PCF et la revue Clarté en 1926», in

Cahiers d'histoire, op. cil.

4. Ibid. Les citations qui suivent sont également tirées de ce document.

5. André Breton in Révolution surréaliste, l" décembre 1926.

6. André Breton in Préface au Second Manifeste du surréalisme, 1946, cité par Bernard, op. cit., p. 100.

7. Barbusse in revue Monde, 9janvier 1928.

8. Sur la littérature prolétarienne , on peut lire l'excellent livre de Michel Ragon, la

Littérature prolétarienne en France.

9. Cité par Bernard, op. cit.

10. Bernard, op. cit., p. 10.

11. Message de Barbusse à la Conférence de Kharkov, in Bernard, op. cit.

12. Résolution de la conférence de Kharkov, op. cit., p. 64.

13. Aragon, in le Surréalisme au service dela révolution, décembre 1931.

14. Fréville in l'Humanité, 15 décembre 1931.

15. Cf. l'article" 1920-1940, héritage et réalités nouvelles», in Cahiers de l'histoire, op. cit., n° 15.

16. Cahiers de l 'histoire, n° 15.

17. Reproduit dans l'Humanité, 10 mai 1934.

18 . Auteur de Moi, fils du peuple travailleur, roman patriotique sur l'occupation de l'Ukraine par les troupes allemandes.

19. Pour une histoire plus détaillée de l' AEAR , cf. la revue le Mouvement social, 1966 .

20. Il faudrait alors voir plus précisément les raisons pour lesquelles les intellectuels rejoignent alors davantage le PC que la SFIO par exemple.

21. L'Humanité, 8juillet 1945.

22. Ibid., 18-19 décembre 1936 .

23. Aragon dans une conférence lors de l'Exposition universelle, le 5 octobre 1937.

24. Jacques Duclos, in l'Humanité, 26 septembre 1935.

25. Lettre de Romain Rolland, 18 octobre 1936 .

26. Les rapports du PCF avec le cinéma seraient évidemment à traiter plus longuement.

Nous y reviendrons au moment des années cinquante.

27. Pour le FTOF, cf. Rouge du 18 juin 1976.

28. Thorez le 27 juin 1936, discours pour le centenaire de la mort de Rouget de Lisle.

29. Bernard, op. cit., p . 11.

30. Il serait intéressant d'approfondir les rapports entre les intellectuels et la Guerre d'Espagne.

31. L'Humanité du 18 mai 1938. Il y aurait toute une étude à faire sur la façon dont le

PCF s'empare du siècle des Lumières pour justifier sa collaboration de classe avec le

Parti radical.

32. Politzer in les Cahiers du bolchévisme, juillet 1939; l'article est intitulé" La philosophie des Lumières et la pensée moderne». Voir aussi la Philosophie et les Mythes, Éditions

Sociales, 1973, p. 127 .

33. Les citations du X• Congrès du PCF sont tirées des Cahiers de l'histoire, op. cil.

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34. A cette époque sont créées les Maisons de la culture. Il liwdrait apprécier de manière contradictoire, les positions de lorce gagnées par les organisations ouvrières après-guerre sur l'Etat bourgeois (nationalisations, réforme de l'enseignement et de la recherche scientifique). Toutes ces mesures démocratiques vont devenir, mouvement dialectique dont l'histoire est coutumière, par la politique de ces mêmes organisations, des armes contre la classe ouvrière. 35. Il aurait fallu évoquer ici" l'esprit de la Résistance», qui se concrétise dans des films comme la Bataille du rail, les Portes de la nuit, et des œuvres littéraires, comme celles de Vercors. On ne peut évidemment limiter les rapports des intellectuels après-guerre au cadre étroit de l'influence communiste. Rappelons quand même l'existence de l'existentialisme (Sartre, Merleau-Ponty, Camus), la rupture de Malraux avec le PCF. Tout cela reste à voir plus précisément. 36. Selon Hincker, le nombre d'intellectuels inscrits au PCF passe de plusieurs dizaines de milliers à la Libération à 10 000 à 15 000 pendant la Guerre froide. 37. Hincker,aujourd'huidirecteurdelaNouvelleCritique, in les Cahiers, op. cit., p.114. 38. La Nouvelle Critique, n° 2,janvier 1949, p. 58. 39. Congrès de Strasbourg, juin 1947. 40. La Nouvelle Critique, n° 1, décembre 1948. 41. Idem, janvier 1951, Maurice Denoreaz. 42. Idem, 10 novembre 1949, p. 72. 44. Idem, mai 1950, article pour le 50• anniversaire de Maurice Thorez, p. 42. 45. Idem, mars 1950. 46. On comprend évidemment pourquoi, encore vaudrait-il mieux montrer que le théâtre populaire selon Vilar est l'expression, du point de vue du PCF , de la" revalorisation des valeurs 1). 47. LaNouvelleCritique, mai 1950. 48. Cette phrase de Souslov, qui n'était ni un gangster ni un assassin, encore moins un sadique et un fourbe, est extraite de la Nouvelle Critique, avril1950. 49. Georges Sadoul, in la Nouvelle Critique, avril 1949. Le cinéma allemand et suédois des années vingt et trente est également critiqué pour ses "thèmes cosmopolites sans aucun contenu social et national n . 50. Aragon au XIII< Congrès d'Ivry, cf. n° juin-juillet 1976. 51. Nous renvoyons ici le lecteur aux livres de "désenchantement., de Lefebvre (la Somme

Get le Reste), Desanti (les Staliniens), Morin (Autocritique), Robrieux, Noirot, Pannequin, etc. 52. Il faudrait évidemment comprendre de plus près les rapports entre Sartre, Merleau-

Ponty, Camus, etc., et le PCF. Notons également dans les années cinquante le renouveau d'une pensée catholique progressiste chez les intellectuels, le personnage de Mounier (la revue Esprit). 53. Roland Leroy interviewé par J. Gacon, in les Cahiers de l'histoire, op. cit., p. 134- 135. 54. La guerre d 'Algérie, les intellectuels et la politique du PCF: le PCF perd aux yeux de certains intellectuels, qui prennent parti pour la victoire du FLN , le monopole de 1' anticolonialisme, et n 'apparaît plus en somme comme le seul représentant des intérêts historiques de la classe ouvrière. 55. Cahiers de l'Institut M. Thorez, n° 15, p. 112. 56. La comparaison entre la politique culturelle en direction des intellectuels du PC! et du

PCF serait extrêmement enrichissante. A partir de 1956 , le PCF incontestablement conserve une image de marque «Stalinienne» pour nombre d'intellectuels en France, le PC!, lui, a su profiter intelligemment du XX< Congrès pour ravaler sa façade culturelle. Cf. des revues comme Rinascita. 57. Résolution d'Argenteuil, 13 mars 1966.

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