Joël Renaud Francis Sitel « Uni on dans les luttes » Après un an de combat pour l'unité ... Le printemps 1979 avait été marqué pa r l'affrontement CGT-CFDT sur le dos des sidérurgistes.
Pour le 1er Mai 1980 Maire et Séguy en rajoutent : la journée de solidarité internationale des travailleurs sera «célébrée » pour la première fois depuis plus de dix ans en cortèges séparés !
Dans la région parisienne, les dirigeants confédéraux recevront une réponse inattendue de sections et syndicats, de syndicalistes de la CGT, CFDT, FEN et de FO ; ils refusent le fait accompli de la division et appellent à une marche pour l'unité, qui s'adressera aux deux cortèges de division de Maire et de Séguy. Avec dix mille participants, la force des « unitaires», comme les nomme fort justement le journal le Monde, s'affirme dans la rue.
Après le succès de la pétition pour l'Union dans les luttes, la marche pour l'unité est le résultat d'une bataille politique engagée depuis quelques mois par les partisans de l'unité convaincus que la lutte contre l'austérité et ses exécuteurs Giscard-Barre passe par un combat central contre la politique de division des dirigeants ouvriers.
Comment ce combat pour l'unité ouvrière d<;>it-il se poursuivre à cette rentrée sociale 1980 et, auparavant, quelle a été jusqu 'à présent la démarche de la LCR ? La drôle de rentrée d'août-septembre 1979
Pour son troisième anniversaire, le gouvernement Barre n'y est pas allé avec le dos de la cuiller : augmentation des tarifs des transports, de l'électricité et du gaz, du prix du ft1el domestique, de l'essence et des loyers et, pour la deuxième fois dans l'année, des cotisations salariales à la Sécurité sociale. Cette ponction de soixante milliards vient, selon les calculs de la CGT, amputer de deux cent cinquante francs en moyenne un revenu de quatre mille francs par mois. Barre s'acharne d~ms sa politique de transferts de la facture pétrolière et des charges des services publics sur le dos des familles ouvrières. Et il la défend avec le plus grand cynisme : << L'effort de modération dans le domaine des rémunéralions devra être poursuivi et intens({ié. Là est la clé de notre capacité à surmonter nos nouvelles difficultés . Ce sont ceux qui béndicient de la protection sociale qui devront assurer le financement supplémentaire requis ... Il est possible qu 'en /980 le nombre de demandeurs d 'emplois continue de s 'accroïtre. » (Le quotidien Rhônes -Alpes du 12 juillet 1979)
Tous les dirigeants ouvriers dénoncent à qui mieux mieux les conséquences dramatiques d'une telle politique pour toute la population laborieuse . Maïs c'est aussitôt pour poser, en préalable à l'indispensable riposte unitaire, le virage à droite et le recentrage de ceux-ci ou le sectarisme et l'alignement de ceux-là.
En août-septembre 1979, l'affrontement fratricide va s'exacerber dans le mouvement syndical. Jusqu 'à présent, et malgré mars 1978, les directions CGT et CFDT se réclamaient toujours vaille que vaille de l'accord d'unité d'action syndicale de 1974. Fin décembre 1976, au 40• Congrès CGT de Grenoble, Séguy faisait encore à la direction CFDT des propositions audacieuses : un comité national permanent d'unité d'action, des campagnes communes de syndicalisation sur les entreprises. A Brest, Maire avait dû tenir compte de la volonté d'unité d'action exprimée par les délégués. Aux premiers jours d'août encore, Séguy plaide publiquement pour une préparation, toutes centrales syndicales associées, d'une grande rentrée unitaire contre Barre et ses prétentions antiouvrières. Puis le 16 août, changement de décors. Foin de toute activité unitaire ; Séguy «balance » en solo pour Je début septembre une initiative aussi sectaire que bidon de promotion de la seule CGT.
C'est J'alibi rêvé pour un Maire qui veut prendre le temps de la réflexion -livrée chaque été au journal le Monde- pour définir de façon responsable les mille et un objectifs compatibles avec les .forces
d'un capitalisme en crise. Henry, de la FEN, aurait été d'accord pour une rencontre intersyndicale pourvu qu'elle n'envisage pas un mouvement d'ensemble antigouvernemental. Bergeron, lui, est à l'aise; il trouve bien que Barre passe la mesure, mais il ne veut entendre parler ni de « politique » ni de CGT ... donc pas d ' unité !
L'affrontement PC-PS pénètre ainsi profondément le mouvement syndical. La division politique et syndicale des rangs ouvriers devient le grand terrain de manœuvre des directions ouvrières pour dévoyer la combativité des travailleurs et éviter toute riposte ouvrière d'envergure .
Cet obstacle de la division apparaît d'autant plus intolérable que travailleurs et militants n'ont pris leur parti ni des plans Barre ni de la courte victoire électorale de Giscard. Depuis mars 1978, les luttes se sont développées par vagues: dès mai et juin 1978, les hôpitaux, Moulinex, la Lainière de Roubaix, Renault-Flins, Renault-Ciéon et les arsenaux. A l'automne 1978, les mouvements dans le secteur public, l'Education nationale, les PTT, la SNCF et la SFP. Au printemps 1979, les assurances et les banques mais surtout toutes les entreprises de la sidérurgie, à Longwy et à Denain, mais aussi à Dunkerque, à Fos et à Saint-Etienne; puis R VI , les ports, et à nouveau les arsenaux ; la grève unie et massive des roulants SNCF fin août. Quelle mauvaise foi permet à Chérèque de susurrer dans le quotidien le Matin : 11 Actuellement, soyons honnêtes , elle Oa mobilisation) n'est pas évidente».
Qu'est-ce qui a empêché les directions syndicales d'œuvrer au développement de puissants mouvements coordonnés dans le privé et le public à partir des luttes du secteur public à l'automne 1978, des luttes dans toute la sidérurgie au premier semestre 1979. Ni la force de l'adversaire, ni la passivité des travailleurs ! Ce qui est en cause, c'est une seule chose, c'est l'acharnement des directions ouvrières à diviser les rangs ouvriers par leurs polémiques incessantes et, chaque fois que nécessaire, à éparpiller les luttes. Voilà pourquoi les mobilisations ouvrières ne débouchent sur aucune victoire significative. Voilà pourquoi le patronat et le gouvernement peuvent poursuivre leurs opérations de fragmentation de la classe ouvrière et de démantèlement des acquis ouvriers. La lutte contre Giscard-Barre passe par le combat pour l'unité
C'est au verrou de la division qu'il faut s'en prendre. C'est le sens de l'appel que la LCR lance le 7 septembre dan& Rouge : 11 L'unité indispensable contre Giscard -Barre, les travailleurs la veulent ; mais ils devront l'imposer aux dirigeants des grands partis et syndicats ouvriers. Il faut que s'exprime et intervienne le large courant des travailleurs et des militants
syndicaux convaincus que pour lutter er vaincre, il faur l'unité. )1
Il ne s'agit pas d'en rester à une bonne propagande de la LCR pour le front uni des organisations ouvrières. Nous estimons que la division ne passe pas dans la classe ouvrière : pour des dizaines de milliers de travailleurs et de militants prêts à s'en prendre au régime de Giscard, elle apparaît comme une diversion incompréhensible et insupportable.
On peut, il faut organiser en masse les partisans de l'unité pour que s'impose le front uni des organisations ouvrières. D'autant qu'il devient de plus en plus évident que les directions ouvrières prennent leur parti (et pour longtemps!) de leur rivalités d'appareil et de leur pratiques de division.
Les directions syndicales ont bien senti le désaveu des travailleurs et des militants ; le 17 septembre, elles tentent une manœuvre lamentable : elles se concèdent un accord bidon ; mais c'est pour abandonner une bonne partie des revendications et organiser l'usure de la combativité ouvrière dans un dédale de journées d:action .
Il est urgent d'impulser dans tout le pays un mouvement de masse porteur de la double exigence : il faut l'unité, l'unité pour une lutte d'ensemble contre l'austérité et ce régime.
L'appel de la LCR du 7 septembre se concluait sur l'engagement : 11 Nous prendrons, à rous les niveaux, routes les initiatives, avec toute f orce ouvrière persuadée qu'il faut mener de front la lutte contre 1 'austérité et le combat pour 1 'unité. 11
Tout au long du troisième trimestre , la LCR sera pa rtie prenante dans les entreprises, dans les sections et syndicats, avec des militants ouvriers représentat ifs des démarches de masse permettant aux partisans de l'unité des organisations ouvrières pour une lutte d'ensemble contre l'austérité et Giscard de s'exprimer et de confronter les directions ouvrières à leurs exigences.
Dès le 17 septembre à EDF Ile-de-France-sud, les syndicats CGT et CFDT adressent à leurs fédérations et confédérations une prise de position massivement votée par le personnel :
(( Au moment où l'attaque du gouvernement contre notre pouvoir d 'achat n'a jamais été aussi forte, au moment où le pouvoir remet en cause des acquis durement gagnés tels que la Sécurité sociale, au moment où le chômage ne cesse d'augmenter, les agents EDF-GDF du centre lie-deFrance -sud demandent:
-aux confédérations CGT et CFDT de tout faire pour parvenir à un accord unitaire permettant la satisfaction de nos revendications par la coordination des luttes en cours, vers une action générale reconductible pour obtenir satisfaction ;
-aux .fédérations CFDT et CGT d'EDF-GDF de donner dès maintenant un plan d'action concret et efficace en liaison, si possible, avec le sec-
teur public et nationalisé pour la satisfaction de la p/ate~torme comune CGT-CFDT:
- 200 F pour tous jusqu 'au coefficient 900 en attendant la remise en ordre des rémunérations ;
-la semaine de 35 heures sans diminution de salaires avec embau -che correspondante.
11 Dans ce cadre, les agents soussignés s'engagent a suivre les mots d'ordre permettant d'en finir efficacement avec l'austérité et de faire aboutir nos revendications. Villejuif. le 17 septembre 1979. »
Le 17 octobre, soixante cheminots CGT, CFDT et non syndiqués de Rouen et Sotteville se réunissent. Ils proposent à la signature de leurs camarades de travail l'appel suivant destiné à leurs fédérations et confédérations :
« Nous venons d'hériter de la part de la direction SNCF un nouveau PS4 encore pire que l'ancien. Nos conditions de travail vont encore se dégrader.
11 En outre, elle veut fermer trois gares sur quatre, supprimer des dépôts. faire disparaitre a terme les magasins SES. menacer l'entretien de Sotteville, faire passer une partie du triage RA sur le RO et généraliser la conduite a agent seul pour tous les trains.
11 Pour nous cheminots, il est urgent de riposter et d 'étre efficaces. Dans ce cadre, il est indispensable de tirer le bilan des mots d'ordre de 24 ou 48 heures de grève. Rien n 'a été obtenu sur nos revendications ; pire, nos acquis sont remis en cause. Ce type de grève n 'a eu pour effet que de gaspiller notre combativité.
11 Une grève nationale de tous les cheminots et reconductible jusqu 'a satisfaction de toutes nos revendications est la seule forme de lutte réaliste. Il n'existe pas d'autre voie possible pour faire céder la direction .
11 Nous exigeons de nos .fédérations syndicales de préparer cette grève générale et de fixer dès maintenant les délais pour sa réalisation.
11 Pour s'engager dans cette-lutte, nous aurons besoin d'une garantie : le contrôle permanent de la conduite de la grève par les grévistes, c 'est -adire l 'élection de comités_ de grève par les assemblées générales sauveraines .
11 Jusqua présent, les directions syndicales sont restées sourdes a nos préoccupations. C'est en signant massivement cet appel que nous nous ferons entendre :
-abrogation du noureau PS4 ;
-non a la conduite a agent seul ;
-halte aux suppressions de postes ;
-pour les 35 heures, les 2800 F minimum, les 400 F pour tous ;
- grève natiorale reconductible. ))
En quelques jours les soixante se retrouveront cinq cents à exiger l'unité intersyndicale pour une grève reconductible de tous les cheminots afin de faire pièce aux projets de démantèlement de la direction.
A la veille du 25 octobre (énième journée d'action dans les PTTl. l'un des plus gros syndicats PTT-CFDT, les Postaux de Paris. après des explications d'un mois sur la nécessité d'une lutte d'ensemble reconductible de tous les postiers, s'engage par tract :
11 Nous disons clairement: le 25 ne se suffira pas à lui-mème si nous voulons faire avancer nos revendications. C'est pourquoi notre srndicat entend faire du 2 5 un tremplin vers cette action prolongée nécessaire pour gagner. Le débat sur la poursuite de 1 'action. il faut 1 'engager dés le jour de la grève. Et avec les grévistes ! »
Le 25, le syndicat appelait dans la manifestation à une réunion débat, le jour même, sur les moyens d'imposer l'unité pour une lutte d'ensemble dans les PTT.
Au lendemain de la manifestation parisienne des hospitaliers du 15 novembre, cent cinquante militants et militantes présents à une assemblée générale CFDT envoient à leurs directions fédérales la motion suivante :
11 Nous demandons aux fédérations CFDT. CGT et FO de se rencontrer immédiatement pour organiser dans les trois semaines une coordination nationale prolongée jusqu 'à satisfaction de nos revendications des secteurs hospitaliers et sociaux actuellement en lutte qui entrainerait dans 1 'action les secteurs non encore mobilisés, seul moyen pour faire céder le gouvernement. Un action de grève nationale prolongée jusqu 'à sati.~faction de nos revendications, avec marche sur Paris . »
Une pétition de quatre cents hospitaliers de Dreux défend au même moment une exigence identique :
11 Nous, hospitaliers de Dreux, considérons que seule une grève nationale prolongée unitaire peut faire échec aux mesures d'austérité dans la santé. Nous demandons à nos trois fédérations CGT. CFDT. et FO de s'unir sans tarder, de préparer cette grève générale et d'organiser le 29 novembre une manifestation devant et contre 1 'assemblée nationale qui vofera ce budget. »
Et les hospitaliers n'en resteront pas aux pétitions et aux motions : le 18 décembre, lors de la marche des hospitaliers à Paris. le syndicat CFDT -Santé de la région parisienne appelait, après la manifestation, travailleurs, militants et structures syndicales à une confrontation qu'avaient refusé d'organiser les directions fédérales : plus de cinq cents personnes se sont retrouvées à la Mutualité pour discuter de la façon de préparer efficacement dans les syndicats la grève nationale recondnctible de la santé.
Dans l'appel du 7 septembre, la LCR proposait : 11 Partput dans les sections syndicales et les assemblées de travailleurs. il faut prendre les moyens d'assaillir les dirigeants ouvriers de deux grandes exigences :
-vous ne pouvez pas vous dérober à une riposte unie contre les derniers coups de Giscard-Barre:
-vous ne devez pas dévoyer cette aspiration à 1 'unité dans des actions .~vmboliques dont les travailleurs ont trop expérimenté 1 'efficacité. »
Le succès de masse que de telles adresses et motions (certes encore trop rares!) ont rencontré à l'EDF, chez les cheminots, les postiers et les hospitaliers était une indication sûre : un courant de masse existe refusant la division et l'éparpillement des luttes, prêt pour une lutte d'ensemble contre l'austérité et ce régime.
Lui faire prendre conscience de son importance, déjà, c'est puissamment l'armer pour affronter les directions et stimuler la mobilisation. L'appel des cent, à contre-courant de la politique de division
L'appel des cent va permettre de franchir une étape décisive dans l'affirmation nationale du courant des « unitaires ». Notre engagement dans une campagne centrale pour l'unité des organisations ouvrières et le tous ensemble contre Giscard allait nous permettre de saisir d'emblée l'enjeu de cette initiative de cent personnalités du PC , du PS et inorganisées.
Le texte ne manquait pas d'ambiguités: allusions à une Union de la gauche nouvelle manière, silence sur l'objectif central de la mobilisation ouvrière, l'austérité et le régime Giscard. Mais là n'était pas, dans le contexte, l'essentiel ; des personnalités relativement connues du PC et du PS , des dirigeants de la CGT prenaient la responsabilité de dire non à la pratique de division des directions ouvrières, de dire oui à l'union dans les luttes et au débat devant les travailleurs: « Seule la détermination des travailleurs, leur capacité de lutte dans les entreprises, font encore hésiter le pouvoir et le patronat. Nous, hommes et femmes de gauche, militants au PCF, au PS ou hors de ces partis, refusons de nous résigner. Nous appelons à 1 'action. L'union à la base est possible, elle est impérative. Sans gommer nos différences et nos divergences, dans la clarté, nous appelons a la réaliser. D'abord en participant ensemble aux luttes des travailleurs...
« Exigeons ensemble que les conditions de 1 'unité de la gauche aux prochaines élections soient discutées dès maintenant et au grand jour.
11 Cet appel pour l'union dans les luttes, nous vous demandons d'en faire une pétition nationale en le reproduisant pour le diffuser et le faire signer partout sur nos lieux de travail et d'activité militante. 11
Cet appel au rassemblement national des partisans de l'unité prenait Je front. quelles que soient les intentions politiques très contradictoires des divers initiateurs. l'obstacle central dressé par les directions contre le mobilisation ouvière. la division .
L'écho d'un tel appel dans le PC. le PS et les syndicats pouvait stimuler la mobilisation de milliers de militants et de travailleurs disponibles pour le combat unitaire. Il fallait activement être partie prenante de ce mouvement. C'est ce que nous avons fait. Notre Mmarche de front unique
Nous ne cessons d'expliquer que les divergences ne doivent pas paralyser l'indispensable unité d'action. Le moyen de les surmonter positivement. c'est d'en appeler au débat et aux décisions des travailleurs. les premiers concernés.
Nous partagions avec les initiateurs leur volonté affichée de combattre la division des directions ouvrières en œuvrant à l"union dans les luttes . Mais était-il possible de faire silence sur l'objectif central du combat unitaire'? Pourquoi militants et travailleurs voulaient-ils l"unité de leurs organisations. sinon pour que soit possible la lutte d 'ensemble contre l'austérité et Giscard -Barre'? C'était la volonté claire des motions adressées les mois précédents à leurs directions par les cheminots. les postiers. les hospitaliers ... Nous avons donc tenu a\·ec des milliers de syndicalistes et de travailleurs à répondre à l"appel des cent en précisant qu'il fallait combattre pour l'unité des organisations ouvrières et développer une lutte d'ensemble co nt re J'austérité et Giscard- Barre .
Certains initiateurs ont voulu se « braquer» contre cette pratique d 'amendements . Pourtant. Balibar expliquait dans le journal le Monde du 22 janvier : « Un tel appel 11 ·appartient â personne. notamment pas â ses initiateurs : il appartient â ceux et â celles qui. sur leur lieu de trarail. dans leur 1•ille ou leur quartier. le reprennent â leur compte et dh·ident eux-memes de son utilisation. de sa tran.~fàrmation. "Alors aurions-nous plaqué à l'appel des cent. artificiellement. bureaucratiquement. un amendement sur le tous ensemble contre Giscard '? Cet argument polémique ne tient pas : comment soutenir que plusieurs dizaines de milliers de militants syndicaux (entre le quart et le tiers des signatures selon les initiateurs) se soient si facilement laissés manipuler ·> Non. plus sérieusement. la nécessité du tous ensemble était bien perçue comme J'exigence essentielle. J'objectif du combat unitaire.
Ce qui motivait. sinon justifiait. au fond. la réaction de certains des initiateurs. c'est que. sur ce point. une aspiration de masse des travailleurs se heurtait aux projets politiques des uns et des autres: reconstruction de l'Union de la gauche sur des bases nouvelles. unité
bureaucratique entre appareils, maintien d'alliances avec des courants des appareils des syndicats ou du PC et du PS ...
On pouvait ne pas être d'accord avec la perspective de la grève générale ; on ne pouvait rejeter du combat pour l'unité des dizaines de milliers de partisans. C'est ce qu'ont tenté, à un moment, certains initiateurs secondés par quelques dirigeants des CCA, en scissionnant des collectifs de ville à Bordeaux et au Havre.
Confrontés à ces pratiques (contradictoires avec l'esprit et l'ambition de l'appel des cent lui-même!), nous n'avons ni renoncé à préciser avec les militants syndicaux dans les entreprises les objectifs essentiels du combat pour l'unité, ni entériné la rupture . Au contraire, nous avons bataillé - e t souvent avec succès comme à Dijon , Marseille et Besançon- pour que tous les partisans de l'unité travaillent ensemble, examinent dans un cadre unitaire leurs points de vue, cherchent l'accord nécessaire pour l'action ou , à défaut, fassent les travailleurs juges des diverses positions.
Nous avons adopté la même démarche lorsque les collectifs et les initiateurs ont été confrontés à une échéance importante, le 1 cr Mai de division peaufiné par les directions syndicales. Comme la plupart des signataires , nous avons estimé que le mouvement union dans les luttes a va it, vu son audience, une grande respo nsa bilité : il ne pouva it pa s se contenter d 'une condamnation platonique du 1er Mai de division ; il se devait d ' impulser ou d 'appuyer des initiatives de masse qui s'opposaient aux décisions diviseuses des directions syndicales. En particulier, les initiateurs devaient, non pas condamner, mais appuyer la marche pour l'unité appelée par des sections, syndicats et syndicalistes de la CGT, de la CFDT, de FO et de la FEN à Paris.
Bois et Farandjis se sont retrouvés coincés entre, d'une pa rt un mandat implicite que leur donnait le mouvement - y compris leurs premières prises de position pour un 1er Mai unitaire- et d'autre part les contraintes que leur imposaient leurs liens avec des courants des appareils syndicaux. Ils voulaient bien faire pression contre le sectarisme de Maire et de Séguy mais pas cautionner le surgissement d'une opposition intersyndicale militante crédible à la politique de division des appareils.
La pression des liens avec l'appareil syndical est révélée après coup par la déclaration de Buhl au CCN de la CGT des 21 et 22 mai 1980 : 11 Cela dit, je souhaite que cette correspondance (lettre de Buhl et Lambert aux initiateurs, le 16 mai) conduise les responsables du collectif national à faire de leur côté les mises au point nécessaires afin de recadrer cette démarche pour l'union dans les luttes. »(Le Peuple n° 1 086, page 27).
D'où le comportement de Bois et Farandjis, un pas en avant, deux pas en arrière. Un pas en avant: ils condamnent solennellement la
division du 1er Mai et appellent à un rassemblement pour aller diffuser des tracts aux cortèges CGT et CFDT; nous avons salué ce pas en avant. Deux pas en arrière : ils dénoncent très violemment, sans consulter les collectifs, la marche pour l'unité et s'efforcent ensuite de la dénaturer en la présentant comme une petite manipulation de la LCR.
Le succès de la marche pour l'unité et l'échec total de la contreinitiative de Bois et Farandjis ont provoqué débat et clarifications parmi le groupe des initiateurs. A travers la discussion sur le contenu de la pétition comme à propos du 1 cr Mai, nous avons eu les mêmes préoccupations, dictées par notre conception de l'activité unitaire : débattre sans sectarisme entre partisans de l'unité des exigences ouvrières et, en fin de compte, laisser les travailleurs juges.
Mal gré des confrontations parfois tendues, un cadre unitaire du mouvement s'est développé nationalement et dans la plupart des villes. L'union dans les luttes a été une bonne école du front unique. Première étape, premiers résultats
La division n'a pas été enrayée! Alors , faut-il s'interroger avec Guy Claisse, l'éditorialiste du Matin, sur l'utilité des pétitions ? La réponse est assez aisée : oui, les directions politiques et syndicales s'installent et même s'enterrent dans les tranchées de la division. Mais elles ont un mal fou à maintenir leurs troupes sur ce front. Et on peut dire que l'union dans les luttes a représenté une première grande mutinerie contre cette guerre de division , mutinerie aux conséquences déjà considérables dans les syndicats et les partis . • 120 000 partisans de l'unité
Déjà, en lui-même, ce chiffre de signataires témoigne des forces disponibles pour le combat unitaire . Ces cent vingt mille signatures ont été rassemblées sans le soutien d'aucune grande organisation ouvrière et dans un très curieux silence des médias, beaucoup plus prolixes sur les dernières péripéties de la division.
Mais, plus important que le chiffre, la « qualité » des signataires. En effet, la pétition n'a pas été signée à la va-vite, aux bouches du métro, sur les marchés ou aux portes des entreprises. La plupart du temps, ce sont des groupes de militants politiques et syndicaux du PC, du PS, de la CGT, de la CFDT, de FO; de la FEN, qui se sont contactés sur les entreprises ou au niveau d'une ville pour discuter de l'intérêt de l'appel, y répondre et le faire signer autour d'eux . Pour le moment, la pétition a principalement regroupé des militantes et militants, des travailleuses et travailleurs combatifs qui attendaient qu'une initiative
nationale vienne répondre à la politique de division des directions. On peut le regretter, mais en peu d'endroits encore ont été organisées de vraies collectes de masse de signatures. Ces cent vingt mille premières signatures représentent donc avant tout un précieux réseau de contacts et de militants sur des centaines d'entreprises et la plupart des villes; ces signataires, au départ un peu sceptiques sur l'intérêt de la pétition, ont été surpris et stimulés par son succès et son écho. Et ils sont aujourd'hui impatients de prendre en charge les nouvelles initiatives de masse que l'exacerbation de la division impose.
Deuxième caractéristique de ces signataires, ce ne sont pas des marginaux des grandes organisations ouvrières; responsables, militants , syndiqués de la CGT, de la CFDT, de la FEN , de FO pour la plupart, membres du PC, du PS, de la l.CR pour beaucoup, ils n'entendePt surtout pas contourner leurs organisations ; leur principale préoccupation est de forcer le débat et l'action unitaire dans et entre ces organisations.
Enfin , ces signataires ne sont pas de simples pétitionnaires. A chaque échéance de la lutte de classes, on les a vus s'engager pour imposer l'unité d'action de leurs organisations. Et leurs interventions, lors de luttes locales, à l'occasion du 1er Mai et pour la défense unitaire de la Sécurité sociale, ont montré l'efficacité de la dém arche de l'u n ion dans les luttes . Les capacités de mobilisation de ces cent vingt mille premiers signataires représentent un extraordinaire capital politique pour le prochain assaut contre la division. • Un levier pour le débat au sein des grandes organisations ouvrières
La direction du PS, mi-intéressée, mi-méfiante devant les exigences trop précises des signataires, a suivi le développement de la pétition attentive mais silencieuse, laissant de nombreux militants des divers courants s'y investir. La direction de la CFDT, embarrassée, empêtrée dans sa polémique avec Séguy , a préféré faire le dos rond face à une participation fort importante de ses militants à l'union dans les luttes.
Par contre, les directions du PC et de la CGT ont été contraintes de riposter à l'impact de l'union dans les luttes sur leurs militants. • Le PCF doublement inquiet
On ne tire pas sur des ambulances ! Alors que signifient ces innombrables tracts du PCF sur les entreprises touchées par la pétition tentant ici d'amalgamer union dans les luttes et tous les partisans du consensus et là, plus adroitement, d'inviter travailleurs et militants à rechercher la véritable union dans les luttes du côté du PCF, dans son
union à la base? C'est que J'appareil du PCF a une double raison de s'inquiéter de l'attrait que J'union dans les luttes ne peut qu'exercer sur nombre de ses militants.
Les signataires ne sont pas des pétitionnaires inconséquents qu'il suffit de laisser gémir et d'ignorer superbement le temps d'une signature. L'union dans les luttes compte à présent de très nombreuses équipes syndicales actives et reconnues sur les entreprises. A chaque échéance locale ou nationale de la lutte des classes, elles vont être capables de donner un écho national et local à des propositions concrètes d'unité d'action bannissant à priori toute exclusive vis-à-vis du PS, de la CFDT, de la CGT. du PC ou de l'extrême-gauche. Voilà bien une démarche qui se présente comme une alternative crédible au sectarisme diviseur et stérile de la direction du PC.
De ce fait, l'union dans les luttes, pour la première fois. arrache les militants critiques du PC aux impasses de la «pantoufle» ou de la seule contestation idéologique. Le mouvement leur offre une perspective militante face à la ligne de division de Marchais. La direction et ses suivistes ne peuvent plus compter sur l 'impuissance de toutes celles et ceux qui refusent. Avec union dans les luttes, une opposition militante peut se développer dans le parti .
La direction du PC a donc mobilisé une des tribunes de discussion pour son conseil national des 9 et 10 février(/ 'Humanité du 29 janvier) et surtout un long article de Jean Burles sur deux pages de l'hebdomadaire Révolution pour développer une laborieuse polémique , ,théorique contre la stratégie sans principes que véhiculerait l'union dans les luttes . Mais il n'est pas si facile d'expliquer, sans faire rire, que l'unité d'action est stratégiquement inenvisageable entre un parti révolutionnaire comme le PC et un parti réformiste comme le PS. Et deux oppositionnels du PC, initiateurs de l'union dans les luttes, Molina et Vargas, balaient sans difficulté les arguments de la direction de leur parti : Il Les communistes n'ont rien a perdre a militer pour 1 'union dans les luttes. Ils y préservent les acquis du combat unitaire tout en s'opposant aux formes modernes de la collaboration de classes. Ils savent bien qu'il y a des divergences : on trouvel'a peu de communistes signataires pour apprécier positivement le "recentrage" de la CFDT. l'atlantisme de Mitterrand ou l'anticommunisme militant de la FEN Mais la véritable illusion serait d'attendre la fin de toutes les dil•ergences pour engager la lutte unie et de croire a la résolution des désaccords hors de la confrontation des positions sur le terrain . »(Le Monde du 8 juillet 1980). Le débat sur la démarche de front unique perce ainsi au PC, forcé par l'impact de l'activité concrète des signataires.
• L 'union dans les luttes au centre de deux comités confédéraux nationaux de la CGT
Des responsables regtonaux et nationaux de la CGT (Buhl, Lambert, Deiss, Lare, Prampart) se sont associés à l'appel pour l'union dans les luttes. Ils voulaient ainsi marquer leurs désaccords avec le virage qu'amorçait la direction de la CGT: elle abandonnait, selon eux, l'orientation unitaire du 40c Congrès pour soumettre la confédération à la ligne sectaire du PCF vis-à-vis de la CFDT, de la FEN et du PS.
L'impact de la pétition union dans les luttes et l'activité des signataires sur les entreprises. tout specialement autour du 1 cr Mai, va entraîner une étonnante confrontation dans l'appareil de la CGT. Laroze démissionne à la veille du 1 cr Mai. Il s'explique dans une lettre ouverte publiée dans 1 'Humanité: 11 Ces derniers jours, j'ai appris qu'un "collectif" invitait les signataires a se rassembler le 1er Mai a Beaubourg et a faire pression pour que la manifestation du 1er Mai a Paris soit unitaire ... Je suis pour l'unité syndicale ... sur des objectifs clairs ... Or il existe des divergences entre la CGT. la CFDT et la FEN. .. »
Les arguments de Jean Burles ont frappé ! Et c'est le même Laroze qui présente le rapport au CCN des 21 et 22 mai traitant entre autres de l'unité d'action syndicale. Incroyable mais vrai ! ... L'essentiel du débat portera sur l'activité des signataires pour l'union dans les luttes ! Il va opposer, autour d'un Séguy tactiquement muet, les« PC alignés », comme Bartholomé des PTT ou Isaac de Seine-Maritime, aux signataires Buhl, Lambert, Prampart.
Les interventions seront publiées dans le Peuple du 15 juin 1980 : Isaac : 11 Ces comités créent incontestablement un problème dans la CGT, sèment le trouble parmi nos militants et les travailleurs et ne con tribuent pas a faire la clarté sur les questions de l'union. ))
Alezard: << Il convient d'attirer l'attention de nos militants et des travailleurs, la où cela se pose, que 1 'on cherche à faire accepter 1 'idée d 'accord, d'unité d'action syndicale sans contenu. >>
Buhl : 11 Nous interroger sur quoi ? Par delà le mouvement de 1 'union dans les luttes, sur le fait que ses initiatives trouvent un certain écho parmi les travailleurs... ·
Il faut sans aucun doute rappeler les conceptions de la CGT au moment où le mouvement pour l'union dans les luttes provoque de nouvelles interrogations. »
Bartholomé : 11 A propos de la pétition "Union dans les luttes", l'intervention de René Buhl nous pose problème. Pour ma part, je n'ai pas le sentiment que le rapport de Jean-Claude Laroze, que j'approuve, exprime la même chose que la déclaration de René Buhl, ou alors cela veut-il dire
le bureau conf~d~ral n 'est pas en mesure des 'exprimer clairement et nettement sur une question aussi fondamentale ? Or. IJOUs consid~rons prëcisëment que cette initiative pose problème a nos militants. sème le trouh/e et la confusion. provoque des diff/cultës qui freinent notre e.ffàrt de clarification et de mobilisation. Certains de nos srndicats ont dëcidé de dl>noncer cette entreprise qui va a l'encontre de notre bataille et risque de favoriser le travail de ceux qui veulent s'opposer au d~veloppement des luttes. 11
On pourrait poursuivre les citations. La majorité confédérale devra convoquer un nouveau CCN, trois semaines plus tard. le 16 juin. pour faire voter un nouveau document sur l'unité d'action. Sous un langage alambiqué, il couvre la mise au rencart de l'orientation du 40c Congrès et consacre la nouvelle ligne sectaire vis-à-vis de la CFDT. de la FEN et du PS. L'élection présidentielle se prépare aussi à la CGT~
Si l'union dans les luttes a pris une telle place dans les discussions de deux CCN CGT. c'est que l'activité des signataires, surtout dans les entreprises. a largement touché travailleurs et militants; la lutte pour l'unité peut et doit payer ~ • Le catall'seur d'un courant unitaire et combatif dans les .\ Tndtcats
De récents congrès syndicaux (cheminots CFDT. CGT Bouches-du-Rhône, etc.), le 1er Mai. la lutte contre la loi Berger ont révélé un courant de militants syndicaux déterminés à ne subir ni la division ni l'inaction. Nous retrouvons. là aussi. un résultat de l'union dans les luttes; autour de la pétition. lors des discussions sur les initiatives à prendre pour battre la division, des militants CGT. CFDT. FO et FEN ont pris conscience de la nécessité et de la force de leur action concertée pour imposer l'unité d'action dans leurs organisations.
Toujours au CCN des 21 et 22 mai, Isaac, de Seine-Maritime, craignait que l'union dans les luttes ne donne de mauvaises idées aux militants sydicaux: ''Est-ce que de telles initiatives multipliées ne risquent pas. si nous n \ • veillons. â fausser. scléroser le débat démocratique au sein de la CGT et ètre l'amorce d 'organisation de tendances à terme ? 11
Les signataires ne veulent pas substituer leurs collectifs aux syndicats. La spécificité et la force de l'union dans les luttes. c'est sa vocation au front unique des organisations ouvrières ; il est un levier pour unifier les forces qui entendent battre la division au sein de leurs organisations.
Les directions répondent en bétonnant les murs de la division et en menaçant les unitaires ~ Oui, Isaac, face à l'impasse de la stratégie de division. les unitaires, pourvu qu'ils prennent les initiatives qui s'imposent, ne peuvent qu'élargir leur influence et dégager dans les organisations syndicales un puissant courant unitaire et combatif; c'est une «tendance » inéluctable 1
Cette rentrée sociale ne déparera pas. au palmarès de la division. les précédentes. Comme si . face à la volonté unitaire des travailleurs, la division. insidieuse et brutale. se devait. à force de surenchères. pousser ses ramifications jusqu'au plus profond afin de tordre et de broyer tout ce qui s'oppose à elle et ne laisser que ruines et cendres.
Sur fond d'affrontement PCF-PS maintenu. ce sont Maire et Séguy qui. cette fois. ont accaparé les premiers rôles. Il est vrai que du côté de Marchais et de Mitterrand tout a été dit et que. le stade des invectives et des injures étant dépassé. l'heure est au constat funèbre de l'impossibilité de l'union. C'est Lionel Jospin déclarant : 11 Nous sommes hien oblif(és de l'il•re les di1•isions de cetre f(auche »Et de chercher quoi inventer à la place. C'est Marchais concédant à la nostalgie: 11 A cet éf(ard. nous ai'OIIS fait une expérience: celle de l'accord avec le Parti socialiste sur 1111 Prof(ramme commun de f(ouvernement dont nous avons été les initiateurs et pour lectuel nous avons beaucoup lutré. Malf(ré tous nos efforts. cette expérience n 'a pas répondu à l'immense espoir que les travailleurs m•aient placé en elle. 11 Feu 1 'unit(> syndicale
C'est bien parce que de tels « de profundis » sont insuffisants pour alimenter le feu de la division que les dirigeants syndicaux sont montés e~ première ligne. En proclamant défunte l'unité d'action CGT-CFDT au plan confédéral. ils ont porté la division à un palier supérieur. là ou elle frappe directement les travailleurs. dans leurs entreprises. au cœur même des luttes. Afin que ceux qui espéraient encore que la division en resterait au niveau des partis politiques soient une fois pour toutes éclairés.
Gageons. au demeurant, que les directions syndicales trouveront de nouveaux motifs de polémique lorsqu 'il s'agira de déterminer qui a prononcé le premier les paroles irrémédiables, qui est responsable de la mise à mort de l'unité d'action CGT-CFDT.
En fait, peu importe de savoir qui a tiré le. premier puisque, dans cette exécution déguisée en duel, l'un et l'autre étaient bien décidés à ce que la seule victoire soit l'unité syndicale. Pour la direction Maire, l'Afghanistan fut l'occasibn de dénoncer, sur une grande échelle, l'::flignement d\.1 PCF sur Moscou et l'obstacle que cel~ représentait dans ses rapport$ avec la CGT. De son côté, la direction de la CGT, lors de son CCN de juin 1980, adoptait un document dit « document sur l'unité d'action » ayant pour fonction de systématiser la division CGT-CFDT
en la légitimant, élie aussi, par des considérations d'ordre international. La cohérence de ce document se constitue, en effet, autour de quatre points : 1 l L'impérialisme, qui se sent menacé par les nouveaux développements de la lutte des classes mondiale, développe une vaste offensive à l'échelle internationale pour 11 relancer la collaboration de classes 11. 2) La CFDT constitue un 11 objectif privilégié dans l'offensive déclenchëe pour tirer le mouvement srndical en arrière ». 3) La CFDT a cédé à ces pressions. Si, jusqu'à une date récente. la CFDT a v ait adopté une « attitude de lutte », à présent : 11 Fruit des pressions extérieures et intérieures. au plan national et international. qui se sont et continuent des 'exercer sur la CFDT. la stratégie dite du recentrage , élaborée à la fin de !977 et entérinée au congrès de Brest. en !979. est une stratégie de recul net par rapport à cette évolution. un retour vers les positions d'origine de la CFDT. » Cette nouvelle stratégie se traduit par 11 une acceptation de fait des grands objectif~ économiques et sociaux du pouvoir et du patronat ». 4) L'unité d'action n'a de sens qu'en fonction d'un objectif: "Le développement de l'action de masse. au niveau le plus élevé possible et pour des revendications conformes aux intérêts de classe des travailleurs. La CGT a/firme sa volonté de créer les conditions d'une action efficace et d 'une unité d'action véritable. 11 Conclusion : 11 Pour y parvenir et pour permettre l'intervention déterminée des salariés. il est indispensable de faire la clarté sur la non fatalité de la crise. sur la nécessité de l'action. la {10ssibilité de faire reculer le pouvoir. y compris sur des objectifs revendicatifs élevés. sur la nature des divergences qui séparent les organisations syndicales et particulièrement sur la signification profonde de la nouvelle stratégie de la CFDT. 11
En clair: l'unité d'action CGT-CFDT est actuellement impossible. Puisque, pour se réaliser à nouveau, elle supposerait que la CFDT rallie purement et simplement les positions de la CGT. Y compris en ce qui concerne la condamnation de la ligne de la CFDT !
Dans son discours de rentrée de Nantes, le 4 septembre, Maire traduisait en clair : 11 En fait, quand on lit le texte, ce document exprime la volonté de la CGT de mettre fin à l'unité d'action. à l'accord CFDT-CGT du 26 juin !97 4 et d'annuler les quelques ouvertures qui ressortaient du 4CY Congrès de la CGT à Grenoble et dont la CFDT s'était réjouie. 11
Et, réponse du berger à la bergère, Maire expliquait ce tournant par l'alignement de la CGT sur le PCF: 11 Nous regrettons profondément que la CGT sacrifie son congrès de Grenoble sur l'autel du Parti communiste. qu'elle refuse maintenant des 'inscrire dans une évolution positive des rapports entre nos deux organisations. qu'elle détruise la lente évolution à laquelle certains dirigeants de la CGT semblaient si sincèrement attachés il r
a peu de temps encore. meme si. nous le savons. un certain nombre de militants de la CGT continuent à lutter contre ce retour en arriere. 11 Et de dénoncer- à la lumière de la Pologne, bien sûr- le régime bureaucratique. étatique et oppresseur auquel conduit la stratégie de 11 nos camarades communistes 11 et le centralisme démocratique régissant leur parti. Il ne restait plus dès lors à Séguy que de conclure: 11 Les diriF?eants CFDT ont réussi à rendre impossible 1 'unité d'action â l'c'chel/e con /('dàale 11 CGT -CFDT : vers la glaciation ?
C'est dans son excès même que cette polémique est significative. La dynamique de la division fait que les directions de la CGT et de la CFDT, qui occupent le devant de la scène en attendant que le PCF et le PS reprennent les premiers rôles qui sont les leurs. durcissent les attaques, creusent la division jusqu'à un point de non-retour. Celui-ci semble atteint lorsque CGT et CFDT, retrouvant un langage d'un autre âge. s'accusent mutuellement d'alignement sur Moscou pour l'un, d'inféodation à Washington pour l'autre. Car c'est bien de cela dont il s'agit lorsque la CGT englobe la CFDT dans son tableau d ' une offensive impériali~ie qui œuvre, à l'échelle internationale, contre les forces de progrès . Et c'est bien de cela dont il s'agit aussi lorsque la CFDT décrit une CGT normalisée par le PCF. lui-même dénoncé comme agent de « l'impéria!isme soviétique ».
Mais ce qui donne un ton quelque peu anachronique à de tels discours, c'est qu'ils ne sont pas reçus par une classe ouvrière irrémédiablement partagée en deux du fait de la division. De ce fait, ce langage de guerre froide ne peut dissimuler ses propres faiblesses.
La CGT peut bien dénoncer le recentrage de la CFDT, mais quélle proposition avance-t-elle pour exercer une pression inverse à celle de la collaboration? Quel débat, autre que de dénonciation, mène-t-elle pour éclairer les militants de la CFDT ? Pour cela, il faudrait que la CGT soit décidée à engager d'autres actions que celles qui n'ont d'autre fonction que de servir d'alibi à l'impuissance et au sectarisme.
La CFDT peut bien dénoncer l'alignement de la CGT sur le PCF, encore faudrait-il que les proclamations de « resyndicalisation » soient autre chose qu'une adaptation à la crise du capitalisme et une machine de guerre, étroitement politique, contre la CGT. Pour cela, il faudrait que la CFDT soit décidée à engager réellement l'action revendicative contre les attaques du patronat.
Dans l'un et l'autre cas, cela supposerait que, face à l'austérité, on veuille la lutte et non la capitulation ! A la base de la division : un même refus d'engager la lutte
Car tel est bien le paradoxe de la situation présente. C'est en s'opposant et se déchirant que PS et PCF, CGT, CFDT, FEN et FO concourent à un but qui leur est commun : empêcher que, dans le contexte actuel de crise du capitalisme, les attaques de la bourgeoisie contre la classe ouvrière ne provoquent de la part de celle-ci une riposte qui mette à bas le régime et ouvre une crise révolutionnaire . En maintenant Giscard au pouvoir en mars 1978, et en se préparant à rééditer l'opération en 1981, la direction du PCF a efficacement œuvré en ce sens. Quant à la direction du PS, si, à la différence de celle du PCF, elle n'écarte pas la perspective de son accession au gouvernement dans les conditions présentes, c'est qu'el)e considère que, renouant avec les vieilles traditions social-démocrates et à l'imitation des gouvernements Schmidt ou Kreisky, elle peut être à même d'imposer efficacement la politique d'austérité qu'exige, du point de vue de la bourgeoisie, la situation.
C'est donc bien sur la base d'un même refus d'organiser la lutte contre l'austérité. de préparer l'offensive ouvrière pour en finir avec Giscard, que s'articulent deux politiques en apparence opposées et que se nourrit la division . D'un côté. les directions du PCF et de la CGT a ppellent aux luttes et organisent la déroute de celles-ci par le refus de construire l'unité autour d'elles et de leur donner un débouché politique. De l'autre, la direction de la CFDT, anticipant sur ce que serait la politique du PS une fois au gouvernement, ravale le« changement » au niveau du négociable et étiquette du label «réalisme)) ce qui n'est qu'acceptation des sacrifices.
La logique de la division, c'est de contraindre les travailleurs à opter pour l'une ou l'autre de ces deux perspectives en trompe-l'œil, de choisir entre la peste ou le choléra. Ou l'apparence du combat, faute d'espoir de changement ; ou l'espoir illusoire de changement, par abandon du combat. Ou l'agitation impuissante ; ou le renoncement consenti!
Et tous ces diviseurs n'ont que le mot espoir à la bouche . Leur espoir, que l'un reconstruit et que l'autre conjugue au présent, pue le cadavre .
Battre la division pour en finir avec Giscard
Derrière le rideau de fumée des mots , ce que prépare la sarabande de la division est clair: la réélection de Giscard ! Or, plus responsables -et plus concernés- que leurs directions traditionnelles, les travailleurs ne peuvent qu'appréhender une telle perspective. La réélection de Giscard, c'est une bourgeoisie encore plus arrogante, un patronat encore plus décidé à précipiter le rythme et à aggraver l'ampleur de ses attaques. Le pouvoir attend cette échéance pour faire tomber sur le dos des travailleurs les plans qu'il retarde à l'heure actuelle : l'accélération des restructurations industrielles jetant sur le pavé des dizaines de milliers de nouveaux chômeurs , le démantèlement des acquis en matière de sécurité sociale, de statut de la Fonction publique, de droit à la formation , l'accentuation de l'attaque contre le pouvoir d'achat , etc. Giscard réélu , encore une fois grâce à là i division , les conditions seraient améliorées du point de vue de la bourgeoisie pour accentuer l'attaque frontale contre la classe ouvrière , quitte à engager, cette fois , l'épreuve de force violente.
C'est pourquoi les travailleurs ne peuvent laisser faire sans réagir le travail de sape des directions, ne peuvent laisser la division miner les capacités de défense de la classe ouvrière. Et c'est pourquoi toutes celles et tous ceux qui durant toute l'année passée ont affirmé leur refus de la division se trouvent placés devant un défi qu 'il leur faut relever: rien n'est inéluctable, les énergies peuvent être rassemblées qui s'opposent à la division . Union dans les luttes est apparu , à travers ses batailles de l'an passé, comme un courant qui cristallisait le refus de la division. Aujourd'hui, de nouvelles responsabilités lui incombent : prendre les initiatives qui répondent à la nouvelle situation marquée par une division aggravée ne pouvant .conduire qu'à de nouveaux désastres, à commencer par la réélection de Giscard.
Nombreux sont ceux qui, quelle que soit leur appartenance politique ou syndicale, quelle que soit leur intention de vote au premier tour de l'élection présidentielle, partagent une même volonté de voir se rassembler toutes les voix ouvrières pour chasser Giscard, d'imposer, dès maintenant, au PCF et au PS, un pacte de désistement qui constituerait un frein à la division, un encouragement à la lutte pour les travailleurs.
C'est cette volonté, à laquelle il faut donner une expression nationale, qu'il faut transformer en force politique. Une pétition de masse devrait être le moyen pour cela. Une pétition s'adressant au PCF et au PS pour les appeler à réaliser l'unité. Unité pour le soutien aux luttes.
Unité en termes d'engagement , dès maintenant , au désistement pour le candidat ouvrier le mieux placé pour battre Giscard . Unité en s'engageant, en cas de victoire, à former un gouvernement du PCF et du PS .
Cette bataille-là, c'est celle qui consiste à battre la d iv isi o n po ur en finir avec Giscard. Une bataille qui ne fait que débuter et dans laquelle les militantes et militants de la L.CR . conscients de son caractère décisif, prendront toute leur place.